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Version complète : Bonnes feuilles du Japon
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Poltermok
J'ouvre ce sujet afin que nous partagions nos trouvailles concernant la littérature du, par, pour et sur le Japon.

Cette phrase à la syntaxe limite cache en fait deux horizons.

Tout d'abord, la littérature japonaise. Toutes les oeuvres qui vous ont marqué, des grands Anciens aux découvertes récentes. En somme, vos coups de coeur concernant une littérature en pleine explosion en France (voyez les titres qui sortent en ce moment, c'est effrayant, ça arrête pas, et ça ouvre aussi la porte à d'autres littératures asiatiques : coréennes, chinoises, indiennes, thaïlandaises, soit dit en passant).

Pour des raisons pratiques, on va essayer de pas trop parler des mangas please, simplement parce qu'on en parle assez dans d'autres parties du forum.

Et ensuite, les livres sur le Japon lui-même. C'est-à-dire toute la littérature d'étude, d'analyse, ou simplement les récits de voyage ou les méditations sur l'Archipel ,quelqu'en soit l'auteur (japonais, français ou javanais).

Ce topic est né de trois envies : l'envie de proposer quelques suggestions de lecture, ainsi que de se faire conseiller soi-même sur les bonnes feuilles du Japon; l'envie de continuer d'une certaine manière le défunt topic "Chroniques du Japon"; et l'envie de rectifier, voire d'approfondir l'image du Japon ainsi que sa vérité profonde.

Parce que, wahou, nom d'un petit bonhomme, y en aurait pas un petit peu assez, de ces bouquins d'images (photographiques ou littéraires) bien sages, bien figées, qui paraissent régulièrement dans notre beau pays sur l'Empire du Soleil Levant (en soit déjà une expression bien relou)?

On a au droit au panorama :

- les nénettes costumées en infirmière, keupons, gothiques, princesses, fées de Harajuku;
- les sumos se foutant sur la gueule au Ryokoku de Tokyo;
- le carrefour de Shinjuku, néons et foule;
- un p'tit coup de Kyôto, du Ryôan-ji (jardin sec, jonché de pierres), silhouette d'un prêtre dans la brume;
- la jeune fille en kimono qui marche d'un air pudique dans la rue;
- les Japonais contemplant (ivres morts) les fleurs de cerisiers dans le parc d'Ueno;
- et deux-trois salarymen bien coincés pour la route.

On reste bien dans les clichés. Et surtout, on parle que de Tokyo et de Kyoto. Du reste, point. Et pourtant y a tout un monde à découvrir, pas très connu.

Et même : Tokyo et Kyoto ne sont pas très bien décrits également : ils nous font le choc classique tradition versus modernité (comme si ça pouvait être aussi tranché).

Alors non seulement ils en parlent peu, mais ils en parlent mal.

Il y a surtout cette fameuse "énigme japonaise" comme s'ils cachaient quelque chose, comme s'il fallait traquer cette fameuse "âme japonaise". Ca me paraît spécieux (et pas qu'à moi, à Forest, Bouvier et autres!).

Voilà. Dans peu de temps je proposerais quelques suggestions (et je développerai cette idée)... Faites part des vôtres!



Fraggle
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CITATION
Présentation de l'éditeur
Ils s'amputent l'extrémité des doigts en signe d'allégeance à leurs parrains. Ils arborent des tatouages d'une complexité inouïe pour prouver leur virilité et leur esprit du corps. Reconvertis dans les affaires, ayant pignon sur rue, les yakuzas forment l'une des plus grandes organisations criminelles du monde : politique, finances, drogue, jeux, extorsions de fonds, prostitution et crimes économiques. Depuis des dizaines d'années, le monde a changé, la Russie et la Chine se sont ouvertes au monde. Les yakuzas aussi. Cette édition révisée et augmentée du livre paru aux Editions Picquier il y a dix ans, propose un nouvel état des lieux sur une mafia plus active que jamais.


L'étude définitive (jusqu'à la prochaine édition augmentée?) sur les yak et leur histoire, et par la même un (gros) bout de l'histoire récente du Japon. Un pavé de 600 pages peu lourd à digérer niveau name-dropping mais passionant de bout en bout.

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Le Hagakure (que je n'ai par contre pas lu) commenté par le plus connu des écrivains japonais, qui "s'amuse" à confronter ces principes du samurai énoncés au début du 18eme siècle*uteur? comme le Hagakure lui-même?) Mishima se montrant à la fois progressiste et réactionnaire sur nombre de sujets.
preacher harmony
Outre les classiques Mishima, Kabawata, je peux conseiller les romans des 2 Murakami, deux auteurs que sans doute beaucoup d'entre vous ont déjà lu; l'un, Ryu qui a un goût immodéré pour le glauque ( Miso soup ou Les bébés de la consigne automatique par exemple); l'autre, Haruki, à l'univers beaucoup plus poétique ( Kafka sur le rivage, vraiment un livre magnifique, proche de Lynch).

Akira Yoshimura a écrit un bouquin qui peut intéresser beaucoup de madnaute, La jeune fille suppliciée sur une étagère, avec son histoire racontée du point de vue du cadavre d'une adolescente.

Il y a aussi Akiyuki Nosaka qui est surtout très connu pour La tombe des lucioles, mais qui a aussi écrit Les pornographes, un chef d'oeuvre de drôlerie.

Mais mon auteur fétiche est Yoko Ogawa, avec ses romans souvent assez court, avec une écriture très fluide ( enfin, ça, c'est une remarque qui peut se faire pour la littérature japonaise en générale...) et des histoires à la lisière du fantastique. L'annulaire est un des mes livres de chevet ( par contre, je n'ai toujours pas vu l'adaptation cinématographique.), et j'apprécie aussi beaucoup son recueil de nouvelles Tristes revanches.

Faut que je lise aussi les oeuvres de Banana Yoshimoto, que l'on compare parfois à une sorte d'Amélie Nothomb ( perso, je sais pas comment il faut le prendre...).
Rawhide Kid
Un excellent bouquin sur le Japon: L'empire des signes de Roland Barthes.
Ce sémiologue se retrouve au Japon où il ne comprend absolument pas les signes qui sont tout autour de lui. Donc il va essayer de les décrypter. Ca a l'air aride dit comme ça mais c'était un homme bourré d'humour. Le livre date des années 70, le Japon a certainement pas mal changé depuis.
Fin de la quatrième de couv': Il sera question de la ville, du magasin, du théâtre, de la politesse, des jardins, de la violence ; il sera question de quelques gestes, de quelques nourritures, de quelques poèmes ; il sera question des visages, des yeux et des pinceaux avec quoi tout cela s'écrit mais ne se peint pas.
muf
Supic toper!

Ca pouvait pas mieux tomber: je cherche justement à connaître un peu mieux ce pays et sa culture, pour diverses raisons (coup de coeur récent / tardif pour la japanime, prosélytisme efficace de la chambara team du forum, belle soeur japonaise... ^^ Oui vous vous en foutez mais prout >_< ! *)
Mon frangin m'a déjà fait lire du Haruki Murakami: j'aime bien, et j'avais vraiment l'impression de lire de l'inédit (pour moi).

Bref je suivrai ce topic avec attention. Et j'ai même déjà une question ^^ : j'étais tombé chez un libraire sur une tête de gondole dédiée à la littérature japonaise (effectivement à la mode), et l'un des bouquins était une histoire de détective, mais de détective samouraï! Ca vous dit quelque chose? Je ne me souviens ni du nom de l'auteur ni d'un titre de livre (c'était un personnage récurrent, à la Hercule Poirot icon_mrgreen.gif).

Bon tel que je le décris, ça doit évoquer Cadfaël et faire un peu peur, mais ça avait l'air vachement documenté sur l'époque décrite, et donc potentiellement un bon moyen de se culturer (ou pas - 'ça se trouve c'est du mainstream pour newbs tout poupou, et je vais encore me faire chambarer :/).


* Edit: j'oubliais la zique! (TMGE, Guitar Wolf, 54 Nude Honeys) 'sont forts ces Japs o_O (et on n'a même pas encore parlé des appareils électro-ménagers !)
Waco
Chouette initiative de Poltermok !


Pour ma part, dans la catégorie classiques flamboyants et intemporels de la litterature japonaise, deux romans signés Eiji Yoshikawa:

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La pierre et le sabre

et sa suite
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La parfaite lumière

CITATION

La pierre et le sabre et sa suite La parfaite lumière nous raconte l’histoire d’un samouraï invaincu sa vie durant, considéré depuis comme le meilleur de son temps, Miyamoto Mushashi, alias Shimmen Takezo, (les deux noms Mushashi et Takezo pouvant s’écrire de la même manière, mais se prononce différemment) depuis la fin de la bataille de Sekihagara en 1600 à son combat contre un autre expert du sabre de l’époque. L’histoire reprends la suite du livre de James Clavell « Shogun » de manière plus véridique et nous décrit en parallèle la recherche par Mushashi de la « voie » et des évolutions politiques, sociales et culturelles du Japon, sous l’influence du nouvel homme fort et futur Shogun Tokugawa Ieyasu. Cette période de transition qui marquera un tournant décisif dans l’évolution du Japon nous est décrite avec un entrain et un verve fabuleuse, dans un Japon de tout les jours et des personnages de tout milieux. Ronins, prêtres, artisans, geishas s’y croisent pour notre plus grand plaisir, le tout sur la toile de fond d’un amour typiquement japonais de la belle Otsu pour Mushashi. Un régal.


Pour tout dire, ce sont deux de mes livres de chevet en fait (du genre de ceux que l'on embarque avec soi lorsque l'on a envie d'allé faire un tour sur une île déserte).


Dans la catégorie je kiffe trop les chambaras...

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(pour bien aborder les choses en allant directement à l'essentiel)

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CITATION
Depuis le XIIe siècle et durant sept cents ans, l'histoire du Japon fut d'abord celle des samouraïs. A l'origine, une classe de modestes soldats aux ordres de la cour de Kyôto ; mais le pouvoir grandissant des clans provinciaux leur permit de s'affranchir rapidement de la cour impériale et de créer parallèlement leur propre gouvernement militaire qui s'imposa dans tout le Japon. Des siècles de guerres, de rébellions, de traîtrises et de renversements d'alliances virent des familles de samouraïs se livrer à une lutte acharnée pour le contrôle de territoires. Et des clans fondés par des aventuriers impitoyables dominèrent les provinces avant d'être balayés par d'autres plus puissants. Enfin surgirent trois grands chefs qui imposèrent l'unification du pays sous le commandement d'un seul seigneur : Oda Nobunaga, puis son lieutenant qui lui succéda, Toyotomi Hideyoshi et enfin Tokugawa leyasu qui, à force de batailles, de complots et de massacres régna sur tout le Japon. Ce livre, abondamment illustré d'estampes, de dessins et de peintures, raconte l'histoire de ces samouraïs, leurs armes et leurs châteaux. Il restitue avec rigueur une réalité historique souvent mal connue en Occident.

Signé Mitsuo Kure (un Japonais donc). Le grand format du bouquin nous vaut pas mal de belles illustrations en tout genre. Très sympa.


Dans le genre, le Japon contemporain décrypté de l'interieur...
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De très chouettes chroniques pleines de pertinence et d'humour par un haut fonctionnaire japonais ayant longtemps vécu en Europe.

Y'en a encore quelques autres mais je veux pas trop charger le topic pour le moment.

(sinon, faudrait que je pense à choper le bouquin sur les yakuzas recommandé par Fraggle -ça a l'air de faire autorité en la matière- )
roboris45
Hearn Lafcadio

De père irlandais et de mère grecque, Lafcadio Hearn est né en Grèce en 1850. Très tôt abandonné par ses parents, il est élevé par une vieille tante au Pays de Galles. A l'âge de 21 ans, il émigre aux Etats-Unis où il connaît une existence misérable, malgré quelques emplois dans le journalisme. Cherchant désespérément à s'identifier à une culture, Lafcadio Hearn va errer longtemps à la Martinique puis à la nouvelle Orléans. Il écrit plusieurs romans créoles et traduit les auteurs français qu'il admire : Maupassant, Théophile Gautier et Pierre Loti. Il s'embarque ensuite pour le Japon, où il trouvera le havre de grâce auquel il aspirait. Convertis au bouddhisme, il épouse une japonaise dont il adopte le nom. Enfin reconnu comme un écrivain à part entière, Lafcadio Hearn, devenu Yakumo Koisumo («l'endroit où naissent les huit nuages»), entreprend la traduction des contes et légendes du Japon féodal qui lui inspireront de nombreux ouvrages dont Kokoro et Kwaïdan et entre, en 1885, à l'université impériale de Tôkyô où il enseignera jusqu'à sa mort en 1904.

plus icon_arrow.gif http://fr.wikipedia.org/wiki/Lafcadio_Hearn

Bibliographie des œuvres de Hearn Lafcadio traduites en français
Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges
Kokoro
Le Japon
Le Mangeur de rêves
Ecrits sur le bouddhisme japonais


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le recueil de nouvelles "Le mangeur de rêves" contient de sacrés morceaux de poésie... et de trouille ohmy.gif ! (un jeune homme contraint de maintenir toute une nuit son emprise sur le dos d'une femme fantôme dechaînée afin de l'empecher de nuire)

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Ce livre est blindé de superbes photos d'époque

Et puis y a ça aussi icon_arrow.gif

CHALLAYE (Félicien). LE JAPON ILLUSTRE. Paris, Larousse, 1915 (304 pages)
677 reproduction photographiques
15 cartes
etc

(je vous scanne quelques tofs vraiment magnifiques à l'occase ???)

Et puis des bouquins sur l'histoire de l'art du Japon (dans une médiathèque par ex) dans lequels on retrouve les design des super guerriers de Dragon Ball Z... sur des bronzes ancestraux ninja.gif !



Et puis y a les Shunga aussi sweat.gif ...
Maniak
smile.gif chouette topic!

Je connais pas grand chose en littérature japonnaise à part Yukio Mishima dont on a déjà un peu parlé au dessus...
La société du bouclier et les dérives nationalistes du gars m'interessent pas tellement, mais ses écrits sont vraiment bien. Il aborde des thèmes très ambigus, sur le japon classique, sur une modernité plus européenne, l'homosexualité et le suicide sont très récurrents aussi. Tout est écrit avec une sensibilité très japonnaise je trouve, ça se lit très bien et ça fait voyager...
plus d'infos sur le monsieur ici smile.gif
Palamède
CITATION(Maniak @ 30 8 2006 - 15:38) *

l'homosexualité et le suicide sont très récurrents aussi. Tout est écrit avec une sensibilité très japonnaise je trouve, ça se lit très bien et ça fait voyager...
plus d'infos sur le monsieur ici smile.gif


Et il était homosexuel, et il s'est fait seppeku. Mishima est un des plus grands auteurs du siècle dernier avec Joyce et Proust, sans aucun doute.
Je vais jeter un oeil sur le bouquin de Barthes, je l'aime particulièrement.

J'ai lu tout les Murakami pas Ryu, mais je me demande on y perd pas à la traduction en qualité littéraire ? Idem pour Mishima.
Rawhide Kid
CITATION(Palamède @ 30 8 2006 - 16:28) *
j'ai lu tous les Murakami pas Ryu, mais je me demande on y perd pas à la traduction en qualité littéraire ? Idem pour Mishima.

Vaste question ! Autant commencer par dire que je ne sais pas lire (pour l'instant, j'y travaille !) le japonais.

On peut résumer par: oui, on y perd, forcément. On perd le rythme de la langue, les expressions, le socle commun. Mais, pour autant, ça ne veut va dire que les traductions sont mauvaises.
En lisant Les belles endormies de Kawabata, on ne peut douter de la qualité littéraire du bonhomme: c'est tout simplement superbe (du Proust moins la chiantitude). Pareil pour Murakami Ryû: sa façon d'écrire, si particulière (peut-être assez proche d'Ellis ou Palaniuck), est là.

Moralité: lorsqu'on ne sait pas lire en VO, il faut faire confiance aux traducteurs.

(ce post vous a été offert par Portes Ouvertes Inc)
MechaTakeshi
Tout à fait d'accord pour Kawabata. Je relis Nuée d'Oiseaux Blancs régulièrement sans jamais m'en lasser.

Et puisqu'il était question de bouquins sur les samourais et de Musashi en particulier (via les indispensables pavés de Yoshikawa), il y a ça :

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CITATION
Au XVIe siècle, Miyamoto Musashi, samouraï invaincu par une vie de combats, maître ès armes et esprit de nombreux disciples, se retire dans une grotte quelques mois avant sa mort et rédige ce classique de la littérature universelle :
Traité des Cinq Roues.
Ce guerrier nous donne en un texte lumineux l'essence des arts martiaux et le secret d'une stratégie victorieuse qui transcende la violence et devient art de vivre et d'agir. Attitude qui explique aujourd'hui les raisons des succès japonais dans tous les domaines.
Une leçon à méditer et à pratiquer: car l'esprit de l'art de l'épée peut s'appliquer à tous les gestes de la vie quotidienne.
francesco
CITATION(Waco @ 29 8 2006 - 20:44) *
(sinon, faudrait que je pense à choper le bouquin sur les yakuzas recommandé par Fraggle -ça a l'air de faire autorité en la matière- )

Si je peux me permettre de te coller la pression à ce sujet, c'est effectivement un livre énormissime et passionantissime (je crois me souvenir qu'en fait, ca balaie carrément l'histoire politique "cachée" du Japon depuis l'après guerre, non ?)
Waco
CITATION(francesco @ 30 8 2006 - 20:40) *

CITATION(Waco @ 29 8 2006 - 20:44) *
(sinon, faudrait que je pense à choper le bouquin sur les yakuzas recommandé par Fraggle -ça a l'air de faire autorité en la matière- )

Si je peux me permettre de te coller la pression à ce sujet, c'est effectivement un livre énormissime et passionantissime (je crois me souvenir qu'en fait, ca balaie carrément l'histoire politique "cachée" du Japon depuis l'après guerre, non ?)

Le pire, c'est que je crois l'avoir déjà lu il y a quelques années (plus que quelques même) mais je n'en suis plus trop sûr (impossible de retrouver la reference du bouquin emprunté dans une bibliothèque...). Bon, je ne cède pas facilement à la pression (grâce à mes techniques ninja.gif ) mais là c'est clair, déjà lu ou pas, il m'en faut un exemplaire.
(merci en tout cas pour ton intervention qui vient corroborer le témoignage de Fraggle)
Palamède
Je m'insurge en lisant que Proust est chiant, j'ai lu tout Marcel malgré mon âge, j'en suis ressorti blazé de mal d'auteurs. C'est surement le plus grand romancier français sans l'ombre d'un doute.

Pour le japonais, j'ai toujours ce problème de traduction française, je donne un lien pour Kowabata : http://www.plathey.net/livres/japon/kawabata.html , on voit bien "l'étendue des dégats".
Sinon ce site est très bien pour découvrir des auteurs japonais, et un autre lien : http://www.shunkin.net/

J'ai envi de finir sur cette phrase, on ne traduit pas le japonais, on l'interprète.
preacher harmony
Je ne connais pas ce livre sur l'histoire des yakusas, mais y en a un autre de Jérôme Pierrat et Alexandre Sargos qui est sorti il y a peu de temps et qui avait fait pas mal parler de lui :Yakuza. Enquête au coeur de la mafia japonaise.

Voici la présentation qui en est faite sur Noircommepolar.com:
"Apnée dans les profondeurs du crime au soleil levant. Une enquête de plus de quatre ans (entre 2001 et 2005), une multitude de rencontres parmi les quatre-vingt mille membres affiliés aux différentes organisations, un véritable "panel" de yakusa, des gangsters économiques en col blanc aux hommes de main, des hauts cadres aux apprentis en passant par les gardes du corps, les parrains, les repentis ou les détenus. Une analyse poussée qui lève un coin de voile sur l’univers opaque et souterrain d’une des organisations criminelles les plus structurées du monde, exerçant une influence réelle sur la société (jusque dans les plus hautes sphères). De la formation des apprentis, des techniques d’exécution traditionnelles aux guerres de territoires en passant par le recensement des activités de ces voyous ou de leurs codes (tatouages ou Yubitsume-amputation rituelle d’une phalange), une exploration complète de cette société secrète et de ses spécificités culturelles, renvoyant le Japon face à son histoire. "
Poltermok
Salut tout le monde.

Alors moi je dis c'est la classe ultime, je propose un sujet, et je poste même pas dessus. Genre le style princier quoi.

Nan mais franchement, merci de tous ces livres merveilleux que vous conseillez. Ca permet de cerner certains aspects marginaux comme les Yakuza (mais n'est-ce pas par la marginalité et la notion de marginalité que l'on peut le mieux comprendre une culture? Qui sont les exclus, les hors-normes, et pourquoi?).

Un petit bémol sur l'Abécédaire du Japon. C'est un ouvrage intéressant, certes. Le coup du miroir posé sur le sol, comme porte-malheur japonais, est expliqué de manière bien drôle : c'est simplement parce que les grand-mères japonaises et leurs descendantes ne portaient pas de culottes sous leur kimono que, vraiment, c'est un porte-malheur que de poser un miroir sur le sol (et voir par inadvertance ce que rigoureusement ma mère m'a défendu de nommer ici!!).

Mais malheureusement, cet ouvrage est trop lisse. Nous autres Français (et je suis sérieux sur ce coup-là!), nous aimons le conflit, l'idée en mouvement, et cet abécédaire, ponctuée de phrases bien tournées mais un peu trop scolaires (on sent l'auteur, Japonais, appliqué à tourner de belles phrases françaises, bien rhéthoriques). Un peu trop sage, l'ensemble, peut-être (notamment sur la question politique, alors qu'il faudrait laisser les gants au vestiaire, et déclarer avec uncourage exemplaire : "Ahlàlà, ces politiciens japonais, tous pourris!" - d'ailleurs, êtes-vous au courant que cette petite ordure minable de Koizumi, actuellement Premier Ministre, achève ses fonctions ce mois-ci, et que c'est un autre imbécile arrogant de service, M.Abe, qui va faire son malin à la Diète (et baisser son pantalon pour se faire régulièrement enculer par les Etats-Unis, oh yeah!).

Ce serait mon commentaire. Unouvrage malgré tout intéressant à prendre comme initiation, mais malheureusement un mpeu daté (genre début des nineties). Je pense très honnêtement, que niveau civilisation, une bonne vieille lecture des pages culturelles du Lonely Planet (vous savez ce guide exhaustif, sérieux, rigoureux, et parfois un peu froid, mais absolument carré et indispensable pour les voyageurs) vaut bien la lecture du petit opuscule abécédaire.

Bah voilà. Je voulais vous parler des absolument fabuleuses Chroniques du Japon de Nicolas Bouvier, mais je voudrais pas faire des posts trop longs (pour le confort du lecteur!), donc je vais remettre ça à plus tard (un intervalle de temps modeste, par Jupiter - ou plutôt par Amaterasu, déesse du Soleil fondatrice du Japon -Banzai! Banzai! Banzai!)
Fraggle
en recherchant quelques infos supplémentaires pour une chro d eKichiku, je suis tombé un peu par hasard là dessus (j'avais pas pensé avant à regarder ce qui existe comme bouquin sur le sujet, même pas en langue anglaise)

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CITATION
Présentation de l'éditeur
Le 30 mai 1972, à l'aéroport de Lod-Tel-Aviv, trois Japonais sortent de leurs valises des fusils mitrailleurs et des grenades et, en quelques secondes, dévastent le hall de débarquement. Bilan : 26 morts et près d'une centaine des blessés. Pour la première fois, le monde découvre alors l'existence d'une mystérieuse organisation, Nihon Sekigun, l'Armée Rouge Japonaise. "Les Fanatiques", fruit d'une longue enquête nourrie de témoignages de survivants et de nombreux documents inédits, retrace l'histoire presque trentenaire de l'ARJ à travers l'itinéraire international et sanglant de ses dirigeants. Nouant des contacts avec tous les groupes terroristes anti-impérialistes, et initiant l'opération suicide, dite "kamikaze", qui sera instrumentalisée notamment par Al Quaeda lors des attentats du 11 septembre 2001, l'ARJ a façonné le terrorisme moderne.

L'auteur vu par l'éditeur
Michaël Prazan est journaliste et enseignant. Il est l'auteur-réalisateur d'un film : "Japon, les années rouges", diffusé par Arte en février 2002.


et les com amazon:
CITATION
Depuis la fin des années soixante, il était devenu impossible de se procurer un ouvrage en français sur le sujet du terrorisme "gauchiste" au Japon dans les années 1960-70 et cet ouvrage a déjà le mérite de réparer cet oubli. On trouvera dans ce livre des portraits de terroristes (de véritables "allumés"),leurs contradictions internes (bien que se déclarant gauchistes, les terroristes furent néanmoins très influencés par l'esthétique de la défaite des samouraïs), la description d'un contexte spécifique (l'opposition à la guerre du Viet-Nam de la jeunesse d'un pays ayant connu Hiroshima, l'élitisme de la société japonaise des années 1960) ainsi qu'une description chronologique des faits.
Ce livre se lit comme un polar et est remarquablement documenté.
On regrettra seulement son caractère parfois répétitif


CITATION
Colossal, le travail d'archive de M. Prazant l'est sans nul doute, ce qui fait de son étude sur l'Armée Rouge Japonaise (remarquablement documentée) un livre tout simplement fascinant. Placé au coeur de l'événement, ballotté entre Tokyo, Beyrouth et Pyong Yang, le lecteur ne peut que se sentir plongé dans cette atmosphère si particulière au terrorisme intenational, plus particulière encore au Japon. On regrettera seulement que la plus grande partie du livre se résume à une présentation descriptive des faits, la volonté analytique n'arrivant somme toute qu'en conclusion et laissant le lecteur sur sa faim.


(je l'ai commandé du coup)
Coldo3895
Je n'ai pas lu beaucoup de romans Japonais, mais un dont je garde plutôt un bon souvenir, c'est La Submersion du Japon, de S.Komatsu.

C'est de la SF et ça raconte the big one, le tremblement de terre qui enverra un jour ou l'autre le Japon dans la mer. Donc forcément il faut évacuer tout le monde, tout ça...

Plutôt sympa.
Waco
CITATION(Fraggle @ 04 9 2006 - 01:19) *

en recherchant quelques infos supplémentaires pour une chro d eKichiku, je suis tombé un peu par hasard là dessus (j'avais pas pensé avant à regarder ce qui existe comme bouquin sur le sujet, même pas en langue anglaise)

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(...)

Oh mais c'est génial ça ! (j'ai eu indirectement "à faire à eux" par le biais des maoistes français mais je savais pas non plus qu'il existait un bouquin sur le sujet... merci 1000 fois pour cette trouvaille Fraggle !)

Sinon Coldo, c'est bien de ce bouquin dont tu parles non?
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Il me semble qu'il existe une adaptation ciné.

Poltermok,
A propos de L'Abécédaire du Japon, ma lecture de l'ouvrage commence à dater un peu mais, effectivement, même si je n'y ai pas appris des choses inédites qui auraient pu me donner une vision nouvelle du pays, je crois tout de même me souvenir que pas mal de passages m'avaient bien amusé. J'ai donc pris le bouquin pour ce qu'il est à la base je pense, à savoir une petite série de chroniques sans prétention mais qui n'en sont pas moins, euh... charmantes ^^ En fait, ce qui m'avait surtout attiré dans ce livre, c'est qu'il était écrit par un Japonais donc en le prenant, je me suis fait à peu près la réflexion suivante :
"ouuuaaaiiis ! super ! un bouquin écrit par quelqu'un qui doit sûrement en connaître un bon petit rayon niveau Japon contemporain ! on va enfin avoir droit à autre chose que les sempiternels clichés que nous balancent régulièrement les "chroniqueurs" occidentaux qui, dès qu'ils y ont passé plus de 2 semaines, se mettent en tête de nous "expliquer" le Japon".
Mais j'avoue que j'ai peut-être été bien naïf de penser cela (c'est sûrement parce que j'étais jeune à l'époque) et que ces chroniques quotidiennes "from the inside" ne sont après tout qu'une vulgaire imposture icon_mrgreen.gif (attention hein ! je ne dis pas que ton message insinue cela)
Enfin bon, je devrais peut-être le relire mais je préfère de toute façon m'attaquer dès que je le peux aux yakuzas et à l'Armée Rouge Japonaise !
MechaTakeshi
CITATION(Waco @ 04 9 2006 - 17:49) *

Sinon Coldo, c'est bien de ce bouquin dont tu parles non?
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Il me semble qu'il existe une adaptation ciné.


2 en fait, une de 1973 (pas mal du tout) et une de cette année qui a apparemment cartonné au box office nippon.
Waco
Ah mais oui, merci mecha (même que j'ai vu tout pitit la version 73, sur tf1 dans le cadre de l'émission du lundi soir "L'avenir du futur"; c'était à l'époque où la chaîne était encore publique. Je suis curieux de voir le remake aussi.)
naka
Il se trouve que j'ai la chance d'habiter en Ile de France et d'être inscrit à la bibliothèque de la maison de la culture du Japon, à Paris. Je peux donc facilement piocher dans un fonds livresque important, pour pas cher.

Et certains samedis, je suis perplexe au moment du choix...

Depuis un certain temps déjà, je me suis fait à l'idée - que je crois fondée - que pour découvrir un pays à distance
et sous la couette, il vaut mille fois mieux lire des romans que des essais d'introduction à la culture locale. J'en ai néanmoins lu quelques uns (dont celui de Moriyama, qui ne m'a pas déplu), mais j'hésite à en lire d'autres, même ceux d'un gars comme Jean-François Sabouret, qui pourtant a l'air d'un type bien. Si quelqu'un ici a lu Besoin de Japon, peut-il nous dire ce qu'il en pense ?

Il y a quand même le fameux le Crysanthème et le Sabre, de l'américaine Ruth Benedict, essai écrit dans les années 40 sur commande du gouvernement américain, sorte de manuel explicatif à l'usage des responsables américains d'occupatio après la guerre. C'est daté, certainement complètement à côté de la plaque aujourd'hui, mais j'ai adoré ce livre. Je suis sûr que Poltermok en a déjà dit un mot quelque part sur ce forum.

Quand au roman, je peux recommander Botchan, de Soseki Natsume, classique parmi les classiques, écrit au début du XXème siècle, qui raconte le choc culturel vécu par un jeune enseignant Tokyoïte muté sur l'île de Shikoku (je crois), au fin fond de la cambrousse. C'est fin et très drôle. Tout Soseki d'ailleurs, c'est génial.

Autre roman qui m'a fait beaucoup, mais vraiment beaucoup rire, ce sont les Cours Particuliers du professeur Tadano, de Tsutsui Yasutaka.

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Comment expliquer ? C'est le récit de l'ascension difficile d'un apprenti prof d'université dans la hiérarchie d'une petite fac japonaise, entrecoupée de la reproduction des cours (de philo et de métaphysique notamment) qu'il donne à ses étudiants. N'importe qui à approché, même en France, les troisièmes cycles universitaires et le milieu des thésards, a eu un aperçu des histoires de coucheries entre profs et étudiants, des rancoeurs et des basses vengeances générées par le localisme et la lutte acharnée pour les postes prestigieux.

Tsuitsui mélange autour de ça toutes les histoires possibles et imaginables et en fait une sauce digne des Marx Brothers. Les profs qui se pissent dessus à la vue de leur supérieur hiérarchique, qui mordent leurs collègues à pleines dents, les étudiants qui, titulaires d'une bourse d'étude pour partir à l'étranger, se barricadent chez eux sans rien dire à personne et bouffent des pâtes pour conserver l'argent de la bourse afin d'acheter des membres du CA en vue d'un prochain tour de nominations...

Mais bon, je spoile là, il faut que vous le lisiez, ce bouquin...
Fraggle
CITATION(naka @ 12 9 2006 - 20:15) *

Autre roman qui m'a fait beaucoup, mais vraiment beaucoup rire, ce sont les Cours Particuliers du professeur Tadano, de Tsutsui Yasutaka.

Image IPB

Comment expliquer ? C'est le récit de l'ascension difficile d'un apprenti prof d'université dans la hiérarchie d'une petite fac japonaise, entrecoupée de la reproduction des cours (de philo et de métaphysique notamment) qu'il donne à ses étudiants. N'importe qui à approché, même en France, les troisièmes cycles universitaires et le milieu des thésards, a eu un aperçu des histoires de coucheries entre profs et étudiants, des rancoeurs et des basses vengeances générées par le localisme et la lutte acharnée pour les postes prestigieux.

Tsuitsui mélange autour de ça toutes les histoires possibles et imaginables et en fait une sauce digne des Marx Brothers. Les profs qui se pissent dessus à la vue de leur supérieur hiérarchique, qui mordent leurs collègues à pleines dents, les étudiants qui, titulaires d'une bourse d'étude pour partir à l'étranger, se barricadent chez eux sans rien dire à personne et bouffent des pâtes pour conserver l'argent de la bourse afin d'acheter des membres du CA en vue d'un prochain tour de nominations...

Mais bon, je spoile là, il faut que vous le lisiez, ce bouquin...


Ah bah tiens, celui là un collègue japonais vient de me le préter... cool.
palplathune
CITATION(Fraggle @ 04 9 2006 - 00:19) *

en recherchant quelques infos supplémentaires pour une chro d eKichiku, je suis tombé un peu par hasard là dessus (j'avais pas pensé avant à regarder ce qui existe comme bouquin sur le sujet, même pas en langue anglaise)

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L'auteur est un sale con mais le sujet est passionnant et le bouquin donc intéressant. Dommage tout de même qu'aucun film sérieux n'ait été fait (The Choice of Hercules n'en adoptant qu'une facette très éloignée) directement sur le sujet.
Poltermok
Me revoici, j'arrive en bateau, bougez pas.

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J'ai fini "Je suis un Chat", premier roman du grand romancier Soseki, d'une certaine maniere l'inventeur de la modernite litteraire japonaise, et un temoin de son temps, des errances psychologiques de l'ere Meiji (modernisation intensive, a tous crins, du Japon) et de l'incommunication.

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C'est lui. J'aime bien sa pose, il a l'air de dire : "je suis las, las de creer dans ce monde stupide"

"Je suis un chat" (wagahai wa neko de aru", qui en Japonais est cocasse, puisqu'il s'agit d'une phrase extremement formelle et litteraire, de la part d'un chat de gouttiere) est donc le recit des observations d'un chat, pensionnaire chez les humains, et accesoirement observateurs malicieux de leurs travers, defauts et emportements.

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Ce chat agit comme un moraliste, a la maniere des Lettres Persanes, au detail pres qu'ici le narrateur n'est pas humain et peut alors decrire l'absurdite totale du jeu social du Japon moderne.

Les personnages sont hauts en couleurs, a commencer par le professeur Kushami ("professeur eternuement"), formidable agite du bocal, hysterique, capricieux, pueril, orgueilleux, paresseux, pire qu'un enfant, moche, au bord de la crise de nerfs, autoritaire, et qui n'est autre qu'une caricature de Soseki soi-meme! (jusque physiquement).

Mais il y a Meitei, l'erudit dantesque, le roi des digressions invraisemblables qui ne menent nulle part, et qui par ses recits truculents se place a la frontiere exacte entre mythomanie et verite; Kangetsu l'etudiant en sciences qui fait des experiennce de physique incomprehensibles et farfelues (apres avoir poli des billes de verre, a la main, sans relache pendant 6 mois dans l'obscurite de son laboratoire); la famille Kaneda, obsedee par l'argent, dominee par une maratre infernale qui insulte tout le monde, surnommee "le Nez" par le facetieux Meitei (eu egard a son appendice nasal tendu comme une arbalete), un marchant cauteleux et avare, une fille superficielle et caracterielle; et une foule de personnages, qui sans etre forcement ultra-caricaturaux, possedent des traits de caracteres tres distinctifs, admirablement mis en scene lors de scenes de dialogues a la fois fines, justes psychologiquement et assez droles.

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On peut observer sous l'oeil matois et tres sophistique du chat (qui a une haute idee de lui-meme, et un certain pedantisme) toute une societe de la fin de Meiji, les laisses pour compte du savoir, tous ces philosophes sans emploi, mis a l'ecart de la revolution technique et industrielle de la Restauration de Meiji. Entre les lignes transparait une certaine melancolie, derriere les remarques triviales pointe une critique acide du manque d'ame du Japon contemporain, et quelques lecons bien senties sur la modernite et la folie... jusqu'a la fin, abrupte.

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Bref, un livre tres amusant, parfois un peu digressif et leger, mais qui contredit, comme dit le prefacier, "l'affirmation generalement assez repandue disant que les Japonais n'ont pas d'humour!".

Par ce roman, paru en feuilleton, Soseki connut un succes immediat. Il ecrivit par la suite d'autres romans, vachement moins rigolos. J'en ai lu deux, Sanshiro et Le Pauvre coeur des Hommes (palme du titre le plus nul et larmoyant), qui, si vous le demandez, feront l'objet d'une petite critique par ma pomme ("oui, oui, m'sieur, allez s'teuplait, la critique!" "Merci, merci!").

Et bientot, par la grace de l'edition de post : des citations du roman!!


(au passage : Soseki : anciennement, le moustachu sur les billets de 1000 yens).

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Il a depuis ete remplace par Little Richard :

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(J'ai des preuves) icon_arrow.gif
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Poltermok
CITATION(naka @ 12 9 2006 - 20:15) *
Autre roman qui m'a fait beaucoup, mais vraiment beaucoup rire, ce sont les Cours Particuliers du professeur Tadano, de Tsutsui Yasutaka.

Comment expliquer ? C'est le récit de l'ascension difficile d'un apprenti prof d'université dans la hiérarchie d'une petite fac japonaise, entrecoupée de la reproduction des cours (de philo et de métaphysique notamment) qu'il donne à ses étudiants. N'importe qui à approché, même en France, les troisièmes cycles universitaires et le milieu des thésards, a eu un aperçu des histoires de coucheries entre profs et étudiants, des rancoeurs et des basses vengeances générées par le localisme et la lutte acharnée pour les postes prestigieux.

Tsuitsui mélange autour de ça toutes les histoires possibles et imaginables et en fait une sauce digne des Marx Brothers. Les profs qui se pissent dessus à la vue de leur supérieur hiérarchique, qui mordent leurs collègues à pleines dents, les étudiants qui, titulaires d'une bourse d'étude pour partir à l'étranger, se barricadent chez eux sans rien dire à personne et bouffent des pâtes pour conserver l'argent de la bourse afin d'acheter des membres du CA en vue d'un prochain tour de nominations...

Mais bon, je spoile là, il faut que vous le lisiez, ce bouquin...


Ce resume fait irresistiblement penser a BOTCHAN de Natsume Soseki, qui est l’un des romans les plus hilarants que j’ai lu!



Mais avant de commencer, faisons un petit detour par Matsuyama.

Matsuyama, ville moyenne de Shikoku, a en effet oriente une grosse partie de son energie touristique sur un element : BOTCHAN.

Voici le Dogo Onsen, etablissement de sources thermales tres vieux, et qui a inspire Miyazaki pour son etablissement de bains du Voyage de Chihiro :





Une scene de Botchan, le roman, se passe justement ici...

Et voici la chambre ou Soseki, apres s'etre bien decrasse et decontracte, se mettait pour ecrire le roman :



La ville est sous le signe de Botchan. Voici l'horloge "Botchan", qui a heure fixe devoile des automates tirees des scenes du bouquin.



Des cosplayeurs payes sillonnent la ville pour prendre la pose avec les touristes :

Botchan et Madone


(meme les gosses s'y mettent; ici devant le petit train "Botchan" qui apparait dans une autre scene du roman)


La panoplie des persos du bouquin (polter inside)


Poltermok entoure de sauvages americains et de Japonais de l'ere Meiji

On toruve aussi dans les boutiques le cafe en poudre "Soseki", la citrouille Botchan (?), et pleins de goodies lies a Botchan (porte-cles, figurines....)



Bon, ben alors, c'est quoi Botchan?? Pourquoi une telle celebrite? Et pourquoi Matsuyama?

Soseki, en tant que prof d'anglais et de litterature anglaise, a ete mute de la capitale Tokyo a la campagne profonde (a l'epoque), sous-developee, peuplee de gens grossiers... Matsuyama. Et par frustration, il a ecrit en 1906 un roman-defouloir, ce fameux Botchan.

Quelle en est l'histoire? Botchan (ou "blanc-bec", "pied-tendre"), un jeune professeur de mathematiques, plein d'energie, caustique, et ultra-borne. Il se retrouve nomme a un poste au find fond du trou du cul du Japon, dans un cadre plein de vie et de charme rural : villes fantomes, rivalites internes a l'ecole, potins de vieilles, hypocrisie ouverte des differents professeurs et leurs manoeuvre pour prendre le pouvoir dans la salle des profs, banquets chaotiques et survoltes, etudiants infernaux prets a tout pour rendre la vie impossible aux profs, calomnies de la presse locale, mesquineries et histoires d'honneur autour du prix d'un cornet de glace (!), aubergistes vereux, et coups de poings desordonnes...

Le personnage principal traverse toutes ces epreuves avec une fureur et un mepris ironique qui fait vraiement mouche, se debattant sans ambages et parfois sans aucun sens du protocole social face a ces contrarietes permanentes... Bein sur, il donne des surnoms a ses collegues : Bouffon, Blaireau, Chemise-Rouge, Graine de Courge, etc... (essayez ca au boulot, ca marche du tonnerre). Evidemment, il s'agite beaucoup, jusqu'au finale completement burlesque.

Derriere cette fable morale et decapante, se cachent des motifs plus sombres, et qui augurent des futurs developpements de la carriere de Soseki.






SOSEKI : SA VIE, SON OEUVRE

Voici les differents autres romans que j'ai lu de cet auteur :

- Je suis un chat (cf. juste au-dessus)
- Sanshiro, qui est une sorte de roman-miroir de Botchan, avec un provincial stupide qui monte sur la Capitale, et des motifs communs
- Le Pauvre Coeur des Hommes (Prix International du titre francais larmoyant et pathetique), titre Kokoro en japonais (simplement : Le Coeur), roman assez fascinant et tragique, qui me donnait envie de crier au heros : "MAIS VAS-Y, FAIS QUELQUE CHOSE!!" (et autre grand classique).

"Vas-y, fais quelque chose" : c'est quelque chose d'assez fort chez les personnages de Soseki.

(A partir d'ici, ca devient plus dur a suivre si on connait pas Soseki)

On peut voir deux periodes :

Dans un premier temps le personnage principal (le professeur Kushami de Je suis un chat, Botchan) est particulierement atrabilaire et se depense sans compter, mais toujours les evenements lui echappent (les eleves chahuteurs), et il finit furieux et impuissant. Il bouge vraiment dans tous les sens, sans beaucoup de succes. Dans un deuxieme temps, le heros est impuissant, totalement inerte et inactif (Sanshiro, Kokoro), et il ne fait plus d'efforts pour s'extirper de sa situation. Peut-etre le noeud est le roman Le Mineur (que je n'ai pas lu), avec la tentation de l'activisme politique? Tout cela reste une hypothese, qui doit etre developpee.


Les heros de Soseki sont marques par la defaillance des mots : ils ne peuvent pas ecrire de lettres (Botchan, Sanshiro, voire Kokoro), ne peuvent pas s'exprimer et s'embrouillent tout de suite (c'est le cas chez d'autres auteurs contemporains au Japon - Abe Kobo, Okuizumi mon auteur a moi que j'ai etudie et que j'ai rencontre recemment). Meme la parole publique est contre eux (rumeurs colportees pour nuire dans Je suis un chat, faux reportages et articles maladroits dans Botchan, Sanshiro). L'un des points centraux de ses romans, c'est la mise en echec de la parole : des beaux parleurs bavards mais qui ne s'ecoutent pas trop voire racontent des bobards ou des fantaisies dans Je suis un chat, jusqu'au silence total et devorateur de Kokoro.


Voici ce que me repond M.Allioux, professeur de litterature japonaise a l'universite de Toulouse 2 le Mirail :
"La desesperance des intellectuels a la fin de Meiji apres le Taigyakujiken*, l'affaire du crime de haute trahison. Nagai Kafu exprime sa honte de n'avoir pu devenir le Zola japonais (affaire Dreyfus), Mori Ogai dans son oeuvre du meme titre, exprime l'idee qu'il faut desormais " faire comme si " (Ka no you ni), etc., etc, tout ceci conduisant le grand (et seul ?) disciple de Soseki, Akutagawa**, au suicide que l'on sait."

* L'"Affaire Dreyfus du Japon" des annees 20, ou des anarchistes se sont retrouves fusilles sans autre forme de proces pour "crime de lese-majeste", premier temps d'une repression sanguinaire qui verra les intellectuels "purges" ou mis au pas.

** auteur de Rashomon, notamment.

Bon, desole si ca devient trop specialise, mais i y a des signes interessants dans Botchan : la revenge sociale est sans lendemain, les mediocres triomphent, l'homme de bien est incapable de dominer la parole publqiue et se retrouve isole.

Mais bon, Botchan n'est pas un roman tragique, c'est l'un des plus grands classiques contemporains, et il a pas pris une poussiere : drole et decapant, il se lit comme du petit lait. Chaudement conseille donc.

(Soseki, c'est comme Almodovar : il commence avec Femmes au bord de la crise de nerfs et il finit avec Parle avec elle - du bouffon au peintre des sentiments humains)


Eh oui.
Poltermok
Bon, on va traverser la mer et aller en Chine pour Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise de Dai Sijie (trouve par hasard dans mon bureau - le livre, pas Dai Sijie, "Ah tiens, salut Dai! Ni hao!" icon_mrgreen.gif ).



C'est vachement bien! Ca se lit rapidement, ca se devore, et ca tombe bien, parce que c'est un livre sur la lecture, sur l'enrichissement culturel... Le decor : la Chine profonde (et carrement arrieree) au moment de la Revolution Culturelle, en 1973. Des milliers d'"intellectuels" sont envoyes a la campagne comme bete de somme pour leur "reeducation" (je mets des guillemets). On a une description assez terrifiante de la machine a broyer communiste (Mao ou le plus grand criminel du XXeme siecle, de loin)... et l'espoir, represente par les livres, et l'amour d'une petite tailleuse chinoise...


En train de jouer "Mozart pense au President Mao!" icon_mrgreen.gif

C'est tres bien ecrit, et c'est un recit parfait pour voyager dans la Chine profonde, son organisation sociale, sa Revolution et les forces magiques, toujours presentes (scenes de shamanisme assez blink.gif ). C'est aussi un roman de resistancew, resistance individuelle et desesperee contre une communaute et un systeme inhumain (malgre quelques accomodements).

Et le twist final est ohmy.gif ohmy.gif ohmy.gif (je l'ai trop pas senti venir)... et pourtant tout a fait logique.

A noter : le film est sorti, egalement. Je serais curieux de voir ce que ca donne.


L'affiche fait super sexe, quand meme blink.gif
LeFab
Parce que j'ai raté la diff sur Arte, j'ai voulu me rattraper en lisant ceci :

A noter que Edogawa Ranpo est la transcription japonaise de Edgar Allan Poe.
En gros, le roman narre la recherche du corps parfait d'un tueur aveugle, masseur improvisé (ce qui lui facilite la tâche), qui séquestre ses victimes dans une pièce spécialement aménagée et recelant les sculptures les plus folles jamais créées (toutes des parties du corps féminin de différentes tailles et matériaux). Après avoir exploré les plaisirs ultimes de la chair avec ses captives, il les démembre et éparpille les restes dans la ville (une tête et des pieds sur une plage, un bras accroché à des ballons, une jambe intégrée à un bonhomme de neige,...).
Un roman et un auteur à découvrir d'autant que l'humour noir et la façon de l'auteur de s'adresser au lecteur est des plus rafraîchissant.
Poltermok
CITATION(LeFab @ 25 5 2007 - 16:45) *
Parce que j'ai raté la diff sur Arte, j'ai voulu me rattraper en lisant ceci :

A noter que Edogawa Ranpo est la transcription japonaise de Edgar Allan Poe.
En gros, le roman narre la recherche du corps parfait d'un tueur aveugle, masseur improvisé (ce qui lui facilite la tâche), qui séquestre ses victimes dans une pièce spécialement aménagée et recelant les sculptures les plus folles jamais créées (toutes des parties du corps féminin de différentes tailles et matériaux). Après avoir exploré les plaisirs ultimes de la chair avec ses captives, il les démembre et éparpille les restes dans la ville (une tête et des pieds sur une plage, un bras accroché à des ballons, une jambe intégrée à un bonhomme de neige,...).
Un roman et un auteur à découvrir d'autant que l'humour noir et la façon de l'auteur de s'adresser au lecteur est des plus rafraîchissant.


Des images du film :





blink.gif
Dr Rabbitfoot
Je suis un gros fan des oeuvres de Yoko Ogawa.
J'ai lu à peu près tout ce qui a été traduit en français, et je dégage 3 oeuvres essentielles :
- "L'Annulaire", court roman d'une centaine de pages sur l'étrange histoire entre un laborantin quinquagénaire un peu bizarre, et une jeune femme de vingt ans perdue après s'être fait couper un bout de son annulaire ... un drole de trip fascinant, limite sado-maso. Diane Bertrand en a fait une adaptation très réussie en 2005 avec la sublime Olga Kurylenko.
- "Hotel Iris", roman d'environ 400 pages, mon Ogawa préféré. Comme pour "L'Annulaire", il s'agit de la romance TRES perverse entre une jeune fille encore mineure et un vieillard particulièrement vicieux ... le début est franchement fascinant, tout le roman est très beau, bien écrit, toujours bien vu.
- "La Piscine / Les Abeilles / La Grossesse", très bon recueil de nouvelles, dont "La Grossesse" est le sommet.

Yoko Ogawa est une femme (née en 1962), elle excelle dans la description de la psychologie féminine et des relations "doucement perverses" (les victimes sont consentantes et les persecuteurs plus fragiles qu'on ne le croit). L'écriture est en apparence académique et pourtant, au fil de la lecture se dégage toujours une ambiance feutrée qui mélange : douceur, cruauté, sexe, désir, fantasmes, pulsions morbides, besoin d'être aimé.








Le magnifique film de Diane Bertrand, dont l'affiche a été mon avatar sur ce forum pendant des mois smile.gif :


kea
En passant dans ma charcuterie préférée, hier, j'ai vu ça en rayon :

La vie du vieux Fukuzawa racontée par lui-même


CITATION

Fukuzawa Yukichi (1835-1901) est une figure majeure de l'histoire du Japon, la grande voix de l'ère Meiji (1868-1912), qui marque l'ouverture du pays à la modernité occidentale. Originaire d'une famille de samouraïs de deuxième rang, il a publié en 1898 une autobiographie foisonnant d'anecdotes sur la société traditionnelle du Japon féodal, restituant avec une foule de détails plus pittoresques les uns que les autres sa découverte de la civilisation moderne de l'Occident. Faire du Japon l'égal des grands pays occidentaux, lui permettre d'accéder à la science et à l'esprit critique, aux méthodes modernes de l'économie, à l'état de droit devient alors le sens de son action comme auteur d'essais à succès, comme professeur et comme journaliste. Captivante de bout en bout, cette autobiographie était inaccessible jusque-là au lecteur français qui y trouvera l'histoire passionnante d'un homme qui parvint, en prônant l'indépendance personnelle et l'exercice de la raison, à transformer les mentalités et à infléchir les schémas traditionnels de soumission imposés à ses compatriotes par le confucianisme chinois.
Bref, ça a l'air chouette et intéressant. (J'ai failli craquer, mais bon, là j'avais déjà fait le plein, et je dois d'abord finir la biographie d'Attila...ce sera pour un peu plus tard...)
Quelqu'un peut-il confirmer ou infirmer ? (Poule thermique ?)


Et dans la série "c'est un peu cher pour ce que c'est, mais ça me tente bien quand même", j'hésite depuis quelques temps à me payer ceci :

L'adieu du samouraï

CITATION
Je suis comme un invité que pourrais-je je regretter ?
Le temps est venu où en dehors de la tempête tombent aussi les fleurs. – Ouchi Yoshinaga, mort en 1557.

Poèmes d'adieu à la vie, ces "jiseiku", littéralement "quitter-ce-monde-poème" sont de courts textes rédigés entre le XVe et le XVIe siècle par des samouraïs qui se savent condamnés à une fin prochaine.

Nés le plus souvent dans les eaux troubles des batailles, des alliances, des traîtrises et des suicides, ces vers parfois déroutants, porteurs d'une étrange sérénité, reflètent l'esprit de ces hommes façonnés par une éthique de l'honneur et du devoir, et éduqués depuis toujours à regarder la mort en face.


J'ai feuilleté, et ça a de la gueule (certains poèmes sont assez beaux...enfin, la traduction est assez belle icon_mrgreen.gif )
Par contre, j'ai l'impression que certaines reproduction des poèmes originaux sont tronqués. Pas que ça me perturbe (moi et les idéogrammes, c'est l'histoire d'un échec), mais je trouve cela dommage.



(edit : crotte ! désolé dr rabbit...saloperie de saut de pages...post intéressant en bas de page précédente)
Poltermok
Ouais, Fukuzawa Yukichi, c'est surtout lui =



(Venez chez moi, je vous ferai admirer ma collec', j'en ai plein wink.gif )

Effectivement, Fukuzawa est une des figures majeures de la modernite japonaise : c'est l'un des premiers a avoir fonde des ecoles (bon, comme j'ai seche le cours la-dessus, je peux pas en dire plus), a avoir theorise l'education pour tous ("Incitation a l'etude", texte fondateur du systeme scolaire japonais)... Etc.

Le truc tres drole, c'est que, comme les Hollandais etaient les seuls Occidentaux que les Japonais aient vus pendant des siecles, Fukuzawa etait persuade que le Hollandais etait la langue a apprendre absolument pour pouvoir converser avec eux... Il a donc appris la langue en free-lance, en autodidacte. Evidemment, lorsqu'il s'est apercu que Perry etait Americain, et donc parlait anglais... il a foutu son dictionnaire de hollandais a la poubelle, a fit craquer les jointures de ses doigts, et s'est dit : "Bon ben maintenant, y a plus qu'a apprendre l'anglais"...

Voili voilo.
Zl@biroth
CITATION(Poltermok @ 29 5 2007 - 02:13) *
il a foutu son dictionnaire de hollandais a la poubelle, a fit craquer les jointures de ses doigts, et s'est dit : "Bon ben maintenant, y a plus qu'a apprendre l'anglais"...

Voili voilo.


Excellent ! laugh.gif Si tu devais donner des cours d'histoire je crois que je
serais le premier à m'inscrire !

Je suis nouveau sur le forum et c'est vraiment très intéressant tous les bouquins
que vous donnez à lire !!!

Je suis déjà sur la pierre et le sabre alors on va attendre un peu ^^

Par contre, je suis un gros fan de mangas, et j'ai quelques questions:

J'ai un One Shot appellé goth et édité par pika édition qui est tiré
du roman Goth: le coupeur de mains écrit par Otsuichi mais je ne crois pas
qu'il ai été traduit...

J'ai une autre série qui s'appelle Heads et le scénariste est Keigo Higashino,
connaissez vous des livres qu'il aurait écrit ?
Si oui sont-ils dispos en Français ?

Merci beaucoup d'avance si quelqu'un peut répondre !
Poltermok
Je peux pas repondre pour ton manga mon gars.



Ai fini ca recemment, c'etait pas mal, ca se lit tres facilement. Et aussi, ca reussit a trouver le bon ton. Ni "les Japonais ils sont geniaux, c'est les meilleurs de la Terre", ni "ahlala mais quelle bande d'abrutis". C'est juste l'histoire d'une TRES mauvaise experience au Japon avec un heros poissard comme pas deux. On plonge bien dans les contradiction de la femme japonaise a la psyche parfois difficile a comprendre (et ca m'a detruit le coeur, helas sad.gif )
DarK ChoueTTe
Rencontre fracassante avec Ryu Murakami pour moi, par le biais de



Je crois rarement avoir vu aussi bien retranscrit le mal-être moderne, la désorientation dans la vie, l'amour et la haine.
Tout y passe dans ce bouquin d'une force incroyable, suivant ces deux frères qui se poussent chacun à leur manière vers leurs limites pour se découvrir en découvrant le monde, extrêmement dur et épuisant, on en ressort vraiment vidé.
Mais heureux, dans un sens.
Le romancier crache tout le mal qu'on peut avoir à vivre dans ce roman outrancier (parfois un peu trop à mon goût, là son seul défaut), où le demi-mot est interdit.
Bref, la claque sur 500 pages, à quelques passages près.

Il paraît que Coin locker est considéré comme son meilleur ? J'ai surtout envie de demander aux connaisseurs ce que vaut le reste de son oeuvre, celle-ci étant encore jeune dans sa carrière mais déjà assez ultime.
Evil Seb
CITATION(DarK ChoueTTe @ 05 10 2007 - 08:23) *
Il paraît que Coin locker est considéré comme son meilleur ? J'ai surtout envie de demander aux connaisseurs ce que vaut le reste de son oeuvre, celle-ci étant encore jeune dans sa carrière mais déjà assez ultime.

Les Bébés est sans conteste son bouqiin le plus emblématique...perso de tous ceux que j'ai lu ( 6 + 2 qui attendent de l'être) ce n'est pas mon préféré bien qu'il soit tres tres bon.

Dans l'odre je dirais Miso Soup narrant les errances nocturnes d'un guide pour touriste dans les quartiers chaud. Le bouqin m'a surtout scotché pour la description d'une scène de meurtres absolument abominable. Jusqu'a aujourd'hui j'ai pas li meilleur retranscription d'une scène de crime. C'est bluffant...le reste du livre est trés trés bon aussi et on reconnait le style de Murakami.

Ensuite La Guerre Commence Au Dela De La Mer, un livre trés étranges narrant plusieurs histoire se situant dans la même ville côtière du Japon, on se demande ou va Murakami, le bouqiuin flirt avec le surréalisme lors de certaines description, on ne comprends ps toujours ce qu'il veut dire...puis viens la dernierchapitre et on se prend la résolution en pleine gueule. Tres tres grand.

Lignes où le destin croisés de plusieurs personnes narrées de façon éclatées comme des faits divers. Les gens se croisent et on suit leurs histoires, leur moment de vie le tout dans Tokyo. Certaines sont glauques, d'autres violentes mais toujous marqués par la solitude de ses personnages, une des thématique récurentes de Murakami.

Je citerais aussi 1969, une oeuvre differente ecrite sous forme semi autobiographique de chroniques adolescentes, un bouquin plus léger qui parle de la jeunesse des japonais durant l'année 1969. Le héros est particulièrement attachant et le livre se lit trés facilement. Cette fois rien de glauque ni violent, juste l'histoire d'une bande d'ado perclus d'illusions et d'idéalisme.

Apres j'ai moins accroché a Raffles Hôtel et à Bleu Presque Transprent, recit parlant principalement d'artists, de cul et de drogue...bref pas vraiment ma came. Tu devrais trouver ton bonheur la dedans...perso j'espère lire tout Murakami un jour, il me reste encore du boulot wink.gif
Poltermok
CITATION(Poltermok @ 03 4 2007 - 05:12) *
CITATION(naka @ 12 9 2006 - 20:15) *
Autre roman qui m'a fait beaucoup, mais vraiment beaucoup rire, ce sont les Cours Particuliers du professeur Tadano, de Tsutsui Yasutaka.

Comment expliquer ? C'est le récit de l'ascension difficile d'un apprenti prof d'université dans la hiérarchie d'une petite fac japonaise, entrecoupée de la reproduction des cours (de philo et de métaphysique notamment) qu'il donne à ses étudiants. N'importe qui à approché, même en France, les troisièmes cycles universitaires et le milieu des thésards, a eu un aperçu des histoires de coucheries entre profs et étudiants, des rancoeurs et des basses vengeances générées par le localisme et la lutte acharnée pour les postes prestigieux.

Tsuitsui mélange autour de ça toutes les histoires possibles et imaginables et en fait une sauce digne des Marx Brothers. Les profs qui se pissent dessus à la vue de leur supérieur hiérarchique, qui mordent leurs collègues à pleines dents, les étudiants qui, titulaires d'une bourse d'étude pour partir à l'étranger, se barricadent chez eux sans rien dire à personne et bouffent des pâtes pour conserver l'argent de la bourse afin d'acheter des membres du CA en vue d'un prochain tour de nominations...

Mais bon, je spoile là, il faut que vous le lisiez, ce bouquin...


Ce resume fait irresistiblement penser a BOTCHAN de Natsume Soseki, qui est l’un des romans les plus hilarants que j’ai lu!



Mais avant de commencer, faisons un petit detour par Matsuyama.

Matsuyama, ville moyenne de Shikoku, a en effet oriente une grosse partie de son energie touristique sur un element : BOTCHAN.

Voici le Dogo Onsen, etablissement de sources thermales tres vieux, et qui a inspire Miyazaki pour son etablissement de bains du Voyage de Chihiro :





Une scene de Botchan, le roman, se passe justement ici...

Et voici la chambre ou Soseki, apres s'etre bien decrasse et decontracte, se mettait pour ecrire le roman :



La ville est sous le signe de Botchan. Voici l'horloge "Botchan", qui a heure fixe devoile des automates tirees des scenes du bouquin.



Des cosplayeurs payes sillonnent la ville pour prendre la pose avec les touristes :

Botchan et Madone


(meme les gosses s'y mettent; ici devant le petit train "Botchan" qui apparait dans une autre scene du roman)


La panoplie des persos du bouquin (polter inside)


Poltermok entoure de sauvages americains et de Japonais de l'ere Meiji

On toruve aussi dans les boutiques le cafe en poudre "Soseki", la citrouille Botchan (?), et pleins de goodies lies a Botchan (porte-cles, figurines....)



Bon, ben alors, c'est quoi Botchan?? Pourquoi une telle celebrite? Et pourquoi Matsuyama?

Soseki, en tant que prof d'anglais et de litterature anglaise, a ete mute de la capitale Tokyo a la campagne profonde (a l'epoque), sous-developee, peuplee de gens grossiers... Matsuyama. Et par frustration, il a ecrit en 1906 un roman-defouloir, ce fameux Botchan.

Quelle en est l'histoire? Botchan (ou "blanc-bec", "pied-tendre"), un jeune professeur de mathematiques, plein d'energie, caustique, et ultra-borne. Il se retrouve nomme a un poste au find fond du trou du cul du Japon, dans un cadre plein de vie et de charme rural : villes fantomes, rivalites internes a l'ecole, potins de vieilles, hypocrisie ouverte des differents professeurs et leurs manoeuvre pour prendre le pouvoir dans la salle des profs, banquets chaotiques et survoltes, etudiants infernaux prets a tout pour rendre la vie impossible aux profs, calomnies de la presse locale, mesquineries et histoires d'honneur autour du prix d'un cornet de glace (!), aubergistes vereux, et coups de poings desordonnes...

Le personnage principal traverse toutes ces epreuves avec une fureur et un mepris ironique qui fait vraiement mouche, se debattant sans ambages et parfois sans aucun sens du protocole social face a ces contrarietes permanentes... Bein sur, il donne des surnoms a ses collegues : Bouffon, Blaireau, Chemise-Rouge, Graine de Courge, etc... (essayez ca au boulot, ca marche du tonnerre). Evidemment, il s'agite beaucoup, jusqu'au finale completement burlesque.

Derriere cette fable morale et decapante, se cachent des motifs plus sombres, et qui augurent des futurs developpements de la carriere de Soseki.






SOSEKI : SA VIE, SON OEUVRE

Voici les differents autres romans que j'ai lu de cet auteur :

- Je suis un chat (cf. juste au-dessus)
- Sanshiro, qui est une sorte de roman-miroir de Botchan, avec un provincial stupide qui monte sur la Capitale, et des motifs communs
- Le Pauvre Coeur des Hommes (Prix International du titre francais larmoyant et pathetique), titre Kokoro en japonais (simplement : Le Coeur), roman assez fascinant et tragique, qui me donnait envie de crier au heros : "MAIS VAS-Y, FAIS QUELQUE CHOSE!!" (et autre grand classique).

"Vas-y, fais quelque chose" : c'est quelque chose d'assez fort chez les personnages de Soseki.

(A partir d'ici, ca devient plus dur a suivre si on connait pas Soseki)

On peut voir deux periodes :

Dans un premier temps le personnage principal (le professeur Kushami de Je suis un chat, Botchan) est particulierement atrabilaire et se depense sans compter, mais toujours les evenements lui echappent (les eleves chahuteurs), et il finit furieux et impuissant. Il bouge vraiment dans tous les sens, sans beaucoup de succes. Dans un deuxieme temps, le heros est impuissant, totalement inerte et inactif (Sanshiro, Kokoro), et il ne fait plus d'efforts pour s'extirper de sa situation. Peut-etre le noeud est le roman Le Mineur (que je n'ai pas lu), avec la tentation de l'activisme politique? Tout cela reste une hypothese, qui doit etre developpee.


Les heros de Soseki sont marques par la defaillance des mots : ils ne peuvent pas ecrire de lettres (Botchan, Sanshiro, voire Kokoro), ne peuvent pas s'exprimer et s'embrouillent tout de suite (c'est le cas chez d'autres auteurs contemporains au Japon - Abe Kobo, Okuizumi mon auteur a moi que j'ai etudie et que j'ai rencontre recemment). Meme la parole publique est contre eux (rumeurs colportees pour nuire dans Je suis un chat, faux reportages et articles maladroits dans Botchan, Sanshiro). L'un des points centraux de ses romans, c'est la mise en echec de la parole : des beaux parleurs bavards mais qui ne s'ecoutent pas trop voire racontent des bobards ou des fantaisies dans Je suis un chat, jusqu'au silence total et devorateur de Kokoro.


Voici ce que me repond M.Allioux, professeur de litterature japonaise a l'universite de Toulouse 2 le Mirail :
"La desesperance des intellectuels a la fin de Meiji apres le Taigyakujiken*, l'affaire du crime de haute trahison. Nagai Kafu exprime sa honte de n'avoir pu devenir le Zola japonais (affaire Dreyfus), Mori Ogai dans son oeuvre du meme titre, exprime l'idee qu'il faut desormais " faire comme si " (Ka no you ni), etc., etc, tout ceci conduisant le grand (et seul ?) disciple de Soseki, Akutagawa**, au suicide que l'on sait."

* L'"Affaire Dreyfus du Japon" des annees 20, ou des anarchistes se sont retrouves fusilles sans autre forme de proces pour "crime de lese-majeste", premier temps d'une repression sanguinaire qui verra les intellectuels "purges" ou mis au pas.

** auteur de Rashomon, notamment.

Bon, desole si ca devient trop specialise, mais i y a des signes interessants dans Botchan : la revenge sociale est sans lendemain, les mediocres triomphent, l'homme de bien est incapable de dominer la parole publqiue et se retrouve isole.

Mais bon, Botchan n'est pas un roman tragique, c'est l'un des plus grands classiques contemporains, et il a pas pris une poussiere : drole et decapant, il se lit comme du petit lait. Chaudement conseille donc.

(Soseki, c'est comme Almodovar : il commence avec Femmes au bord de la crise de nerfs et il finit avec Parle avec elle - du bouffon au peintre des sentiments humains)


Eh oui.



J'HABITE A MATSUYAMA MAINTENANT!!!

LISEZ BOTCHAN!

bilouff
Diable! En parcourant le topic, il ne me semble pas avoir vu mention de Seicho Mastumoto, grand nom du polar japonais, le Siménon jap, pour user d'un fourbe raccourci journalistique.
J'ai seulement lu son "Tokyo express". C'est du roman policier à l'ancienne, une bonne vieille enquête classique, carrée, avec le côté procédurier, où chaque indice ouvre la voie vers le suivant et permet de faire un pas de plus vers le dénouement. C'est vraiment un roman d'investigation, et le personnage principal du bouqin, c'est l'enquête, plus que le détective qui la méne. Celui-ci est là comme "outil" d'investigation, et non comme un personnage dont on partage les doutes, les névroses, comme c'est souvent le cas ds le polar récent.
Old school et très classique donc, masi tellement bien écrit qu'on a vraiment l'impression d'être aux côtés du détective et de réfléchir à la résolution du mystère avec lui.
L'intrigue de "Tokyo express" repose sur une histoire d'horaires de trains, et se passe dans plusieurs régions du pays que l'enquêteur parcourt sans cesse, c'est donc aussi un bon moyen de découvrir le Japon. Perso, je l'ai lu dans le shinkansen lorsque j'étais en voyage là bas, ça le faisait rolleyes.gif

Sinon, Matsumoto a pas mal été adapté au ciné, notamment par Yoshito Nomura, et je ne saurais que recommander les excellents "été du démon" (Kichiku) et "vase de sable" (suna no utsuwa).

EDIT: et Amélie Nothomb alors unsure.gif ??
ok, je icon_arrow.gif
kea
CITATION(DarK ChoueTTe @ 05 10 2007 - 08:23) *
Rencontre fracassante avec Ryu Murakami pour moi, par le biais de



Je crois rarement avoir vu aussi bien retranscrit le mal-être moderne, la désorientation dans la vie, l'amour et la haine.
Tout y passe dans ce bouquin d'une force incroyable, suivant ces deux frères qui se poussent chacun à leur manière vers leurs limites pour se découvrir en découvrant le monde, extrêmement dur et épuisant, on en ressort vraiment vidé.
Mais heureux, dans un sens.
Le romancier crache tout le mal qu'on peut avoir à vivre dans ce roman outrancier (parfois un peu trop à mon goût, là son seul défaut), où le demi-mot est interdit.
Bref, la claque sur 500 pages, à quelques passages près.

Il paraît que Coin locker est considéré comme son meilleur ? J'ai surtout envie de demander aux connaisseurs ce que vaut le reste de son oeuvre, celle-ci étant encore jeune dans sa carrière mais déjà assez ultime.

Et meeeeeerde....Je venais en parler, vu que je suis en plein dedans, là, et que c'est vraiment pas mal. (Mais bon, j'me suis encore fait griller la face...Saloperie d'otakus ! mad.gif M'en fous, la couverture de mon édition à moi est plus jolie, na !)

Sinon j'en profite pour re-recoller ça ici, ni vu ni connu...(parce que ça vaut le détour, AMHA...Ca devrait bien plaire aux hip-hopeurs shaolinesques et ghost-dogiens. Bushido powa, quoi...)

CITATION
Là tout de suite (histoire de changer un peu) je suis sur la nouvelle traduction des oeuvres de Miyamoto Musashi par Kenji Tokitsu.

Si j'ai bien compris, Musashi est une figure vraiment très célèbre au japon. C'était LE grand maître du sabre au XVII siècle, et l'un des rares à avoir laissé un enseignement écrit. (les débuts du bushido, en gros...)
Musashi, c'est une figure de légende, plus de 60 duels à 21 ans, dont certains archi-célèbres (il aurait même battu un dojo entier sweat.gif ), et visiblement, pas mal de films lui ont été consacrés (d'ailleurs, si la WXP team passe dans le coin, je veux bien quelques titres, ça m'intéresse...)
Musashi se battait avec ses deux sabres, c'est la méthode qu'il préconise. Visiblement, ses "manuels" sont über célèbres, car c'était le début du mélange de méthodes "pratiques" et de la recherche de la "voie".
Musashi a composé son "livre" principal à 60 berges, invaincu, quelques mois avant sa mort, en se retirant dans une grotte sacrée pour poser son enseignement stratégique sur le papier (nan, je déconne pas, c'est pas un roman...^^)
C'est vachement intéressant, en tout cas, et je le place dans "bonnes feuilles du japon" dès que j'ai fini le bouzin.


Comment ? Un post de feignasse ? Où ça ? mellow.gif
Poltermok
Je voudrais faire un panorama des œuvres de la litterature japonaise que j’ai trouvees absolument essentielles : et je m’apercois bien entendu qu’elles traitent presque toutes de la Guerre.
Cette Seconde Guerre Mondiale qui a vu les Japonais envahir quasiment toute l’Asie, se croire une race superieure avant de refluer dans la debacle et la souffrance vers une defaite traumatisante.

Et la, la question se pose, comme elle se pose a tous les vaincus :

Une fois la guerre perdue, quel sens donner a toutes ces vies sacrifiees pour rien ?

Seul le vainqueur ecrit l’Histoire. Seul le vainqueur peut donner un sens a sa souffrance, aux milleirs de morts : TOUT CELA A ETE FAIT POUR LA VICTOIRE.

Mais le perdant… Tous ces morts a qui on a demande de se sacrifier pour l’Empereur… Quel sens leur mort a-t-elle ? La defaite arrache le sens de ces morts, les rend absurdes, infondes. Pourquoi tant de souffrances, de sacrifices, si c’est pour perdre a la fin ?

Il me semble personnellement qu’un auteur japonais n’est jamais un veritable ecrivain tant qu’il ne s’est pas frotte a ce probleme epineux, et pourtant primordial : comment vivre l’apres-guerre ? Comment donner un sens a un sacrifice collectif qui n’a apporte aucun fruit, qui s’est revele gourmand de vies pour rien ou presque ?

C’est la le sens de la litterature d’apres-guerre au Japon. Une litterature tres importante, en tant qu’elle est ecrite par les personnes meme qui ont vecu la guerre, les atrocites, qui ont ete a la fois victimes… et bourreaux.

Il me semble que les auteurs japonais se retrouvent dans une situation ou ils veulent a toute force chanter la douleur de leur pays vaincu, et pourtant ne peuvent taire les atrocites qui ont ete commises. Un ecartelement tres dur. Seuls les plus humanistes, ou alors les plus tordus des ecrivains ont reussi a trouver une solution : les uns dans un humanisme non pas beat mais atrocement douloureux, crucifiant, en communion avec tous les morts, de quel cote qu’ils soient, et les autres dans une sarabande infernale de mort et de pourriture, image issues des enfers medievaux et reactualises a l’epoque actuelle… Entre humanisme et delire, les ecrivains japonais de l’apres-guerre sont des temoins : ce qui sort de leur plume, c’est leur vie meme. Sans vouloir etre mechant, la litterature contemporaine japonaise (de maintenant, quoi) a du mal a causer d’autre chose que l’ultra-moderne solitude du male japonais cadre superieur vivant une vie aseptisee dans les grandes citees de l’ultra-moderne solitude (c’est caricatural, mais y a de ca)… La on joue sur un autre niveau : les ecrivains de l’immediat apres-guerre DEVAIENT ecrire, transmettre, sous peine de crever chaque jour dans une angoisse qui depasse presque les mots. Presque (ce qui laisse la possibilite de l’ecriture).

Il y a ce syndrome vital qui donne le prix de la litterature d’apres-guerre nipponne, entre degout de soi, survie, envie de temoignage, elevation d’humanisme et enfouissement dans la boue du reel.

Autant de pistes et de thematiques que je veux explorer avec vous dans ce topic et dans les posts qui suivent :



1 LA TOMBE DES LUCIOLES de Nosaka Akiyuki



(J'en reparle un peu)

Nosaka frappe magnifiquement avec ce tres court roman publie en 1967, et devenu depuis un best-seller incontournable. Au point que, l’anime mis a part, meme si lui aussi est sentimental a sa maniere (plus noble et touchante), d’adaptations en adaptations, de dramas en films, on ne retient plus que l’histoire melodramatique de ces deux victimes innocentes de la guerre. C’est pour cela qu’il faut relire ce texte forceps de la litterature d’apres-guerre au Japon. Pour renouer avec une violence premiere, irreductible, genre coup de poing dans la gueule. Loin des uniformes nickels et bien repasses, des pauvres Japonais genereux qui tentent quand meme d’aider les enfants, et de la musique soulignant tous les effets jusqu'à l’ecoeurement, la nouvelle etiree (40 pages environ) de Nosaka, deployees en longues phrases ou se melangent des milliards de details, des impressions fugitives, des bribes de voix, de pensees, de jurons, d’argots. Laissons la parole a Diane de Margerie (connais pas, mais elle est sur la quatrieme de couverture) :

« Voici une prose etonnante, ample, longue, proustienne dans le sens qu’elle reussit a concentrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, mais prose tres violente, secouee de mots d’argot, d’expressions crues, qui trouvent ici une beaute poetique et nouvelle, d’images quasi insoutenables – prose parcourue d’eclairs »

C’est joliment dit ! Et c’est assez juste, comme en temoigne le passage suivant :

« Il y en avait un sous chacun des gros piliers de trois pieds de cote, de ces petits vagabonds, assis comme sous la protection d’une mere, qui s’etaient ainsi rassembles dans cette gare, peut-etre parce qu’il n’y avait nul autre endroit ou on leur permit d’entrer ; peut-etre etait-ce d’avoir langui apres un lieu toujours peuple par les foules ; peut-etre etait-ce pour l’eau qu’ils pouvaient y boire, ou dans l’espoir de quelque aumone capricieuse ; des les premiers jours de septembre, c’etait a coups de cinquante sen le verre de sucre calcine dilue a l’eau et mis dans des bidons de fer qu’avaient commence le marche noir sous le pont de la voie ferre a Sannomiya, avant que ne surgissent presque aussitiot les patates vapeur, les boulettes de patates, les boulettes de riz, le gateaux de riz grilles aux haricots, les pates de riz grillees au sirop de haricot, les boules de pain farcies, les nouilles, les bols de riz garnis garnis, les riz au curry, et puis les patisseries, ble, sucre, fritures, viande de bœuf, lait, conserves, poisson, eau-de-vie, whisky, poires, pamplemousses du pays ; les bottes de caoutchouc, chambres a air pour bicyclettes, allumettes, cigarettes, tabi de travail, bambinettes, couvertures de l’armee, brodequins et uniformes militaires, demi-bottes, avec des types qui vous avaient a peine mis sous le nez « pour 10 yen la, 10 yen ! » la boite a repas en aluminium preparee le matin meme par leur femme et bourree de gruau, que « pour 20 yen, j’vous dis, 20 yen !2, on vous brandissait deja, suspendues au bout de quelques doigts, les godasses que l’on avait aux pieds »

(Je m’arrete la, sinon je vais commencer a recopier toute la nouvelle) On voit le style ample qui part des vagabons moribonds pour evoquer en negatif la torture des bonnes choses a manger (leitmotiv du bouquin) et evoquer toute la vie bouillonante de la gare au milieu de laquelle meurent de faim des enfants. Si on rajoute que cette nouvelle est quasi-autobiographique (Nosaka est le Seita du livre, et a du vraiment laisser sa petite sœur mourir de faim). D’où une aprete et une ferocite assez tendue, des corps dechires et mourants, de la pourriture qui s’insinue partout.

Autres ouvrages de Nosaka : Les Pornographes (pas lu), que Mishima decrivait comme un « roman scelerat enjoue comme un ciel de midi au-dessus d’un depotoir » (la vache !). Dans le meme recueil que La Tombe des Lucioles, LES ALGUES D’AMERIQUE, qui racontent la venue dans une famille moyenne de Japonais, d’invites americains, forcement imbus, egocentriques et tapageurs… Ca vaut tous les essais politiques, ca ! C’est juste la meilleure illustratiions des rapports entre les Etats-Unis et le Japon, rapports ou chacun essaie d’impressionner l’autre, de se montrer sous son beau jour, alors qu’en-dessous courent des cicatrices impossible a fermer…

Et aussi :



LA VIGNE DES MORT SUR LE COL DES DIEUX DECHARNES (autre edition) : simplement l’un des trucs les plus trash jamais lus par mezigue, une sarabande infernale d’incestes, de viols, de meurtres, de sexe et d’infanticides dans un village maudit dans le coin le plus recule du Japon… Fallait que je me pince pour m’apercevoir de ce que je lisais… Un truc completement Mad, quoi, un texte de cingle, et pourtant quelque part poetique et envoutant (les cadavres sous la neige, les bebes morts sous la plante monstrueuse au clair de lune), « selon une logique ou l’erotisme morbide celebre les noces du merveilleux et du delire » - Preface du Tombeau des Lucioles). Et dans le meme volume, un peu inferieur, LA PETITE MARCHANDE D’ALLUMETTES, une variation sur le mythe d’Andersen, ou la fille en question est une nymphomane cingle montrant son sexe sous sa jupe en allumant des allumettes, avant de s’immoler par le feu (!).

Un auteur completement barge, mais pas tiede, ca c’est sur. Faudrait que j’en lise plus, tiens !

Poltermok
2 LES FEUX de Ooka Shohei



La encore, une jolie baffe dans la gueule. Avec ce roman, Ooka Shohei (responsable d’un monumental « Chronique de la Bataille de Leyte », non encor traduit en francais) a raconte ici une part de sa vie, romancee et distanciee (mais on sent qu’il en a chie).
Ca se passe sur l’ile de Leyte, lors des dernieres phases de la Guerre du Pacifique. La bataille de Leyte a ete atrocement meurtriere : 97 pour cent des soldats japonais envoyes la-bas ont ete tues. La faim, la boue, les raids americains… Un ennemi invisible et tout-puissant, un vase-clos… Bref, ca rigolait pas.
Le narrateur est un soldat japonais de deuxieme classe, envoye dans ce merdier. Il commence par se perdre. Et il y a cette errance assez belle dans une Nature de reve, debordante de seve, de vie et de lumiere, tandis que le cœur du soldat est envahi par la melancolie et l’angoisse… un promeneur solitaire a la Rousseau, plein de reveries morbides... jusqu'à ce qu’il trouve les cadavres, tue, et retrouve son unite. Il retrouve le monde humain, et… Commence alors une marche vers l’enfer… Et partout fleurissent sur la plaine d’immenses brasiers. Que veulent-ils dire ?
Ce roman est proprement hallucinant. C’est un roman qui fonctionne sur une base presque mathematique : tout empire en permanence, tout devient plus fou, plus sale, plus hallucine, plus delirant. C’est un livre qui peut faire mal. Et qui crie haut et fort quelque chose d’essentiel : quel que soit le motif, la guerre, ce sera toujours ca : cette reduction de l’homme a la survie, la vie sur le fil, la barbarie ordinaire, les corps qui pourrissent dans la boue, la folie, les soldats plus meurtriers pour eux-memes que pour les autres… Une errance hallucinee qui va loin, a grands coups de « loue soit le seigneur », et d’adoration a Dieu qui envahissent progressivement le texte, sans que l’on sache si ces incantations sont le fait d’un homme qui glisse dans la demence, le delire de celui qui n’a pas mange depuis des jours et des jours, ou une sote d'eveil religigieux comme seul rempart...
Un film a ete tourne, du regrette Kon Ishikawa, quelqu’un l’a vu ? Ca m’interessait de voir des critiques.
Le Grand Wario
Je passe juste vite fait pour conseiller ce grandiose chef d'oeuvre de la littérature mondiale (je pèse mes mots, ce bouquin est absolument unique ) écrit au tout début du XIème siècle.
J'ai pas envie d'en dire plus, sachez seulement, que c'est juste magnifique et que je ne vois rien d'approchant, même le rapprocher de Proust c'est artificiel. La seule édition française est assez reuch', c'est difficile d'accès, mais en vérité je vous le dis, ça vaut le coup sa mère.

Sinon, y a aussi ça :
Une édition livre plus dévédé de Narayma. Laissez moi vous dire que ce livre est terrible et que Imamura n'a pas volé sa palme d'or. Et en plus c'est pas cher...
Poltermok
He mais mec, tu l'aimes ben ce bouquin, hein! (t'arretes pas de faire de la retape pour ycelui partout!)

Eh bien, attention les yeux, voici l'EDITION DU MILLENAIRE!



(bah oui, le roman a été écrit en 1008!)

CITATION
Diane de Selliers lance une luxueuse édition du plus vieux roman japonais

Diane de Selliers, créatrice de beaux livres, publie une version exceptionnellement illustrée du "Dit du Genji", un des textes fondateurs de la littérature japonaise, considéré comme le plus ancien roman du monde, qui célèbre son millénaire en 2008.

Sortie fin septembre, cette nouvelle édition intégrale française du "Genji monogatari" est un somptueux pavé de 1.280 pages ornées de 500 peintures traditionnelles nippones datant du 12e au 17e siècle, pour la plupart inconnues du public occidental (et souvent japonais).

L'ouvrage a demandé sept années de recherches à Estelle Leggeri-Bauer, spécialiste de la peinture narrative nippone des 12e-13e siècles, qui a rédigé les commentaires iconographiques.

Une quête sans précédent dans les musées, monastères et collections privées du Japon mais aussi à Harvard et en Europe.

"Nous avons retrouvé les fragments dispersés d'une oeuvre anonyme majeure peinte sur rouleau, dit "Rouleau des Jardins d'or", du milieu du 17e siècle", raconte Mme Leggeri-Bauer, maître de conférence à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).

L'ouvrage offre un florilège de "Genji-e", ces "images du Genji" peintes sur rouleaux, feuilles d'album, paravents ou éventails.

"Nous avons suivi le roman, dans tous ses plis et replis, et cherché les peintures pouvant l'enluminer, au sens premier du terme, c'est-à-dire l'éclairer", explique la spécialiste.

Pour ce texte exigeant, Diane de Selliers a repris la traduction de référence du nipponologue René Sieffert (1923-2004).

Elle est accompagnée d'un livret de 64 pages, "A la découverte du Dit du Genji", qui présente une chronologie, un résumé de chaque chapitre, une liste des innombrables personnages, des généalogies, des cartes et des plans.

Ecrit il y a mille ans par une dame de la Cour impériale de Heian, Murasaki-shikibu, le Dit du Genji est pour les Japonais davantage qu'un chef d'oeuvre littéraire.

"L'histoire culturelle du Japon ne connaît pas d'autre exemple d'oeuvre classique plus appréciée à travers les époques et servant davantage de source d'inspiration pour tous les aspects de la création artistique", écrit Midori Sano, professeur à l'Université Gakushuin de Tokyo, dans la préface.

"Non seulement une pure fiction, mais aussi une documentation précieuse pour connaîtres les anciens usages et le protocole de la Cour impériale, quête nostalgique des valeurs de l'époque classique", souligne Mme Sano.

Diane de Selliers publie une fois par an un "texte important" de la littérature mondiale, de La Fontaine à Baudelaire en passant par Dante, toujours accompagné de peintures classiques ou contemporaines (Gérard Garouste pour "Don Quichotte").

Ces livres onéreux sont tirés à quelques milliers d'exemplaires.

"C'est la première fois que nous publions un chef d'oeuvre non occidental", se félicite Diane de Selliers, une amoureuse du Japon, qui espère relancer l'intérêt pour les peintures du Genji à l'occasion du millénaire du roman.
Elle vient de lancer "La petite collection", où l'on retrouve ses ouvrages déjà parus en plus petit format et à un prix plus abordable (50 euros).

("Le Dit du Genji" - Murasaki-shikibu, traduction de René Sieffert, Editions Diane de Selliers, coffret illustré en trois volumes avec livret d'accompagnement, 480 euros).


Va falloir que tes potes se cotisent je crois!! blink.gif

Bon ben moi je continue mon expose qui interesse trois personnes sur ce forum (j'étais sûr que tu serais le premier à dégainer Wario). Vous inquiétez pas, selon mes expectations ce seraient parmi mes derniers messages sur ce forum (j'en ai ma claque).

3 LA HARPE DE BIRMANIE de Michio Takeyama



On change un peu de registre (quoique…) avec ce grand roman humaniste, lui aussi moultes fois adapte au cinema et ailleurs. On est en pleine Birmanie, lors de la debacle japonaise. Une unite japonaise, tout a fait ordinaire hormis le fait qu’elle a pris l’habitude de chanter des cantiques a tue-tete pour se donner courage (!), essaie de s’en sortir au fin fond de la jungle, a des milliers de kilometres de chez eux, crevant de faim, harceles par les animaux, les Anglais, les Birmans, et meme des militaires de leur camp (la figure ultra inquietante et dure du commandant fanatique et fanatisant dans la caverne). Mais ici, l’atmosphere est bien differente, plus lumineuse (c’est la caracteristique des romans de la guerre situee au Sud), la troupe montre des tresors de debrouillardise pour s’en sortir, dans un esprit tres « resistance francaise » (deguisements, rencontre avec des indigenes qui tiennent limite des aventures de Tintin – les cannibales !, ruses diverses pour egarer l’adversaire et survivre coute que coute…) Jusqu'à la necessaire capture. Commence alors un autre roman, base sur un suspense tres simple (est-ce que le moine est oui ou non Mizushima ?) et se termine par une lecon d’humanisme magnifique, un appel a la compassion et au respect des morts. Un classique de la litterature japonaise.

(et ce cri : « He, Mizushima ! »)

Twain
Pour le Dit du Genji, une nouvelle édition à 150euros vient de paraître...reprenant l'iconographie de celle parue fin 2007, dans une édition de qualité "moindre" mais qui reste excellente. L'achat de Noël à coup sûr! C'est toujours chez Diane de Selliers.

Sinon en grand classique de la littérature japonaise, j'ai adoré Eloge de l'ombre de Tanizaki Junichiro.
Le Grand Wario
Rhââââââââ. Putain c'est bon, arrêtez de me faire baver. J'ai que l'édition de prolos sans illustr' à 59€. M'en fous, quand je serais riche, je rachèterais Diane de Selliers, comme ça, non seulement j'aurais une édition démente du Genji, mais en plus, par exemple, la Divine Comédie avec les dessins de Botticelli...

Poltermok
Ah si j'avais un franc cinquante...

4 HAUT LE CŒUR de Takami Jun



Alors la, les amis, c’est mon chouchou de tout l’etang. Un roman completement meconnu, mais une mega grosse hyper baffe dans la gueule. La version asiatique de Voyage au bout de la nuit, en quelque sorte. Pourquoi cette comparaison ? On retrouve le meme heros desabuse (quoique beaucoup plus idealiste chez Takami, la desillusion venant progressivement), la meme ebullition historique (les annees 30, ici aussi) et ces deplacements geographiques effrenes et presque sans signification (Tokyo-Seoul-Hokkaido-Shanghai), au milieu de la guerre et des conflits, cet humour desespere et ses personnages en couleur, ce meme souffle, ces details qui tuent, et un argot toujours present (ici on perd a la traduction*, mais comme c’est quasiment intraduisible…).

HAUT LE CŒUR, comme son alter ego francais, temoigne d’une epoque, et c’est tout un univers de sons et de formes, de gens et de lieux, d’ideologies et de trahisons qui se met en place. Prostitues, generaux preparant le coup d’etat, paysans, filatiers, clochards mysterieux et mystiques, anarchistes au petit pied, truands, magouilleurs, fous dangereux, professeurs respectes mais surveilles par l’etat policier, amis dangereux, taulards, honnetes artisans, journalistes espions, soldats chinois massacres, hommes de main cauteleux, pederastes… Ce roman est d’une richesse etonnante.

Et au milieu de tout cela, Kashiba, le heros, ultra-ambigu, a la fois queutard, idealiste, anarchiste aux pulsions meurtrieres qui erre dans le monde… jusqu'à la derniere scene, absolument glacante et claquant comme un coup de fouet. Et on ne sait plus si le heros est devenu l’ordure ultime, le traitre et le fou, ou le plus pur des idealistes, le seul a etre reste fidele a lui-meme… C’est aussi un temoignage incroyable sur la mise en coupe reglee de la Chine par des aventuriers de tous bords, attires par l’argent facile et l’exploitation… Mais aussi de la montee en puissance du militarisme et de la dictature fasciste au Japon, des luttes entre les Communistes et les Anarchistes, de la vie terriblement rude dans les campagnes du nord du pays, de la vie en prison…

HAUT LE CŒUR, c’est aussi une grande creativite meme visuelle : des les premieres pages (qui m’ont legerement repoussees au tout debut, parce que bon sang, c’est hard-core ces deux gars bourres qui cherchent des putes dans les bas-quartiers de la prostitution tokyoite…), le heros explique sa situation par un theoreme mathematique (schema a l’appui) ! De meme plus loin, une poesie anarchiste, ecrite partiellement a l’envers… Et aussi, des extraits du manuel du Petit Anarchiste…
J’ai cherche un extrait representatif, mais je me suis un peu paume dans les 800 pages (bah oui quand meme !! Mais ca se lit en deux jours, garantis sur facture ! On peut pas le reposer ce bouquin !). celui-la qui est assez marrant [dans une maison close] :

CITATION
- Amene une jolie poupee pour mon pote, dit Sunama a la vieille maquerelle.
- Bien ! Quel genre de demoiselle convient a ce monsieur ? Voyons… Monsieur est jeune, il lui faut donc une jeunesse, n’est-ce pas ?
La question etait posee non a moi, mais a Sunama.
J’intervins du fond de mon ivresse :
- Justement parce que je suis jeune, ca n’est pas une jeune qu’il me faut… Ce qu’il me faut, c’est une fille comprehensive…
C’etait compl