CITATION(Dr Rabbitfoot @ 14 1 2007 - 22:04)

CITATION(tonton @ 14 1 2007 - 22:00)

le roman est en plus traversé de fulgurances littéraires rarement lues jusqu'ici par moi-même (je recopierais bien quelques passages ici pour rendre compte de ça, mais je pense que ça n'intéresse personne).
Vu que je me tate depuis quelques temps pour savoir si je l'achète ou pas (mais ta critique me donne envie), moi ça m'interesse quelques passages representatifs du roman ...
alright
je fais ça de suite
(c'est un monologue de Tana, qui a perdu Francesco, son mari, dans le drame, elle se parle à elle-même)
"C'est ça...C'est ça, sauf que non seulement je ne voulais pas reprendre le dessus, mais c'était tout le contraire, c'était au-dessous de tout que je voulais être, rampante comme les cailloux qui glissent au fond de la Scrivia, comme la saleté sous les ongles ou le sentiment qui me rongeait d'être en train de foutre ma vie en l'air, par dépit, pour rien, pour troubler encore plus l'eau dans laquelle ma vie croupissait et même, d'une certaine façon, pour faire comme toi, pour tout foirer et n'avoir plus rien à attendre de ma vie, qu'elle soit irrécupérable, parce que, dis-toi bien qu'on est irrécupérable lorsqu'on a lâché la main de celui qui nous disait,
cours ! cours Tana!
Tana, il faut courir et rejoindre la pelouse,
qu'on se sent irrécupérable à jamais quand quatre cent millions de personnes ont vu votre vie piétinée, que des milliers de mots et de mots ont été écrits; comment votre vie a été piétinée encore et encore plus après qu'avant, par les journaux et par les regrets et les remords et les questions, puis aussi, petit à petit, par le silence qui vient après, par-dessus, recouvrir le bruit et faire plus de vacarme encore que le bruit n'en faisait. On vous laisse tout seul et c'est encore une fois se faire piétinern se faire marcher dessus parce qu'on vous racontait comment il y aurait un avant et un après, que les choses ne seraient plus jamais les mêmes, sauf que pour vous, après, il n'y a rien, tout redevient normal, sauf que celui qui vous disait
cours! cours Tana!
ne reviendra jamais, jamais, et votre vie est irrécupérable, et vous comprenez que vous n'avez pas été piétinée par l'histoire, mais seulement par l'actualité, et que celle-ci n'a pas de temps pour vous, pas de temps à consacrer à ceux qui meurent lentement, à petit feu, devant leur télévision et les croquettes colorées du chien, avec des allers-retours au cimetière, ou ceux qui se débattent et préfèrent les morts violentes, lentes et violentes, comme moi je faisais, à courir, à me perdre, à tomber dans les bras qui ne disaient pas
cours! cours Tana!
mais vers lesquels je courais et tombais pour oublier la voix de Francesco et pour t'oublier toi aussi, maman, parce que ta façon de mourir ne plaisait pas à la mienne. Je préférais m'oublier dans des bras médiocres, chez des hommes qu'on n'aimera jamais mais qui sont les seuls à ne pas mourir trop vite, on ne sait pas pourquoi, peut-être parce qu'ils savent se planquer et venir au bon moment? En tout cas, peu importe, ils sentent l'ail et la gomina, ils parlent fort et bombent des torses sous lesquels des cages thoraciques atrophiées respirent un air putride, celui qu'ils offrent aux femmes comme moi, quand elle viennent en finir une bonne fois pour toutes avec l'idée de survivre"
(sa mère, ça tue)