CITATION(Doc Personne @ 13 7 2007 - 16:05)

Voldemort arrive, fait son Empereur Palpatine du Retour du Jedi ( personne ici n'en a parlé mais moi ça m'a sauté aux yeux) et se barre.
Ah, quand même. Je me demandais si j'étais le seul à avoir eu cette impression.
Scène ma foi assez réussie: Harry fou de haine sur le point de tuer Lestrange avec Voldie (personnification du mauvais côté de la magie) qui l'encourage à le faire. "Elle le mérite... Vas-y...".
A se demander si il n'a pas monté tout ça uniquement pour pousser Harry du mauvais côté (le sacrifice de Lestrange au passage n'étant à ses yeux qu'un dommage collatéral).
Bon, sinon, très agréable surprise en effet que ce film, surtout dans la mesure où je n'en attendais strictement rien.
La narration est réussie, même si un certain aspect "suite de scènettes" prend parfois le pas sur une progression plus réfléchie. Mais ce côté est un peu inévitable dans ce genre de projet. Il n'y a guère que Cuaron qui soit parvenu à transfigurer cette contingence pour nous donner un "film" au premier sens du terme.
Yates s'en tire néanmoins avec les honneurs, les choix narratifs étant résolument axés sur une approche "to the point" du récit, ce qui donne au tout un rythme agréable et surtout, sans lourdeurs (rappelez vous du quatrième épisode et comparez: c'est édifiant).
Certaines choses sont ainsi salutairement mises de côté: l'aspect romance est mis sous l'éteignoir (un baiser entre Harry et Cho, un regard de vague jalousie de Ginny Weasley et c'est tout), tout comme le traditionnel match de Quidditch.
Yates a bien compris où résidait l'intérêt de cet épisode et agit en conséquence.
Manipulations et complots sont bien mis en scène: on en arrive à la conclusion que le grand méchant de cet épisode n'est ni Voldemort, ni Ombrage mais bien l'aveuglement du ministre de la magie. Et Yates de nous donner un plan à la "Big Brother" sur le portrait géant de Fudge, plan sacrément osé dans ce qui demeure au final un film pour "enfants".
Le clou est aussi enfoncé avec la scène où le ministère au grand complet débarque au département des mystères. Fudge voit enfin la vérité en face (littéralement) et s'exclame "il est revenu!". Le regard que Dumbledore lui lance alors se passe de commentaires: tout ça pour ça. Combien de souffrances pour accepter l'évidence?
Yates s'en tire également très bien au point de vue des combats entre magiciens. Les escarmouches entre la Dumbledore's Army et les mangemorts à travers les couloirs de la salle des prophéties sont bien construites.
On appréciera également le "réalisme" de ces combats: soulignée par une phrase assassine de l'aristocrate Malefoy, la victoire des mangemorts ne souffrait aucun doute. Des enfants contre des sorcier aguerris? Pas de victoire improbable d'enfants surdoués contre des adultes bêtes et méchants dans ce film. Et Yates de rajouter une couche avec le pain que se prend Luna en plein visage, ecchymose sanglante à la clé. Pas si courant dans un blockbuster.
Mais tout ça n'est rien à côté du duel entre Voldemort et Dumbledore. Attendu au tournant par à peu près tout le monde (qui n'avait pas envie d'enfin voir les deux personnages les plus puissants s'affronter?), Yates surprend par la lisibilité, l'âpreté et le jusqu'auboutisme du combat. Dumbledore cherchant à noyer (carrément!) Voldemort, Voldie tentant de larder son vieil ennemi d'éclats de verre... On rejoint le constat auquel on avait abouti à l'issue du Prisonnier d'Azkaban: maintenant, on ne rit plus.
Ajoutons pour la bonne bouche d'autres scènes visuellement impressionnantes: la destruction d'Azkaban, brève (mais au fond, pourquoi faire plus long? l'idée est là et tout le monde la comprend), sèche et présentant en deux images le personnage de Lestrange (hystérique, démoniaque, malsaine). Le début du film place également bien les enjeux, tout en soignant l'aspect esthétique. Ainsi, l'attaque des détraqueurs précédée d'un ciel effrayant souligne une terrible réalité: le monde moldu n'est plus en sécurité.
La destruction de la salle des prophéties est aussi fort bien troussée.
Yates a compris une bonne chose: se servir des effets spéciaux, et pas l'inverse.
Cet esprit que l'on pourrait qualifier de "pas la peine d'en rajouter" se marque également dans les dialogues, mais surtout dans les silences. Lorsque Harry raconte son premier baiser à Ron et Hermione, on sent la réelle complicité entre des vieux amis. Le rire libérateur du groupe parvient à transmettre les sentiments voulus bien mieux qu'à travers de longues phrases vantant l'amour et l'amitié (rappelez vous du premier film... argh...). Les dialogues sonnent particulièrement justes: ainsi, la relation d'affection profonde entre Harry et Sirius est rendue bien plus tangible, réelle par des échanges simples, mais sincères, de paroles entre les personnages.
Toute cette conception trouve son aboutissement dans le plan final, où Harry annonce qu'ils ont une arme que Voldemort ne possèdera jamais... sans dire de quoi il s'agit. Le point de vue de la caméra s'élève: on voit tous les élèves de Poudlard marcher ensemble dans la même direction. Extrêmement puissant et bien pensé.
Autre surprise: les acteurs sont plutôt bons. Harry a enfin l'air de ce qu'il est censé représenter: un leader qui a décidé d'agir. Il s'en tire également bien sur la scène de possession, qui dégage une réelle intensité (le regard de haine pure que Harry/Voldie envoie à Dumbledore, respect).
Rien à dire non plus sur la ptite Luna Lovegood, qui vole la vedette à une Hermione relativement agaçante (le personnage de cette dernière étant à mon sens trop systématiquement mis en avant). Les scènes de Luna avec Harry rendent parfaitement le sentiment d'une amitié douce-amère entre deux êtres fondamentalement solitaires. On en vient presque à regretter que ces deux-là ne se soient pas rencontrés plus tôt... Je retiendrai particulièrement le passage où Luna recherche ses affaires qu'on lui a caché à travers tout Poudlard. Elle est en effet révélatrice à plus d'un titre: devant un Harry surpris de la méchanceté des autres étudiants, Luna sourit. Et Harry de lui demander deux fois si elle ne veut pas qu'il recherche ses affaires avec elle. Au fond, qui a le plus besoin de l'autre à cet instant?
Luna se marque d'entrée comme un des personnages les plus adultes de la Dumbledore's Army, aux côtés de... Neville.
Personnage-clé, Neville commence à prendre une ampleur qui se confirmera probablement dans les deux derniers épisodes.
Mais surtout, surtout, il faut absolument souligner une autre réussite du film: Voldemort est ENFIN effrayant.
La vision du sorcier noir en costume "moldu" noir met particulièrement mal à l'aise.
Visuel, acteurs, esthétique, enjeux narratifs: Yates a tenu son pari. Il parvient même à créer un sentiment que je pensais pas éprouver par rapport à un Harry Potter: l'impatience de voir le prochain.
Si ça n'est pas une réussite, ça!