Blame! est une série à découvrir au moins pour son style si particulier. C'est une œuvre atypique, qui ne ressemble à aucune autre. Jamais vous ne croiserez un manga ressemblant au manga de Tsutomu Nihei. Cette Auteur peut être considéré comme le “vagabond” du manga. Il erre, il dessine, il ne respecte aucun code établi, il suit son intuition, certaines de ses planches ne sont pas terminées, le contraste entre ses personnages et ses structures choque... En bref, il ne fait rien comme tout le monde. Aucun renseignement n’est divulgué, aucune possibilité d’explication, puisque Blame! ne veut rien dire... dans sa globalité.
Alors, on peut toujours juger l’oeuvre de deux points de vue totalement différents. Blame! Peut être à la fois perçu comme un brouillon de violence, sans queue ni tête, sans aucun scénario, qui ne fait qu’avancer au gré de la folie de son créateur. Son univers n’est aucunement cohérent et rien de ce qui s’y passe ne peut être prévu. L’univers de Blame! est une création très personnelle et aucunement universelle. Impossible de le saisir. Impossible de le sentir palpable. Les codes visant à offrir une explication rassurante n’existent pas. On finit par se dire que seul Tsutomu Nihei comprend cet univers si particulier, en dehors de toute logique. Comme si le fait de rencontrer Killy était une chance inestimable, tant le héros de cette aventure peu commune est réussi. A croire que Tsutomu Nihei n’a aucun scénario pré-établi et que son histoire évolue sous son fantastique trait, compris entre style très traditionnel (à travers les structures) et expérimentation rocambolesque, mais aussi étrangement fouillé. Comme si son histoire existait réellement et venait à lui afin de lui dire ce qu’il devrait faire par la suite. Mais malgré l’admiration que je porte à ce type d’ambiance, je me suis plus d’une fois demandé où l’on allait, où voulait nous mener Tsutomu Nihei, quel était le but de son scénario...
Blame! est donc une œuvre déroutante, qui surprend par l’absence de structure, par un trait inhabituel mais aussi par un “silence” quasi-permanent. En effet, les dialogues sont rares, voir inexistant. C’est à la fois impressionnant et déstabilisant. Il n’existe pas (ou presque) de manga qui ne repose que sur une histoire ou des personnages. Blame!, si. Bien que son casting soit très étudié et que l’on puisse décerner le titre du meilleur héros à Killy, Blame! ne repose pas sur les personnages. Ni sur l’histoire, ni sur le déroulement de cette dernière, ni même sur la beauté visuelle et encore moins sur les dialogues. Ce manga ne repose sur rien. Rien de visuel, rien de palpable dans tous ces cas. Si certains trouveront dans ces batailles, extrêmement violentes et sanglantes, un semblant d’intérêt primaire, d’autre n’y verront qu’une oeuvre futuriste de plus où les scènes usent et abusent de codes gratuits. Malgré tout Blame! ne laisse pas indifférent car, s’il n’est basé sur rien, il a pour lui une atmosphère unique, incroyablement malsaine et glauque. Bien sûr, on peut remarquer une pseudo-quête, celle de Killy qui doit accomplir un job et retrouver un génome humain non modifié, mais, sincèrement, le scénario file sans aucun code et sans aucun but.
C’est là qu’interviendrait éventuellement la deuxième façon d’aborder ce manga. On se demande si finalement Tsutomu Nihei n’est pas un génie, qui parvient non seulement à nous mettre à sa merci, mais, de plus, ne nous laissant aucune chance de saisir quoi que ce soit. Un metteur en scène diabolique dont les secrets ne seront jamais percés, tant le concept est original et tant le découpage flirte avec le surnaturel. Blame! est une œuvre complète, un ovni dans la dimension du manga, une oeuvre qui ne ressemble à rien et qui saura vous surprendre. Une ambiance atroce en émane, induite par l’aspect sordide des décors, la tristesse haineuse de Killy ou l’aspect effrayant et repoussant des monstres que doivent affronter les héros. Le héros a la classe, les ennemis aussi et les combats sont jouissif et homérique.
Blame! est une perle rare à ne louper sous aucun prétexte, une atmosphère étrange mais particulière se dégage de cette œuvre unique, intimiste et irréelle.
"Peut-être sur Terre... Peut-être dans le futur..."