CITATION(Feu Big Monster, paix à son âme, sur un topic ailleurs @ 06 10 2004 - 21:57)

Mmmh, a mon avis, un des trucs passionnants de la saga, c’est qu’elle permet de passer en revue l’évolution du ciné ricain de divertissement.
Le film de R. Scott est une des dernières réussites de l’horreur ’70, d’un ciné intelligent et posé, de l’école documentariste - à la Friedkin. Pourtant Alien arrive deux ans après SW, alors que ce genre de ciné a déjà commercialement rendu l’âme (cf Sorcerer de Friedkin justement, sorti dans les salles en même temps que le film de Lucas).
Alien est un film "d'ambiance", par rapport aux canons d'aujourd'hui en tout cas.
Scott ralentit volontairement le rythme de l'histoire et part d'un postulat anti-starwars : dans le futur, tout est lent, lourdingue, englué dans les procédures et les conflits de fonctionnaires (qui va toucher sa prime, qui commande, etc...).
Avec Cameron, on passe au bourrinage ’80, ou les gros succès sont les films comme Terminator (et les suites de SW, etc…). C’est plutôt sympa, pas décervelé et les décors et les trucages sont trippants (esthétique dérivée du manga), inventifs, le tout à un moindre coût.
Avec Alien 3, les choses se gatent.
C’est pas encore la dèche totale (c’est l’époque de Batman 2) et Fincher n’est pas un manchot mais déjà ça commençait à sentir le rance : les studios savent plus quoi inventer et les réals sont des petits bricoleurs d’images (Proyas, qui annoncent deja les couilloneries des W. Brothers – ahah je sens que je vais me faire lyncher) sans génie et qui peine à sortir d’un univers adolescent ou au mieux à établir des esthétiques faussement fin de siècle qui emprunte plus à la pub nike qu’au vécu.
L'image faussement crade a définitivement remplacé l'école documentariste. L'ère du numérique se profile à l'horizon.
(révolution esthétique que je trouve scandaleuse et toute pourrie, mais je suis un vieux con)
La preuve tout de suite avec :
Alien Ressurection
Voilà c'est fini, c'est rendu, c'est sûr maintenant on est dans le nawak le plus total, la saga Alien a consommé son divorce avec ce qui en faisait l'intelligence.
Le ciné est mort.
La synthèse et les trucages modernes ont tué le ciné de genre.
Voilà fin de l’histoire.
Edifiant, non ?
Sinon, encore un petit mot sur le sous-texte de la saga.
Ce sous-texte (en gros : intérêt du capital vs valeur de la vie humaine) est décliné sur 3 grandes catégories d'individus au cours de la trilogie: les ouvriers, les militaires, puis enfin les prisonniers - on voit déja tout de suite à quel point de l'opus 4 passe à côté du schmilblic, d'ailleurs.
Cameron s'attachait plutôt à tenir un discours édifiant sur les ingérences entre l'occident et le "reste du monde", Scott privilégie une approche métaphorique en faisant en faisant de la peur un élément plus psychologique, totalement indissociable de l'environnement humain quotidien.
Ainsi quand le Nostromo - univers technologique totalement conçu par l'homme et donc normalement maîtrisé- se transforme progressivement en un milieu hostile, Scott touche l'essence de la peur moderne : celle d'être éliminé par le système duquel on dépend, le Système avec un big S. Voilà pourquoi on voit si peu l'alien dans le film de Scott (vous fatiguez pas à argumenter, je sais bien qu'il a fallu couper le monstre au montage), le véritable danger, c'est le milieu, dont l'Alien ne représente finalement qu'une déjection (il surgit du corps avec violence, accouchement, défequation, etc...).
Voilà aussi pourquoi on transpire autant dans Alien, on saigne du nez, on vomit du liquide blanc, toutes ces déjections symbolise le retour de l'organique et viens nous livrer le sens de l'histoire. L'homme était un animal (voila aussi pourquoi le chat s'en sort), il a évolué jusqu'à construire lui-même son milieu de vie et ce milieu est devenu la source d'un nouveau danger pour lui.
Et ce nouveau danger se résume en deux mots, tirés du film : "CREW EXPENDABLE" ! L'équipage peut être sacrifié ! Voilà la peur moderne ultime, celle d'un monde qui fait de nous de la chair à pâtée, de la "flesh for the beast", bordel, et cette « beast », c’est le fameux MOLOCH de Métropolis de Fritz Lang, j’ai nommé LE GRAND CAPITAL ! (L'Alien n'est pas le véritable ennemi, il aurait pu être maîtrisé dès le départ, le véritable ennemi, c'est l'homme lui même.)
Pour en revenir au sujet, donc, les suites, bof bof...
(même si celle de Cameron est sympa).
Tout simplement parce le film de Scott, c'est du travail d'orfèvre
Si Alien est un film lent (par rapport aux canons actuels), la bande son et le travail photographique (girophares, stroboscopes et signaux d’alarmes, quelle symphonie audio-visuelle !) donnent au film sa densité : impossible de s’emmerder une seule minute. Il y’a toujours quelque chose à voir, à entendre.
Les suites n'en sont que des décalques, au mieux sympa, au pire foireuses.
oui donc voilà en fait j'aime bien l'idée que Death Proof résume en fait la pensée ci-dessus en s'auto-détruisant par le biais du personnage de Stuntman Mike, absolument terrible dans la première partie (il mange, il boit -bon pas d'alcool mais c'est le geste qui compte, il séduit, il fait peur, il raconte n'imp et en même temps chaque mot compte) et pathétique dans la deuxième (c'est un juste un pauvre queutard mateur qui se fait latter la tronche par
Rosarrrrrio motherfuckin fuck fuck fuck fuck fuckin fuck Dawson et ses acolytes) : en gros, on a le tome 1 de ses aventures immédiatement suivi par l'épisode 45 dans lequel il re-re-re-re-re-re-re-re-re-re-revient faire son barouf et (là réside le génie du film) et lié par une séquence de réintro pourrissime (le monologue du shériff qui explique tout de A à Z sur le perso, son mode opératoire, sa pathologie, bref... qui remâche tout pour introduire cette "nouvelle" aventure)
Le spectateur ressent alors la MÊME lassitude que le fan de la dimension parallèle qui s'est enfilé les 44 autres nanars auparavant.
Du coup on passe d'un extrème à l'autre :
au début, on a un piège mortel (dans tous les sens du terme), subtilement ammené (il échaffaude son plan au fur et à mesure de la soirée) et réalisé de main de maître (le découpage de la mort de Rose MufGowan, le crashomon), ensuite, on a une poursuite au milieu de nulle part qui arrive sans raison et qui est trois fois plus longue et trois fois plus chiante (avec des effets à la jackass tout pourris).
au début, on a des copines qui parlent de the Who et qui font des danses du ventre autant pour leur plaisir que le nôtre, ensuite on a des tatasses qui achètent Vogue Italie (mais qui savent se castagner fuck ! c'est l'ère du féminisme, tu vois ? fuck !)
au début, on a une soirée en apparence anodine et où on arrive à nous intéresser à des petits riens qui font des grands tout (jungle Julia aura-t-elle son sms ? qui va réciter le poème à la 2e plus belle femme du monde, Butterfly ?), ensuite on a de la parlotte vide de sens et de talent où chacune fait répéter à l'autre ce qu'elle a dit (généralement fuck)
au début, on est dans Love and Rockets, ensuite on se tape Sex and the City
au début, on a Vanessa Ferlito, la 2e plus belle femme du monde, ensuite on a
Rosarrrrrio motherfuckin fuck fuck fuck fuck fuckin fuck Dawson, indice de nanaritude force 8
au début, on passe une soirée entre potes et avec de nouvelles connaissances, ensuite on rentre du boulot pour se coller devant la télé
au début, on place des affiches de Soldat Bleu, ensuite on a des panneaux pour Scary Movie 4
au début, on avance, ensuite, on recule (comment veux-tu...)
au début c'est drôle (le sourire de Stuntman), ensuite non (hihi "elle fait un film porno fuck !" hihi fuck !)
Finalement tout régresse et s'autodévore et le plan final achève le tout : allez casse-toi, c'est fini tout ça, laisse-tomber les films
Butterfly/6