
Rokudenashi blues, de son titre original, est un shonen de 42 volumes publié dans l'imposant Jump.
Ici, pas une graine de fantastique comme dans la plupart des shonen à succès, pas d'univers déjanté, juste le béton de la rue.
Et y'en a un paquet qui vont se le manger en pleine tête, au cours de ces plus ou moins 7000 pages qui composent ce tableau.
Malgrès le sujet (la vie lycéenne de groupes de furyo), pas de chronique sociale sérieuse sur une jeunesse délinquante : même si le ton est humain, la mention shonen se fait rappeler avec le temps avec des gimmicks inhérents au genre : adversaires vaincus qui rejoignent le camp du héros, méchants toujours plus méchants et balèzes...
Mais ne partez pas ! Car Morita sait y faire. En tout cas assez pour nous accrocher pendant si longtemps et pour faire vivre ses personnages.
Car, et c'est le premier point fort, la gallerie de tronches est irrésistible, graphiquement aussi d'ailleurs.
Que ce soit les héros au nekketsu abusif, les bad guys désabusés au passé trouble, les losers Nakata ou Nakajima, les relations amoureuses folkloriques comme celle de Katsuji et Kazumi (la série de Racaille bleue -intermèdes en SD- du volume 32, avec les questionnaires amoureux de Kazumi, est hilarante...et se finit de manière toute mimi), ou la majorité des profs qui ne sont généralement pas en reste, les personnages qui s'amoncellent sont tous plus colorés les uns que les autres.
Autant d'interactions possibles (coup de coeur perso : Sakamoto et Taison
Autant de personnages qui forment une énorme famille soudée (la partie avec le dernier des rois du ciel est d'ailleurs l'exemple parfait) et attachante.
Comique, mais aussi plein de sentiments touchants. D'aucuns diront "pathos", et ils n'auront même pas forcément tort, mais le truc, c'est qu'il s'agit d'un parti pris.
Partis pris effectué avec une telle sincérité qu'on brûle facilement avec Taison, caïd émotif au bon coeur. Oh oui, ça sonne générique AB. Mais à côté de ça, ça jure à tort et à travers, ça crache, ça provoque, donc vous inquiétez pas pour la balance...
L'auteur a donc choisi de garder un bon fond, une touche d'espoir (cf GTO), et c'est assez agréable.
Après tout, un héros, ça doit aussi inculquer ou rappeler des valeurs minimisées en pratique, même s'il s'agit d'enfoncer des portes ouvertes.
Et l'ouragan qui sert de personnage principal, élément perturbateur dérangeant de sincérité de ce petit monde égoïste et vil, le fait avec classe.
Niveau dessin, si les premiers tomes sont en quelques sorte hésitants malgrès de belles promesses, le trait, hybride de codes typiques du milieu et de réalisme, est vraiment séduisant.
Que ce soit les expressions exacerbées, les combats tantôt secs et brutaux, tantôt spectaculaires...
Les combats, un point important puisqu'ils sont le vecteur de toutes ces relations.
Dans un certain Matrix, un personnage affirme qu'on ne peut pas connaître quelqu'un avant de s'être battu avec lui. Ben ici, c'est au pied de la lettre.
Les échaufourées vont du duel viril à la rixe impressionnante entre bandes (et là, y'a du sacrément massif, avec des murs de tatanes en double page parfois).
Attaché aux codes de la rue, Taison devra pourtant évoluer pour monter sur les rings de ses rêves, ceux qui le mèneront au titre de champion du monde de boxe.
Y'a du chemin à faire, puisqu'il comprend vite malgrès sa fiereté la distance à parcourir pour rejoindre ses connaissances proches du milieu pro.
Des choix (être pro, c'est à 100 pourcent, et ça signifie abandonner les bas-fonds de la tatane qui lui sont chers) et des incertitudes (excellents, les quelques chapitres qui le confrontent aux boxeurs pros ratés) en perspective...
Les défauts ? Il y en a, c'est sûr.
A commencer par un arc un peu tiède, celui du dernier des rois du ciel (surnom donné aux caïds les plus célèbres du coin), qui ressasse des choses déjà vues face aux autres "boss".
Ca permet des trucs sympas comme Kasai et Onizuka qui font face à leur ancienne personnalité, matérialisée par leurs ennemis, et l'évidemment jouissif rassemblement en renfort des trois pointures anciennement terrifiants ennemis pour Maeda, ok...
Mais ça ressasse, perdant quelque peu en efficacité, et tirant un peu en longueur.
On regrettera peut-être aussi un manque de prise de risques et des résolutions un poil trop gentilles/faciles, mais encore une fois, c'est tellement entier (comme le héros) que ça marche.
Et puis il se rattrape après ça, autant pour un dernier gros morceau sympathique que par deux petites parties à mon goût notablement excellentes : celle sur les déboires du milieu pro et celle qui voit arriver le craquage identitaire d'Hiroto (ici agréablement écarté de son statut de bouffon).
Voilà, c'était long et improvisé, mais je voulais simplement laisser mon petit hommage à ce manga très justement renommé (au Japon, peut-être moins ici ? A quand la reprise par un autre éditeur ?).
(Et maintenant, plus qu'à continuer Rookies que j'avais à entamé àl'époque mais qui m'avait un peu moins parlé, et à commander au passage Shiba Inu, recueil de nouvelles plus ou moins jeunes de l'auteur.)
