Donc, pour répondre à tout ça : je te rejoins tout à fait lorsque tu parles d'esthétique de clip musical, les Saw en reprennent de nombreux éléments, tout comme Michael Bay ou bien encore Tony Scott. J'y trouve par contre un réel intérêt : pour moi, ce n'est pas parce que des réalisateurs s'inspirent de clips musicaux que leur mise en scène est mauvaise. C'est un choix artistique comme un autre, et qui en l'occurence me semble particulièrement approrié dans le cas des Saw, car faisant naître un sentiment de confusion nous ramenant à celle des victimes. Je ne vois par contre pas de manque d'envie de réalisation dans les Saw (un manque de moyens pour le premier, tout à fait d'accord, c'est d'ailleurs pour cacher la misère que Wan a tourné de cette manière clippesque sa course poursuite, par exemple), mais plus un manque de temps. Les Saw sont tournés rapidement, et les seuls responsables de cet état de fait sont les producteurs, qui ont choisi, comme à la bonne époque des franchises horrifiques, de tourner vite et pour peu cher des films leur assurant une rentabilité maximale. Certes, on ne peut pas le nier, mais quand je vois dans les suites de Saw des effets de transition recherchés, quelque part, je me dis que le réalisateur, même s'il est clair qu'il ne sera jamais un grand cinéaste, a au moins le mérite de chercher à faire quelque chose d'un tant soit peu original et construit. Bref, j'y vois tout sauf un mec qui salope le travail par non envie de réalisation. Après, que l'on trouve que tout tombe à plat, pourquoi pas, sur moi, ça fonctionne, et c'est tout ce qui m'importe quand je vais voir un nouveau Saw au cinéma chaque année.
Oui, les Saw peuvent paraître tape-à-l'oeil, mais encore une fois, chacun y trouve ce qu'il veut, comme dans tout (et là, on va m'envoyer Captain Obvious, je le sens !). J'y vois personnellement un certain thème revenant constamment, une vraie base derrière tout ça, à savoir comment chacun peut faire preuve des pires défauts sous des apparences tout ce qu'il y a de plus normal. Une certaine réflexion sur la nature humaine, en quelque sorte, certes pas mal camouflée par la forme surdécoupée des films, forme qui, je veux bien l'admettre, peut nuire pour certains à la crédibilité ou à l'attention portée au message qui se cache derrière.
Après, en effet, cette volonté de certains (à commencer par les prods eux-mêmes) de vendre Saw comme un simple film prétexte au gore m'ennuie un peu, car en ce qui me concerne, ces films, même s'ils contiennent du gore, ne représentent pas que ça et sont un poil plus profonds et riches que ça. Tu exagéres of course mes propos en appliquant mon argumentation à L'Exorciste, car bien sûr, un film fantastique ou même gore peut traiter de thèmes importants (et même à mon avis, les rendre plus intéressants encore pour un certain public, en les amplifiant par l'irruption d'élements fantastiques, ou gores, provoquant une grande implication chez l'amateur de ces genres cinématographiques).
Tu voudrais donc classer Saw dans un sous-genre du gore, pourquoi pas, je pense même que de ce point de vue, je serai d'accord avec toi si l'on part de l'optique qu'un Saw est du gore tout public (et donc ni Nekromantik ni Braindead ou Bad Taste). Reste plus qu'à lui trouver un nom, et on sera d'accord
Ce qui m'ennuie, comme tu l'as constaté, c'est de voir les Saw qualifiés de films gores alors que selon mes critères personnels, ils ne le sont pas tant que ça, et surtout, ne reposent au fond pas que sur ça (même si le marketing veut faire croire le contraire, avec succès d'ailleurs visiblement).
Après, oui, je suis aussi d'accord avec toi sur le fait que les Saw répondent à l'uniformisation de la violence au cinéma, mais ce n'est pas quelque chose qui me dérange. La violence au cinéma ne me dérange pas le moins du monde, et j'ai d'ailleurs tendance à penser que ceux qu'elle dérange sont peut-être ceux qui au final ont le plus tendance à ne pas percevoir la frontière entre fiction et réalité. (attention, je ne te classe pas là dedans, hein, j'extrapole juste).
Pour la psychiatre, certes, c'était peut-être de trop, mais si je l'ai évoquée, c'est parce qu'elle tient des propos qui me semblent justes (si ma concierge les avait tenus, c'est elle que j'aurais cité
Et pour finir sur l'homme de Cursed, ce bougre a quand même livré de très bons trucs. Un poil facile de s'arrêter à la plus grosse purgeasse de sa filmo en oblitérant tout le reste. (même si parler de catharsis alors que son premier film ne cesse de gueuler "ce n'est que du cinéma, ce n'est que du cinéma" peut laisser un poil perplexe).
Bon, en tout cas, c'est cool de pouvoir débattre sans se foutre sur la gueule pour autant ! Ca faisait longtemps !
