J'y croyais, je l'attendais, je me disais que Shy ne pouvait pas faire un troisième ratage de suite. Verdict :
PITOYABLE.
RIDICULE. LAMENTABLE.
Phénomènes est un bel exemple de lâcheté artistique dans tous les sens du terme. En premier lieu : le script. Après avoir essayé de nous faire peur avec un monstre à pics en caoutchouc qui faisaient des plis à l'aine lorsqu'il courait, après avoir fait
un caca nerveux un conte avec un critique méchant dévoré par des hyènes mystiques, Shy s'est dit qu'il allait essayer pourquoi pas de nous faire peur en filmant des arbres et du vent. Autant le dire tout de suite, c'est peine perdue quand les dialogues, affligeants de bêtise, essaient de meubler des séquences et des rebondissements téléphonés supposés décrire un début de vent de panique à grande échelle. Le pire c'est qu'aucune séquence ne répond à la précédente, de sorte qu'on a l'impression que les événements ne sont pas si tragiques que cela à vivre pour les personnages et que ces derniers survolent tout ce qui leur arrive assez artificiellement finalement (et même sans perdre leur humour, témoin la plante en plastique, on fait pipi avant et on te laisse tranquille, ou le rhume de Wahlberg, à 6 dollars, 6 dollars je sais pas si vous vous rendez compte

).
Le visage inquiet de Mark Wahlberg n'aura donc pour effet que de provoquer des soupirs de condescendance vis-à-vis de l'acteur, bien obligé de faire du ridicule avec ce qu'on lui donne comme script (cela dit je ne le prends pas comme une victime, hein). Quant à Zooey Deschanel, des baffes se perdent à chacune de ses apparitions. Encore plus crispante que l'actrice principale de
Teeth (qui battait des records pourtant), son jeu est rempli de tics et la façon que son personnage a de rappeler régulièrement à son mari de professeur qu'elle est désolée pour son escapade, et ses mimiques intégralement lamentables ne provoqueront donc pas seulement des soupirs de condescendance. On aurait envie de prendre une tondeuse et d'y aller sec en fait dès qu'on la voit. Incroyable étant donné le peu de matière à sa disposition pour camper son "rôle".
Avec une pleine suffisance inconsciente de sa connerie (en gros c'est la même qui sévissait dans
La Jeune Fille de l'Eau, mais en pire), Shy à travers ce film parle plus de son incapacité à créer qu'autre chose. Bien amoché par son narcissisme déplacé, non seulement il oublie de raconter des histoires comme dans
Sixième Sens ou
Incassable, mais en plus il se loupe complètement sur ce qu'il savait faire autrefois, autrement dit la réalisation (
Le Village, tout malhonnête qu'il soit dans sa critique de notre époque en prenant en otage le fantastique, est tout de même remarquablement filmé, contrairement à ce
Phénomènes de malheur). Il applique son style sans le moindre soucis quant à ce qu'il raconte, pensant que cela suffira pour faire illusion. Et ben non. Il peine en plus à développer des personnages intéressants, et à instaurer une ambiance et un sentiment d'angoisse quelconque (bref, sa toxine a beau faire courir Mark et Zooey dans un pré, n'empêchent qu'ils ont l'air d'abrutis complets à se faire poursuivre par... un coup de vent

).
Quant aux scènes gores auxquelles Shy s'essaie timidement (il faut tout de même le resouligner), au mieux elles sont anodines, au pire elles relèvent de la pure blague : voir sur un portable un gardien de zoo amorphe se faire arracher les deux bras sans broncher par des lions a de quoi tout de même laisser perplexe. N'est pas
The Ghost and the Darkness qui veut. Le coup de la tondeuse laissera tout le monde de marbre, et Madame Jones se frappant la tête contre les murs ça donnera envie d'envoyer la toxine chez votre grand-mère radine... Et tout ces moments sont visibles en accéléré dans la BA... On se demanderait presque pourquoi se déplacer.
Bref, Shyamalan non seulement ne sait plus faire le minimum de base, mais lorsqu'il s'essaie à de nouveaux trucs, il se vautre lamentablement du même coup. Le résultat est loin d'être un ratage sympathique bien au contraire, et cette fois désolée mais terminée l'indulgence M. Night Shyamalan, tu me permettras de ne pas attendre ton prochain film et de penser que tes deux (allez, tes trois) premiers films n'étaient que de réjouissants accidents de départ de carrière, mais là il faut pas dépasser les bornes des limites du n'importe quoi mon petit.
Au piquet et bonnet d'âne en plus. Et file, j'veux plus te voir. Sombre incapable.
0/6