CITATION(tonton @ 28 2 2007 - 08:57)

Pour moi, le metteur en scène utilise différentes techniques pour mettre en place une narration (mettre en scène quoi). Alors évidemment, tout dépend de l'implication du réal' dans son projet, de son implication dans ces différentes techniques, mais pour moi les jumps cuts les freeze et autres fondus font partie intégrante de la mise-en-scène (tout en étant des techniques de montage). C'est un peu comme la BO, l'utilisation de la musique fait partie de la mise-en-scène. Ai-je tort?
Non, c'est juste dans ta formulation en fait que c'est confus.
L'archiviste t'a donné une réponse très pragmatique sur quelle part du travail dépend de la mise en scène et à quoi sert le montage (à produire du sens). Or j'ai l'impression que la question c'est quelle est la part du monteur et du realisateur dans le montage du film fini. Et c'est difficile de te donner une réponse dans l'absolue parce qu'il n'y a quasiment que des cas particuliers. Ce qui est sur c'est
- qu'il est quand même plus que conseillé à un real d'avoir une idée précise du film fini monté
avant de tourner, histoire d'être sûr d'avoir toute la matière nécessaire pour ce faire.
- qu'à moins que le réalisateur choisisse d'être l'unique monteur du film (mais c'est rare - Tsukamoto, Iwai) il s'agit d'une collaboration où les deux cherchent à faire que le film ait le maximum d'impact, que les innombrables problèmes de tournage se voient le moins possible et que ce qui ne fonctionnait sur le papier fonctionne également à l'image. Le truc c'est que c'est le real qui décide. C'est normal c'est son film. Quand bien même c'est pas necessairement ses idées, c'est pas lui qui fait la coupe à proprement parler mais c'est sa responsabilité
(comme pour le reste : si tu veux être chef, c'est toi qui a le pouvoir de dire "oui c'est bon, c'est ça" ou "non ça me va pas" donc si le resultat craint, c'est ta faute)
Attention ce qui suit peut provoquer chez certains une sensation de déja vuTu peux vouloir voir
the Cutting Edge : the magic of movie editing, un documentaire d'1h40 sur le montage que Warner a eu la bonne idée d'inclure sur le DVD z1 de
Bullit. Un doc très accessible mais qui se fait force de présenter une historique de la profession, de ses techniques et de ses enjeux ainsi que tout plein d'anecdotes fendardes. Avec tout plein d'interventions éclairées de la part de Spielberg, Verhoeven, Tarantino, Scorsese, Lucas, Cameron et bien d'autres, ainsi que de leurs monteurs respectifs. Entre le monteur d'Under Siege II qui a peur que Seagal lui pète la tête dans la salle de montage, celui d'Easy Rider qui découvre à ses dépends que monter sous LSD n'est pas une grande idée, Rob Cohen en plein délire qui applique sa compréhension limitée du cubisme au montage de XXX (?!?!?!) ou James Cameron qui a l'idée la plus débile du monde pour raccourcir Terminator 2, y a plein de choses à en retirer. Et bien sûr Walter Murch intervient à plusieurs reprises et on le voit bosser sur Cold Mountain. Une preuve manifeste qu'on peut faire de la vulgarisation sans tomber dans le n'importe quoi.
Tu peux vouloir lire (si tu as un minimum d'anglais)
In the blink of an eye de Walter Murch (Monteur sur Apocalypse Now, Conversation Secrète ou K-19). En fait, le livre se compose de deux partie, in the blink of an eye proprement dit, qui est la retranscription d'un conférence donnée par Murch il y a 15 ans et une seconde partie sur l'impact du passage de montage traditionnel à montage virtuel sur le travail de monteur. C'est érudit, drôle, très concret mais rarement véritablement technique et, en règle général, juste brillant. La première partie est succeptible de parler à quiconque s'interesse au cinéma (allons même jusqu'à dire indispensable). Je n'ai aucune idée de l'intérèt que peut présenter la seconde pour quelqu'un qui n'est pas au contact de la production audiovisuelle mais j'aurais tendance à penser que ça reste tout à fait compréhensible.
CITATION(Loki @ 28 2 2007 - 09:56)

Quand le cinéma recherche la qualité maximale, le réalisateur doit superviser lui-même chaque étape du montage.
Sa présence est indispensable autant pour la direction du monteur que pour le soutien moral de celui-ci.
Faudrait en parler à Michael Mann à l'occasion alors. Je ne sais pas si c'est encore le cas mais à l'époque de Heat/insider, il laissait ses monteurs bosser et se faisait projeter le resultat en fin de semaine, quitte à balancer un mémo en semaine si il lui venait une idée. En fait contrairement aux idées reçues, c'est plus au cas par cas, y a pas de formule magique. Loin d'être "un soutien moral" ça peut vite devenir contreproductif d'avoir le real dans la salle de montage en permanence. Il faut juste que le real et son monteur trouvent la formule qui leur permettent de remplir leurs fonctions.
Le truc le plus hors normes dont j'ai entendu parler je crois c'est
Any Given Sunday. D'ordinaire lorsqu'un film est long et qu'il y a beaucoup beaucoup de rushes (plusieurs centaines d'heures), il y a plusieurs monteurs et chacun prend une partie du film (pour Heat par exemple, chaque monteur avait une heure de film à sa charge) puis, généralement, il y a une phase d'uniformisation derrière pour pas qu'on sente que justement ça a été monté par plusieurs personnes différentes. Pour
Any Given Sunday, tous les monteurs avaient accès à l'intégralité des rushes et selon un des monteurs, texto, "tu prenais ce que tu voulais, tu faisais ton truc, tu le montrais à Oliver, si ça lui plaisait il le gardait". J'imagine quand même que c'était après avoir fait un minimum d'ours(*) mais quand même là...
CITATION(Loki @ 28 2 2007 - 09:56)

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Formule "Remaniement" : Le monteur fait le travail seul, avec ou sans les instructions du réalisateur. Il ne profite aucunement de la vision d'ensemble de celui-ci et le résultat final sera nécessairement moins bien ciselé.
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Formule "Venez pas me faire chier" : Le réalisateur fait le travail seul. Il assure l'unité du tout, mais il subit le problème d'une subjectivité excessive. Non seulement il est susceptible d'accorder de la valeur émotionnelle à certains mauvais plans, parce qu'il peut avoir passé des jours à les obtenir, mais en plus, il remarquera beaucoup moins d'erreurs que s'il s'aidait d'un monteur. De plus, le processus de réflexion du réalisateur par rapport à son oeuvre est perturbé par son action directe et permanente sur cette même oeuvre. L'oeil neuf du monteur est tout sauf négligeable : c'est le recul et l'assurance du réalisateur.
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Formule "Hollywood Chewing-Gum" : Le producteur prend la généreuse initiative de diriger le monteur.

Si on excepte la remarque sur l'absence de recul qui est effectivement pertinente, dans le genre "lieux communs simplistes voir même passablement coupés de la réalité", ça se pose là...
(Un jour je le sais les français arrèteront d'imaginer que le producteur est un vilain enculé dont le rôle est de foutre des batons dans les roues du realisateur artiste. Je ne suis juste pas convaincu que ça arrive de mon vivant...)CITATION(Blunt @ 28 2 2007 - 11:39)

Globalement, tu peux retracer quasiment toutes les idées de montage au cinéma russe, et particulièrement à Eisenstein (qui a développé les méthodes de montage: métrique, rythmique, tonal, surtonal et intellectuel) et Lev Kuleshov et sa fameuse expérience du même nom (pour mémoire: Kuleshov avait superposé la même image d'un homme à l'expression neutre à diverses images telles que un bébé, de la nourriture, le cercueil d'une vieille femme et lorsqu'il projeta ce montage au public, celui-ci vit dans l'expression neutre de l'acteur diverses émotions selon l'image à laquelle il était accolé). Le cinéma russe a été le premier à vraiment se préoccuper de l'importance du montage et à le considérer comme l'outil de base de l'art cinématographique.
Les premiers à théoriser le montage oui (Eisenstein, Vertov, Koulechov et Vsevolod Poudovkine, étrangement plus rarement cité). Sinon DW Griffith faisait des trucs pas dépourvu d'intérèt à peu près à la même époque sur des questions analogues.
CITATION(Blunt @ 28 2 2007 - 11:39)

Pour les techniques spécifiques en revanche, je ne saurais pas te répondre dans le détail. On considère généralement que le jump cut a été "popularisé" par l'usage extensif qu'en fit Godard dans A Bout de Souffle, mais je ne sais pas s'il fut véritablement le premier à l'utiliser.
Le premier à faire un jump cut non : on en trouve un de temps en temps dans des films mineurs d'avant les 60s mais c'est plus une maladresse due à un changement de valeur de cadre peu convaincant d'un plan à un autre. Godard a définitivement été le premier à l'utiliser comme outil de mise en scène et à le systématiser sur un métrage.
(*)Un ours c'est un premier montage bout à bout des séquences dans l'ordre du scénario à peine dégrossi, ça donne une première idée de ce que va être le film (et du travail qu'il reste à faire dessus !-
Sinon Brom Bones je sais pas comment te dire pour ton exemple là... Mais y a comme un souci...
Essayez ça pour la règle des 180°