
Débuté il y a maintenant 10 ans au Japon, Shamo, titré Coq de combat chez nous, est un manga de stomb qui fait parler de lui, et après l'avoir lu jusqu'au tome 23 (25 parus actuellement dans l'édition originale), je ne peux pas dire que ce soit volé.
Alors, quoi de spécial ?
Si l'on peut déjà apprécier les qualités indéniables du dessin, la variété des techniques et adversaires, la violence crue et d'autres ingrédients déjà-vus dans le genre, il y a un atout non négligeable en la personne du "héros", Ryo.
Ryo, véritable anti-héros, est un personnage insondable, qui se cherche à travers la violence.
Compressé par la société japonaise et par ses parents, il commet l'acte toutefois impardonnable (et c'est ce qui en fait aussi un personnage atypique) qui va le pousser au fond du trou, en prison.
Acculé malgrès d'évidents regrets récurrents, il n'aura pas le temps de réfléchir : cette jungle va le transformer, et le ressouder de manière assez peu humaine.
--c'est à parti d'ici que je spoile après le volume 2 : c'est assez prévisible de savoir de quel évènement je parle, à savoir le fait que le cadre n'est plus la prison, et je ne pense pas que ça gâchera la découverte de le lire, mais je préfère prévenir.--
Il ressortira logiquement de ces murs comme un autre homme, qui exercera ses instincts librement comme on ne lui a jamais appris.
Et par le biais de son parcours erratique, le scénariste en profitera pour taper sur quelques faits qui l'agacent dans la société actuelle.
Quand au personnage principal, il va, sans en révéler trop, prendre une tournure assez peu commune et utilisera des méthodes peu orthodoxes pour se frayer sa voie. (pendant la période Sugawara, il ira jusqu'aux anabolisants et...au viol o_O)
Pour tout dire, on a régulièrement envie de le baffer.
Mais pourtant une telle personnalité, un tel extrême, c'est tellement fascinant qu'on ne peut s'empêcher de suivre celui qui passe de garçon brisé et perdu à ordure.
La bête, le démon, plusieurs noms lui colleront à la peau régulièrement.
Et puisque la perfection n'est pas ou peu de ce monde, on notera évidemment plusieurs défauts.
Le trash, qui peut être qualifié de simple provocation par certains : parfois, on frôle dangereusement cette ligne entre l'utile et le tapageur.
Ensuite l'auteur distille les informations de manière très diffuse, on se dit que c'est parce qu'il ne prend pas de risques.
D'autres y verront un manque de développement, et de la dispersion. (J'attends de voir la conclusion pour le savoir.)
Voire un étirement présent uniquement pour maintenir la durée de vie d'un manga à succès.
Ainsi, tout se dilue dangereusement jusqu'au gros renouveau qui arrive après la période chinoise. Et qui, s'il ne semble pas faire l'unanimité, m'apparaît personnellement comme salvateur, et ouvre de grosses perspectives avec une rivalité aux proportions et enjeux titanesques. (dualité classique mais tellement efficace. Le personnage de Toma est un contrepoint parfait qu'on attendait pas)
Problématique, en revanche, que ça ait engendré des incohérences après la période Sugawara.
L'idée d'introduire le ki n'était pas mauvaise : le problème, c'est que cette idée semble totalement abandonnée après la période chinoise.
Je comprends qu'on veuille faire redescendre Ryo au fond du trou, ce passage est réussi et rappelle son statut d'humain avec ses faiblesses, mais l'échelle des puissances semble bizarrement faussée. Et qu'il refuse d'utiliser la technique surpuissante qu'il a apprise semble totalement improbable. (surtout quand on connaît le gugusse qui ne recule devant rien.)
Reste au final un manga de baston aux teintes différentes, fortement recommandé et qui pourrait bien, s'il se ressaisit, finir en apothéose au-delà de son simple statut de pages de tatanes.
Edit : comme le topic risque de ne pas faire se bousculer les foules, vous pouvez parler d'autres manga de stomb si vous en avez envie, je renommerai le topic à un nom plus approprié
