Alors que se profile le lancement du nouvel album de Einstürzende Neubauten (le terme lancement me paraît d’ailleurs tout à fait approprié ici, tant il est vrai qu’un disque du groupe berlinois ressemble à une somptueuse coupe en porcelaine de Limoges qu’un individu cruel et tendre lancerait voluptueusement au pied d’un parterre d’auditeurs stupéfaits, et dont les éclats éblouissants iraient tantôt trancher une veine carotide un peu trop exposée, tantôt rectifier en un éclair la cornée d’un œil astigmate. ), il me paraissait nécessaire d’ouvrir un sujet consacré au plus grand groupe allemand des trente dernières années. Car il n’est pas humain celui qui resterait de marbre devant une œuvre neubautienne, ou bien d’une diabolique mauvaise foi. En effet, deux réactions s’offrent à l’auditeur profane, avide de musiques mélodieuses et structurées, devant les créations de jeunesse et plus généralement le versant « bruitiste » du groupe : refuser de considérer ces bruits de marteau piqueur et de tôle ondulée comme une illustration moderne du projet mozartien (faire honneur à tous les instruments, quel que soit leur degré de noblesse), ou prolonger, intrigué, la découverte de la discographie magique et inépuisable. Car Dieu merci, Blixa Bargeld et ses compères ont vite dépassé leurs premiers caprices « déconstructionnistes » et ont fait table rase de la tabula rasa dont la « philosophie», comme chacun sait, mène à l’impasse. C’est ainsi que les chansons les plus complexes, les plus savamment architecturées de ces dix dernières années furent composées par le groupe qui naguère se fit l’apôtre de la déconstruction ! Je ne le cache pas : je trouve leurs derniers albums bien plus intéressants que les premiers, bien que je ne crache évidemment pas sur ceux-ci dont la hargne, l’énergie, la violence n’ont pas pris une ride en plus de vingt ans.
Tel l’humble alpiniste face à la cime inaccessible, je me sens bien incapable d’embrasser en quelques mots, en quelques lignes l’histoire du groupe. Je laisse à un madnaute plus téméraire, s’il le souhaite, le soin de résumer le parcours glorieux de Blixa et de ses très privilégiés compagnons de route.
Pour ma part, je me bornerai à conseiller aux néophytes l’écoute de Silence is Sexy, qui me paraît être la quintessence du groupe allemand, en tout cas l’un de leurs albums les plus prodigieusement inspirés, et à ceux qui auraient déjà eu un premier contact avec les musiques expérimentales, celle de toute leur discographie dans l’ordre chronologique.
Voici un groupe irréductible à une quelconque étiquette marchande, et qui semble se moquer comme d’une guigne des effets souvent ravageurs du temps qui passe ; temps, d’ailleurs, qui pour eux semble toujours miraculeusement advenir.
Quelques vidéos :
Arménia
Sand
Der Kuss
Letztes Biest am Himmel
Die Befinlichkeit des Landes
Youme Meyou
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The Garden



