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Version complète : Mad men
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kea
Salut les serial watchers. smile.gif
Bon, ma recherche n'ayant rien donné sur cette série, hormis quelques posts isolés et un peu anciens (et plutôt mi figue mi-raisin), je me permets. (même si je suis un peu à la bourre sur l'actu, comme d'hab)
Je précise que je ne suis sans doute pas au top pour faire une étude approfondie, vu que je n'ai vu que le premier épisode, mais que je sache, il n'a jamais été nécessaire en ces lieux d'avoir vu un truc pour en faire des pages entières. ^^ (au moins, c'est sorti. icon_mrgreen.gif )

Or donc, hier soir, je promenais un morne ennui sur mes DD, passant d'un truc à l'autre sans m'attarder(un peu refroidi par un black snake moan très décevant vu la veille) quand je suis tombé par hasard sur ce truc. j'en connaissais rien, sauf le pitch : "c'est sur des pubars des années 50, et il parait que c'est bien."
J'ai accroché dès le générique de début. Lorsque la fin est arrivé, j'étais fan hardcore.



Et donc, je vais vous expliquer pourquoi c'est absolument mortel. (avant même de mater la suite, on sait jamais, dès fois que ça retombe...Mais j'ai un doute, là quand même...)

Achtung, post chiant. (vous êtes prévenus)

Donc déjà c'est mortel, parce que les 50's aux US, c'est tout de suite une ambiance classe et jazzy, des nanas coiffées à la veronika lake en talons hauts, et des bars à whisky qui donnent envie.
C'est bien parce que les acteurs le font carrément, que ça a de la gueule, etc...

Mais ça tue pour une autre raison. Ca tue parce que c'est la série du moment.
L'expression peut être comprise de deux façons. En général, ça veut dire "le succès, le truc à la mode". On peut aussi le lire comme "le truc qui fait écho, en phase avec son temps".
Ici, les deux se croisent. Visiblement, la série a eu un petit succès critique (ça a gagné un prix, je crois. J'y connais rien, demandez à ceux qui savent...) Mais je pense que cette bonne réception vient du fait que la série touche à un point sensible. Bref, c'est le truc qui tombe au bon endroit, au bon moment. Et je pense que c'est volontaire, et maitrisé.
En fait, je crois que la série a été conçue/réalisée par des mecs qui savent de quoi ils causent (des pubars, donc....si quelqu'un pouvait confirmer...), et qui ont compris pas mal de choses. C'est une série dont le concept n'est pas innocent, et qui a une vraie portée politique et idéologique. Carrément.
Ici, la forme a été soigneusement choisie pour servir le fond. Par un chemin détourné (méthode de pubard), pour atteindre une efficacité maximum (méthode de pubard)...Les années 50, l'âge d'or américain et l'économie de marché triomphante....tout ceci n'est pas choisi au hasard, au moment ou l'économie de marché est en train d'être assassinée et mangée par ses enfants, où le rêve américain bat sérieusement de l'aile, ou la crise économique est de retour...
Le tout est décrit de manière très crue. Le côté impitoyable de la compétition est bien présent, sans parler du cynisme du milieu. C'est très fort. Commencer la série par les clopes, c'est taper fort. C'est très malin, ça accentue le gouffre qui s'est créé entre cette époque pas si lointaine et aujourd'hui (au niveau santé, publicité, idéologie, cinéma...) Si les épisodes suivants sont de ce niveau, c'est juste la meilleure série que j'ai vue depuis très longtemps. Du travail de pro.



Qu'est-ce qu'un pubar ?
En france, le milieu de la pub est infesté de deux espèces de nuisibles, qui restent cependant moins dangereuses que la minorité moins visible. Ces deux engeances dominantes (quantitativement) sont les abrutis et les connards.
1) L'abruti : l'abruti se prend pour un artiste. Il se définit lui-même comme un "créatif", et se retrouve majoritairement dans la photographie, la vidéo, le graphisme, etc...L'abruti est persuadé d'avoir la flamme, et de ringardiser Goya en photographiant des nanas à poil surmaquillées devant un pot de yoghurt. Il faut noter que l'abruti peut posséder les connaissances et le savoir-faire d'un véritable artiste, sauf qu'il n'exprime pas. Il vend de la lessive. En réalité, son métier, c'est putain, mais il est trop bête pour s'en rendre compte ou le reconnaitre, et se prend pour un vrai artiste (ou se drogue pour maintenir l'illusion)
2) Le connard : Le connard est un philosophe refoulé qui ne s'est pas remis de l'échec et de la mort de la philosophie. Trop faible et accro à la coque et aux putes pour se faire ascète, trop médiocre pour prendre acte de l'échec de la raison, il s'est tourné vers la communication et a cru y découvrir une explication intégrale du monde. Il est entré en communication comme on entre en religion, et se prend pour un initié au grand mystère. Son boulot principal, c'est de vendre les travaux des abrutis en prenant un air mystérieux et inspiré. Dans le fond, le connard est un grand frustré, car s'il aime se faire passer pour celui qui a tout compris, il est parfois assez lucide pour se rendre compte qu'il a raté le train. (du coup il boit. des trucs chers. beaucoup.)



Ceux-ci occupent le devant de la scène car ils sont nombreux, bruyants, et envahissants. Cependant, leur dangerosité reste assez limitée (et surtout définie par leur omniprésence) Mais ce ne sont pas de vrais publicitaires. Ce ne sont que des sous-fifres, des exécuteurs de basses-oeuvres, des ouvriers qui se la racontent.
Car la publicité, ce n'est sans doute pas de l'art (quoique, ça dépend de la définition qu'on lui donne), ce n'est certainement pas de la philosophie (c'te blague).
La pub, la vraie, c'est surtout de la psychologie.
Un pubar, un vrai, est un psychologue. Quelqu'un qui a une très bonne compréhension de la structure mentale des individus, des groupes, et des sociétés. Ceux-là sont plus discrets, moins nombreux, et beaucoup plus dangereux.

Le but de la pub, c'est de créer une cohérence inconsciente. un univers fermé qui fait écho à l'expérience sensitive du receveur et l'enferme dans un raisonnement fonctionnant en vase clos. (les crétins prennent ça pour une imagerie...hu hu hu...)
Disons plutôt quelque chose comme un anneau de moebius.
Des exemples ? Ok, on a qu'à prendre le über-célèbre. C'est facile.

Cow-boy marlboro. C'est bien basique, et plutôt grossier (un vrai travail d'abruti chanceux). Aventure, liberté, USA, vie rude et dangereuse, male attitude qui sent le crottin. -> Fumer c'est dangereux, mais je suis un vrai dur qui risque tout et qui fait ce qu'il veut (surtout si c'est dangereux et que ça gratte). La clope comme déclaration de liberté et d'indépendance rebelle. (ouais, les vrais pubars ont un humour tordu, aussi...)

Toutirikiki omomicro : plus fin, plus traitre. On a reproché à la pub d'insulter son public. Vrai, mais faux, car il y a mise en abîme. la pub se moque aussi d'elle même, des autres pubs du secteur qui elles-mêmes prennent le public pour des cons. Ca crée une connivence, un second degré, une abstraction, et donc une adhésion. Le concept mis à nu. Difficile de passer derrière sans s'enfoncer. carton historique.

Vous êtes l'une des plus grosse marques du monde ? Votre produit est copié par des milliers de prétendants ? Un mot un seul suffit à vous définir comme le leader historique, à vous placer comme l'évidence incontestable, à vous donner une intemporalité indépassable en plaçant définitivement tout concurrent derrière vous, le tout en assénant l'ORDRE à l'acheteur de préférer votre produit. Always coca cola. (Imbattable. du pur génie)

Sinon y'a la mise en abîme par la pub qui devient l'évènement en soi (levi's et autres....pas vrai les consoleux ?^^ )

etc etc...

Bref, pour en revenir à Mad men, la série applique de façon plutôt efficace ce genre de concept. C'est carrément le procès de toute une époque. Présenter les années 50 et la capitalisme triomphant aujourd'hui, c'est forcément provoquer une comparaison, voire un procès. Ca fait écho, forcément, c'est la matrice. Et la série n'y vas pas avec le dos de la cuiller. Machisme, antisémitisme, cynisme, on a droit à la totale. J'ai peur d'être déçu par la suite, mais vu comment c'est parti, ça peut virer au brulot d'une violence rarement atteinte. (qui produit ce truc ?)
Bien entendu, ça attaque de biais, et c'est pour ça que ça marche. bien entendu, ça crée une connivence avec le spectateur, en lui faisant croire qu'il est intelligent parce qu'il comprend l'allusion (le coup des représentants du tabac qui toussent...)
Bref, on applique les techniques en les disséquant.
C'est très fort.
Je vous laisse, j'ai le second épisode à mater avant d'aller dormir. icon_mrgreen.gif
Lurdo
CITATION(kea @ 03 6 2008 - 01:08) *
Mais ça tue pour une autre raison. Ca tue parce que c'est la série du moment.
L'expression peut être comprise de deux façons. En général, ça veut dire "le succès, le truc à la mode". On peut aussi le lire comme "le truc qui fait écho, en phase avec son temps".
Ici, les deux se croisent. Visiblement, la série a eu un petit succès critique (ça a gagné un prix, je crois. J'y connais rien, demandez à ceux qui savent...)


Gros succès critique. C'était la série plebiscitée par tous les critiques séries aux States. Limite érigée comme meilleure série du monde de la saison.

Aidé en cela par le statut d'outsider de la chaîne qui produit. (AMC)

Et par le passif du créateur du show.

CITATION

Mais je pense que cette bonne réception vient du fait que la série touche à un point sensible. Bref, c'est le truc qui tombe au bon endroit, au bon moment. Et je pense que c'est volontaire, et maitrisé.
En fait, je crois que la série a été conçue/réalisée par des mecs qui savent de quoi ils causent (des pubars, donc....si quelqu'un pouvait confirmer...), et qui ont compris pas mal de choses. C'est une série dont le concept n'est pas innocent, et qui a une vraie portée politique et idéologique. Carrément.
Nope, Matthew Weimer, le créateur et scénariste principal de la série, est un scénariste pur jus, issu de l'école des Sopranos, et n'est pas - à priori, de ce que l'on en sait - un pubar. Mais cela n'empêche pas qu'il a peut-être bien fait son travail de documentation.

CITATION

Ici, la forme a été soigneusement choisie pour servir le fond. Par un chemin détourné (méthode de pubard), pour atteindre une efficacité maximum (méthode de pubard)...Les années 50, l'âge d'or américain et l'économie de marché triomphante....tout ceci n'est pas choisi au hasard, au moment ou l'économie de marché est en train d'être assassinée et mangée par ses enfants, où le rêve américain bat sérieusement de l'aile, ou la crise économique est de retour...
Le tout est décrit de manière très crue. Le côté impitoyable de la compétition est bien présent, sans parler du cynisme du milieu. C'est très fort. Commencer la série par les clopes, c'est taper fort. C'est très malin, ça accentue le gouffre qui s'est créé entre cette époque pas si lointaine et aujourd'hui (au niveau santé, publicité, idéologie, cinéma...) Si les épisodes suivants sont de ce niveau, c'est juste la meilleure série que j'ai vue depuis très longtemps. Du travail de pro.

(...)

Bref, pour en revenir à Mad men, la série applique de façon plutôt efficace ce genre de concept. C'est carrément le procès de toute une époque. Présenter les années 50 et la capitalisme triomphant aujourd'hui, c'est forcément provoquer une comparaison, voire un procès. Ca fait écho, forcément, c'est la matrice. Et la série n'y vas pas avec le dos de la cuiller. Machisme, antisémitisme, cynisme, on a droit à la totale. J'ai peur d'être déçu par la suite, mais vu comment c'est parti, ça peut virer au brulot d'une violence rarement atteinte. (qui produit ce truc ?)


Je vais pas répêter ce que j'avais déjà dit sur le show à l'époque - vu que tu as déjà du le lire si t'as farfouillé dans le forum - mais c'est précisément ce que je n'ai pas aimé avec la série. Ce côté brulôt/ sans nuances / tout le monde est pourri / détruisons une période habituellement vénérée par l'Amerique...
C'est tellement appuyé que ça vire presque à la caricature. Limite si les mecs et femmes de Mad Men ne sont pas tous des Jim Profit, sans aucun personnage moins torturé pour faire un contrepoids.

Donc nan, j'aime toujours pas Mad Men. En plus, c'est souvent très mou, donc ça aide pas.
thedeparted
Spoilers minimes.

Je viens de finir la saison 1, j'ai beaucoup aimé, mais je n'ai pas adoré. Explications : la série n'invente rien. On a droit à des intrigues principales professionnelles, autour de campagnes de pub, où on comprend rapidement que les maîtres du monde de la pub, hormis les patrons qui ont de la bouteille, l'art de la guerre et un tant soit peu de jugeotte, sont des connards finis qui trompent leur femme, boivent pas que de la Vittel, etc. On a ensuite droit à des intrigues secondaires et c'est un peu là que le bas blesse dans le sens où on a droit à un mix de tout ce qu'on a déjà vu ailleurs... Alors j'ai reconnu dans le lot du Soprano (notamment pour les personnages de Carmela et Vito qui sont quasi repris comme tels, si vous voyez ce que je veux dire, y a même plein de séances chez le psy) bien sûr, du Brotherhood, un peu, et je dis bien un peu, de Desperate Housewives, du Profit en effet et la liste continue. L'originalité vient du contexte, 1960, la fin des soit-disantes illusions (j'ai jamais cru qu'on pouvait tous être heureux seulement 10/15 ans après avoir vécu l'Holocauste, la Guerre et 2 bombes atomiques mais bon, il paraît qu'avant c'était mieux).

Et rien qu'à cette courte description, on comprend pourquoi les critiques adorent : on les brosse dans le sens du poil avec une série où dès le générique (exceptionnel, ça en revanche y a pas à dire, classique, simple, musique superbe), on met le boulot des commentateurs, des critiques, des publicistes au centre du monde, même la politique ne tourne qu'autour d'eux qui ont conscience d'être les esclaves torturés d'une société de consommation qui ne les rend pas plus heureux. Pas étonnant que chacun crie au chef d'oeuvre, ça renvoie directement aux connards de critiques qui spoilent l'intégralité d'un film avec une complaisance et une ironie mal placée en pensant être au dessus de la masse.

Je trouve ça assez hypocrite, car parler de Mad Men comme de la meilleure série de l'année (Et pan The Wire, droit dans le... encore une fois!) c'est n'avoir pas regardé HBO et Showtime depuis 10 ans. C'est aussi pour ça que la saison 2 sera importante, on verra si la série ose ou non dénoncer ceux qui la soutiennent aveuglément. (Ca me rappelle les critiques qui militaient pour Lost In Translation pour les Oscars 2004, "ouais un des plus beaux films jamais faits, etc, etc, parce que le film reprend tel quel (selon moi je précise) une esthétique et une intrigue dignes de Vogue ou Jeune & Jolie en rajoutant un ethnocentrisme, un égocentrisme et un spleen en plastique juste vomitifs (je répète, ça n'engage que moi).)


Mad Men n'invente strictement rien, mais fait bien ce qu'on lui demande. Est-ce que ça a la fulgurance des premières saisons des Soprano ? Non. Est-ce que c'est aussi bien écrit qu'un Brotherhood ou un The Wire ? Non clairement pas non plus. Est-ce que ça a la malice critique d'un Profit ? Allons, soyons sérieux. Mad Men n'est finalement qu'un mélo où chacun joue son rôle, héros désabusé mais responsable, patrons philosophes et volages, femmes trompées dépressives, vitriol jeté contre des politiques et grandes marques (on cite des marques et des produits de l'époque toutes les 20 minutes environ, ça donne un cachet critique et authentique il paraît), etc., etc.

Vous allez finir par croire que j'ai pas aimé, mais non, je l'ai dit au début, j'ai beaucoup aimé. Pourquoi? Parce que bien que classique, c'est un drama bien écrit, avec des thématiques assez larges dès lors qu'on ne tombe pas dans le cynisme automatique que je décriais plus haut et surtout parce que c'est exceptionnellement interprété.

Je ne connaissais pas Jon Hamm, l'acteur principal, mais il est juste hallucinant de justesse dans son rôle avec son allure de Christopher Meloni classe et éduqué. Le reste du casting est au diapason, bien que j'émette toujours un bémol puisque hormis Don Draper (et admettons-le son assistante Peggy très bien aussi), les autres acteurs ont des rôles tout tracés déjà vus ailleurs (l'arriviste malheureux, le collègue rigolo et cynique qui en fait aime sa femme comme sa propre vie, celui qui a une âme d'artiste mais qui perd son temps à faire de la pub...) ce qui donne néanmoins envie de connaître la suite pour savoir si la série rentrera dans l'élite du genre ou restera uniquement plébiscitée par ceux qui y voient un reflet de leur imaginaire magnificence. A suivre.
LMD
Tiens kea, tu devrais mater ce filmicon_mrgreen.gif
Je serais curieux de voir quelques épisodes de cette série...

(Et sinon k. quand tu reviens, tu nous diras si t'es un "abruti" ou un "connard" Moi c'est la deuxième catégorie. icon_mrgreen.gif )
simidor
Les débuts étaient sympas, pas exceptionnels mais j'aurais pas arrêté de regarder même si c'était très moyen sur le fond, il suffit qu'on me montre quelque chose de cette époque pour que j'aime bien. Finalement j'ai bien fait de rester, ça le fait de plus en plus. Loin d'être la meilleure série de ces dernières années et pas très innovante, mais assez intéressante et bien faite pour tenir en haleine pendant quarante minutes et vouloir voir la suite. Et puis Jon Hamm a assez de charisme pour porter la série (et le perso est très bien écrit), Vincent Kartheiser se débrouille pas mal dans un rôle pas évident à rendre intéressant et la secrétaire de Don est à suivre.
thedeparted
J'ai vu la moitié de la saison 2, c'est meilleur que la 1. On a plus de psychologie de bazar, le personnage de Peggy est beaucoup plus développé, au point d'avoir des épisodes centrés sur elle, Don Draper est un connard et Vincent Kartheiser est bien plus intéressant. En fait cette saison propose des scénarios plus intéressants, des personnages secondaires récurrents et pas juste sur un ou deux épisodes, davantage de rivalité, et surtout moins de cynisme gratuit et de dialogues un brin pompeux... Bref c'est excellent! bluesbro.gif
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