
Sans prétendre révolutionner le genre bien balisé du film de fantôme oriental, Réincarnation ( Rinne) apporte une pierre conséquente à la stèle funéraire édifiée par le cinéma d'épouvante asiatique au cours de ces dernières années.
L’ histoire paraît plutôt simple : un réalisateur de films d’horreur, Matsumura, tourne un long-métrage relatant le terrible massacre qui s’est déroulé, un quart de siècle auparavant, dans un petit hôtel de campagne. Un professeur y avait en effet tué à l’arme blanche onze personnes, dont sa femme et ses deux enfants, avant de se trancher la gorge. Parmi les acteurs recrutés pour le film, la jeune Nagisa, chargée de jouer la fille du professeur, est la proie d' étranges visions…
Rien de bien novateur à l’aune de ce résumé ; pourtant Takashi Shimizu va nous conduire dans des recoins inattendus et parvenir à surprendre le spectateur pourtant blasé après des années de fillettes livides à l’hygiène capillaire douteuse. Le papa des Grudge nippons
Et le trouillomètre me direz-vous ? Et bien pour ma part, féru de ce genre de production, donc commençant à être habitué au divers ressorts horrifiques susceptibles d’être utilisés, j’ai eu de bons gros sursauts une bonne demi-douzaine de fois. Outre les inévitables apparitions hideuses et subites, un des éléments les plus flippants du film est une poupée, d’abord curieusement malsaine, puis franchement horrible sur la fin… Shimizu nous épargne la figure imposée de la fillette pelliculée, et c’est paradoxalement en se tournant vers l’ Occident qu’il parvient à insuffler du sang neuf à son film.
Tout d’abord, le métrage réfère évidemment à Shining : le massacre dans un hôtel, le fait que des événements atroces commis hier se répercutent encore aujourd’hui ; la fameuse chambre 237 est d’ailleurs explicitement citée.
Les apparitions se font également moins spectrales et revêtent davantage un caractère organique, voire carrément romeresque sur la fin ( des zombis jap, c'est du lourd!). On trouve aussi, comme je l’ai déjà mentionné, cette fameuse poupée, qui renvoie à toute une tradition fantastique occidentale du corps artificiel animé, du Golem à la créature de Frankenstein en passant par l’ Eve Future, et bien évidemment Chucky !
Le film n’est pas pour autant dénué de défauts : le rythme se fait parfois languide, certaines apparitions sont un peu téléphonées, le jeu hystérique de certaines lolitas j-pop en agacera certains… D’ailleurs jusqu’au dernier tiers du film, on a l’impression de contempler un film fantastique assez quelconque… Le dernier acte cependant, par le biais d’une petite pirouette scénaristique (pour ne pas prononcer le mot en T) vous surprendra agréablement. Le scénario se paie même le luxe d'offrir une petite réflexion sur la métempsycose (terme pompeux pour désigner les croyances dans la réincarnation…). On appréciera également la mise en abyme à travers le film dans le film, et le regard narquois que porte le réalisateur sur son double fictif.
Bref, vous l’aurez compris, un film d’horreur jap’ sans (trop) de poncifs, réservant son lot d’angoisses et d’ambiance macabre, un bon spectacle pour les amateurs du genre.
Nb : Le film ne se jouant que dans une (!) salle à Paris, je doute que beaucoup le verront. Si vous en avez la possibilité, procurez-vous le DVD !
