CITATION(EBE @ 17 1 2008 - 00:06)

Hmm, en ce qui me concerne, une ambiance dans un film peut tout aussi bien se traduire, justement, par un montage ultra cut, des flashes, de la musique aux sonorités industrielles, par des accélérés, que par un traitement radicalement différent tel que celui de Suspiria par exemple. Tout dépend de l'ambiance recherchée, et amha, cette surstylisation survoltée des Saw me semble en parfait accord avec le ton du métrage : quelque chose de violent, de rapide, parfois tordu, voire même nihiliste, et traduit la perte de repères des victimes. Tout ça, chez moi, correspond à une ambiance bien particulière. Donc oui, dans Saw, ambiance il y a, et même si elle ne te correspond pas, pourquoi chercher à dénigrer ceux qui l'apprécient par le biais de petites phrases pseudo assassines façon "à chacun ses références". Sous-entendu : il faut ne rien y connaître en cinéma de genre pour apprécier les Saw ? Hourra, comme tu dis.
Ah, visiblement, je me moque aussi du monde en prétendant que les Saw ne sont pas si gores qu'on veut bien le dire. Pourtant, le montage cut, les gros plans ultra courts, ainsi que les accélérés, tendent à minimiser la portée du gore ici présenté. A un tel point que cela relève plus parfois de l'image subliminale que du gore réellement mis en avant. L'effet produit peut d'ailleurs sembler plus fort de ce fait : on montre au spectateur une ébauche de gore, à lui d'imaginer le reste. Tu remarqueras cependant que je ne dis pas que ces films sont dénués d'éléments gores : il n'y a qu'à voir Saw III en particulier pour s'en rendre compte. Seulement voilà, ces passages là n'occupent réellement que très peu de temps dans le métrage par rapport au reste, plus axé sur les personnages (bon après, on peut bien sûr penser ce qu'on veut de leur traitement et trouver le tout totalement foiré, hein). En ce qui me concerne, ces scènes relativement courtes si l'on prend en compte l'ensemble de la franchise, ne permettent pas de classer les Saw dans le registre des films gores purs et durs. Mais bon, je me moque surement du monde en disant ça, je ne le pense sûrement pas, et ne fais ça que pour me taper une sévère tranche de rigolade.
Je te rejoins par contre totalement lorsque tu parles de gore parsemé dans les Saw, et dont l'effet final est bien différent, comme tu dis, de celui provoqué par un opus gore tel qu'un Braindead. Mais le fait, justement, que l'effet recherché soit le malaise, ne me semble pas prouver pour autant que l'on tient là des films gores. Gore ne veut pas dire nécessairement recherche du malaise, tu le dis toi même en citant Braindead. Le gore peut-être un défouloir ultra jouissif, ou donner envie de gerber, mais pour moi, dans les Saw, les quelques éléments gores épars sont au service d'un effet plus global, celui du malaise. Ce qui en fait pour moi des films dont le gore ne constitue pas la finalité, mais uniquement un élément au service de quelque chose de plus vaste. N'étant pas la finalité des Saw, le gore relatif qu'ils contiennent ne me pousse pas à ranger cette franchise dans la catégorie gore, loin de là même. Car dans ce cas, alors autant y aller de bon coeur, et ranger Robocop parmi les films gores.
Quant aux cerveaux responsables de ce Saw IV, je ne me fais pas de souci pour eux, leur film leur aura servi de catharsis. A noter d'ailleurs cette phrase (grosso merdo) d'une psychiatre lorsqu'on lui demandait dans je ne sais plus quel talk show français moisi si les réalisateurs de films d'horreur ou de films gores n'étaient pas de grands malades dangereux en puissance : "ils sont au contraire bien plus sains que vous et moi au final, car ils exorcisent leurs démons au sein de leurs films, alors que nous tentons de masquer les notres." (du moins ça donnait globalement ça).
Effectivement, tu n'as pas tort lorsque tu dis que les effets cuts et les flashs peuvent faire naître une ambiance. Il existe d'ailleurs un format idéal pour cela, qui se doit d'imposer une ambiance très rapidement sous peine d'être très vite oublié : le clip. Quiconque a pu voir un clip un jour de Radiohead, de Marilyn Manson, ou des Pumpkins et qui aiment ces artistes ne peuvent que s'en souvenir, des années après. Cependant, au cinéma, ça peut passer si encore, par le plus grand des miracles, quelque chose de cinématographique se produit. Tel par exemple les improbables films de Michael Bay, hantés ici et là, on ne sait pas trop comment, par quelques plans de cinéma qui font illusion dans l'orgie filmique habituelle de Monsieur Bay. Dans les Saw (et ce dès le premier), les effets retombent à plat, par un manque évident d'envie de "réalisation" (et de moyen pour James Wan surtout). Mais oui, c'est la marque de fabrique de la série, du coup, on peut à la rigueur admettre que cela donne un cachet aux Saw. Mais ça ne les tire pas vers le haut et ça ne construit pas une ambiance réelle, de celle qui est émotionnelle, pas simplement tape à l'oeil (parce qu'il s'agit de ça en réalité).
De plus si ma remarque peut paraître facile, je l'ai écrite sans cette arrière-pensée que tu m'appropries, et ce n'était pas du tout un dénigrement. Simplement, l'ambiance des Saw n'a rien à voir avec une "ambiance" réelle qui nécessiterait de l'investissement, de la personnalité, du travail, une vision. Suspiria m'a semblé être un bon exemple à ce niveau.
De plus, je n'ai pas sous-entendu (malgré les apparences) qu'il ne faut pas être calé dans le genre pour aimer les Saw. Je ne me juge pas prête pour donner des leçons de geekerie (copyright) et je n'aimerais pas ça de toute façon. Please, ne te victimise pas

(don't worry je déconne). Mais je sous-entendrais volontiers qu'il serait intéressant de se demander pourquoi certains vrais fans de genre aiment ces films et pire, les défendent (là je déconne pas, peut-être, n'aimant que des films parfaits évidemment, et n'ayant aucun petit plaisir honteux, vile et coupable).
Donc si je te suis, un film gore, un vrai de vrai, mettrait les Saw avec 3/4 de leur temps en tripailles et tortures sanglantes exposés. Un vrai film gore selon toi, un vrai, c'est plus du Nekromantic donc. Ce n'est pas un argument, ces films sont gores, mais ils le sont pour un grand public, ce qu'il ne faut pas perdre de vue (Saw III reste le plus gratiné quand même). Tu sais très bien que les sous-genres du genre peuvent se décliner eux-mêmes en d'autres familles. Mais depuis quelques années, le gore a envahi bon nombre de films qui ne sont pas de genre (les films de guerre notamment). De fait, les Saw répondent à l'uniformisation de l'horreur et de la violence dans le cinéma : pour trouver un équivalent à ce tu exposes, il suffirait de prétendre que L'Exorciste (encore lui je l'aime) n'est pas un film fantastique puisqu'entre les scènes de possession, nous avons droit à une étude particulièrement fine et sans relâche de la mère de Regan et du Prêtre qui perd sa mère dans un mouroir pour vieux. Donc, toujours en suivant ton argument, je suppose que ça fait de L'Exorciste principalement un film hautement dramatique et tragique plus que fantastique. On pourrait prendre exemple sur un nombre presque infini de films.
S'ils ne sont pas gores comme à ta soif, soit, je peux le concevoir, maintenant on peut chipoter longtemps sur l'étiquette à mettre là-dessus, on ne sera pas toujours d'accord. Et oui, tu te moques du monde (mais nan va) parce que tu angélises beaucoup trop cette série à mon sens (et qu'au mien, il est gravissime qu'elle connaisse un tel succès...Mais ce n'est pas parce qu'elle est médiocre à mon sens qu'elle ne possède pas en elle des choses à débattre évidemment). En fait, peut-être que tu essaies juste d'en atténuer la portée, car elle s'est vendue sur cette surenchère de gore (on se souvient aussi de l'accroche publicitaire d'Hostel qui avait joué contre lui au final). Et si tu écris dans cette optique, alors je t'applause avec toutes les parties de mon corps.
De plus, à force de défendre l'indéfendable (pour de nobles raisons), tu réussis à consulter une psychiatre (trop facile merci

) qui apporte de l'eau à ton moulin.
Mais petites interrogations pertinentes : en quoi la psychiatre aurait-elle raison sur les instigateurs de Saw IV ? Les connait-elle pour dire que ça leur a fait du bien ? Aime-t-elle suffisamment le genre pour prétendre qu'il s'agit d'une Catharsis (alors que pour Lions Gate c'est certainement l'inverse, c'est un business) de faire des films d'horreur ? Est-ce bien prudent d'aller voir des films qui ressemblent plus à des éjaculations de l'âme des auteurs qu'à du cinéma ? Et puis cette psy, que sait-elle sur le "on" qui cacherait sans cesse à chaque minute de sa vie, ses démons, en manque d'exorcisme (d'ailleurs, excellente nuit pour un exorcisme...).
Je me souviens encore d'un certain Wes Craven qui parlait de catharsis. L'homme de Cursed. Hum.
Tout ça pour dire que sortir la phrase de ta psy c'est comme une cerise pleine de chantilly sur ma langue (accessoirement, c'était bien poilant parce que je ne vois pas la nécessité de faire intervenir une psy de comptoir

).