Plusieurs analyses brillantes ont été postées…désolée d’avance donc pour les quelques répétitions inévitables, qui vont ponctuer cette interprétation du diamant brut qu’est
There Will Be Blood…Puissant et fascinant,
There Will Be Blood est une fresque sublime mettant en images les fondements de la juvénile Amérique, dont la toile historique du film est sise à l’époque post-ruée vers l’or ; au cœur d’un décor dont la richesse (
or & or noir) se cache sous les apparences d’un paysage rocailleux et aride…(
dommage que Jésus Gris ait perdu sa critique car son point de vue concernant la mythologie fondatrice de l’époque semblait très intéressant …

).
Paysage magnifiquement mis en valeur par PTA, rappelons que ce territoire immense était considéré par les immigrants et par leurs descendances comme la nouvelle Terre Promise…D’ailleurs, parmi la multiplicité de sens du titre, (
comme le sens du sang familial, la famille étant une autre grande thématique du film…),«
There Will Be Blood » (
cela a peut-être déjà été signalé, désolée) est une phrase tirée de la bible (
exode) :
CITATION
Then the LORD said to Moses, "Say to Aaron, 'Take your staff and stretch out your hand over the waters of Egypt, over their rivers, over their streams, and over their pools, and over all their reservoirs of water, that they may become blood; and there will be blood throughout all the land of Egypt, both in vessels of wood and in vessels of stone.'"
Amha, l’oeuvre fertile d’interprétations de PTA dépeint parfaitement les fondements de cet esprit puritain et par là même de l'Amérique en fin de conquête, en Californie, via les villageois, et via Eli…Des gens pétris dans une idéologie contradictoire fondamentale baptisée «
Manifest Destiny », ou comment allier religion et capitalisme…(
je vais essayer d’éviter le HS mais amha, souligner un ou deux éléments peut être utile) puisque cette idéologie (
en bref) part du postulat que les américains (
immigrants) étaient le peuple élu pour s’étendre sur tout le territoire vers l’Ouest, apportant religion, civilisation etc..Cette idéologie me semble être la clef de voûte de ce film, car sa face cachée n’était autre que le désir de s’approprier des contrées et les richesses qui les composaient, sous couvert de mission divine.
Amha, l’incarnation de ce capitalisme « messianique » est Eli, tandis que Daniel Plainview semble incarner la lucidité face à cette idéologie :
Si Daniel-magnat du pétrole-Plainview n’en reste pas moins un self made man dont le cœur est aussi noir que l’or qu’il extrait, et dont la déshumanisation ne fait qu’accompagner la parcours de son « hubris » jusqu’à la fin, il est en un sens plus honnête et sans concession qu’Eli ; dont il arrachera la confession de l’hypocrisie de ses prêches à la fin du film …
Car finalement, Eli est peut-être pasteur, mais il n’en demeure pas moins opportuniste que Daniel dans la mesure (
là, je sais que mon avis est très critiquable mais amha, malgré certains arguments sur le projet de casting initial pouvant contrebalancer ce point de vue) où il n’a y a pas de frère d’Eli, mais un Eli schizo dont le dédoublement de personnalité serait l’illustration de ce pays divisé entre la devise biblique «
In God we trust » (
personnifié par le Eli le pasteur intégriste en transe, qui pourrait d’ailleurs être l’alter ego opposé de Daniel en ce sens que chacun à une pensée « pure » inébranlable concernant son idéologie, et un mépris total pour l’idéologie conductrice de l’autre) et la devise monétaire identique des billets verts «
In God we trust »…(
incarné par le Eli qui va à la rencontre de Daniel pour conclure une affaire sur la richesse de la terre familiale, celui qui sert trois verres d’alcool quand ils ne sont que 2,comme l’a souligné un madnaute, et celui qui a spéculé en bourse, comme on peut le comprendre à la fin lors de son dialogue avec Daniel et vient supplier pour l’achat de ses terres, ses investissements et son argent étant probablement engloutis par le krach de 29)…Mais finalement, même s'il a un frère, on pourrait (simple interprétation) les considérer comme l'illustration de ce pays divisé tandis que Plainview n'incarne qu'une seule valeur jusqu'au bout...
Chacun sa religion donc et chacun son idole pointée vers le ciel : le derrick pour Daniel Plainview (
illustré, comme cela a été souligné, par le baptême du bébé à l’or noir), l’église pour Eli mais Daniel dit lui-même «
I am the Church of the Third Revelation », donc s’il est celui qui renie toute valeur humaine (
physiquement en tout cas car sa misanthropie et sa soif de pétrole l’ont poussé à une seclusion et une désincarnation totale), il n’en demeure pas moins celui qui vit…Et que ce soit la mort d’Eli ou la vie de Daniel, les deux sont l’incarnation de l’enfer de leurs « religions » respectives…
Bref, un renversement du rêve américain du début du XXème siècle : les gisements qui souillent la terre souillent tout autant le cœur des hommes ; constat pessimiste et un peu manichéen, et celui qui incarne cette face cachée des fondements de l’Amérique, est bien Daniel Plainview…
Entre autres interprétations, on peut à ce propos remarquer que son nom «
Plainview » est le même que l’expression pénale « Plain view » qui signifie avoir le droit de perquisitionner, fouiller et prendre des biens chez quelqu’un sans mandat…Dans le contexte d’un baron du pétrole qui arnaque les villageois pour prendre leurs richesses…C’est un sens qui me semble possible.
Bon, j’espère ne pas être trop confuse, ce film fourmille tellement de sens possibles et j’aimerais ajouter plein de choses mais là je m’étale trop déjà.
Quoi qu’il en soit, There Will Be Blood est magnifique, servi par une prestation impressionnante des acteurs et une profondeur de sens, transmis à la fois par la musique discordante, le début muet, sous terre dans les ténèbres du puits de pétrole, et les 2h40 qui suivent…Tout est sens dans ce film et préfigurent la fin…
«
God bless PTA », j’arrête le verbiage, c’est un putain de beau film, au sens propre et figuré.