Ca y est j'ai fini
Porno palace de Jack O'Connell

Point de départ du bouquin : Sylvia, une passionnée de photo, voit une annonce proposant un Aquinas, appareil photo de très haute qualité, d'occasion. Elle en fait l'acquisition. Lorsqu'elle rentre chez elle, elle s'aperçoit qu'il y a une pellicule entamée dans l'appareil, et développe les clichés.
A partir de là se nouent différentes intrigues où s'entrecroisent divers personnages : Sylvia la photographe amateur, Jakob le fils du caïd local qui se rêve réalisateur de films noirs plutôt que de prendre la suite de son père, Hugo Schick le pornographe tellement sûr de son talent, Boetell le révérend qui a décidé de laver la ville de la fange décadente, Leni Pauline la pornostar sage et réfléchie, Quevedo l'aveugle propriétaire d'une librairie pour adultes, Perry le fiancé de Sylvia et avocat de Boetell ...
Plane également sur le roman, le spectre de Terence Propp, un photographe mystérieux (existe-t'il vraiment ? Si oui, qui est -il ? Est-il toujours en vie ?) dont l'oeuvre fascine tant que ses admirateurs ont fondé un mouvement, les Proppistes.
Dans sa description des clichés de Propp, O'Connell parvient à en imprimer dans la tête du lecteur une image mentale. On se représente parfaitement la scène de cette femme donnant le sein à son enfant au milieu de décombres et de gravats, on voit presque l'arrondi de l'épaule, les particules de poussière voler dans l'air. On ressent pleinement la fascination exercée par ses photos sur les personnages.
Passionnant de bout en bout à travers une intrigue pleine de mystères et à travers les flash back évoquant le vécu des personnages, il y a des passages particulièrements prenants : l'émeute devant le Porno Palace où partisans et detracteurs du révérend Boetell s'affrontent et tout ce qui suit lorsque Sylvia se réfugie à l'intérieur du cinéma (les descriptions des films diffusés sont assez croquignolettes), la courte scène sensuelle où Leni photographie Sylvia, la folle et décadente parade d'Halloween dans la zone du canal et
toute la rencontre de Sylvia avec Propp,de leur séance photo improvisée dans l'ancienne gare en ruine au visionnage d'une scène coupée inédite du Magicien d'Oz (où Dorothy et l'apouvantail se roulent un patin) en passant par la visite d'un marché au puces clandestin très spécial, Jakob qui devient le Damné de son scénario dans une scène magnifique, le tournage du Don Juan de Schick...
Dans la dernière partie, toute aussi excellente, le récit s'emballe. Les questions se multiplient. Sylvia est-elle tombée par hasard sur ces photos ? Jakob parviendra t-il à éviter son destin de tueur ? etc ... Les intrigues sont résolues de façon magistrale sans perdre leur aura de mystère dans un final apocalyptique (
avec la manifestation de femmes scandant des slogans castrateurs et des partisans de Boetell, encerclant le Porno Palace, devant lequel ont été tendus des draps blancs sur lesquels sont projetés des images SM) puis émouvant (
le dernier tête-à-tête entre Sylvia et Propp).
La ville, un peu moins facinante et glauque que dans
Et le verbe s'est fait chair est toujours empreinte d'une atmosphère particulière à la fois repoussante et enveloppante.
Quinsigammond est une marâtre désaxée aux griffes acérées comme le dit un des personnages.
Sans atteindre les sommets de
Et le verbe s'est fait chair (parce que moins sensitif, parce que plus classique dans la forme et le fond, parce que moins fou),
Porno Palace est un excellent roman, très immersif, parfois sombre, parfois drôle, parfois émouvant qui prend le lecteur et ne le lâche pas jusqu'à la fin.
Je le conseille donc.