Vu hier soir à la frontière Belge, à Arlon. Si le cinéma de quartier ne se prêtait guère à un spectacle d'une telle magnificence technique, esthétique et visuelle, à un jeu d'acteur aussi accompli et achevé, le plaisir n'en était pas moindre. Fanboy hardcore du Caped Crusader depuis mon enfance et particulièrement du Batman de Burton, j'ai été agréablement surpris, enthousiasmé et ravi par la tournure prise par la franchise sous la direction de Christopher Nolan. Là où Begins avait recréé le mythe, The Dark Knight l'idolâtre au panthéon des plus grandes icônes du cinéma.
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Heath Ledger réalise LA performance de l'année, ni plus ni moins (plus? sûrement). Sa préparation psychologique et physique s'en ressent fortement, tant il a une facilité déconcertante à cerner l'un des personnages les plus insondables et mystérieux que le Comic Book Américain nous ait offert. Il
est le Joker, il ne le joue pas. Au fur et à mesure de ses apparitions, Heath Ledger s'efface completèment derrière son protagoniste, qui gagne en intensité, c'est effarant, étouffant. J'étais ébahi comme un gosse de 5 ans, heureux d'avoir reçu un jouet. Il s'agit là d'un rôle digne d'être oscarisé, dans la veine de l'interprétation/transformation de DeNiro du Boxer Jake La Motta dans Ragging Bull, ou d'un Brando dans celui du Colonel Kurtz d'Apocalypse Now, croisons les doigts.
Christian Bale étoffe et renforce la noirceur, le côté sombre de son double rôle. Là où Bruce Wayne est mis à nu et tiraillé moralement par son désir de sauver Gotham et de se repentir sous l'identité de Batman, cette orientation rend le personnage plus complexe qu'il ne l'était déjà et permet une exposition équilibrée du justicier masqué et de son alter ego à la ville, il en arrive à en agir sans masque (cf, accident Lamborghini), (Begins dévoilé davantage Bruce, origines obligent). Et il démontre une facilité déconcertante à changer et évoquer un pannel d'émotions différentes en une même scène. Bref, si l'interprétation de Michael Keaton me tient à coeur, celle de Bale prouve qu'il est définitivement l'acteur de la situation.
Aaron Eckhart quant à lui livre une prestation qui rend honneur au personnage qu'il incarne, et rachètes celle de Tommy Lee Jones, trop décalée vis à vis de la justesse et droiture originelle dont fait preuve Dent. Il constitue donc l'Alter Ego de Batman, du point de vue juridique et symbolique pour la ville, mais également le concurrent de Bruce quant à sa relation avec Rachel Dawes, si bien que se forme un premier triangle "amoureux" entre ces trois personnages( qui aurait pu être davantage exploré, faute de temps oblige). Seule déception en ce qui concerne le traitement du personnage, malgré son état de schizophrénie suite à son accident, et sa soif de vengeance aveugle à l'égal du hasard qui légitime sa précipitation, une ou deux scènes d'exposition, ou de temporisation supplémentaires, auraient évité l'effet boule de gomme, que prend le film dans son dernier acte (Merci Warner).
Le personnage de Gordon, interprété par Gary Oldman gagne lui aussi en épaisseur et devient un personnage à part entière, dans la continuation de Begins, l'évolution de sa carrière est plaisante à suivre, et Oldman lui insuffle un véritable cachet. Là encore se forme un triangle, entre Batman, Gordon et Dent, bien décidés a stopper les montées de violence dont la ville est la proie, ce dernier constitue l'épine dorsale du film à mon sens. Caine et Freeman reprennent leur rôle avec intérêt, et constituent les canalyseurs de Bruce Wayne/ Batman qui transcende les lois et les limites. Ma déception vient de la part de Maggie Gyllenhaal, que je préfère à Katie Holmes en tout point, mais qui je trouve peine à rendre son personnage aussi froid et impartial face aux criminels que ne l'était Rachel dans Begins, toujours souriante, l'autorité qui en émane en ait ternie, et le personnage bien qu'essentiel au récit est sacrifié (non pas dans l'idée que sa mort est une mauvaise idée, au contraire elle est la cause de Double Face, intensifie le film, mais dans la manière dont Nolan l'utilise, quelques scènes par ici, par là, enfin on ne peut pas tout avoir).
Nolan confère donc aux méchants du film une véritable aura, et gomme ainsi les faiblesses de Begins, qui présentait un Ras Al Gul quelque peu futile.
Concernant l'histoire, il s'agit là avant tout d'un film de gangsters, un polar noir, dans la trempe d'un bon Scorsese (le film, je pense, n'en a pas la prétention forcément, mais la comparaison m'a parue facile et évidente), dans le sens où il ne s'agit pas d'un simple film de Comic, avec quelques scènes d'action spectaculaires, mais doté d'un véritable fond, où le metteur en scène n'hésite pas à laisser dialoguer ses personnages, sans pour autant perdre la maîtrise et le rythme imposé dès la scène d'ouverture. La tension, la folie et le chaos, qui sont les maîtres mots de ce film, vont croissants, et sont exposés dans un Gotham qui je trouve visuellement n'avait pas retrouvé cet aspect urbain, humide où la pègre est intégrée absolument partout depuis le 1er Burton (cf scène d'introduction, touristes dépouillés), et je trouve que la grande réussite du film réside dans la capacité qu'à Nolan à dépeindre un environnement urbain oppressant bien que constitué de gratte ciels et de tours, d'espaces en apparence ouverts, et qui se révèlent de véritables terriers. L'influence avouée du Heat de Michael Mann sur le style qu'emprunte le métrage est évidente, notamment dans la scène d'ouverture, et bien que néophyte en la matière, j'ai trouvé les couleurs proches d'un Miami Vice ou Collateral (je pense sans cesse aux vues aériennes de Hong Kong et Chicago). Concernant le montage, Nolan est vraiment fort pour mêler la vision des différents personnages d'une même situation, je pense directement à la scène où Batman doit choisir qui épargner de l'explosion, il les fait fonctionné par couple (Dent/Rachel, Batman/Gordon et Joker/Flic), il fait vraiment monter la sauce comme personne

, également le final réellement époustouflant (j'ai eu des frissons quand il saute pour atteindre la tour où sont situés les otages

), et personnellement l'idée finale, selon laquelle Batman devient hors la loi m'a bien plus, à voir ce que Nolan nous réserve dans le 3ème Volet. Pour ce qui est du Score, pour l'avoir écouté à plusieurs reprises avant de voir le film, son utilisation semble justifiée, bref elle participe clairement à créer l'ambiance, et les thèmes rattachés aux personnages principaux sont bien représentatifs de leur idéntité.
Les scènes d'action et notamment de corps à corps sont volontairement filmées de manière confuse, Nolan souhaitant rendre le style de combat de Batman non pas spectaculaire mais efficace, succinct et ce toujours dans son soucis de vraisemblance. les poursuites automobiles sont bien manœuvrées.L'idée du Bat Sonar, m'a , bien qu'amener toujours avec réalisme, laissé quelque peu perplexe, mais apporte un plus non négligeable vis à vis du personnage qui témoigne ainsi de son engagement, sans fin, quant à la scène du Bateau qui fait tant polémique ici

, personnellement j'ai trouvé qu'elle renforcé davantage le côté chaos, et constitue une satyre du comportement individuel et égoïste qui marque les sociétés modernes, et qui finalement ne peut exister en dehors du collectif, du tout. Après je peux comprendre le côté guimauve qui lui ai reproché, étant donné la manière dont Nolan la présente, avec un citoyen dans chaque bateau qui prend plus ou moins les reines de leur destinées...
Le point négatif réside dans la Vf, qui entache et faire perdre de sa superbe à la performance de Ledger notamment et à la force des dialogues qui font parfois "cliché", vivement le Dvd pour jouir d'une VO sensationelle. La meilleure adaptation de Comic Book, je n'ai pas la prétention de l'affirmer, mais je le pense haut et fort, surtout après avoir vu Hulk 2 jours auparavant, Marvel a du soucis à se faire ! Il s'agit d'un grand film policier, d'un drame puissant et au final d'une œuvre d'art. J'irais sans aucun doute le revoir en France, dans un Imax