3 jours en Juin de Philippe Venault, d'aprés un roman de Frédéric Fajardie. Un téléfilm réalisé avec des moyens clairement trés trés limités, surtout vu l'ampleur de son sujet, mais qui réussit clairement à instaurer une unité tragique (de temps, de lieu, trés solennelle). Il faut de plus louer l'excellence de la reconstitution historique qui, avec trois Euros, offre une véracité rafraichissante (préferant la qualité des décos, accessoires et costumes plus que leur nombre ou leur beauté visuelle).
Il s'agit en un temps trés limité (trois jours, le tout rappellé par une horloge dont l'apparition régulière sous-entend déjà l'irrémédiable), dans un lieu unique (un pont et la campagne environnante), un aperçu presque symbolique de la déroute française de 1940.
Certes, on peut être effrayé par le didactisme d'une telle démarche à la base, mais le film réussit à contourner ce risque par le meilleur intermédiaire qui soit: des personnages qui existent. Les rôles, bien écrits (trés français: on parle beaucoup d'histoire, de politique, chacun croyant avoir raison, se justifiant) sont portés par des acteurs tous excellents. Des secons couteaux pour la plupart, des gueules n'ayant jamais fait dans l'héroïque mais qui insufflent une belle humanité à toutes figures perdues dans l'Histoire: Patrick Catalifo (habitué des rôles de militaires), Etienne Chicot (le plus beau beauf français), Marc Betton (le commissaire alcoolique de PJ), Guy Marchand (j'y reviendrais), jean Louis Foulquier, Marc Berman, etc... le rôle de la femme (il en faut toujours une, eh) est tenu par la chanteuse Elsa et elle es'en sort pas mal.
Ce que j'ai aimé dans ce film. C'est la qualité de l'intrigue se faisant croiser toutes les figures clés du drame qui se joue. Tout d'abord, ceux qui se battent jusqu'au bout, par patriotisme (aristocrate), par anti-fascisme (socialiste), par honte d'être lache, par l'impossibilité de faire autrement (les sénégalais). Il y a ensuite ceux qui fuient. les soldats, perdus, les gradés, honteux et le plus souvent minables. il y a enfin les civils. Eberlués, choqués, puis apaisés ou révoltés par la fin des hostilités.
Tous ces cas de figures vont être représentées durant ces trois jours où une poignée d'hommes va essayer de défendre un plan de la Loire alors que le pays s'effondre. Ils vont attendre, avoir peur, s'engueuler, alors que l'avance allemande est inexorable. une certaine société est mise à nu alors peu à peu. Les consciences s'éveillent, les bassesses aussi (beaucoup). Un monde vit ses dernières heures. je retiendrais particulièrement le duo entre le colonel aristocrate joué par un excellent Guy marchand et son aide de camp sénégalais qui, alors que leur détachement se prépare à une dernière lutte va remettre en cause l'idéal colonial de ce dernier. pas par de gros discours lourdauds, mais par une suite de dialogues entre deux hommes qui, face à la mort, peuvent jouer cartes sur table (les dialogues entre le héros, socialiste, et le colonel, monarchiste, sont eux aussi savoureux. Un respect mutuel face à l'affirmation de ses responsabilités)
SPOILER
la fin immonde que les allemands réservent aux africains, et la réaction du colonel, tirées de faits réels (comme beaucoup de faits du film -lire Comme des Lions de Lormier sur le sujet) est sans doute le moment le plus fort du film.
FIN SPOILER
Un trés bon téléfilm donc, qui arrive à instaurer une belle humanité malgré des moyens limités et cloisonnés (produit pour le prime time, etc), portés par de superbes acteurs assumant merveilleusement leurs rôles. Voila une oeuvre qui eut fait un trés grand film, avec un vrai budget, un peu de couilles et un Rappeneau à la caméra. Quoiqu'il en soit, un film remettant en place quelques réalités d'une époque méconnue et souvent facilement résumée TOUT en offrrant un honnête travail de cinéma (c'est clairement pas du génie mais c'est bien écrit, correctement filmé -le Hchamp et l'éllipse sont bien utilisées pour compenser le manque de moyens- et ce n'est surtout pas CYNIQUE), est toujours salutaire. J'approuve.
SINON
Je profite de cette petite critique pour lancer un sujet, sachant que peu d'entre vous auront vu le film en question. j'avais apprecié la lecture d'un ciné action sur l'armée à l'écran et en ces temps où l'armée américaine joue le patriotisme béat et celle française la peur du chômage pour communiquer, je serais tenté de discuter avce vous des différences énromes de représentations cinématographiques des armées à l'écran.
Chaque pays a une armée, grande ou petite. Et chaque armée a ses spécificités. Et donc ses représentations, forcément liées à son histoire.
La France et l'Allemagne, l'une défaite à mainte reprise et l'autre historiquement liée à l'ignominie absolue du nazisme ne peuvent plus jouer sur l'héroïsme triomphant des américains (mis en sourdine le temps du Vietnam et encore, ça se discute).
Les anglais ont fait survire tout cela de manière indirecte (les amércains ont souvent repris à leur compte les mythes guerries britanniques) aprés avoir longtemps joué sur leur Empire.
Il y a aussi celles d'autre pays à l'héritage cinématographique moins présent ici, comme la Russie (ou plutôt soviétique), le Japon, etc...
Il ya ensuite la représentation du soldat, mais aussi de l'armée en tant que telle (la hiérarchie, l'institution, etc...) et surtout la guerre qui l'accompagne. Des disparités de représentation sont clairement visibles à l'écran.
Bref, de la propagande à l'anti-militarisme, il y a pas mal à dire. J'y reviendrais donc