CITATION(za-lamort @ 25 2 2008 - 12:38)

Une chose très intéressante de ce film est qu'il est réalisé comme si ce fût un horror. Les musiques, la structure de la première partie. Et' très obscur. Cependant il ne possède rien de l'horror dans le scénario.
C'est pas faux. En fait tu viens de me faire prendre conscience de ce pourquoi j'aime vraiment le film et en même temps ce que je lui trouve d'inabouti.
C'est justement l'aspect presque "horrifique" qui rend le premier tiers si puissant, cette ambiance malsaine et atypique (un peu à la manière de certaines séquences de Punch Drunk Love, avec lequel on retrouve un usage de la musique assez déroutant), cette fascination pour les machines et cette terre aride, cet aspect quasi-fantastique donné au pétrole, ces scènes de transe religieuses terrifiantes et hilarantes à la fois.
Ensuite, pendant le deuxième tiers, on rentre dans le schéma type de la grande fresque américaine sur l’ascension et la chute d’une figure de pouvoir. Alors il y a un lot de scènes mémorables, d’images fortes, et la transformation progressive du personnage de Daniel Day Lewis est très bien menée, mais PTA, en revenant à un « classicisme » et un genre déjà visité par les Welles, Coppola ou Scorsese, ne supporte pas la comparaison. C’est dommage, on perd en personnalité atypique sans gagner pour autant de véritable puissance opératique ou de vraie ampleur dramaturgique digne des modèles cités. Et puis comme je dis, y a des séquences de dialogue qui frôlent la paresse je trouve, surtout au regard de celles, juste virtuoses, du précédent film du bonhomme. Heureusement le dernier acte arrive, et est très différent des deux précédents. Cependant on retrouve cet aspect malsain, atypique, qui faisait la force du début du métrage, accompagné d’une dose de misanthropie et de cynisme tantôt douloureuse tantôt réjouissante (la conclusion est autant tragique que drôle).
Enfin bref, je crois que je préfère vraiment quand PTA ne cherche pas à faire dans la fresque historique, mais quand il fait confiance à son style et à ses « expérimentations » déroutantes pour donner corps et âmes à des histoires déjà atypiques, denses et marquantes. C’est pas pour rien que j’adore Punch Drunk Love. There Will Be Blood ça serait un pur chef-d’œuvre si la richesse stylistique et les partis-pris déroutants du premier tiers étaient maintenus dans le deuxième.
Parce que tant de virtuosité formelle au service de thèmes et de personnages si puissants, c’est rare.
En tout cas c’est clair qu’au vu de ce film, je suis carrément impatient de voir son film d’horreur. Parce que là ça risque d’être un vrai putain de chef - d’œuvre.
Bref…voilà.