CITATION(Zorro @ 18 8 2008 - 00:52)

Comme je suis en pleine crise d'insomnie après avoir revu Excalibur (super film, même si l'acteur qui joue Merlin est gavant) et que vous avez écrit pleins de trucs intéressant sur la vision de la démocratie par Nolan, je rajoute mon avis à moi :
Commençons par un résumé des épisodes précédents :
-Visiblement Nolan veut (timidement) faire un rapprochement entre Gotham City et l'amérique post-11/09.
-Pour cela il nous oppose une Gotham City corrompue et dévorée par le crime à la figure d'Harvey Dent, le Chevalier Blanc incorruptible, aimé de la population et qui représente l'espoir d'un monde meilleur (ou du moins plus juste).
-Confronté au Joker, Dent utilise des méthodes limites (il donne une claque à un suspect) et finit même par préférer la vengeance à la justice (le comble pour un procureur) en tuant 5 ou 6 personnes.
-Batman, lui aussi, franchit la ligne jaune et met (timidement) Gotham sur écoute.
-Finalement, le joker est arrêté.
-Batman et Gordon se rendent compte qu'un de ses buts était de rendre Dent "méchant" et ainsi de faire perdre tout espoir à la population (si le Chevalier Blanc peut aussi être corrompu par le mal, que reste t'il ?).
-Batman décide, afin de sauvegarder cet espoir, d'assumer la responsabilité des meurtres commis par Dent, et ainsi de sacrifier son statut de Héro (avec une majuscule, oui) pour devenir un Chevalier Noir (Ohhhhhh !).
Autant ça reste cohérent au sein du réçit, autant le lien avec la vraie vie est complètement foiré. Parce que Nolan part du principe que nous voulons être dirigé par des Harvey Dent idéaux, et que Batman va devenir une figure "négative" pour la population car il aura tué 5 flics corrompu. Ce qui est loin d'être juste, AMHA.
Vu le contexte (attaques du Joker) on peut supposer au contraire que les Gothamiens approuvent totalement ses choix, et seraient prêts sans remords à le laisser foutre toute la ville sur écoute. Et qu'annoncer que Dent est mort après être passé en mode Bersek et avoir faillit buter la moitié du commissariat (notoirement corrompu) ne le rendrait pas forcément impopulaire, au contraire. En fait, le Dent tel qu'il est présenté dans la promo et dans le film (I believe in HD avec sa tête de Boy-scout en gros plan et ses discours sur l'importance de la justice) n'aurait aucune d'être élu.
Parce que dans la vraie vie, les gens ne veulent pas de types comme Harvey Dent pour les défendre. Si les gens voulaient des dirigeants parfaits en situation de crise, des types comme Bush, Sarkozy, Poutine ou Berlusconi n'auraient jamais été élus. On m'objectera que ces dirigeants ont pour point commun d'avoir eu le soutien plus ou moins appuyé des principaux médias, ce qui est vrai, mais si Bush peut faire emprisonner n'importe qui pour une durée indéterminée sans aucun jugement, c'est aussi parce qu'il a l'appuie de la majorité de la population. C'est parce que les gens veulent des dirigeants "forts", qui tapent du poing sur la table et sont prêts à torturer un prisonnier si nécessaire, et pas des femmelettes droits-de-l'hommiste.
Ce que certains (dont moi) considèrent comme des atteintes inacceptables à l'état de droit, la majorité des gens (américains comme français) les considèrent comme des signes de force. Les lois Sarkozy sur la justice, consistant à tout miser sur la répression tout en diminuant la prévention, sont bien vues par la majorité des français. Aux USA, le Patriot Act est plus perçu comme un mal nécessaire que comme un signe que le pays est devenu une dictature, sinon ça fait longtemps qu'une révolution populaire aurait eu lieu.
Les gens sont toujours prêt à sacrifier leurs libertés pour plus de sécurité, pour reprendre un axiome connu, et c'est cela le point central sur lequel jouent les politiques. Et donc le point à aborder quand on veut réaliser une satire.
Un Dark Knight cherchant vraiment à être une métaphore de notre monde montrerait un Batman qui utiliserait un arsenal de plus en plus disproportionné pour combattre le Joker - torture, mise sur écoute, espionnage- , avec le soutien de la population. Population qui se rebellerait contre la justice et la police, considérées comme trop molles et incapables de la protéger face à la nouvelle menace qui représente le Joker. On y verrait un Harvey Dent idéaliste devant lutter pour maintenir l'état de droit face à des gens expliquant que le Joker n'est pas un malfrat comme les autres, et que les loi classiques ne suffisent pas contre lui, que la violence doit être autorisée.
Et à la fin, Dent se verrait obliger de protéger la population contre elle-même, et de maraver la gueule d'un Batman devenu trop puissant. Population qui bien que libérée d'une éventuelle dictature en voudrait à Dent pour avoir cassé ce qu'ils estiment être leur seule vraie protection contre le mal.
Certes, c'est pas très cool comme fin, mais on peut pas à la fois vouloir montrer Batman comme cédant à la tentation du totalitarisme et le faire gagner à la fin, ou alors faut faire comme Nolan qui montre la mise sur écoute de Gotham de manière si timide qu'il n'en reste rien de plus qu'une suite d'images de synthèses moches. A vouloir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière, on a rien au final.
Bref, si les scènes à base de "OH MON DIEU BATMAN EST UN CLONE DE BUSH !" ne marchent pas, c'est parce qu'on sent instinctivement qu'il n'y a aucun risque réel. Pas seulement parce que Nolan à foiré son script, mais aussi parce que le vrai risque pour une démocratie ne réside pas tant dans ses dirigeants que dans sa population. Tant que Harvey Dent est populaire et que les gens tiennent à l'état de droit et refusent de sauver leur peau en faisant exploser des criminels dans le ferry d'en face, on ne risque rien.
Les ennuies commencent quand la population estime que la convention de Genève, les droits de l'homme et le droit internationale ne sont que des vieilleries pas adaptées aux nouvelles menaces, et qu'on a besoin d'un dirigeant fort pour nous protéger. Alors là, oui, on peut flipper. Et c'est justement ce que Nolan choisit de ne pas traiter.
(entre parenthèse : au fond, ça m'emmerde le batman réaliste qui se demande si mettre Carole Bouquet sur écoute est compatible avec la démocratie. Je préfère cent fois les versions de Burton ou Timm.)
Intéressant.
Pour le Patriot Act, il n'y a pas eu de révolution populaire parce qu'aux USA on n'a pas besoin de démanteler la Bastille pour ne pas appliquer une loi. Par exemple, 360 villes et comtés américains ont refusé d'appliquer le Patriot Act. On est loin de l'approbation massive d'un mal nécesaire.
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le vrai risque pour une démocratie ne réside pas tant dans ses dirigeants que dans sa population.
Je comprends ce que tu veux dire, mais bon, dans les faits, ça ne se traduit pas ainsi. Va expliquer aux Argentins qu'ils ont perdus toutes leurs économies parce qu'ils ont voté pour Menem et pas parce que ce dernier a privatisé les profits tout en transférant les dépenses privées dans les comptes publiques, avant de laisser les banques transférer tous les fonds du pays en une nuit... Evidemment, ils ont voté pour lui, mais il y a eu duperie et mensonges. Ca revient à dire que les vrais coupables des crises ne sont pas ceux qui les provoquent mais les pauvres gens qui ont eu le malheur de faire confiance à des instances dirigeantes. ..
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Les ennuies commencent quand la population estime que la convention de Genève, les droits de l'homme et le droit internationale ne sont que des vieilleries pas adaptées aux nouvelles menaces
Mouais. Je doute que la plupart des gens estiment que les droits et traités internationaux sont obsolètes, au contraire, et ça n'a pas empêché les dirigeants occidentaux de s'asseoir dessus depuis que ça existe. Et je rappelle qu'une bonne partie de la population du monde n'a jamais entendu parler de toutes ces conventions...
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c'est aussi parce qu'il a l'appuie de la majorité de la population
ça fait bien longtemps que Bush n'a plus l'appui de la majorité de sa population. Tu pars du principe que s'il n'y a pas de révolte populaire, il y a nécessairement assentiment. Sauf qu'entre les deux y a un ptit quelque chose qui s'appelle le Parlement. Le texte du Patriot Act qui autorise l'emprisonnement d'un accusé sans procès, sans recours, pour une durée indéterminée, a été voté remarquablement vite par le Sénat et une seule voix s'est élevé contre : Russ Feingold. Cela veut-il dire que seuls les électeurs de ce sénateur sont contre ce texte de loi ? Certainement pas. Il n'y a qu'à voir le tollé qu'a provoqué récemment les révélations lors des audiences devant la comission d'enquête du Sénat à propos des méthodes de torture à Guantanamo, ou plus lointain, à Abou Ghraïb... Il ne faut pas oublier un détail important : la loi a été votée juste après le 11 septembre, lorsque la population était en train de subir un choc traumatique. Ce n'est pas anodin. Le Patriot Act sort pas du chapeau de Bush avec les attentats. Ce projet date d'il y a bien longtemps. L'administration Bush a profité du traumatisme collectif pour imposer en douce un ensemble de mesures anti-démocratiques, et je le répète, impopulaires dans de nombreuses communautés. Il s'est passé la même chose après Katrina, quand Bush et sa clique ont profité du choc national, d'un état de léthargie pour imposer des réformes sur l'éducation en Louisiane, redessiner la carte des centres villes, etc... A partir de là, tu peux dire que c'est de la faute de la population qui s'est laissé faire, ce qui est faux, d'une part, et d'un cynisme détestable. Je ne sais pas si c'est ce que tu penses, mais quelqu'un qui profite de ma fragilité pour me manipuler est plus coupable que ma "faiblesse". C'est mon point de vue en tout cas.
Désolé pour le hs les gars (zéléfilles!)