Ce qui est étonnant avec le film de Christopher Nolan, c'est qu'il semble oublier toute la structure, la charpente utilisée par "Batman begins" pour la reconstruire complètement, parvenant ainsi à une établir une suite qui ne s'efface pas dans le film précédent mais qui au contraire la dépasse amplement tout en suivant une continuité qui permet de ne pas se sentir perdu. Le fossé entre les deux films est immense.
Nolan réussit à faire ce que Sam Raimi n'avait pas pu obtenir (ou n'avait pas voulu) sur les "Spiderman" à savoir s'éloigner du matériau original (je parle de BB, pas de l'univers de Batman) pour nous offrir un spectacle qui n'ait pas cette odeur de déjà-vu propre à l'homme-araignée. Mais j'arrête là le jeu des comparaisons qui n'aboutira qu'a un débat de plus sans résolution.
En regardant "The dark knight", je n'ai pas eu l'impression de revoir quelque chose mais un film tout neuf avec des personnages renouvelés (bonne idée d'avoir remplacé Katie Holmes par Maggie Gyllenhall par exemple qui compose un caractère plus mature).
Ainsi pour moi TDK s'échappe de l'emprise de BB en optant pour un angle nouveau de narration : le réalisme. Oubliée la Batmobile qui roule sur les buildings et autres "fantaisies" issues du monde des comics, TDK sent le bitume, "la poudre et la gazoline" a tel point qu'on a l'impression d'assister à un mélange entre les séries policières urbaines du moment les plus réussies et le "Heat" de Mihel Mann comme quelqu'un l'avait judicieusement écrit plus haut. Le réalisme est poussé à un point tel (pour ce type de cinéma, entendons-nous bien) que j'en viens presque à être gênée par le justicier de Gotham en action, même si Lucious Fox justifie toujours l'équipement de Wayne par une quelconque fabrication d'origine militaire top secrète".
Je me demande alors parfois en resongeant au film ce qu'il aurait donné si Batman n'était pas dedans, s'il décrivait uniquement l'action de la ville de Gotham contre sa criminalité dévorante personnifiée par le Joker. Dent pourrait être le seul héros du film, le "white knight" luttant de toutes ses forces face à un ennemi qui s'est infiltré dans toutes les sphères de la ville, police incluse.
Ce film, c'est d'ailleurs plus l'histoire de Dent qu celle de Wayne, personnage que nous connaissons depuis "Batman begins" (en mode Nolan bien sûr) et qui n'a plus rien à raconter puisque ce fut fait auparavant. Ici c'est Harvey Dent le héros et
le discours de Gordon à la fin du film le justifie pleinement.Je rêve à penser à ce que l'association entre Nolan et Ledger aurait pu donner s'ils avaient décidé de raconter l'histoire du Joker.
Un joker dont s'est emparé complètement l'acteur (à moins que ce ne soit l'inverse) et qui compose le plus mémorable méchant de cinéma vu depuis longtemps. Un individu qui comme l'explique Alfred à Wayne en évoquant ses souvenirs birmans, n'a que faire de l'argent ou du pouvoir mais qui n'est intéressé que par le chaos et la violence, à contrario de la pègre de Maroni et ses sbires.
Le joker veut entrainer Gotham et ses citoyens dans une tornade de furie sanguinaire : que l'on s'entretue, que l'on se trahisse, que l'on meurt ou que l'on accepte sa souffrance pour en faire une arme dévastatrice, san la combattre mis au contraire en la laissant nous envahir.
Le joker parviendrait même à ses fins si le soubresaut de bon sens et d'appel au calme ne venait pas de ceux qui autrefois ont partagé le point de vue de l'homme à l'éternel sourire, les prisonniers eux-mêmes qui décident de ne pas employer la violence au cours d'une séquence qui donne les larmes aux yeux. "The dark knight" est un drame policier âpre, violent, sans concessions, redoutablement émotionnel, bourré de souvenirs de cinéma qui pourraient nous changer à jamais, redéfinissant à la fois le blockbuster, le spectacle et le film de super-héros qui ne parvient pas souvent à atteindre des sommets, s'enfermant dan son contexte bien étroit d'adaptation de comic book.
Christopher Nolan intègre un élément fantastique (Batman) à un univers bien réel, oubliant ainsi les formes de bases du justicier de Bob Kane.
Ainsi, c'en est fini d'une Gotham city justement gothique, à l'architecture moyenâgeuse comme l'affectionnait tant Tim Burton, Gotham est devenue une mégalopole standard, sans architecture particulière, une ville comme tant d'autres où le crime sévit.
Ainsi, j'en viens à penser (ce qui me donne mal à la tête

) à un Gotham ou un justicier richissime pourrait rendre gorge aux criminels sans utiliser une armada d'équipements à la pointe de la technologie (ce dont le joker ne se sert d'ailleurs pas, le rendant à la base plus vulnérable que Batman) intégrant alors "The dark knight" à l'univers des films d'autodéfense, chose évoquée plus haut et dans un article à la masse de Libération sur lequel je ne reviendrais pas.
Je ne reviendrais pas trop longuement non plus sur les qualités techniques et artistiques inouïes du film, de la facture à l'interprétation presque unanimement parfaite : Ledger bien sûr qui bouleverse et effraieà chacun de ses apparitions, de Aaron Eckhart, excellent, de la sobriété de Maggie Gyllenhall et de Gary Oldman et de la haute dignité des "papys" Caine et Freeman. Je fais néanmoins une exception concernant la relative transparence de Christian Bale, étrangement plus à l'aise dans "Batman begins", peut-être parce que justement ce film portait bien plus sur son personnage que dans celui-ci, mais ne serait-ce pas voulu par Nolan d'avoir fait un film das lequl on oublierait presque Batman ?).
La mise en scène est extraordinaire, lisible
(sauf un peu à la fin dans le gratte ciel en construction) et riche en plans véritablement spectaculaires
(Hong Kong, l'explosion de l'hôpital, la poursuite entre la police et le camion du Joker) et l'association entre Hans Zimmer et James Newton Howard fait des merveilles surtout lors des thèmes "Why so serious" et "I'm not a hero".
Quelques lacunes concernant le montage, ou plutôt le découpage du film sont tout de mêmes présentes mais ne nuisent pas plus que ça à son suivi. Le point noir du film (mais en est-ce finalement vraiment un) demeure donc pour moi la présence du Batman qui semble parfois incongrue dans l'univers du film lui-même.
"The dark knight" est un joyau, un film pas évident, étonnant, détonnant mais surtout un film courageux en ces temps de blockbusters formatés (même si beaucoup d'entre eux demeurent à mon avis très réussis parce que divertissants avant tout). Mais la noirceur du propos, de sa facture, des thèmes évoqués auraient pu déranger, choquer surtout un public américain pudibond alors qu'au contraire , il se rue en masse tout les jours pour aller le voir ou le revoir même si je doute qu'il en sera de même en France.
'The dark knight" est une œuvre contemporaine, qui parle au cœur tout en faisant trembler le corps. Un film a ranger avc quelqus autres au panthéon du cinéma extrêmement sensitif , visuel et réflectif. Une date.