
Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que sa forteresse volante s'écrase dans la mer, le chef d'escadron Peter Carter (David Niven) envoie un ultime message à la tour de contrôle. Une jeune américaine, nommée June (Kim Hunter), de garde cette nuit-là est la dernière voix qu'il entendra avant le crash.
Voilà pourtant que Peter Carter surgit de l'eau totalement indemne. Il entreprend aussitôt de retrouver June et poursuivre le cours de sa vie. Lorsque son guide céleste (numéro 71) vient néanmoins lui expliquer, embarrassé, qu'il n'est pas parvenu à le trouver dans le brouillard pour le conduire au paradis des aviateurs et tâche de le convaincre qu'il n'est pas dans l'ordre des choses qu'il soit encore vivant, l'officier refuse de le suivre et conteste la funeste destinée qui lui est imposée.
Une des très grandes réussite du duo Powell/Pressburger. Comme la plupart de leurs films de cette période faste, le film est une commande qu'il vont brillament détourner en chef d'oeuvre de poésie. Passée l'armistice de 1945, les armées britanniques et américaines occupaient conjointement le territoire européen et les bagarres entre les soldats des deux forces n'étaient pas rares. Aussi l'armée britannique avait-elle commandé aux réalisateurs un film destiné à réhabiliter les relations entre les deux nations.
Parallèlement à ce thème imposé se mêle une très originale et belle histoire d'amour impossible entre le héros anglais mort en sursis et la belle américaine qu'il a rencontré et pour la quelle il ne souhaite plus quitter le monde des vivants. Sans appuyer outre mesure et au détour d'une poignée de scènes très réussie (le dialogue entre les deux avant le crash une merveille) on croit immédiatement à la relation des deux personnages tout deux magnifiquement interprété notamment David Niven qui trouve sans doute là son rôle le plus touchant. On retrouve d'autres habitués des films de Powell comme l'excellent Roger Livesey ou encore Marieus Goring tout aussi bons.
Powell ne se départit pas cependant de son humour anglais avec son Paradis anti chrétien au possible, décrit comme une grosse administration à la mécanique bien huilée et ne laissant rien passer, truffé de personnage fantaisistes comme cette incompétent ange 71 chargé de récupéré les morts. Le doute est par ailleurs maintenu presque tout le film sur la réalité des évènements, le héros étant peut être sujet à des hallucinations justifiant cette vision divine atypique même si certains détails pourrait mettre sur la voie comme ce livre qui réapparait mysterieusement à la fin.

Visuellement c'est une nouvelle fois une vraie splendeur. La mise en scène de Powell est somptueuse et truffée de moments magique (le passage du tribunal celeste à la salle d'opération, les transition Paradi/Monde réel)), pour sa première collaboration Jack Cardiff nous offre un technicolor de toute beauté avec cette texture typiquement anglaise et feutrée loin de la flamboyance hollywoodienne et un splendide noir et blanc immaculé pour les scènes au Paradis. Un an avant "Le narcisse Noir" les effets visuels sont particulièrement impressionnants tel cette vue depuis les cieux de la vie terrestre, le fameux transfert du tribunal jusqu'à la salle d'opération, la scène d'ouverture dans l'espace, le tout mélangeant brillament diversement techniques de l'époque comme l'animation ou le matte painting à un degré de perfection gardant l'illusion intacte aujourd'hui et bourré de charme rétro. Fabuleux décors de Albert Junge également qui mélange le côté fonctionnel d'entreprise voulut pour le paradis au début avec cette entrée évoquant un hall de gare où d'aéroport et le côté typiquement mystique et irréel qu'évoque le lieu avec la monumentale salle de tribunal.

L'histoire d'amour et l'antagonisme angloaméricain se rejoignent brillament dans la dernière partie où le héros doit se défendre devant une cour celeste pour obtenir le droit de demeurer sur terre face à un procureur haineux car tué par les anglais en 1775... S'ensuivent des joutes verbales brillantes où les bons mots pleuvent pour rabaisser l'une des deux nations mais au final on obtient un excellent et subtil message de paix et de coéxistence. Dans l'ensemble ce n'est pas sans évoquer "Le Ciel peut attendre" de Lubitsch en plus réussis.Un de mes Powell favoris avec "Le narcisse Noir" et "Les chaussons rouges" à voir absolument !


