Attention Spoiler Je n'écris pas beaucoup sur le site mais je ne pouvais pas ignorer la sortie d'un nouvel Indy.
Indiana Jones c'est un peu ce qui à l'origine de toutes mes passions ( cinéma, Histoire, voyages ). Ce sont des oeuvres que je chéris depuis que j'ai l'âge de voir des films ( j'ai du voir les 2 premiers Indy bien avant mon premier long métrage animé ! ). De fait, Dieu sait si j'attendais de découvrir, avec une impatience infantile, ce dernier opus en salle.
Evidemment, je suis déçu. J'attends trop de Indy, surtout après 19 ans d'absence. Je ne pouvais qu'être déçu. Mais cela ne m'empêche pas d'avoir aimé.
Il y a beaucoup de défauts c'est vrai ( spfx parfois foireux, situations quelquefois ridicules, personnages peu ou mal exploités, scénario plus que perfectible, touches d'humour pas toujours bienvenues,... ) mais il y a ( AMHA ) aussi de nombreuses qualités qui me permirent d'être captivé,enchanté par le spectacle offert par Spielberg.
Quoi qu'on en dise, j'ai trouvé la réalisation dynamique et inventive. De plus, certaines scènes m'ont semblée anthologiques ( le combat entre jeeps et sa chorégraphie millimetrée ) ou jouissivement sérialesques ( les fourmis bouffeuses d'homme ). Quand à certains plans, ils m'ont irremédiablement marqués la rétine ( Jones se relevant sur fond d'explosion nucléaire ).
Mais surtout, au delà d'un scénario brinquebalant, il m'a semblé que le film était thématiquement très riche et se rattachait aux oeuvres précédentes de Spielberg.
Le film se passe en 1957. La seconde guerre mondiale c'est terminée il ya 12 ans déjà. Et depuis les repères idéologiques sont brouillés ( comme c'est une constante chez Spielby depuis pas mal de temps ). Indy n'affronte plus le mal irréfutablement absolu que pouvaient représenter les nazis ou le fanatisme religieux des Thugs. Evidemment les soldats de l'escouade russe dirigée par Blanchett sont loin d'être des enfants de choeur mais on ne peut les comparer avec la cruauté des bad guys des deux premiers volets. Au contraire si les soviétiques ne sont pas sympas, les américains ne brillent pas non plus par leur sens de la démocratie.
Ainsi Spielberg nous montre une Amérique, celle de l'âge d'or des 50's en plus, qui, sous le vernis de l'insouciance ( course de voitures, rock à gogo,... ), sombre dans la paranoïa anticommuniste ( manifestation anti rouge à l'appui ) et traque ses propres héros.
D'ailleurs, en faisant de Indy ( un des héros les plus populaires du cinéma ) une des victimes de " la chasse aux sorcières ", le cinéaste semble rendre un hommage discret aux véritables icônes et pionniers du cinéma victimes de cette politique infâmante ( Charlie Chaplin dont le personnage Charlot représente à lui seul, comme Indy justement, une certaine idée du cinéma ).
Quand aux traîtres qui pactisent avec les communistes, ils le deviennent, paradoxe suprême, pour obéir à un objectif on ne peut plus capitaliste. Les barrières idéologiques sont alors on ne peut plus floues.
De fait, l'Amérique n'est plus un havre de paix pour Indy. Le fait que de nombreuses péripéties surviennent sur le territoire américain souligne bien ce glissement.
Dans le troisième volet, il est vrai que le début se déroulait dans l'Utah. Mais le réalisateur renvoyait alors l'Amérique fordienne des pionniers et des aventuriers. Ici le danger est insidieux, se glissant derrière la façade d'une Amérique heureuse, prospère et moderne.
Indy, dans le bar, fait d'ailleurs montre de son desarroi quand il avoue implicitement que le danger pourrait aussi bien venir du FBI que du KGB. De toute façon, terrible camouflet au délire sécuritaire, la bêtise paranoaïaque des fédéraux n'empêchent pas une dangereuse cinquième colonne russe de se déplacer tranquillement sur le sol US.
En 20 ans le monde a changé ( aussi bien dans le monde d'Indy que dans le notre ), les horreurs et les bouleversements du dernier conflit mondial sont passés par là.
L'Homme a acquis la bombe atomique, une arme plus dangereuse, peut être, que l'Arche d'alliance ou les pierres de Sankarah. Et comme le montre le début du film, l'humanité peut déjà enclencher de petits avant goût d'Apocalypse ( et elle manquera, de peu, de le faire 5 ans plus tard à Cuba ).
Spielberg montre un monde qui a les moyens de sa destruction. Destruction qui passe par l'anihilation pure et simple de la cellule familiale ( la ville de mannequins figés dans un bonheur factice, reflet de la famille et de la société idéale américaine, anéantie par le souflle nucléaire ). Cellule familiale très éclatée en ce qui concerne le Dr Jones aussi.
Le film évoque alors
La Guerre des mondes où déjà la famille se ressoudait plus forte que jamais après sa quasi extinction. Ici Spielberg l'évoque par un jeu de reflet entre l'explosion atomique ( destruction de la famille ) et le départ de la soucoupe ( recomposition de la famille ). Ainsi, pour se retrouver, l'Homme doit plonger dans le chaos. Et à l'issue de ce plongeon il retrouvera l'humilité nécessaire pour reconstruire son bonheur, son épanouissement et s'intégrer plus harmonieusement dans l'ordre naturel. De fait, dans les deux films, la victoire finale marque l'accomplissement de la Nature ( ici les eaux recouvrant l'Eldorado ).
Le métrage entier tourne autour de cette quête vers la sagesse. Au début "l'Homme est un loup pour l'Homme" ( c'était déjà le cas dans
La guerre des mondes ). Il sera le seul responsable de son extinction. Dans sa soif de pouvoir et de conquête, l'humanité se lance dans une course effrénée au savoir et aux progrès technologiques ( ce n'est pas un hasard si l'histoire se déroule la même année que le lancement de Spoutnik par les russes ) et ce même si elle doit dépasser certaines frontières ( les pouvoirs parapsychiques de Irina ). Course à la connaissance qui pourrait être fatale comme c'est le cas pour Irina ( évocation du défi technologique lancé par les deux superpuissances et qui dégénera en une monstrueuse course aux armements les plus destructeurs ). Ainsi, comme dans le premier volet, la volonté de déchiffrer les savoirs les plus précieux pourrait se réveler être un piège des plus pernicieux.
Le film montre aussi, par contre, l'aboutissement de la quête mystique de Indy qui, après cotoyé ses plus puissants artefacts, rencontre enfin le " Démiurge " qui créa la civilisation humaine ( à fois la simple E.T et dieu précolombien ). D'ailleurs, pour pousser plus loin ce raisonnement capillotracté, le fait que les 12 E.T ne forment qu'Un évoquent aussi bien les avatars de Vishnou dans la religion hindouiste que le concept chrétien de la Sainte Trinité ( tiens, tiens deux religions que Jones avait déjà rencontré auparavant ). Ainsi ce quatrième volet ne marque pas tant une rupture qu'une continuité.
Dans ce film les E.T retrouvent le rôle qui étaient le leur dans
Rencontres du Troisième type. Ils ne sont plus les envahisseurs sanguinaires de
La guerre des mondes ( en même temps, dans un film se moquant de la terreur anti coco, normal que le danger ne vienne pas de la " planète rouge "

) mais les créatures qui apportent des bienfaits. Reste à l'Homme de savoir les utiliser à bon escient.
L'approche mythologique de Spieberg ne s'arrête pas à cela. Ainsi, alors qu'il a souvent interrogé l'identité même de l'Amérique, il s'amuse ici à jouer doublement avec les légendes de ce continent.
Tout d'abord il évoque l'amérique des origines. Celle des grands empires amérindiens. Il nous invite à un voyage qui part des mystéres de Nazca jusqu'à la légende fondatrice ( du mythe si américain- de la Californie aux garimpeiros brésiliens- de la ruée vers l'or ) de l'Eldorado et dans laquelle s'immisce une des figures légendaires de l'Amérique post-colombienne ( Francesco de Orellana ). D'autres figures légendaires, beaucoup plus modernes, de l'Amérique Latine sont parfois évoquée ( Jones, dans le film, affirme avoir cotoyé Pancho Villa ).
Mais le cinéaste s'interesse aussi aux légendes plus contemporaines de son propre pays ( Roswell et la Zone 51 ). Cette démarche s'accompagne chez Spielberg d'un renvoi à la cinématographie américaine des 50's ( les films de James Dean,
L'équipée sauvage, les " saucers " des films de SF ) dont les images évoquent, encore, un certain " âge d'or " ( donc quasi mythique ) de la culture de ce pays.
Ainsi, même si le film est très imparfait, je l'ai trouvé suffisamment riche pour me captiver plus de deux heures durant.
J'espère que vous serez indulgents avec cette bafouille un peu embrouillée.
4,5/6
PS : Les critiques que j'apprécie le plus ( Bordas, Dahan, Moïssakis ) n'ont pas aimé alors que Serge Kagansky ( que je ne supporte pas ) l'a encensé... Et ça, " ça me fend le coeur "