Aide - Recherche - Membres - Calendrier
Version complète : La Horde du Contrevent
Mad Movies > Forums Discussions > Sang d'Encre
keutof
Après 3 mois d'ascèse à enchaîner la lecture de plusieurs ouvrages scientifiques de vulgarisation (cosmologie et mécanique quantique essentiellement), je me suis chopé ma première fiction depuis février. Placé bien en vue en tête de gondole à la FNAC, cette Horde du Contrevent me faisait de l'oeil depuis un moment, mais le coin "SCIENCES PHYSIQUES" remportait toujours la partie. Pourtant, ce Grand Prix de l'Imaginaire 2006 a tout pour susciter l'envie, ne serait-ce que par sa quatrième de couverture :


Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face, part des confins d'une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l'origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d'un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou. Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d'un même feu l'aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d'un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d'un pinceau, d'une caméra ou d'une arme... Chef-d'œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l'Imaginaire.

Autant dire que le "pitch" a de quoi allécher l'amateur de SF ou encore de fantasy ! Après 150 pages lues (à vue de pif, car la numérotation est faite à rebrousse-pages), je dois dire qu'il ne déçoit pas : l'Univers dépeint est une merveille de détails jamais gratuits, de foisonnances nécessaires qui renforcent la cohérence et la cohésion du récit. On suit la 34ème Horde, composée de 23 personnes, sur un monde qui se résume à une bande de terre de 5000 kilomètres de large et bordée de miroirs de glace infranchissables, et qui part de l'Extrême Aval pour remonter jusqu'à l'Extrême Amont, la source du Vent, la vérité qui anime leur quête à tous. Un Extrême Amont qu'aucune des 33 premières Hordes n'a jamais atteint.

Le plus extraordinaire est la langue : Alain Damasio manie le style et la syntaxe de la langue française avec une élégance et une classe folle, mêlant en un style très personnel des termes que l'on n'emploie plus, un jargon technique à l'archaïsme jubilatoire, et tout une batterie de néologismes riches et imagés qui, au lieu de compliquer la lecture, la rendent d'autant plus limpide qu'ils sont nécessaires à ce monde où tous nos repères explosent. Nos personnages y croisent les "Glyphes", les "Chrones", ainsi que les animaux du temps, le "depuis", le "lorsque", le "donc". Ils y affrontent les bourrasques, les fronvents, le grain, la contrevague, le blaast, le vortex, les turbules, les salves, les rafales, la stase, et bien d'autres manifestations du Vent. Inutile d'en rajouter pour constater que nous sommes dans un monde qui s'est crée ses propres règles, bien loin de nos conceptions.

La narration alterne une dizaine de personnages de la Horde, et chaque paragraphe débute par un sigle (généralement des signes de ponctuation) qui les désigne ainsi que leur fonction. On doit d'ailleurs souvent se référer à la liste des sigles-personnages, tout du moins au début et le temps de les adopter. Mais cela participe à un "tout-Univers", tel qu'est voulu ce livre. Ils sont rares ces livres qui transportent, qui dépaysent, qui nous donnent à croire que nous vivons aux côtés des êtres que nous lisons. Un livre précieux pour le métro parisien, en attendant sa chute, qui, je cite, "est évidente et belle, et remue comme la fin d'une nouvelle". Au vu de la qualité de ce qui la précède, on peut parier qu'on tient là un chef-d'oeuvre du genre.
Loki
Excellente présentation, Keutof, mais tu as oublié la bande sonore d'Arno Alyvan. Elle était livrée avec la version grand format du roman, elle est de qualité, et, cerise sur le gâteau, n'est absolument pas nécessaire pour apprécier le livre ! C'est un bonus au plus pur sens du terme, davantage qu'un complément, et il était vendu avec l'ouvrage (en édition chère, certes).




Bref, parlons du livre.



La Horde du Contrevent est en marche ! Marcher, elle ne fait que ça, car selon les préceptes de l'Hordre, elle n'a aucun droit d'utiliser le moindre véhicule pour remonter le long de la bande de contre. C'est un voyage sans espoir qui s'est engagé pour les divers éléments de la Horde, et ils contrent bel et bien, ils contrent le vent sans cesse, avec une ténacité de fer, dans la folie d'un monde sans cesse battu en brèche par ces courants aériens dont l'on ne sait trop ce qu'ils sont, énergie cinétique, électrique, magique, âmes, vie, temps lui-même, enfin, matière et existence ? Le vent serait-il la source de toutes choses ? Mais si c'est le cas, pourquoi se brisent-elles, s'effritent-elles, se dissipent-elles sous sa force, ses neuf formes agressives ou surprenantes ? D'où vient cet incroyable vent ?
La trente-quatrième Horde du Contrevent s'est juré de parcourir jusqu'au bout la bande de contre et d'atteindre l'Extrême-Amont. Ce voyage les laminera, jusqu'à une conclusion effroyable...

La bande-annonce de "La Horde du Contrevent". (Ne fouillez PAS ce site officiel, il est bourré de révélations qui ne feront que vous gâcher l'intérêt du roman.)


À ceux qui n'éprouvent aucun intérêt pour les démarches telles que celle de la Nouvelle Vague (cinématographique) ou du Nouveau Roman (littéraire), je répondrai que malgré toutes leurs impostures et leur noyautage quasi répugnant par des attitudes pseudo-intellectualistes et auteurisantes, ces mouvements continrent nombre de perles. Et je suis convaincu que sans les audaces du Nouveau Roman, des oeuvres telles que "La Horde du Contrevent", qui recyclent entre autres, de manière plus maîtrisées, les expérimentations passées, ne seraient jamais nées.

Nous avons ici affaire à un roman bourré de semi-innovations, et le style, riche et baroque au point d'en être, dans les premières pages, proprement déroutant (l'incipit est constitué de signes de ponctuation !), sert au final le propos, alors que d'autres facettes font proprement gadget (je ne comprends pas l'intérêt de numéroter les pages à rebours, je l'avoue).

N'hésitez pas, rejoignez les traces de Golgoth, de Pietro della Rocca, de Sov Strochnis, de Caracole, d'Erg Machaon, de Talweg Arcippé, de Firost de Toroge, de l'autoursier, de Steppe Phorehys, d'Arval Redhamaj, du fauconnier, d'Horst Dubka, de Karst Dubka, d'Oroshi Melicerte, d'Alme Capys, d'Aoi Nan, de Larco Scarsa, de Léarch, de Callirhoé Déicoon, de Boscavo Silamphre, de Coriolis, de Sveziest et de Barbak.
Oui, ça fait vingt-trois personnages principaux, et il y a pas mal de protagonistes importants qui jouent les satellites autour. Que l'oeuvre conserve de la clarté malgré tout ce chaos, voilà l'un des grands mystères du livre. Alain Damasio a de la maîtrise, à n'en point douter.



Entrevue d'Elbakin sur la Horde du Contrevent.
keutof
Ayé, terminé, c'est splendide. 10/10 direct, sans hésitation, la plus belle fable SF/fantasy qu'il m'ait été donné de lire pour le moment.

Avant de poster un avis plus détaillé, j'en profite pour répondre à une remarque de Loki, et qui m'a titillé tout au long de la lecture :

CITATION(Loki @ 22 5 2007 - 23:23) *
je ne comprends pas l'intérêt de numéroter les pages à rebours, je l'avoue


Eh bien pour moi c'est d'une évidence ! C'est même complètement indissociable du récit, de la quête initiatique qui nous est contée. Il s'agit ici d'arpenter un chemin, et c'est finalement ce chemin qui nous forme, plus que ce qu'on trouve au bout. Tout nous mène jusqu'à cette renaissance, ce point (cette page) zéro, celle où nous nous accomplissons et où nous renaissons. Le reste n'est qu'un compte à rebours, le parcours qui est accompli, jusqu'à ce qu'enfin la boucle soit bouclée.
Adinaieros
Ce livre est un chef d'oeuvre.
Je le deconseille a tout ceux qui lisent regulierement de la Fantasy : personnelement il m'a fallu plusieurs mois avant de pouvoir relire avec plaisir de la Fantasy vu le niveau qualitatif de ce bouquin....tout le reste me semblait d'une fadeur horrible.

A noter que du même bonhomme il y a son premier livre (que dans son perfectionnisme, il a récrit cette année) :

LA ZONE DU DEHORS

La Zone du dehors est un livre de SF ou l'on suit un groupe de persones dans une société du futur où la democratie a detruit toute individualité forte pour la remplacer par un consensus mou. L'univers de la zone du dehors c'est un 1984 d'Orwell (le livre se deroule en 2084) mais sans la repression...donc d'autant plus realiste.
Le livre est glacant de par le fait qu'il sonne juste. Cette societe on l'a deja en germes dans la notre.


C'est collosallement enormissime du genre qui tue gave sa race.
En fait, ca m'a séché avec la meme puissance que Fight club a pu le faire au cinéma.
Extraordinaire.
Flying Totoro
J'avais pas vu qu'il y avait un sujet sur ce bouquin mais effectivement c'est du tichoux.
Le monde que Damasio a créé est vraiment prenant et cohérent et il arrive non seulement à faire évoluer ses personnages individuellement mais surtout, et c'est plus rare, en tant que groupe, cad à rendre palpable que la horde est plus que la somme des individus qui la composent. Après autant je trouve que la première moitié est vraiment démente et qu'on touche à l'exceptionnel, autant après ça commence à prendre un peu l'eau. Par exemple quand ils arrivent à la ville avant l'Exrème Amont, où il y a la joute verbale avec Caracole et dont j'ai oublié le nom, on a le droit à une description aussi baclée que politiquement puérile de la vie de la cité (Les pauvres qui travaillent en bas pendant que les riches vivent dans des tours coupés de tout, wééééé il la fait !). C'est d'autant plus étonnant quand on voit comment avec quel brio il confronte le mode de vie des fréoles et celui de la horde au début du bouquin ! Pareil la biliothèque des Aeromaitres là, c'est un peu bidon. Ceci dit malgré ça, ça vaut largement le coup d'être lu. Tichoux approved.

EDIT : j'oubliais, faute de goût : passe encore que le maître de Erg ait la fonction et le look de Yoda, lui donner en plus sa façon de parler, c'est carrément lourdingue.
xis
Beaucoup de choses on été dites, juste un up pour ce chef d'oeuvre
grau
J'ai trouvé ça sympa, mais inégal.

Certains passages m'ont vraiment plu et tenu en haleine (la joute verbale de Caracole, la traversée de la Flaque, tout ce qui se rapporte aux jeux de langages, le combat d'Erg, etc.) d'autres m'ont carrément ennuyés (la Xème description du contre parfait, le passage du cratère de glace, le dernier tiers du bouquin en général,...) bref, j'ai apprécié mais j'ai trouvé que ça manquait d'unité (beaucoup de longueur) et de souffle (pas de mauvais jeu de mot, là).

Et pis j'ai détesté la fin ! Franchement, dès le deuxième chapitre je me suis dis que ça allait être ça et que l'idée était pourrie...
Flying Totoro
CITATION(grau @ 04 2 2008 - 14:14) *
J'ai trouvé ça sympa, mais inégal.

Certains passages m'ont vraiment plu et tenu en haleine (la joute verbale de Caracole, la traversée de la Flaque, tout ce qui se rapporte aux jeux de langages, le combat d'Erg, etc.) d'autres m'ont carrément ennuyés (la Xème description du contre parfait, le passage du cratère de glace, le dernier tiers du bouquin en général,...) bref, j'ai apprécié mais j'ai trouvé que ça manquait d'unité (beaucoup de longueur) et de souffle (pas de mauvais jeu de mot, là).

Et pis j'ai détesté la fin ! Franchement, dès le deuxième chapitre je me suis dis que ça allait être ça et que l'idée était pourrie...


La fin est régulièrement annoncée c'est sûr et, indéniablement, la seconde moitié est plus faible. Par contre je ne trouve pas que les multiples descriptions du contre et des formes du vent soient redondantes et casse burnes. D'abord je trouve que ça fait beaucoup dans la création d'un univers singulier et crédible. Et ensuite ça me semble difficile de minimiser cet aspect des choses (déjà qu'il y a des putains d'ellipses) tant la horde et les personnages qui la composent ne se définissent que par leur attitude face au vent. Et même dans la seconde moitié, certaines scènes casse gueule (lourdes en symbolique et tutti quanti) ressortent assez classes (je pense au passage de toute la horde à travers le chrone qui révèle leur vraie nature par exemple). Et puis il a quand même une plume solide le Damasio non ? Et puis pourquoi j'écris en mode spoiler moi ? Bon j'en profite alors : MON VOISIN TOTORO EST LE MEILLEUR FILM DU MONDE ! Sauf que c'est pas un spoiler mais une évidence !
Le Grand Wario
Ça parle d'une bande de mecs qui disent des trucs comme "Ce cas de Corée me turlupine" ou "Quel beau métier, professeur" ? Une sorte d'album de la CComtesse en roman?

ninja.gif Pardon.


(Ceci dit, ça a l'air plutôt cool)
grau
CITATION(Flying Totoro @ 04 2 2008 - 14:45) *
La fin est régulièrement annoncée c'est sûr et, indéniablement, la seconde moitié est plus faible. Par contre je ne trouve pas que les multiples descriptions du contre et des formes du vent soient redondantes et casse burnes. D'abord je trouve que ça fait beaucoup dans la création d'un univers singulier et crédible. Et ensuite ça me semble difficile de minimiser cet aspect des choses (déjà qu'il y a des putains d'ellipses) tant la horde et les personnages qui la composent ne se définissent que par leur attitude face au vent. Et même dans la seconde moitié, certaines scènes casse gueule (lourdes en symbolique et tutti quanti) ressortent assez classes (je pense au passage de toute la horde à travers le chrone qui révèle leur vraie nature par exemple). Et puis il a quand même une plume solide le Damasio non ? Et puis pourquoi j'écris en mode spoiler moi ? Bon j'en profite alors : MON VOISIN TOTORO EST LE MEILLEUR FILM DU MONDE ! Sauf que c'est pas un spoiler mais une évidence !


Ce ne sont pas les descriptions de formes du vent que j'ai trouvé redondantes, c'est la description de l'admiration des gens lorsque la Horde contre pour la galerie que j'ai trouvé un peu poussif.

Et puis, tout ces rattrapages de Vifs à répétition ça devient vite lourdingue.

Après, t'as raison, il y a des scènes mémorables que j'adorerais voir dans un film (le chrone révélateur, la fontaine, le combat d'Erg,...).


Mais comme je l'ai dit : j'ai trouvé sympa. Juste pas exceptionnel. Tout ça ne vaut quand même pas la poésie et l'ampleur magnifique que présentraient des plans aériens d'un chat-hibou qui voyage sur une toupie en bois volante... Voilà une scène qui, si elle existait vraiment dans un livre ou dans un film, en ferait une oeuvre parfaite. A condition qu'il y ait une scène à un arrêt de bus, aussi...
Mzk0
Aha ! LE bouquin que je dois lire depuis quelques temps avec "Le Trône de Fer". Bon, vu l'enthousiasme général, je l'enchaine après Cthulu et le premier cycle de l'assassin royal.

Merci !!
Karibou
Yop!
Je suis en train de le lire et je ne peux attendre a fin pour en parler ici. Ca faisait un moment que j'avais abandonner la fantasy (a part Pratchett) et le site le cafard cosmique m'a donné envie de m'y replonger ce que je ne regrette absolument pas. Je me rpends une baffe à chaque page. Damasio a su créer un univers dense et coherent, un univers qui marche et vit au rythme du vent. Sans compter le vocabulaire qu'il te met entre les pattes mais que t'arrive à comprendre sans difficulté.
Ca fuse de toute part, chaque ligne de background des personnages est un régal à lire (la formation de Golgoth, Erg et ses techniques de combat), les événements s'enchainent et arrivent de toute part (j'arrive bientôt ou ils se dirigent vers la flaque pour la traverser) et y'a un vrai talent d'écriture (le monologue intérieur de Sov quand il parle de la fille sur le bateau est d'un putain d'érotisme)

J'ai hâte de savoir la suite.
Ceci est une version "bas débit" de notre forum. Pour voir la version complète avec plus d'informations, la mise en page et les images, veuillez cliquer ici.
Invision Power Board © 2001-2008 Invision Power Services, Inc.