( ATTENTION SPOILERS )
Je vais me ranger du côté d'Elego et de EBE. J'ai trouvé ça consternant, une sorte de délire entre potes qui aurait mieux fait de rester secret plutôt que d'être étiré péniblement pour atteindre la durée d'un long-métrage.
Tout dans le film respire l'amateurisme, exception faite des effets spéciaux. Et encore, certains sont très moches, notamment les plans - inutiles - sur le bébé, la tête du flic qui explose ou Béatrice Dalle se faisant griller la tronche. Mais bon, c'est pas le principal. Premier problème : pour un survival, où l'identification avec les personnages est primordiale, j'ai strictement rien ressenti pour Sarah. D'accord, l'accident du début l'a traumatisée, mais il y avait sûrement moyen de rendre le personnage plus émouvant - là, elle passe son temps à faire la gueule. Et c'est pas la scène où elle regarde les photos de son copain qui la rend plus sympathique. Dans Haute Tension je flippais vraiment pour Cécile de France - malheureusement le jeu de Alysson Paradis se résume à trois expressions : je fais la tronche, je crie, je pleure.
Le problème ne se limite pas à Sarah : aucun personnage n'existe en tant que tel, ils ne sont que des morceaux de viande ambulants, dont la seule fonction est de se faire trucider le plus méchamment possible par Béatrice Dalle. A peine entrés en scène, ils repartent dans des sacs plastiques 5 minutes plus tard. Dans le genre remplissage, on ne fait pas mieux.
D'un point de vue esthétique, c'est pas la joie non plus : la photographie marronasse est très moche ( Sarah devrait vérifier l'aération de sa baraque, il y a de la fumée partout ), la production design est rudimentaire ( comme l'a relevé quelqu'un sur ce forum, on dirait une maison-témoin ) et certains plans sentent beaucoup trop la HD ( notamment les extérieurs avec la deuxième équipe de flics ).
Les réalisateurs abusent en plus des fondus enchaînés et des fondus au noir, ce qui donne au film un côté lymphatique et endormi, là où il aurait fallu maintenir constamment le spectateur sous pression. A l'inverse, mieux vaut éviter les effets clippesques, comme cette scène où Dalle s'allume une cigarette.
Musique très saoûlante, le pire étant ces explosions sonores totalement gratuites qui accompagnent le meurtre du patron. C'est pas crispant ou stressant, juste douloureux pour les oreilles.
Le contexte des émeutes en banlieues n'est jamais exploité : annoncé au moins trois fois ( lorsque Sarah et sa mère quittent l'hôpital ; dans le parc - séquence qui sonne d'ailleurs totalement faux, comme le jeu de François-Régis Marchasson ; à la TV ), il n'influe en rien sur le déroulement de l'intrigue. Comme le fait remarquer un des policiers, Sarah vit dans une zone épargnée par les évènements ( " C'est très calme chez vous. " " Il n'y a jamais personne. " ) Et la seule manifestation de ces faits qui apparaîtra dans le récit sera un jeune rebeu tout droit sorti d'une production Besson.
De tous les acteurs, seule Béatrice Dalle s'en sort réellement, face à une Alysson Paradis fadasse et un Nicolas Duvauchelle totalement largué. Sinon on a la désagréable impression de faire du sur-place, Sarah passant au moins 30 minutes dans sa salle de bains, et le film accumule les invraisemblances et les facilités : Sarah qui appelle son boss le soir du réveillon pour parler des photos qu'elle a prises de son agresseur mais sans mentionner celle-ci directement ( le truc vachement utile ) ; Béatrice Dalle qui propose au patron de rester prendre un verre ( dans le genre j'ai envie de me faire choper ) ; Sarah, une fois libérée de la salle de bains, qui retourne s'allonger sur son lit et repose ostensiblement à côté d'elle l'arme que lui a donné le flic ( toute la salle a poussé un soupir d'incrédulité ) ; Duvauchelle qui s'obstine à garder menotté le jeune qu'il a arrêté ; le coup du " On m'avait dit que vous étiez morte " ; et, surtout, ce grand moment de n'importe quoi : Sarah libérée, quelle est la première préoccupation de Duvauchelle ? La sortir de la maison et se tirer à toute vitesse en prenant la voiture ? Non. D'abord, il faut réparer les plombs. Treize ans après Les Nuls, Maury et Bustillo nous font un remake involontaire de Red is dead ( " Zut, l'aspirateur, j'ai oublié de l'éteindre ! " )
Par contre, j'avoue ne pas avoir grillé le rebondissement final ( je pensais que c'était le copain de Sarah qui parlait au début...

). Et les références me sont un peu passées par-dessus la tête, excepté les 3 clins d'oeil à The Descent : l'accident de voiture qui brise une vie - la mort de la mère - l'héroïne ensanglantée qui se relève, determinée à botter le cul du méchant.
Bon sinon le film est gore, c'est clair. Mais ça devient rapidement too much, ce qui anesthésie le potentiel horrifique de la chose ( sans parler du come-back de Duvauchelle ).
Très beau plan final, même si je n'ai pas adhéré au dénouement ( selon moi, Sarah aurait dû survivre, cette épreuve lui redonnant la force d'affronter la vie et sa maternité ).
Bref : 1,5/6 ( et j'aimerais savoir quelle substance illicite a pu absorber Cédric Delelée - car si A l'intérieur marque " une date dans l'Histoire du cinéma d'horreur ", alors Haute Tension est la 8ème Merveille du Monde )