POSSIBLES LÉGERS SPOILERS !!!Quelques heures après les évènements qui ont conduit à la destruction d'un bar perdu en plein désert et aux massacre de 90% de sa clientèle et de ses employés par une famille de monstres hirsutes d'origine inconnue, Biker Queen débarque sur place et constate l'étendue des dégâts. Elle découvre aussi que sa sœur, Harley mom, avec qui elle avait rendez-vous, est morte.
Sur place, Un seul survivant, Le barman, qui malgré une attaque cardiaque et un coup de griffes à la gorge, est toujours debout mais dans un sale état. Queen lui soutire des informations sur le drame qui s'est joué et elle emmène le vieillard avec elle en direction de la ville la plus proche afin de retrouver Bozo, celui qui d'après le barman est le vrai responsable de la mort d'Harley mom.
Mais une horde de monstres a également décidé d'aller faire un petit tour là-bas ou l'attend un festin d'humains sans défense dont Honey Pie, seconde survivante du bar qui avait lâchement abandonné ses camarades lors d'une fuite en camion...
LES SÉQUELLES D'UNE SÉQUELLE"Feast 2 : sloppy seconds". Derrière ce titre se cache le second effort de John Gulager, fort du succès critique et public (en dvd surtout) du premier volet de la trilogie consacré à ces créatures monstrueuses cannibales, lubriques et sans aucune pitié. Même si les célèbrissimes producteurs de "Feast" n'ont pas remis le couvert à l'exception de Chris Moore et des frères Weinstein, Gulager avait annoncé dès la sortie du film qu'il comptait bien en faire une trilogie. C'est désormais chose faite.
"Feast", troisième projet de l'émission de télé-réalité sur le cinéma lancée par Matt Damon et son copain Ben Affleck "Greenlight" avait bénéficié du partenariat "prestigieux" de Wes Craven, le papa de Freddy et d'un investissement de Dimension films qui distribuait le film. Même si le dollar n'apparaissait pas à l'écran comme dans un Michael Bay, on sentait un amour du travail bien fait et un sens cohérent du détail même si certains ont pu lui reprocher des effets de mise en scène hystérique, apanage de nombreuses petites productions désireuses justement de masquer l'absence d'un budget permettant de tourner son film en toute tranquillité.
Décor unique : un bar isolé en plein désert doté d'une clientèle hétéroclite sur le point de passer une sale nuit. Pratique pour ne pas avoir à tourner des scènes nécessitant plusieurs endroits. L'absence de gros billets ne privait pas "Feast" d'un savoir-faire évident et même si ce n'est pas un chef d'œuvre, le but du jeu à savoir de passer un bon moment gore, parfois écœurant, souvent drôle et surtout différent du commun des productions de ce genre, permettait aisément au film de John Gulager de se faire remarquer de la plupart des titres du genre destinés au marché de la vidéo.
Nanti d'un chèque de production qu'on sent nettement moins élevé que pour le premier film, "Feast 2 : sloppy seconds" quitte pourtant le lieu principal de son prédécesseur pour s'échapper en ville, soit dans plusieurs décors différents se qui constitue un défi et un handicap lorsque que l'argent n'est pas là en grande quantité.
Banque, épicerie, rues, commissariat, toit d'immeuble, appartement, hangar, magasin...les protagonistes bougent beaucoup et Gulager ne s'attarde pas sur un panoramique des décors de son film. Oui, "Feast 2" n'a pas énormément d'argent et oui, cela se voit et se ressent à l'écran même si la facture ne fait en aucun cas "amateur". On peut tiquer sur certaines incrustations en particulier le fond vert utilisé pour les séquences sur le toit visiblement tourné en studio et un ou deux plans en CGI qui ne viennent pas des ordinateurs d'ILM ça c'est sûr !!!
"Feast 2" est plus porté vers un cinéma d'horreur traditionnel, à l'ancienne et n'a pas donc pas un besoin indispensable de repndre un sang virtuel en bullet-time. Ici, c'est le latex et le jus de fraise qui sont à l'honneur.
Une séquelle aux restrictions budgétaires certaines mais qui parvient à passer outre les poches trouées de ses producteurs pour en donner pour son argent aux spectateurs. C'est généreux.
LE PLASTIQUE C'EST FANTASTIQUEComme mentionné plus haut, "Feast 2" est un film qui fleure bon le latex, le silicone et les sceaux d'hémoglobine de synthèse. Le design des créatures, que l'on découvre d'une façon bien plus distincte que dans le premier film, est parfaitement( conçu pour faire entrer un homme dans un costume. Les blessures et les impacts de balles sont faits à partir de poches de sang et d'explosifs, les têtes et les bras coupés sont l'œuvre de maquilleurs ravis de sculpter des moules (n'y voyez rien de déplacé !) et de les balancer aux quatre coins de l'écran dans des geysers de plasma et de tripes en mousse. Un bon point pour un film qui n'essaye pas de vouloir se mettre à la page" en proposant des bestioles virtuels ineptes comme celles que l'on voit dans les films estampillés "Sci-fi channel" (qui peuvent être très bien pour certains) du genre des "Pythons" et Cie ou le monstre est issu d'un mauvais logiciel.
Dans "Feast 2 : sloppy seconds" , il n'y a beaucoup de places pour les PC.
UN FILM DE CARACTÈRES
Ce qui était intéressant dans le premier "Feast" était en grande partie les différents personnages présents dans le bar et la façon dont ils étaient décrits. On a rarement le temps dans ce genre d'histoire d'élaborer un background profond pour les principaux protagonistes et c'est au comédiens de rendre attachants ou à défaut leur caractère intéressant. Tuffy, Bozo, Honey pie, the bartender, Héroine 1...John Culager ne prenait pas de gants avec eux et révélait leur comportamet en leur faisant accomplir des actes d'héroïsme ou de lâcheté.
Il en est de même pour "Feast 2" sauf que cette fois, la plupart des personnages n'est pas spcialement du bon côté de la barrière. Bien au contraire même. Si l'on fait exception du duo de nains luchadors et de leur grand-même adorée, la plupart sont des pourris ou ne sont pas là pour se faire remarquer dans le bon sens par Dieu.
Biker Queen et sa bande de copines motardes dures à cuire tatouées et exhibitionnistes ne viennent certainement pas d'un couvent, le vendeur de voitures Slasher veut tout faire pour évincer l'amant de sa femme Secrets, elle-même prête à quitter son concessionnaire de mari pour Greg, l'étalon en question. Enfin, Honey Pie, qui s'il ne s'était pas enfuie comme une malpropre vers la fin du premier film, aurait pu aider ses camarades d'enfer nocturne et ainsi ne pas subir les foudres du barman don la seule ambition est à présent de lui régler son compte. Et la plupart des autres personnages ne valent pas bien mieux.
Culager donne une étoffe à son groupe de losers magnifiques, d'individus pris au piège de leur instinct de survie et de leur égoïsme sans limites qui la plupart du temps les empêchent de se serrer les coudes et d'essayer d'accomplir quelque chose ensembles. Et nous, que ferions-nous à leur place ?
Mais le fait qu'ils soient pour beaucoup des salauds finis ne nous empêchera pas de les apprécier, de craindre pour leur vie et c'est là toute la réussite du script de Gulager et la richesse de jeu des acteurs (même si certains seconds rôles n'ont presque pas de ligne de dialogues).
DÉPASSER LES BORNESOn sentait dans le premier film la volonté de John Gulager d'aller plus loin que ce que le cinéma d'"horreur traditionnel actuel peut proposer même si certains débordements dantesques de films comme "Hostel" se dirigent déjà avec aisance dans une direction qui vise à choquer le public, à l'écœurer.
Même si l'impact du film ne sera bien évidemment pas le même que celui du diptyque d'Eli Roth (il pourrait au moins s'excuser !!!), le fait d'y aller franco de port dans l'horreur et le dégueulasse fera de toute façon parler du film qui je le rappelle vient de sortir aux usa alors laissons-lui un peu de temps avant de se faire une réputation.
Car "Feast 2" choquera, répugnera, révulsera. Gulager n'hésite pas à balancer toutes sortes de liquides sur ses survivants en particulier au cours d'une séance d'autopsie mémorable ou tout ce que peut contenir une créature est "distribué" à la face des humains sans ménagement dans une scène qui fait penser par son excès à ceux des Monty Pythons comme dans "le sens de la vie" par exemple.
Même si nous ne tenons ps là le film d'horreur le plus sanglant de tous les temps, les dégats infligés par les bestioles du désert font mal et les membres déchirés volent dans tous les sens, de même que les éventrations et les morsures barbares. De toute façon, "Feast 2" est beaucoup plus gore que "Feast".
Choquant le film l'est donc mais cette dissection d'un monstre n'est rien comparé à une séquence terrifiante, horrifiante qui va mettre très mal à l'aise même les plu endurcis par ce qu'elle ose montrer. A ma connaissance, on était jamais allé aussi loin dans l'atroce, le sordide et le monstrueux. Je suis même toujours étonnée que ce passage soit présent même dans la version Unrated du film tellement elle va très (trop) loin dans l'horreur. Un passage qui ne se justifie pas, qui n'a pas véritablement d'utilité dans l'intrigue (comme les mises à mort réelles d'animaux dans "Cannibal holocaust") mais dont la présence à ce moment du récit chnge la donne, la vision qu'on peut avoir de "Feast 2".
Pendant plusieurs minutes, on reste sur ce qu'on vient de voir, les yeux écarquillés. J'ai personnellement été médusée et effroyablement gênée par ce que j'ai vu principalement par rapport au contenant de cette séquence qui touche à quelque chose qu'on ne doit pas toucher selon moi. J'ai toujours eu du mal avec ça quel que soit le film et de le voir d'une manière aussi frontale m'a perturbée pendant plusieurs jours (j'ai eu du mal à m'endormir la première fois).
Même si l'on sent que Gulager cherche à mettre de la distance en présentant ce qui va se passer à la manière d'un cartoon, lorsque ça arrive, lorsque ça se produit à l'écran, on ne rit plus du tout, on ne se dit plus qu'on assiste à un excellent film d'horreur supérieur à l'original. On ouvre alors une optique différente et à partir de cet instant, "Feast 2" n'est plus le même film.
F***ING FEAST ?Ainsi, on passe de l'humour à la haine, au drame le plus sombre et sans pitié, et "Feast 2" s'éloigne du film de 2006 pour prendre sa propre voie et amorcer ainsi un "Feast 3" qu'on imagine pire encore (dans le bon sens du terme). A moins que John Culager qui n'est pas à l'abri d'une "facétie" supplémentaire, nous propose un troisième chapitre encore une fois différent, plus humoristique mais je ne pense pas. Ce qu'on lui a laissé faire dans le second film va lui donner envie d'aller encore plus loin. Après ce qu'il s'est permis de montrer dans le n°2; qu'en sera-t-il du N°3 ? Réponse probable dans le courant du mois de février 2009 !
Mais restons au présent ! "Feast 2" vient de sortir et repousse dans le cadre d'un cinéma conventionnel, traditionnel, les limites de ce qui est acceptable, ça ne lui fera pas que des amis même s'il ne faut pas exagérer et comme je l'ai déjà mentionné plus haut, le film n'a pas la raisonnance d'une énormoïde production distribuée sur 3000 écrans.
Amoral, malsain, écœurant, révoltant...il y a tout ça dans "Feast 2" mais une fois le film digéré (je conseille d'ailleurs de le voir deux fois dans un laps de temps assez court afin de l'assimiler et de se faire une opinion fondée), on y trouve aussi tout un tas de choses formidables qui revitalise un genre déjà moribond malgré son retour en grâce de ces dernières années (même si le gore "craspec" commence à s'essouffler artistiquement et financièrement).
Trop jeune pour avoir v "Evil dead" au moment de sa sortie, je me dis que "Feast 2" aurait pu devenir une œuvre culte, entourée du même aura que le premier film de Sam Raimi. Les années et les médias ont évolué et je doute que "Feast 2" ait les mêmes moyens de diffusion qu'à l'époque et il passera sans doute bien plus inaperçu mais je pense que John Gulager a réussi un film viscéralement différent, fiévreux et qui fait réagir.
Même s'il a recours a des procédés pas forcément de très bon gout (pas du tout même selon moi), la force dévastatrice du film, pas seulement à cause de la scène impensable évoquée précédemment, l'emmène vers les hauteur du genre horrifique, prêt à tutoyer les plus grands.
Beaucoup détesteront, certains y verront une série B bien fichue et explosive, d'autres un grand film gore qui les laissera essoufflés, épuisés, moralement et peut-être physiquement atteints dans leur chair.
Personnellement, je n'avais pas éprouvé autant d'émotions, de sensations, même les lus nauséeuses, devant un film d'horreur depuis longtemps et pourtant de nombreux très bons titres sont sortis ces derniers temps.
"Feast 2" va au-delà et n'oublie pas de raconter une histoire, de présenter des personnages, de donner envie de savoir comment tout ça va se terminer. Le fait d'aller au plus loin de l'horreur, du montrable, est une chose mais cela ne fait pas fatalement de bon films mais ces "sloppy seconds" transcendent ce qui aurait pu être une simple grosse boucherie en un plat plus raffiné, même s'il est à base de foie et de tripes.
"Feast 2" est le plus grand film d'horreur de l'année.