Pour les fans de Garcia Marquez (je sais qu'il y en a plusieurs sur ce thread)
L'écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez a fait face ces derniers temps à un déluge de critiques de la part d'autres intellectuels qui l'ont fustigé pour son soutien au régime du président cubain Fidel Castro.
L'Américaine Susan Sontag a ouvert le feu le 27 avril lors de la Foire du Livre à Bogota en critiquant le prix Nobel de littérature colombien pour son silence envers la vague de répression récente dans l'île communiste.
"J'admire Garcia Marquez comme un grand écrivain, mais cela ne me semble pas correct qu'il garde le silence face à ce qui se passe à Cuba", a déclaré Susan Sontag, en référence aux lourdes peines de prison prononcées contre des dissidents et à l'exécution de trois Cubains ayant essayé de détourner un ferry pour s'enfuir aux Etats-Unis.
"Certains écrivains décident de descendre dans l'arène et s'en tirent mal. Garcia Marquez, par exemple, me semble être un grand écrivain, mais je ne suis pas d'accord avec ses positions politiques", a-t-elle ajouté.
L'auteur de "Cent ans de solitude" lui a répondu deux jours plus tard via une déclaration au quotidien de Bogota, El Tiempo: "Concernant la peine de mort, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit en privé et en public aussi loin que je me souvienne: je suis contre n'importe où, pour n'importe quel motif ou circonstance".
"Moi même, je ne pourrais compter le nombre de prisonniers, de dissidents et de conspirateurs que j'ai aidés, dans un absolu silence, à sortir de prison ou à emigrer de Cuba en plus de vingt ans", a-t-il souligné, affirmant que "beaucoup d'entre eux ne le savent pas et quand à ceux qui le savent, ma tranquillité et ma conscience me suffisent".
La réponse de Garcia Marquez n'a fait qu'attiser le feu. L'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa l'a accusé vendredi dernier d'être un "courtisan" du régime de Fidel Castro et de s'accommoder des atteintes aux droits de l'Homme commises à Cuba.
Garcia Marquez "est un écrivain courtisan de Fidel Castro, que la dictature montre comme un alibi dans le milieu intellectuel, et lui s'est jusqu'à présent très bien accommodé des abus, des violations des droits de l'Homme qu'a commis la dictature cubaine, en disant qu'en secret, il a obtenu la libération de quelques prisonniers politiques", a déclaré Vargas Llosa à Buenos Aires.
L'écrivain péruvien a affirmé qu'"il n'est un secret pour personne que Fidel Castro offre de temps à autre quelques prisonniers politiques à ses courtisans et amis".
A Garcia Marquez "cela lui nettoie la conscience. Pour moi, c'est une déclaration d'un cynisme répugnant"", a-t-il ajouté.
Dimanche dernier, ce fut le tour de la Cubaine Zoe Valdes d'attaquer le Colombien. "Il a dit que depuis des années il sauvait la vie de personnalités et de journalistes en les sortant de Cuba, mais il omet de dire que ces personnes ne peuvent plus jamais parler de ce qui leur est arrivé, car il leur demande de ne rien dire pour ne pas porter atteinte à son image auprès de Fidel Castro", a-t-elle déclaré.
Selon Zoe Valdes, "les gens qui doivent se taire à Cuba doivent se taire en exil" en reconnaissance envers le geste du Colombien.
"Je ne comprends pas comment Garcia Marquez, qui sait ce qu'est la souffrance d'une mère et a écrit là dessus, puisse être d'accord avec l'exécution de trois personnes qui voulaient fuir de Cuba", a ajouté l'auteur de "Café Nostalgia" et "La douleur du dollar".
"Qu'il soit un grand écrivain, qu'il soit prix Nobel, c'est un scélérat, un cynique et un hypocrite", a-t-elle affirmé.
L'écrivain mexicain Enrique Krauze a ajouté sa pierre en accusant Garcia Marquez de "justifier la tyrannie".
Dans une chronique intitulée "Gabo dans son labyrinthe" et publiée par le quotidien Reforma, Krauze lui a reproché de maintenir son soutien à Castro en dépit des "preuves évidentes de l'étouffement de toutes les libertés dans l'île: d'expression, de création, de croyance, d'association, de manifestation, de mouvement, de critique, d'entreprise, de vote, d'affiliation politique et de préférence sexuelle".