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Version complète : Gustav et l'Univers
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Flying Totoro
Comme le titre l'indique c'est un topic sur le plus cosmique des compositeurs, le bien nommé Gustav Mahler (toutes les vannes sur le nom de Mahler sont ©Astuce Mario, il m'a forcé à les rajouter l'enculé).


"the symphony should be like the world: it must embrace everything"

Si Gustav est désormais passé à la postérité et que sa musique est actuellement plus jouée qu'elle ne l'a jamais été, le monsieur a cumulé les emmerdements et les désastres personnels à un point assez hors du commun. Dans les grandes lignes : second d'une famille de 14 enfants, il voit 8 de ses frères et sœurs mourir avant d'arriver à l'âge adulte (sa fille mourra également en bas âge). Ensuite il était juif, ce qui n'était déjà pas commode dans la Vienne plutôt antisémite du XIXè, à tel point qu'il est rapidement obligé de se convertir au catholicisme (de plus la loi de l'époque interdisait à un juif de diriger l'opéra de Vienne, poste qu'il a longuement occupé). Sa vie sentimentale est une longue série d'amours impossible ou à sens unique ou qui se terminent super pas bien. Il est obligé de diriger l'opéra pour vivre, chose qu'il ne fait pas de gaieté de cœur, préférant de loin la composition. Enfin son oeuvre fût à la fois très controversée et souvent méprisée de son vivant, tomba presque dans l'oubli pendant près de 5 décennies après sa mort avant d'être redécouverte vers le milieu des années 50.



Ca c'est un dessin paru peu après la première de la symphonie No.1 de Gustav. Et s'il vous semble qu'un sauvage tape comme un gros bourrin sur une timbale pendant que Mahler lui même souffle dans un cuivre gigantesque déversant des animaux tichoux issu de la forêt sur un public outré, et bien c'est un peu l'idée.
Car ouais, ça s'est pas bien passé.
Dès le début c'était mal barré en fait parce que pesonne voulait la jouer. Ce qui a vachement surpris Mahler qui pensait avoir écrit un truc au contraire extrêmement agréable à l'écoute, mélodieux et facile d'accès. Seulement voilà, bien que Mahler n'ait que 25 ans à l'époque, il était très connu et plutôt respecté en tant que chef d'orchestre. Donc finalement il a réussi à la placer.
Et donc elle s'est faite déchirer. Parmi les choses qui lui sont reprochées : la présence de la nature (et là en tant que Totoro je m'insurge ! TROP DE NATURE ??? ET UN CHÈNE TROIS FOIS CENTENAIRE DANS TON FION DE BALTRINGUE, C'EST TROP DE NATURE AUSSI ????). Car oui Mahler, poussant le romantisme dans ses derniers retranchements, a conçu cette symphonie comme une fusion avec la Nature, un truc tumultueux et fougueux, allant jusqu'à figurer le chant des oiseaux par les instruments à vents.
Aujourd'hui c'est l'une des plus jouée et elle est effectivement reconnue comme une entrée en matière plutôt smooth dans l'univers de Mahler.

Et ça c'est le somptueux premier mouvement (c'est live mais ça vaut le coup de supporter les quelques bruits du public)

Un Mahler n'arrivant jamais seul (Astuce tu crains...), Kirill Kondrashin mourut d'une crise cardiaque dans sa chambre d'hôtel quelques heures après ce concert.

Qui, à part l'infâme plombier à moustache, n'arrive pas à imaginer à l'écoute de ce morceau le soleil se levant sur une forêt que l'on devine tichoux mais aussi mystérieuse et qui révèle peu à peu la vie qu'elle contient ?

(to be continued)

EDIT:

Les enregistrements qui butent : Bernstein/RCO (DG) ou, un peu plus ancien mais le son tient très bien la route Kubelik/BRSO (Dg aussi).
Live y a le Kondrahin/NDR dont vient mon extrait (Je sais plus, c'est un petit éditeur je crois mais j'ai rangé le cd...) ou l'autre enregistrement de Kubelik/BRSO (Audite). Y a un peu de souffle sur ce dernier et on entend un peu le public sur le Kondrashin mais dans un cas comme dans l'autre : putain quelle intensité !
Sil il vous faut absolument un truc enregistré il y a moins de 10 ans et bien heu... Je sais pas... Chailly/RCo (Decca) peut être mais c'est fade comparé à ceux cités au dessus...
tonton
ça sent le topic very successful tellement il est tichou.
(je télécharge, j'écoute, et zou. J'ai beau kiffer Mahler, je connais finalement très mal)
Poltermok
Sur Malher, le film MORT A VENISE est splendide et donne bien une idee de ce qu'etait sa vie (mais sinon, je ne connais pas bien, a part le splendide morceau qui baigne tout le film).
LMD
Gustav, Univers...
Etant une grosse bique en musique classique, je me suis dits "Tiens, ça me fait penser à la fin de The Yards cette affaire".
Bon perdu, le morceau en question s'appelle Saturn et est bien composé par un Gustav... Holst (Dont j'apprends que la compo les Planétes -et le morceau Mars- aurait pas mal influencé le théme de Star Wars).

Sinon on apprends des choses et comme le fait remarquer Poltermok, Le personnage principal de Mort à Venise est basé sur Gustav Mahler et librement inspiré de sa vie.
Yoshiki
Moi, aussi, j'ai lu Gustav et Univers, j'ai pensé à Holst, salaud de Totoro, t'aime bien teaser les gens pour les mythonner derrière (en fait Apple, c'est de la merde c'est ça?).

Enfin, le Mars de Holst, Zimmer l'avait bien en tête lorsqu'il a composé son Barbarian Horde de Gladiator! Même Elfman a pioché dedans pour son Flash Theme.
Dirty Flichty
Bon du coup c'est un peu hors-sujet mais le film éponyme de Ken Russell est-il intéressant ?
(demande-t-il en sachant très bien que c'est typiquement le mec qui divise)

Sinon perso j'aurais plutôt fait un titre à base de Leerdammer mais tout le monde ne peut pas avoir ma créativité.
ouaisbiensur
Je suis arrivé à Mahler par ricochet, Bukowski le citant dans la moitié de ses écrits, je me devais d'y passer. Je connais très mal, en aimant ce que j'en ai entendu (un beau post défonçage de porte ouverte que voilà dis donc).
Flying Totoro
CITATION(Dirty Flichty @ 23 2 2008 - 14:55) *
Bon du coup c'est un peu hors-sujet mais le film éponyme de Ken Russell est-il intéressant ?
(demande-t-il en sachant très bien que c'est typiquement le mec qui divise)


Tous les films de Russell de cette période sont intéressants. Même si ça veut pas forcément dire entièrement réussi. Celui là tient plutôt la route mais laisse moi le temps de mettre la main sur ma copie et de faire des captures et on en reparle plus en détail.

Sinon Mort à Venise a grandement popularisé la musique de Mahler et le morceau auquel vous pensez c'est le 4è mouvement de la 5è symphonie. Et c'est en partie à cause de l'utilisation qu'en a fait Visconti qu'il est pris à contresens. Visconti l'utilise pour évoquer une mélancolie quasi infinie. Avant lui, Bernstein avait déjà connoté le côté oraison funèbre de ce morceau en le jouant lors des funérailles de Kennedy. Or, Mahler a envoyé la partition de ce morceau à sa future femme Alma en guise de déclaration d 'amour ! Généralement l'adagiettto est joué plus lent pour accentué sa dimension tragique mais joué à son tempo d'origine, ça sonne moins funèbre que fragile et absolu. Mais l'usage semble prévaloir : la plupart des enregistrements de cette symphonie que vous trouverez ont l'adagietto autour des 11 minutes et un maximum de pathos. Ca marche aussi très bien comme ça mais c'est pas le sens initial du morceau (par contre ça déséquilibre un peu la structure de la symphonie mais bon on en reparlera plus tard, faut que je file là icon_mrgreen.gif)
Corenaïr
Ach ! Totoro est passé de l'autre côté du Rhin ! Fais nous vite une bafouille sur Das Lied Von Der Erde ! (please)
Flying Totoro
Pour être moins dans le vague sur mon post précédent

L'adagietto version I love you so much

L'adagietto version je viens de perdre mes parents ma femme et mon chien le jour où j'apprends que j'ai un cancer

CITATION(Corenaïr @ 23 2 2008 - 18:10) *
Ach ! Totoro est passé de l'autre côté du Rhin ! Fais nous vite une bafouille sur Das Lied Von Der Erde ! (please)


Tout vient à ppoint à qui sait attendre (le bus)
tonton
CITATION(Flying Totoro @ 23 2 2008 - 18:07) *
CITATION(Dirty Flichty @ 23 2 2008 - 14:55) *
Bon du coup c'est un peu hors-sujet mais le film éponyme de Ken Russell est-il intéressant ?
(demande-t-il en sachant très bien que c'est typiquement le mec qui divise)


Tous les films de Russell de cette période sont intéressants. Même si ça veut pas forcément dire entièrement réussi. Celui là tient plutôt la route mais laisse moi le temps de mettre la main sur ma copie et de faire des captures et on en reparle plus en détail.

Sinon Mort à Venise a grandement popularisé la musique de Mahler et le morceau auquel vous pensez c'est le 4è mouvement de la 5è symphonie. Et c'est en partie à cause de l'utilisation qu'en a fait Visconti qu'il est pris à contresens. Visconti l'utilise pour évoquer une mélancolie quasi infinie. Avant lui, Bernstein avait déjà connoté le côté oraison funèbre de ce morceau en le jouant lors des funérailles de Kennedy. Or, Mahler a envoyé la partition de ce morceau à sa future femme Alma en guise de déclaration d 'amour ! Généralement l'adagiettto est joué plus lent pour accentué sa dimension tragique mais joué à son tempo d'origine, ça sonne moins funèbre que fragile et absolu. Mais l'usage semble prévaloir : la plupart des enregistrements de cette symphonie que vous trouverez ont l'adagietto autour des 11 minutes et un maximum de pathos. Ca marche aussi très bien comme ça mais c'est pas le sens initial du morceau (par contre ça déséquilibre un peu la structure de la symphonie mais bon on en reparlera plus tard, faut que je file là icon_mrgreen.gif)


(han, je suis pas d'accord avec ça)
(l'amour, la passion amoureuse sont source de mélancolie quasi infinie et renvoient directement à la mort, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un contresens, je crois même que c'est extrêmement bien utilisé dans le film de Visconti)
(après, que le tempo ait été ralenti, ça oui, mais je pense pas que ça change le sens du mouvement)
(AMHA)
Flying Totoro
CITATION(tonton @ 24 2 2008 - 11:13) *
(han, je suis pas d'accord avec ça)
(l'amour, la passion amoureuse sont source de mélancolie quasi infinie et renvoient directement à la mort, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un contresens, je crois même que c'est extrêmement bien utilisé dans le film de Visconti)
(après, que le tempo ait été ralenti, ça oui, mais je pense pas que ça change le sens du mouvement)
(AMHA)


Je veux bien que tu écoutes les deux morceaux que j'ai linké dans cet ordre là pour voir si t'as pas l'impression d'un énorme contraste dans ce qu'ils évoquent.
tonton
CITATION(Flying Totoro @ 24 2 2008 - 11:16) *
CITATION(tonton @ 24 2 2008 - 11:13) *
(han, je suis pas d'accord avec ça)
(l'amour, la passion amoureuse sont source de mélancolie quasi infinie et renvoient directement à la mort, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un contresens, je crois même que c'est extrêmement bien utilisé dans le film de Visconti)
(après, que le tempo ait été ralenti, ça oui, mais je pense pas que ça change le sens du mouvement)
(AMHA)


Je veux bien que tu écoutes les deux morceaux que j'ai linké dans cet ordre là pour voir si t'as pas l'impression d'un énorme contraste dans ce qu'ils évoquent.


c'est fait (j'ai écris le post précédent après avoir écouté) et je suis toujours d'accord avec moi-même
alors oui, il y a un contraste, mais (pour moi, AMHA) ça part toujours du même sentiment.
Waco
Comme à peu près tout le monde, je connais seulement par le biais de Mort à Venise (que j'ai même pas vu en plus mais j'ai le morceau qui traine sur une compile style "Quand le cinoche rencontre la zik qui fait kaboomtsointsoin !").
Je vais enfin pouvoir creuser le sujet (et m'attaquer à Russel par la même occasion car franchement, lorsque d'une pierre l'on peut faire 2 coups, pourquoi bêtement s'en priver?).
Flying Totoro
CITATION(tonton @ 24 2 2008 - 11:38) *
c'est fait (j'ai écris le post précédent après avoir écouté) et je suis toujours d'accord avec moi-même alors oui, il y a un contraste, mais (pour moi, AMHA) ça part toujours du même sentiment.


'Tain la tendresse moi je la cherche au microscope dans l'interprétation de Bernstein icon_mrgreen.gif




Mais tout de suite, la suite !




"Je viens de terminer ma Huitième Symphonie. C’est la plus grande de toutes celles que j’ai composées jusqu’ici. Elle est si originale de contenu et de forme que je ne saurais jamais vous la décrire. Imaginez que l’univers se mette à résonner et à retentir. Ce ne sont plus des voix humaines, mais des planètes et des étoiles qui tournent.". Gustav Mahler.

Les 8è symphonie c'est toujours la classe.
Pour Shostakovich, c'est sa meilleure.
Pour Bruckner, c'est sa meilleure.
Pour Beethoven c'est... Heu... Non rien en fait....
Et ben pour Mahler c'est gigantesque.

Gigantesque au sens littéral pour commencer car pour la jouer il vous faut :
▪ 3 sopranos
▪ 2 altos
▪ 1 ténor
▪ 1 baryton
▪ 1 basse
▪ un choeur de 850 personnes (dont 350 enfants)
▪ un orchestre symphonique de 171 pièces dont un gros orgue
▪ un chef d'orchestre
Ce qui vous fait 1030 personnes sur scène lors de la première et lui a valu le surnom de Symphonie des mille.



Les 1068 interprètes de la symphonie lors de la première new yorkaise


Je laisse le soin de détailler les deux parties qui la compose à Wikipedia :

CITATION
La première, Hymnus: Veni, Creator Spiritus, qui est un arrangement d'un hymne latin médieval de Hrabanus Maurus, dure généralement entre 25 et 30 minutes. Une des trois soprano solistes n'intervient pas dans ce premier mouvement. Celui-ci est presque exclusivement vocal, l'hymne étant chanté principalement par les chœurs.
La seconde partie Schluss-szene aus "Faust" dure approximativement une heure (Elle est donc plus longue que beaucoup de symphonies entières). Le texte est extrait de la scène finale du Faust de Johann Wolfgang von Goethe. Elle est parfois considérée, à cause des nombreuses interventions des chanteurs solistes, plus comme une cantate que comme une symphonie. La musique ne comporte pas d'interruption, mais elle peut néanmoins être divisée en trois sections correspondantes aux trois derniers mouvements d'une symphonie classique : La première section se compose d'un lent adagio, la deuxième d'un scherzo, et la dernière est un finale rapide et animé.


Ouais c'est du lourd. Evénement quasi inédit dans l'histoire de Mahler, la symphonie fût un succès immédiat et foudroyant, la première se terminant sous plus de vingt minutes d'applaudissements et de hurlements.

Et ça c'est la fin du second mouvement

(le texte, traduit en anglais)

DOCTOR MARIANUS AND CHORUS
Look up to the redeeming sight,
All you who repent,
That tries to bring you
To a blessed fate.
That every better sense
May serve you;
Virgin, Mother, Queen,
Goddess, be gracious to us!


CHORUS MYSTICUS
All that passes away
Is only a likeness;
The inadequacy of earth
Here finds fulfilment;
The ineffable
Here is accomplished;
The eternal feminine
leads us up.


Forcément avec de telles exigences matérielles, elle est pas jouée toutes les 5 minutes mais l'orchestre national de France fétant ses 40 ans cette année, ils ont décidé de la jouer à Bercy. C'est Jeudi 6 mars à 20h30 et c'est Christof Eschenbach qui dirige (et il reste des places visiblement si le cœur vous en dit). C'est visiblement fréquent quand y a un grand anniversaire ou le départ d'un chef de jouer une 8è de Mahler (Rattle l'a fait avant de quitter l'Angleterre pour rejoindre le philharmonique de berlin, Haitink l'a fait avant de quitter le Concertgebouw, Maazel le fera l'année prochaine pour dire adieu au philharmonique de New York)
tonton
(monstrueuse, la toff !!!)
(et dire que j'avais été impressionné par le dispositif mis en place pour Alexander Nevsky !!!)
(et la huitième symphonie de Beethoven, c'est pas pour faire chier, mais perso je la trouve mortelle)


Bon, là, je dois dire que je ne connais pas du tout la huitième de Mahler, et le morcif que t'as mis, il me foudroie le slip.
Je va essayer de me pécho ça.
(un enregistrement en particulier à conseiller?)
Flying Totoro
CITATION(tonton @ 26 2 2008 - 19:29) *
(et la huitième symphonie de Beethoven, c'est pas pour faire chier, mais perso je la trouve mortelle)


Ouais mais tu irais dire que c'est un des sommets de sa carrière ? Genre du niveau de celle qui suit ou des trois qui précède ?

CITATION(tonton @ 26 2 2008 - 19:29) *
Bon, là, je dois dire que je ne connais pas du tout la huitième de Mahler, et le morcif que t'as mis, il me foudroie le slip.
Je va essayer de me pécho ça.
(un enregistrement en particulier à conseiller?)


Si tu veux un son absolument impeccable je dirais que ça se joue entre Seiji Ozawa/BSO (dont est tiré mon extrait mais le skeud est épuisé, PHILIPS), Giuseppe Sinopoli/Philharmonia (mais je suis pas sur que ce soit vendu en dehors du coffret de l'intégrale, ce qui serait pas cool parce que Sinopoli a grillé plus de symphonies qu'il n'en a réussi, DG), Claudio Abbado, BPO (DG) et Riccardo Chailly/RCO (un chouilla plus calme et sereine que les autres et quel son ! DECCA ou LONDON je ne sais jamais mais il ne l'a enregistré qu'une fois). La version Bertini/Koln RSO est vachement bien mais pas dispo hors du coffret (EMI). Sinon j'ai découvert récemment Colin Davis/BRSO qui est absolument mortel et pas cher (RCA). Super orchestre, incroyables solistes masculins, super son, très tichoux.

Un chouilla en dessous niveau qualité de son mais sonnent très bien quand même et les interprétations claquent : les deux enregistrements de Rafael Kubelik avec le BRSO (Live chez Audite, studio chez DG mais pas dispo en dehors de l'intégrale je pense), Leonard Bernstein/LSO (un enregistrement de la fin des sixites mais superbement remasterisé et définitivement puissant, SONY) ainsi que Leonard Bernstein/VPO (live, DG). Et un truc peut être un peu trop bourrin mais éminemment sympathique Georg Solti/CSO (enregistrement studio de 1971 remasterisé sa race, DECCA Legends - et là fait gaffe parce que lui l'a réenregistré et le second essai est nettement moins concluant).

En cas de curiosité teintée de masochisme, le live Jascha Horenstein/LSO, totalement mystique, mais avec le public qui tousse à côté du micro (BBC Legends).

Enfin à fuir Nagano/Berlin RSO (Harmonia Mundi) qui cumule chanteurs peu concernés (le tenor est même carrément crispant), des choix de tempis d'une mollesse impardonnable et un son d'orgue pas très naturel. Si je vous dit qu'en plus il est vendu super cher (y a deux disques alors l'éditeur a du se dire qu'il fallait doubler le prix d'un cd normal !), vous saurez quoi ne pas acheter de toute urgence...

EDIT : quelques rajouts...
Waco
CITATION(Flying Totoro @ 26 2 2008 - 17:58) *
(...)

Les 1068 interprètes de la symphonie lors de la première new yorkaise
(...)

Habituellement, je suis pas trop musique de chambre mais là pour le coup, je me dis "why not?" (car comme le veut l'adage, qui ne tente rien à l'arrivée, n'est rien au départ).
Flying Totoro
CITATION(Waco @ 26 2 2008 - 21:59) *
Habituellement, je suis pas trop musique de chambre mais là pour le coup, je me dis "why not?"


Laisse toi tenter par la musique minimaliste !

Tiens une petite video du dernier concert de Rattle à Londres (c'est le début de la symphonie) : matte un peu le truc !

L'ONF a été obligé de faire le concert à Bercy parce que l'Elysée Montmartre et la Maroquinerie étaient bookés et que le Gibus est devenu une boîte de nuit !
tonton
(non, là je suis d'accord, la huitième symphonie de Beebee n'est pas un des sommets de sa carrière, mais je la kiffe quand même, je la trouve complémentaire à la 7ième)

la vache, le mur de son sur la vidéo !!! (si on regarde bien, il y a quelques perruques qui volent au premier rang)

(et c'est noté pour les références, merki)
Flying Totoro
"Est ce qu'on peut supporter d'écouter ça ? Est ce que les gens ne se suicideront pas après ?"
Question de Gustav Mahler à son ami et élève Bruno Walter



La vie de Mahler se barrait déja en couille à l'époque de la 8è symphonie mais justement sa symphonie est au delà de ça. Si elle a des moments d'angoisse, on reste dans l'affirmation de la vie et de la rédemption à travers l'idéal féminin1 Mais après rien ne va plus.

Mahler voit sa fille ainée mourir d'une maladie. On lui diagnostique un problème cardiaque qui le coupe de son activité favorite (les ballades en pleine montagne au cœur de la nature) et qui lui annonce une mort prochaine. Bref pas glop.

Et au cas où ce ne serait pas suffisant, Mahler a composé 8 symphonies, ce qui implique, si vous êtes plus doués en maths qu'Astuce Mario, que la suivante c'est la 9è. Or il y a une grosse superstition dans la musique qui est qu'on ne peut pas atteindre la 9è. Pourquoi ? Et bien parce que Beethoven a brisé nombre de règles avec sa 9è symphonie et qu'il est mort juste après, pour en payer le prix. Oui ça sonne zarb comme superstition mais Mahler était pas le seul atteint. Bruckner a eu exactement le même problème (et il est mort après celle qui porte le numéro 9 icon_mrgreen.gif). Du coup Mahler refusera de numéroter cette symphonie et la baptisera Das Lied von der Erde (le chant de la terre) mais c'est vraiment pour tromper le sort (et il mourra peu après avoir composé celle qui porte le titre 9è symphonie !).





"L'une des choses les plus tristes lorsque l'on doit quitter ce monde, c'est de se dire qu'on ne pourra plus jamais écouter le Das Lied von der Erde."
Jascha Horenstein, peu avant sa mort.


Comme c'est un peu casse couille à écrire, on va l'appeller DLVDE pour faire plus court. Alors le DLVDE c'est quoi ? Et bien DLVDE c'est une collection de 6 chansons (3 pour un tenor, 3 pour une soprano) adapté de poèmes chinois dans lesquels Mahler trouvait une résonnance assez particulière à l'état d'esprit dans lequel il se trouvait. La pièce de resistance étant la derniere chanson, Der Abschied (l'adieu) qui dure une demie heure à elle toute seule, soit la moitié de la symphonie. C'est vraiment un tour de force, c'est pas tant un truc morbide et mélancolique à en crever qu'un adieu solennel à tout ce qui est beau dans le monde. Y a une sorte de sérénité et de paix que trouve le morceau dans ses derniers instants qui fout la chair de poule.


Adieu monde tichoux...


The sun departs behind the mountains.
In all the valleys, evening descends
with its cooling shadows.
O look! Like a silver boat,
the moon floats on the blue sky-lake above.
I feel the fine wind wafting
behind the dark spruce.

The brook sings loudly through the darkness.
The flowers stand out palely in the twilight.
The earth breathes, full of peace and sleep,
and all yearning wishes to dream now.
Weary men go home,
to learn in sleep
forgotten happiness and youth.
The birds crouch silently in their branches.
The world is asleep!

It blows coolly in the shadows of my spruce.
I stand here and wait for my friend;
I wait to bid him a last farewell.
I yearn, my friend, at your side
to enjoy the beauty of this evening.
Where do you tarry? You leave me alone for so long!
I wander up and down with my lute,
on paths swelling with soft grass.
O beauty! O eternal love - eternal, love-intoxicated world!

He dismounted and handed him the drink
of parting. He asked him where
he would go, and also why it must be.
He spoke, his voice was choked: My friend,
on this earth, fortune has not been kind to me!
Where do I go? I will go, wander in the mountains.
I seek peace for my lonely heart.
I wander to find my homeland, my home.
I will never stray to foreign lands.
Quiet is my heart, waiting for its hour!

The dear earth everywhere
blooms in spring and grows green
afresh! Everywhere and eternally,
distant places have blue skies!
Eternally... eternally...


(le dernier paragraphe est absent du poème original, Mahler l'a rajouté)

Le DLVDE ne sera jamais joué du vivant de Mahler. Bruno Walter en dirigera la première.





ce coup ci je prends les devants: les enregistrements !
les modernes en DDD qui tapent Et bien là... Comment dire... Déjà j'en ai pas écouté tant que ça des "modernes" mais je crains qu'il n'y ait pas tant que ça d'exceptionnels. Y a le Bertini qui est très bien mais qui n'est pas dispo hors du box de l'intégrale2 mais j'en vois sur Amazon d'occaz pour des clopinettes (Live, EMI). GIuseppe Sinopoli a bien reussi son coup aussi mais à tous les coups ça doit pas être dispo hors du box de son intégrale (DG). Maazel s'en tire pas trop mal (RCA). J'ai pas écouté Boulez mais il paraît que c'est pas la joie.

Les grands enregistrés y a un peu plus longtemps mais qui sonnent très bien quand même. Alors là par contre y a du monde. Déjà y a deux soprano hyper célébrées qui sont assez identifiées avec le DLVDE. La première c'est Janet baker qui l'a enregistré pour Haitink (Philips, réédité je ne sais pas combien de fois avec divers choses en bonus) et encore mieux pour Kubelik (Live, Audite). La seconde c'est Christa Ludwig qui l'a enregistré pour Klemperer (EMI, sublime), pour Karajan (DG), pour Kleiber (Live, mono et je sais plus l'éditeur), pour Bernstein (DG, Live).
Sinon Giulini s'y est collé deux fois, une fois en studio avec le BPO (DG) et une fois live avec le VPO (je sais plus l'éditeur), je ne connais pas la version live mais celle avec le BPO est vachement tichoux (et il était à moins d'un an de sa mort lors de ces enregistrements si je ne me trompe pas). Reste une interprétation d'Eugene Jochum, son seul enregistrement de Mahler et avec des solistes moins côtés, qui est absolument remarquable (DG) et une autre particulièrement profonde de Jascha Horenstein, pour une fois en studio et sans personne pour éternuer près du micro même si le son est quand même imparfait (et devinez quoi : Horenstein était atteint d'une maladie mortelle et allait mourir moins d'un an après l'enregistrement).

Historique L'enregistrement de 1952 par Bruno Walter avec Kathleen Ferrier. Ce texte va prendre une allure résolument morbide puisque lorsque Ferrier a enregistré ce disque, elle était en phase finale d'un cancer des os et donc que le texte a pour elle une resonnance un peu particulière (je mentirais en disant que c'est évident à l'écoute et personnellement je préfère le Jochum, le Horenstein, le Kubelik/Baker ou le Klemperer/Ludwig. N'empèche c'est quand même très bien et j'ai rarement, si jamais, entendu un enregistrement de 1952 avec un aussi bon son).

Curiosité Le DVLDE a été réarrangé par nul autre que Schoenberg dans une version résolument plus moderne. C'est un genre quoi. Si vous l'avez écouté 250 fois et que vous voulez une approche résolument différente du truc...


Il faut savoir q'il y a également des enregistrements qui remplacent la soprano par un baryton mais personnellement j'aime beaucoup moins (et je n'ai aucune idée de la validité de la démarche). Néanmoins Bernstein a enregistré à la fin des années 60 une version assez sympatichoux






Bon c'est déprimant, je retourne me mater Mon Voisin Totoro moi !




1/Mahler a consulté Freud, une fois, et si ce qu'ils se sont dit est assez peu documenté, Freud a quand même décelé un gros problème vis à vis de la figure de la femme en général et de la mère en particulier.

2/Le Box de l'intégrale Mahler de Bertini est une bonne idée si vous cherchez une intégrale pas trop cher. le son est bon, c'est plutôt bien fait et le fait que ce soit un chef inconnu qui dirige un orchestre pas réputé empêche ce box d'atteindre les sommes astronomiques des intégrales Bernstein ou Kubelik. Ca doit se trouver d'occase à un prix qui rencontrerait l'approbation de Dirty Flitchy.
Flying Totoro
Oui, c'est un up

(mais si je le fais pas vous allez me dire que les liens sont expirés...)
tonton
J'ai un peu de mal avec le chant de la terre. Pourquoi? J'en sais foutre rien. Mais j'accroche pas (et c'est pas faute d'avoir essayé, beaucoup d'écoutes, beaucoup d'enregistrements, je l'ai même vu en concert live for real).
Alors oui, certains passages sont magnifiques, mais dans l'ensemble ça me laisse froid.

(par contre, demain je me chope la huitième, j'en frétille)
Waco
CITATION(Flying Totoro @ 26 2 2008 - 22:28) *
CITATION(Waco @ 26 2 2008 - 21:59) *
Habituellement, je suis pas trop musique de chambre mais là pour le coup, je me dis "why not?"


Laisse toi tenter par la musique minimaliste !

Tiens une petite video du dernier concert de Rattle à Londres (c'est le début de la symphonie) : matte un peu le truc !

L'ONF a été obligé de faire le concert à Bercy parce que l'Elysée Montmartre et la Maroquinerie étaient bookés et que le Gibus est devenu une boîte de nuit !

Pardonnez mon anglais mais ça en fout plein la gueule ce truc !
(j'avoue quand même avoir eu un peu de mal au début avec les voix "solistes" -je sais pas si le terme est vraiment bien approprié ici- mais maintenant que j'ai le morceau en boucle dans les oreilles depuis près d'une heure, ça passe vachement mieux; tout comme tonton, faut désormais que je l'a chope moi aussi, histoire d'y goûter dans les conditions d'écoute les plus optimums)
tonton
je me suis acheté la 8ième symphonie.
Par contre, j'ai pas trouvé un seul enregistrement conseillé par la peluche, et vu que je suis assez impatient, je ne l'ai pas commandé sur le net. Et donc, la version que j'ai prise est celle de Klaus Tennstedt chez EMI (avec la 4ième symphonie, que j'avais pas non plus). Je sais pas ce que ça vaut, mais c'est déjà un début.
Flying Totoro
CITATION(tonton @ 06 3 2008 - 11:19) *
je me suis acheté la 8ième symphonie.
Par contre, j'ai pas trouvé un seul enregistrement conseillé par la peluche, et vu que je suis assez impatient, je ne l'ai pas commandé sur le net. Et donc, la version que j'ai prise est celle de Klaus Tennstedt chez EMI (avec la 4ième symphonie, que j'avais pas non plus). Je sais pas ce que ça vaut, mais c'est déjà un début.


Tennstedt était connu comme un grand mahlerien donc tu prends pas un gros risque. J'ai jamais écouté sa 8è par contre j'ai sa 4è qui est très tichoux en effet.

Sinon j'étais au concert d'Eschenbach ce soir, j'en ai pris plein ma face (même si il étaient seulement 700)
Waco
CITATION(Flying Totoro @ 06 3 2008 - 23:48) *
(...)

Sinon j'étais au concert d'Eschenbach ce soir, j'en ai pris plein ma face (même si il étaient seulement 700)

700? Et le public combien (je demande parce que là, j'ai comme l'impression que même à seulement 700, l'orchestre rempli à lui tout seul la salle).

(en fait, faut jouer ça uniquement dans des stades olympiques nan?)
Flying Totoro
CITATION(Waco @ 07 3 2008 - 00:06) *
700? Et le public combien (je demande parce que là, j'ai comme l'impression que même à seulement 700, l'orchestre rempli à lui tout seul la salle).


Ben c'était à Bercy donc y avait 8000 personnes semble-t-il (sur 11 000 places). Ce qui est honnêtement beaucoup, je pensais pas qu'ils arriveraient à faire autant (bon initialement ils avaient prévu deux soirées mais là je crois qu'ils avaient fumé un truc pas très clair et ils ont annulé la deuxième assez rapidement). Note que y avait des caméra de France Télévisions un peu partout, donc je pense que ça devrait être retransmis dans un avenir proche, voir très proche.

J'avoue que j'avais vachement hésité à y aller justement parce que c'était à Bercy. Et dans un truc aussi énorme, y a pas d'autre choix que d'enfreindre une loi cardinale d'un concert classique : "tu n'amplifieras point" (également appelée "dans ton cul l'ampli"). Du coup, pour parer au plus gros des dégats, j'avais pris une place au 6è rang, bien en face, histoire de profiter quand même un max des instruments et des voix tout en priant pour échapper au délai des HP dans le dos. Ca a été payant. Y a eu un ou deux cafouillages au début lorsque tout l'orchestre se lâche avec l'orgue et puis y a eu un moment clé ruiné par ça, c'est l'intervention de Mater Gloriosa. C'est la troisième soprano qui intervient à la fin du second mouvement. Elle ne chante pas avec les autres sur scène, elle apparaît tout au dessus et au fond de la scène et là pour le coup, ce que j'entendais était indéniablement amplifié et la différence avec les voix des autres m'a complètement sorti du truc. Heureusement elle a 5 lignes de texte et elle se casse. Mais bon ça craint.

Heureusement sur 1h20 de concert ça fait peu et le reste était vraiment réjouissant. J'étais pas plus chaud que ça à l'idée que Eschenbach dirige (je crois que c'est sa première 8è - bien qu'il l'a redirigera 5 fois cette année aux USA - et sa discographie mahlerienne se limite à un enregistrement de la 1ère que je n'ai jamais entendu et une 6è il est vrai très classieuse). Et là par contre j'ai pas eu le nez creux parce qu'il a vraiment assuré. C'était vachement méticuleux et détaillé mais sans trop y laisser de plume dans le côté grandiose. A aucun moment on ne perdait la sensation que la symphonie formait un tout et notamment les passages où les voix se fondent dans le choeur ou en sortent était somptueux. Ca sentait le truc répété au petit oignons et joué avec un enthousiasme non feint (le premier violon avait un sourire du genre "on est en train de tout déchirer - on casse la baraque" pendant la quasi totalité de la symphonie, c'était limite communicatif). Les solistes étaient vachement bien surtout les deux sopranos. C'est d'ailleurs toujours fascinant de voir le temps que mettent les chanteurs à retrouver une expression de visage à peut près sereine après s'être lâchés. J'espère que le caméraman a eu l'instinct de rester sur la basse après qu'il ait fini son passage : l'expression sur son visage lorsqu'il s'est rassit était magnifique. Puis y a pas, le gigantisme de l'ensemble, ça fait son petit effet.

Visiblement l'idée c'était de démocratiser la musique symphonique et c'est vrai qu'il y avait de toute évidence des gens qui n'était pas des habitués de concerts classiques (comment je le sais ? Parce que y a eu une salve d'applaudissement à la fin du premier mouvement qui s'est rapidement tue quand les gens ont compris que c'était pas le moment). Y avait même des gens avec des enfants, ce qui est cool parce que les enfants ont le droit à Totoro et à Gustav Mahler. Maintenant si ils voulaient vraiment démocratiser quoique ce soit, ils baisseraient le prix des places et ferait ça dans une vraie salle de concert, quitte à le faire plusieurs fois. N'empèche que vu le déluge d'applaudissement, qui a fini lors du retour d'Eschenbach des loges par une standing ovation de plusieurs milliers de personnes, je doute que quelqu'un ait regretté sa soirée.

Ah j'oubliais les écrans géants où un artiste vidéo de mes deux avait cru bon de balancer une animation du genre de celles de Winamp, fallait pas. C'était pas si distrayant heureusement mais c'était moche et inutile.

CITATION(Waco @ 07 3 2008 - 00:06) *
(en fait, faut jouer ça uniquement dans des stades olympiques nan?)


Disons que c'est en effet un problème récurrent que de trouver un lieu pour pouvoir jouer ce bordel qui soit en effet adéquat. Y a quand même des salles de concert plus ou moins adapté (sur la vidéo de Rattle là, c'est le Royal Albert Hall à Londres). J'avoue que je trouve ça hyper rassurant qu'il y ait des cinglés pour composer des trucs tellement gigantesques que ça soit un casse tête pour les monter. Si on se contentait de ce qui est possible, qu'est ce qu'on se ferait chier !



Je ne sais pas si il y en aura une d'ici là mais dis toi qu'en 2011 c'est le centenaire de la mort de Mahler donc tu peux être sur qu'il y aura au moins une intégrale des symphonies sur Paris.
Waco
Merci pour le compte-rendu qui fait bien plaisir à lire.

(et en attendant 2011, je crois que je vais me payer un cd ou 2 histoire de mettre mes oreilles un peu plus au parfum)
Flying Totoro
Quelques tofs du concert, "empruntées" au blog de l'Orchestre de Paris.





Mais tout de suite, la suite.



Ma symphonie sera quelque chose que le monde n'a encore jamais entendu ! Toute la nature y trouve une voix pour narrer quelque chose de profondément mystérieux, quelque chose que l'on ne pressent peut-être qu'en rêve.
(Gustav Mahler, à propos de sa 3è symphonie)


Dans le genre gigantesque, la 3è symphonie est pas mal non plus. Elle nécessite elle aussi des moyens conséquents : un énorme orchestre, un choeur de femmes, un choeur d'enfants et une mezzo-soprano (seuls les mouvements 3 et 4 sont chantés). S'ajoute à la démesure du truc qu'il s'agit de la symphonie la plus longue jamais composée. Et en terme d'ambition c'est pas mal non plus puisque Mahler ne se propose pas moins que d'y faire entrer l'univers tout entier. Il avait d'ailleurs envisagés les 6 mouvements sous une forme de programme assez parlant :

I- "La nature inorganique ramené à la vie par l'éveil de Pan, l'été après l'hiver"

L'intitulé résume bien la gigantesque bataille qui se livre dans ce mouvement démesuré qui approche généralement les 35 minutes (donc ça va être long à uploader et LMD va me taper sur les doigts) mais je ne résiste pas à vous faire écouter les 5 premières minutes... Là y a que la partie "inorganique" qui se met en place, les forces tichoux de la nature débarquent bien plus tard.

II- Ce que me disent les fleurs

Un petit mouvement champêtre et dynamique où Mahler fait rentrer dans une orchestration toujours très inventive les sons de la nature. (Mahler l'a composé en une journée !)

III- Ce que me disent les créatures de la forêt ()

Ca commence comme un chant d'oiseau et très vite toute la forêt débarque, ça rappelle vachement la première symphonie.

IV- Ce que me dit l'homme

Avec l'homme arrive la voix, celle d'une mezzo soprano qui reprend un poème de Nietzsche extrait de Ainsi Parlait Zarathoustra. Un grand moment empreint d'une bonne dose de mystère et d'ambiguité

O homme prends garde !
Que dit minuit profond ?
J'ai dormi, j'ai dormi -,
D'un rêve profond je me suis éveillé : —
Le monde est profond,
Et plus profond que ne pensait le jour.
Profonde est sa douleur -,
La joie — plus profonde que l'affliction.
La douleur dit : Passe et finis !
Mais toute joie veut l'éternité —
— veut la profonde éternité !"


V- ce que me disent les anges

Là c'est l'entrée des choeurs pour un mouvement assez court et désarmant

VI- ce que me dit l'Amour (aka Dieu exprimé par et à travers l'Amour)

A nouveau pour orchestre seul pour ce qui est l'autre moment de bravoure de la symphonie, un long mouvement méditatif et trranscendental. Mahler en parle en ces termes : "tout se résout dans la paix et dans l'Être. La roue d'Ixion des apparences s'immobilise enfin." La force d'évocation de ce dernier mouvement suffira à assurer le premier succès de Mahler lors de la première. C'est un peu le genre de truc où si tu te sens pas en harmmonie avec l'univers tout entier à la fin du morceau, il te reste plus qu'à aller acheter une Wii ! Et oui, Mahler c'est autrement plus cosmique que Mario Galaxy !



Pour les enregistrements tichoux je dirais pour les récents : Abbado/BPO (Live mais avec un super son et personne ne tousse, DG), Chailly/RCO (j'aurais pas dit non à un peu plus d'énergie et de folie mais ça reste bien, Decca ou London je sais jamais) ou le deuxième essai de Bernstein/NYPO (DG). Vaclav Neumann/CPO s'en tire vachement bien mais en dehors du box, je crains que le skeud soit introuvable. Je me laisserai même aller à dire que Boulez/VPO s'en sort bien, avec une approche moins dramatisée mais glacée et étrange qui fonctionne assez bien (je suis pas un grand fan de Boulez normalement - DG). Maintenant de là à en faire une première version je sais pas. Le Bychkov/WDR a une excellente réputation, voir même mieux que tous ceux cités précédemment, mais je ne l'ai pas encore écouté (ça devrait se faire courant de semaine prochaine).
Dans les plus vieux mais dont le son est bon : deux incontournables : Horenstein/LSO (Unicorn) et Haitink/RCO (Philips, vient d'être remasterisé et ressorti mais pas vraiment à prix budget... Il a pas loin de 40 ans cet enregistrement mais il rapporte encore !). Kubelik/BRSO chez Audite a un peu de souffle mais il est bien (et il y a une version studio chez DG mais dans un gros box) et le premier essai de Bernstein (Sony)


Batman Begins
J'a toujours adoré le mouvement adagietto de sa 5e symphonie, mais je m'étais jamais intéressé aux oeuvres du bonhomme (merçi donc à la peluche pédophile pour son topic).

Et hier, en rentrant des cours, je vois une affiche Symphonie des 1000 de Mahler à Bercy !, "hourra" me dis-je, "faut que je me choppe des places !", puis j'ai baissé les yeux et j'ai vu que c'était jeudi dernier dry.gif Je me rattraperais en 2011. (d'autant plus que compte-rendu de Raping Totoro donne à postieri vraiment envie)
Mechagodzilla
juste un petit passage pour affirmer haut et fort que ce topic est terrible (du genre à vous donner envie de ressortir vos vieux CD de Gustav).


Peut-on (peux-je) espérer un jour un topic similaire sur Grieg ou Sibélius ?


(allez, fait pas ta pute)
Flying Totoro
CITATION(Mechagodzilla @ 12 3 2008 - 16:22) *
juste un petit passage pour affirmer haut et fort que ce topic est terrible (du genre à vous donner envie de ressortir vos vieux CD de Gustav).


N'hésite pas mec !

CITATION(Mechagodzilla @ 12 3 2008 - 16:22) *
Peut-on (peux-je) espérer un jour un topic similaire sur Grieg ou Sibélius ?


Tu as raté ça je crois


Sinon le 20 avril, Yoel Levi dirigera l'orchestre National d'île de France pour un doublé Kindertotenlieder/Symphonie No.5 à la salle Pleyel (le prix des place est pas spécialement moustachu - 10,15,20,25,30€ - mais j'ai pas vérifié les disponibilités par contre mais je crois qu'ils mettent pas tout en ligne de toute façon). J'avais écouté son enregistrement avec l'orchestre d'Atlanta, c'était pas exceptionnel mais c'était pas infâme non plus, ses 4 et 6 étaient bien, y a plus de chances que ça se tienne que l'inverse je pense...

Et le 26 avril au même endroit, Ivan Fischer dirigera des trucs de Strauss et la 4è de Mahler. C'est l'orchestre du festival de Budapest qui s'y colle et les places sont un peu plus reuchs 10,17,25,35,45€.

Sinon prochaine saison y a du gros Mahler comme dirait un plombier rigolo. Deux concerts de la première symphonie, un de la 2è, un de la 3è, TROIS de la 4è, deux de la 5è, un de la 6è, 2 de la 9è, un adagio de la 10è, un Das lied von der erde plus à peu près tous les lieder possibles et imaginables. Rajouter à ça un 8è de Shostakovich pas trop reuch, une soirée Khachaturian/Rimsky Korsakov et Valery Gergiev qui passera avec le LSO jouer l'intégralité des symphonies de Prokofiev (!) sur 4 jours. Et ça c'est que le programme de la salle Pleyel ! Vivement que le pouvoir d'achat augmente ! (...)
Flying Totoro
"TOTORO ? Tu t'appelles Totoro ?"
Mei, 4 ans



(Oui ok je meuble mais j'ai pas de citation pertinente pour la 4è symphonie alors je fais avec ce que j'ai)



Si longue que soit la troisième symphonie elle a faillit l'être encore plus. A l'origine il devait y avoir un 7è mouvement, intitulé dans la même logique Ce que me dit l'enfant. Mais rapidement Mahler s'est rendu compte qu'il ne pouvait rien y avoir après le 6è mouvement et l'a donc logiquement rangé dansonkul mis de côté.
Il le ressort pour clôturer la symphonie suivante et compose le reste des mouvements à rebours et, à l'arrivée, c'est probablement la symphonie la moins torturée et la plus courte qu'il ait composé. La plus sereine, c'est plutôt étonnant parce qu'il en a vraiment chier lors de l'écriture puisque, lors des deux été qu'il lui aura fallu pour en venir à bout, il aura sans cesse été dérangé par des bruits extérieurs incessants (ça ruinait sa concentration).

Si on excepte la présence de grelots (pas vraiment un instrument qu'on entend toutes les 5 minutes dans une symphonie) dans le premier mouvement et un petit côté "danse macabre" dans le second, ça semble être dans la droite lignée des symphonies précédentes, voir même plus classique que ça. Le très touchant troisième est le plus long de la symphonie, un lent cheminement qui débouche sur une apothéose, surnommée "l'ouverture des portes du Ciel", aussi bien à cause de la thématique du mouvement suivant que par sa force d'évocation. C'est d'ailleurs le final qui est généralement considéré comme la pièce de resistance. il est chanté par une soprano et le texte raconte une vision du paradis, vu à travers les yeux d'un enfant. Pour refléter ce point de vue, il est généralement de bon ton que la soprano chante avec une intonation plus enfantine et empreinte de naïveté plutôt que comme une diva de l'opéra.

ça c'est un bon compromis par exemple

Après les monumentales seconde et troisième symphonie, la relative légèreté de celle ci passa un peu pour un caprice ou une farce de l'auteur et la première fût fraîchement accueillie...


Les enregistrements flambants neufs qui butent: Haitink est un grand habitué de l'oeuvre, je crois qu'il y a 5 ou 6 cd de sortis (au moins trois studio - tous chez Philips - et le reste live) sinon Chailly/RCO (qui une fois n'est pas coutume n'est pas trop mou, Decca), Zander/Philharmonia (contient un cd de discussion de l'oeuvre par le chef d'orchestre très interessant, Telarc), Yoel Levi/ASO (Telarc).
Fuyez le Abbado/BPO (Live, DG) qui est sorti il y a peu : les trois premiers mouvements sont pas spécialement transcendants mais le dernier, chanté par Renée Fleming, est une vraie abomination, aussi bien pour le chant, à la limite du parodique puisque Fleming se force à prendre une voix enfantine sans grand succès; que pour certains choix de tempi pas spécialement judicieux.
Les enregistrements qui ont plus de bouteille mais qui butent: Mon préféré serait probablement le premier enregistrement de Bernstein avec une toute jeune Reri Grist (la première soprano black) impressionnant par sa fraîcheur et son energie (Sony). Sinon James Levine/CSO, Horenstein/LPO ou même Klemperer/Philharmonia (on ne peut pourtant pas dire qu'Elizabeth Schwarzkopf y chante comme une jeune première !). Je crains que le "légendaire" George Szell/Cleveland Orchestra ne vieillisse pas si bien que ça...

Sinon, à cause du point de vue du 4è mouvement, il y en a qui ont sauté le pas : le faire carrément chanter par un enfant (Mahler l'avait lui même envisagé à un moment). J'en connais que deux : le second enregistrement de Bernstein qui hélas ne fonctionne pas du tout (DG) et celui plutôt convaincant d'Anton Nanut avec l'orchestre radio symphonique de Lubiana (Stradivari Classics, une série d'enregistrements à pris budget riquiquis mais super respectables qualitativement parlant).
tonton
petite question un poil de Totoro indiscrète:
comment tu fais pour écouter tous ces enregistrements? Ca me parait juste HALLUCINANT. Alors soit tu poses des critiques chez Diapasons et t'as tout ça gratos et t'es payé pour écouter, soit tu as trouvé des failles spatio-temporelles qui te permettent d'avoir le temps d'écouter tout ça, soit tu es un extraterrestre macro à 16 oreilles.

(merde, le max d'enregistrements que je dois avoir pour une oeuvre, ce doit être...3 ?)

EDIT: sinon la 4ième, je l'ai pas encore écoutée, je suis sur la 8ième en ce moment (et elle poutre sa maman)
Flying Totoro
CITATION(tonton @ 17 3 2008 - 18:22) *
petite question un poil de Totoro indiscrète:
comment tu fais pour écouter tous ces enregistrements? Ca me parait juste HALLUCINANT. Alors soit tu poses des critiques chez Diapasons et t'as tout ça gratos et t'es payé pour écouter, soit tu as trouvé des failles spatio-temporelles qui te permettent d'avoir le temps d'écouter tout ça, soit tu es un extraterrestre macro à 16 oreilles.

(merde, le max d'enregistrements que je dois avoir pour une oeuvre, ce doit être...3 ?)


Ben y a pas tant de trucs que j'ai en 36 versions différentes. Déjà y a les trucs que j'aime bien mais une fois que j'en ai un enregistrement qui me plaît, ça s'arrête là. C'est le cas pour nombre de trucs qui ne viennent pas du froid et même pour certains de ceux là. Et après, y a des trucs que j'aime beaucoup mais c'est pas pour autant que je trouve qu'il y ait tant d'approches différentes valables (y a plein de façon de faire de la merde ça oui, toujours) du coup j'en ai quelques unes mais rien de délirant je pense. Le seul compositeur qui, à mes oreilles, me semble admettre autant de lectures différentes, voir contradictoires, c'est effectivement Mahler (et bon y a 10 symphonies quoi, Haydn y en a 100 et quelques donc là ce serait plus lourd). C'est pour ça que je pense que Mahler est de loin celui dont j'ai le plus de versions différentes (et j'ai encore commandé 2 versions de la 8è la semaine dernière icon_mrgreen.gif).

Là par exemple, vite fait je vois dans ma bibliothèque une trentaine de version de la 5è (dans le lot y en a des pas top qui était dans des box donc voilà, y en a pas 30 que j'écoute régulièrement faut pas déconner). Mais si tu prends un truc que j'adore au plus haut point comme le sacre du printemps, j'ai le premier enregistrement d'Antal Dorati/MSO, celui de Valery Gergiev/Kirov et celui d'Abbado/LSO (et celui là c'est parce qu'il y a d'autres chose que j'ai pas ailleurs sur le même cd en fait). Et basta. J'en ai écouté d'autres à l'occasion mais j'ai pas spécialement envie de les réentendre : comparées à ces deux là, ça ne m'amène rien de plus et elles n'ont jamais l'énergie incroyable du Dorati ou la richesse sonore du Gergiev (sans compter que ce sont les rares enregistrements qui communiquent encore aujourd'hui la barbarie du truc et qui te permette de comprendre que ça ait pu déclencher une émeute à l'époque. Les autres que j'ai pu écouter c'est rythmé et enlevé pourquoi pas, mais c'est pas assez radical).

Mais non, y a pas de recette miracle: ça bouffe du temps (mais j'ai pas de Wii moi bluesbro.gif ).
tonton
d'un côté tu me rassures, mais de l'autre (30 versions de la 5ième !!!) tu m'inquiètes.
Nan, sérieusement, tu me parais plus humain maintenant.
Je comprends ce besoin d'écouter plein de versions de trucs que l'on connaît, et le plaisir qui en découle (je prends mon pied à écouter différents enregistrements du requiem de Mozart, par contre je n'en ai qu'un seul à la maison), c'est juste que, perso, j'en suis au stade "découverte" de la musique, et il y a tellement de choses que je ne connais pas que j'ai du mal à "rester" sur ce que je connais (ou crois connaître).

(tu écoutes "le pavé dans le marre" sur France Musique ? (je me demande si elle existe encore cette émission))

Pour pas être complètement HS, je me suis écouté la 4ième, et le 3ième mouvement annonce clairement la 5ième symphonie (dis-moi si je me trompe). C'est de toute beauté.
darklinux
Up du topic : diffusion ce dimanche sur Arte de la 8 ème de Mahler , j ' èspére la version d ' Esenach
MightyLeatherface
Un peu plus de détails ici enfin je crois...
darklinux
Lurdo , une question que reproche tu au version Bernstein I et Solti des symphonies de Mahler ?
Batman Begins
CITATION(Rapist Totoro @ 08 3 2008 - 00:03) *
Ben c'était à Bercy donc y avait 8000 personnes semble-t-il (sur 11 000 places). Ce qui est honnêtement beaucoup, je pensais pas qu'ils arriveraient à faire autant (bon initialement ils avaient prévu deux soirées mais là je crois qu'ils avaient fumé un truc pas très clair et ils ont annulé la deuxième assez rapidement). Note que y avait des caméra de France Télévisions un peu partout, donc je pense que ça devrait être retransmis dans un avenir proche, voir très proche.

Je up juste pour dire que le concert en question sera retransmit sur Arte aujourd'hui à 19h :
http://www.arte.tv/fr/semaine/244,broadcas...,year=2008.html

(et y'a pas de rediffusion prévu apparemment :-/ )
darklinux
J ' ai étez un peux déçut ...le mono pas térrible pour une oeuvre sensé ouvrire l ' espace / temps ...esperons un DVD
MightyLeatherface
Je poste ma question ici parce que je viens de me procurer le cd le Titan par dirigé par Anton Nanut.
Donc : existe-t-il des "clés" pour "comprendre" la musique que fais Mahler (et les autres hein !)
J'veux dire, par exemple : les cuivres expriment telle chose, les violons une autre...
Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais j'aurais essayé blush.gif
Merci d'avance.

Edit : et si il existe des œuvres un peu plus "facile" pour commencer, re-merci wink.gif
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