YEAH!
Grâce à mon cousin de Rio et mes connections dans le trafic international de coco, j'ai pu voir le film.
Eh ben mon cochon, c'est plutôt mortel en fait, mais pas forcément comme je m'y attendais (quoique...)
Bon autant le dire tout de suite, c'est moins esthétisant que la Cidade de Deus mais il y à une raison à ça. Ce n'est pas non plus plan-plan, bien au contraire, avec une construction un poil alambiqué et une utilisation d'effets parcimonieuse mais de bon aloi (Jump cut et volets à quelques occazes)
Tropa de Elite prend le point de vue du capitaine Nascimento du BOPE (un espéce de SWAT de Rio, pour faire simple) autour de la troisième visite du pape au pays Carioca, lequel à exigé de dormir dans une favela, ce qui pousse le gouvernement local à faire appel au BOPE pour éviter un malencontreux accident. Mais tout cela est du background, puisqu'on suit les destins croisés du Capitaine, et de Neto et Mathias, deux jeunes flics, l'un impétueux et l'autre cérébral.
Comme le film se place du point de vue de Nascimento, qui est un policier limite (voire franchement

) faf, ca risque de pas mal faire grincer des dents: les trafiquants des favelas n'ont pas d'excuses, il ne remet jamais en question les méthodes de son groupe, les étudiants middle classe de gauche sont des blaireaux qui font de l'angélisme et des camés qui sont des complices pas moins méprisables que les dealers, les politiciens locaux et les ONG font des pactes avec le diable, les fumeurs de joints sont des merdeux, il mélange prostitution et avortements (illégaux au Brésil, j'imagine) dans la même phrase etc... Evidemment le film n'adhère pas complètement au propos, il suffit de comprendre ce que ca raocnte vraiment et de regarder les images pour le comprendre (la façon dont sont filmés les "exactions" ou les scènes
qui montre Baiano avec sa femme et son gosse, ou sa réaction quand Neto débarque a la salle d'arcade) -voire de simplement écouter la voix-off lorsqu'on nous montre l'entrainement
"Oui vu de l'extérieur ça ressemble à une secte"-, mais pour ça il faut accepter de pas se faire brosser dans le sens du poil.
Comme on l'a dit, Tropa de Elite prétend être écrit depuis des témoignages d'anciens du BOPE (c'est affirmé dans le carton d'intro) et on croit donc qu'on va avoir affaire à une sorte de faux "documentaire" qui montre les choses sous un jour très factuel et distancié: et il faut bien avouer que le début du film laisse penser qu'il en sera ainsi, en se concentrant sur la vie du commissariat ou sont mutés Mathias et Neto et affectés à des tâches ingrates (le garage ou il faut tant bien que mal s'assurer que les bagnoles marchent, le bureau des statistiques criminelles), le tout renforcé par la voix-off omniprésente de Nascimento; puis par la description de "l'arnaque" (corruption) qui gangrène insidieusement la vie de la cité. Le film évolue par blocs (on passe ensuite à l'entrainement du BOPE, un genre très codifié entre Full Metal Jacket et Final Option), agrémentant son récit d'anecdotes qui sonnent forcément vrai (on retiendra la méthode subtile des commissaires pour gérer les statistiques d'homicides) mais c'est justement là que le film est malin: En prenant le point de vue de Nascimento plutôt que celui des deux jeunes policiers, le film contourne l'écueil d'un déroulement trop prévisible et cliché (les bleux, leurs doutes, les tempéraments contraires qui clashent, patati, patata). Il y a un glissement assez subtil vers un truc plus personnel -et sordide- dans la deuxième partie qui aboutit à une fin parfaitement cohérente avec les choix de l'équipe artistique: il ne s'agissait pas de faire un "dossier de l'écran" ni de prétendre donner les clés au contexte socio-politique. Cette focalisation de la dramaturgie permet a l'intrigue de devenir de plus en plus étouffante -la violence devient au fur et à mesure dérangeante de par l'évolution scènaristique, et pas par une surenchère visuelle, c'est très bien fait de la part du réal- et la conclusion vient comme une décharge de shotgun dans la gueule. La réalisation est à l'avenant, privilégiant une caméra mobile et collé au cul de ses protagonistes, surtout lors des descentes dans les favelas au allées étroites et aux maisons riquiquis. Je retiens surtout un film bien écrit dans l'ensemble, jusque dans les détails (le coup du "tatouage" qui à une réelle utilité), et une œuvre cohérente ou le tout vaut plus que la somme des parties parce que tout le monde avait une idée assez claire de ce qu'il voulait raconter.
On est donc pas dans l'ersatz de Cidade de Deus, ni dans celui de The Shield, même si on pourra surement mettre côte à côte ces oeuvres et en tirer quelques conclusions d'ordre artistique et sur le cinoche brésilien. Assez peu de lien, finalement, avec un Time & Tide (quoique il y a un pivot dans l'histoire qui...
la naissance d'un gosse ...mais je doute pouvoir en tirer une argumentation convaincante) ou même avec un quelconque film d'action. Ce qui est intéressant, comme je l'ai déjà dit, c'est que Elite Squad attaque son sujet non pas sous l'angle de l'identification "totale" et de "l'immersion avec le personnage", mais de manière biaisée et donc pas éculé. Ça mérite vraiment le détour: si le film à le bonheur de sortir en DVD (Z1 ou Z2) ou -soyons fous- en salles chez nous, je suis le premier à ouvrir le larfeuille.
Viva la Muerte! /6