[Bah oui Kurtz, ce forum est parfois cruel; la preuve, pire que Hitman, Perceval le Gallois fait déjà X pages alors que personne n'a encore posté d'avis sur le film (je serais modo, je le supprimerais cash direct tiens !). Enfin bon, ne soyons pas trop sévère sur le compteur pages que tel ou tel topic mériterait. D'ailleurs perso, ce qui me motive à la création de tel ou tel topic, c'est de donner envie aux madnautes qui ne l'ont pas vu de voir le film dont je cause. Si y'en a un ou 2 qui achètent le dvd et qui viennent ensuite faire part de leur satisfaction ici, alors je suis le plus heureux des madnautes
Oui, c'est un concept simple et naïf mais j'y crois. Et heureusement, je suis loin d'être le seul comme ça sur ce forum.].

Sur la base d’une pièce de théâtre de Norman Brooks,
Fragile Fox, Robert Aldrich nous livre avec sa hargne habituelle (et que lui fera payé Hollywood au prix cher) une vision sans concession de la chose militaire.
Pour cela, il choisit de nous faire plonger en pleine bataille des Ardennes, un épisode de la seconde guerre durant laquelle l’armée US aura eut fort à faire avec l’offensive surprise déclenchée par les Allemands en décembre 44.
Attack ! s’ouvre donc de la manière la plus classique qui soit pour un film de guerre avec une scène d’exposition guerrière où l’on voit un groupe de Gi’s se faire faucher jusqu’au dernier par les mitrailleuses allemandes. A partir de cette séquence, on comprend très vite les intentions du réalisateur : il n’est pas ici pour célébrer avec trompettes et paillettes un haut fait d’arme de l’US Army mais plutôt pour observer les effets psychiques et physiques produits sur un groupe d’individus ordinaires mis en situation extraordinaire. Et d’en conclure que la guerre, même si c’est vieux comme le monde, même si certains pensent être nés pour la faire, c’est tout sauf naturel. Avec elle, la vie d’un homme ne se réduit plus qu’à la peur, une peur qui en pousse certains à s’affranchir de leur simple condition en affirmant ce qu’ils ont de plus noble en eux (les héros pour prendre une image simple), de plus vil (les criminels de guerre), ou, plus communément, de plus banal, de plus humain (les lâches)...
Tout le film, par des dialogues affutés comme des lames de rasoir ninjas* et une mise en scène électrique, est habité par une tension incroyable entre les protagonistes évoluant dans de ce drame étouffant (beaucoup de huis-clos ici, ce qui est sa force ; un exercice de style dans lequel le réalisateur est d’ailleurs à son aise ; cf. son tout aussi incroyable
The Big Knife adapté lui aussi d’une pièce de théâtre). Des protagonistes dont l’état de santé mental et physique les fait constamment évoluer au bord du gouffre. Une situation due non pas tant aux balles et aux obus allemands qui pleuvent, mais plutôt à cause de luttes intestines qui, si elles pouvaient se matérialiser, prendraient à coup sûr non pas la forme d’une bête hideuse
("un prédalien ? non, trop grotesque ; suivant !") surgissant des entrailles mêmes de l’armée américaine ; la figure d’un mal intérieur en quelque sorte dont la montée en puissance met à mal l’une des institutions les plus sacrées encore à l’époque (la guerre s’est terminée il y a à peine 10 ans et, comme le signale Starsky, le souffle contestataire des 60s n’a pas encore frappé à la porte de la deuxième plus grande démocratie du monde). Et c’est là que le film se révèle être une oeuvre unique avec des thèmes traités de manière quasi-visionnaire puisque l’on peut dire avec le recul qu’
Attack ! annonçait dès les années 50 toute cette future vague de films questionnant les certitudes du Amérique jeune et forte, sûre d’elle-même. La différence entre Aldrich et les jeunes cinéastes marqués par le conflit du Vietnam, c’est que lui n’aura pas eu à attendre le Nam pour pointer du doigt ce qui ne tournait pas en rond dans la société US d'après-guerre. On a donc là entre les mains un vrai brulot dans lequel Super Bob exprime sa haine vis-à-vis des puissants, des cyniques, de ceux qui n’hésitent pas à jouer avec la vie des autres, histoire de s’affirmer, de se prouver quelque chose, de gagner un peu plus de pouvoir, d’autorité, de prestige... bref, l’éternel jeu des affaires et des calculs politiques poussés à leur paroxysme.
Sur le plan purement artistique,
Attack ! est un sans faute. Un noir et blanc aux contrastes violents et aux cadrages serrés qui font passer avec une aisance déconcertante les états d’âmes des différents personnages (dès les premières minutes du film, les plans sur le regard fiévreux de Jack Palance, sur les mains tremblantes d’Eddie Albert... où comment l’on comprend tout de suite à qui l’on a affaire par le simple jeu de la caméra; toute la puissance et la magie des images !). De l’action juste ce qu’il faut (mais ne vous attendez pas à un déluge de feu non plus car
Attack !, même si il se déroule dans le cadre du conflit le plus meurtrier de tous les temps, est quand même une oeuvre guerrière atypique qui fait avant tout la part belle aux dialogues –adaptation théâtrale oblige je pense- ) et au jeu des acteurs. Des nazis (et même un salopard d’officier SS dans un rôle éclair mais que tout le monde reconnaîtra... hello
Le Salaire de la Peur) ! Des panzers ! Du suspens ! Un Jack Palance que y’a pas de mots from this world pour décrire sa monstrueuse performance (plus d’une fois, il me fait l’effet d’être en transe). Pour moi, sa meilleure prestation avec celle de
The Big Knife, tourné la même année (et là aussi par Aldrich ! qui, par la même occasion, aura réalisé l’année précédente
En Quatrième Vitesse !! 2 années, 3 bombes tetratomiques !!!). Un Eddie Albert, surprenant et plus que convaincant dans un rôle à contre-emploi (si mes souvenirs sont bons, je crois jamais l’avoir vu autrement que dans la peau de braves types). Des seconds rôles qui assurent tous. Et, last but not least, le monstrueusement classe Lee Marvin, l’un des deux King Of Cool d'Hollywood (l’autre, tout le monde l’aura bien évidemment reconnu, étant le spectaculairement classe Robert Mitchum)...
Bref, pour tout ça,
Attack ! est ce que l’on a communément l’habitude d’appeler ici un authentique
2/6 cash movie.
(je reviens avec des captures demain)
*(désolé mais la lecture du topic d’LMD consacré aux 13 Condors Ninjas m’a un peu perturbé)