CITATION(ouaisbiensur @ 12 2 2007 - 19:21)

Quelqu'un ici a vu Fingers ? Perso pas vu et je me demandais si Audiard amenait vraiment quelque chose de plus dans son film
Bon alors je vais me permettre de répondre à cette question, honteusement ignorée.

Le point de départ de Fingers est le même que celui de DBMCSEA: un gars (Harvey keitel) évoluant dans un milieu un peu "truand" en raison de son père, et qui fait du piano. Si ma mémoire est exacte (mais j'en doute), ça s'arrête là pour les similitudes. Le personnage d'Harvey Keitel est super super fort en piano et il ne fait à peu près aucun doute qu'il va se diriger vers une carrière artistique, avec l'assentiment de son père, à l'inverse de Duris qui est clairement une buse dont la passion pour la musique est moquée par son père et ses amis. En toute logique, exit donc le personnage de la prof chinoise qu n'a pas d'équivalent dans le film de Toback. Et par là-même, exit le thème de l'"amour à travers la musique et au-delà des mots", etc... ce qui constitu un thème majeur du film de Audiard. Dans Fingers, Keitel rencontre une fille (je crois que c'est une pute) et en tombe amoureux, ils développent une relation assez étrange; je bien crois que Keitel s'embrouille aussi avec son mac et que ça tient une place relativement importante dans le récit (j'ai le vague souvenir d'un début de plan 4 qui tourne mal, avec Keitel, sa meuf la pute, le mac et pute # 2) (les plus âgés auront compris que le mot "plan" n'était ici pas utilisé dans le sens de cadrage). Son père trempe dans moult magouilles, aps immobilières mais mafieuses, et - - - S P O I L E R S M A J E U R S - - - finit par se faire flinguer, tout comme dans la version française. Toutefois dans la version américaine, Keitel se rend direct chez le meurtrier et l'abat, le film s'achevant à peu près là-dessus - - - F I N S P O I L E R S - - - Ce dénouement ilustre bien la noirceur du film américain, atténuée dans sa transposition française dans laquelle Tom finit par trouver une certaine rédemption grâce à la musique.
En bref, mon avis: j'avais vu le remake d'Audiard juste avant donc mon opinion a en forcément été influencée. Résultat: là où les thèmes développés par Audiard m'ont paru certes simples mais clairs et bien traités, la démarche de Toback m'a totalement échappé. Je n'ai pas compris de quoi parlait, ce qu'il voulait dire et ce qu'il voulait exprimé à travers ses personnages. Là où Audiard nous parle d'un individu piégé dans un environnement qu'il déteste et dont il cherche à tout pris à s'extirper, un individu qui pense naïvement avoir trouvé son salut à travers la musique, eh ben Toback nous parle d'un mec qui joue du piano à poil chez lui et qui tombe amoureux d'une pute avec qui il fait des promenades en voiture. Le leitmotiv du film français (le désormais classique chez Audiard "peut-on changer de vie", et aussi "peut-on échapper à l'héritage paternel", thème pour lequel Audiard a exacerbé les tensions entre père et fils dans la version française, tensions qui n'existent pas dans la version américaine) m'a paru plus limpide que dans l'original; la démarche des 2 réals est pourtant initialement la même et les thèmes identiques... Alors certains diront peut-être que le film de Toback est plus "exigeant", moins "immédiat", moins simpliste... C'est possible, oui.
En faisant abstraction du remake français (qui AMHA surpasse l'original, est-il bien utile de le préciser?), Fingers reste quand même un bon film, noir, sauvage, qui par bien des aspects rappelle le Scorcese des débuts (forcément, la combinaison New York + Keitel + 70's...). Keitel est évidemment impérial et la prestation du Duris en est vraiment à des années lumières, même si je le trouve bon et, pour la première fois, (presque) pas (trop) agaçant, ce qui constitue en soi un exploit.
Voilà. Quelqu'un d'autre l'a vu?