
Ayant vu assez récemment la version de Philip Kaufman (bof) et celle Oliver Hirschbiegel (pas mal), j’ai tenté désormais celle d’Abel Ferrara, unique commande de studio fait par le cinéaste de Bad Lieutenant. À l’instar d’Invasion, la Warner avait bien mis des bâtons dans les roues au réalisateur pour y imposer ses conditions à la con (notamment d’avoir zappé toutes les références à la première guerre du Golfe). L’histoire change considérablement puisque l’action se situe désormais dans une base militaire en Alabama, lieu idéal pour confondre les vraies personnes des fausses, avec cette uniformisation des caractères propre à l’armée. Très B dans l’esprit, le film ne propose aucunes stars au générique puisque les rôles principaux sont tenus par Gabrielle Anwar, Terry Kinney et Billy Wirth. Avec dans des seconds rôles tout de même Forest Whitaker (tout svelte mais bien allumé), R. Lee Ermey (en général gueulard moustachu) et Meg Tilly (en mode naked full frontal).
Allant directement dans le fond du sujet (le film ne dépasse pas l’heure et demi), Ferrara installe rapidement son atmosphère paranoïaque en impliquant une famille dans cette histoire d’invasion (le père, la belle-mère, le petit frère qui découvre l’invasion en premier et la fille rebelz). Une cellule familiale qui va être brisée irrémédiablement comme en témoigne cette séquence maîtresse où l’héroïne Marti met en joue son père et décide de l’abattre sans avoir la certitude qu’il soit le vrai ou non. Alors que Ferrara voulait que le père soit bien lui, la Warner décida d’adoucir nettement le tout en faisant de ce dernier un alien. La scène n’a donc plus du tout le même impact, en plus d’être incohérent avec le reste puisqu’on ne sait pas comment le père a pu se faire avoir. Ah les ellipses foireuses ! De même la fin est assez bancale et clairement expédiée avec les héros qui reviennent faire tout péter comme si le studio trouvait que ça manquait de spectacle pyrotechnique. Au moins on évite le happy end d’Invasion mais il faudrait sérieusement que la Warner arrête de pourrir les adaptations du roman de Jack Finney.
