
L'histoire : Une jeune femme se rend à Las Vegas dans l'espoir d'y devenir danseuse. Tout d'abord engagée comme strip-teaseuse dans un club de seconde zone, elle ne tarde pas à gravir les échelons...
Laminé à sa sortie par les critiques, Showgirls est, aujourd'hui encore, considéré comme un film médiocre, ou un plaisir coupable que l'on évoque avec un sourire moqueur. Moi-même, lorsque j'étais lycéen, je n'y voyais qu'un succédané de Hollywood Night, avec la belle intello de Sauvés par le Gong en full frontal. Dix-sept ans après, je réalise qu'il s'agit tout simplement d'un film d'exploitation à gros budget, autrement dit : une aberration dans le système hollywoodien, un film que Paul Verhoeven n'aurait jamais pu mettre en scène sans le succès critique et surtout commercial de Basic Instinct. Alors oui, qui dit film d'exploitation dit sexe, violence et putasserie. Mais pas seulement. En mêlant le cynisme et la naïveté, deux notions qui, d'habitude, s'excluent l'une l'autre, le cinéaste néerlandais nous livre un beau portrait de femme et une quête identitaire. Si, si !



Le personnage de Nomi, interprété par une Elizabeth Berkley qui compense ses lacunes de comédienne par une plastique à se damner, ne cherche pas à gagner quelque chose en prenant la route de Las Vegas, mais à se perdre elle-même. Elle fuit son passé, au point de n'accorder aucune réponse, ou seulement des mensonges, à celles et ceux qui l'interrogent à ce sujet. On devine bien vite une enfance/adolescence malheureuse, tant celle-ci fait preuve d'un comportement infantile dans ses relations et semble incapable d'affronter tout refus ou obstacle sans pleurer ou bouder. Malgré ses limites, Berkley parvient à se montrer touchante dans une scène où ses anciens patrons, interprétés par Robert Davi et Lin Tucci, viennent lui rendre visite pour la féliciter de son succès : tous deux incarnent, c'est une évidence, des parents de substitution.
Showgirls est souvent considéré comme la simple histoire d'une arriviste prête à tout pour réussir, une histoire vue mille fois et animée par des êtres superficiels. L'histoire se déroule à Las Vegas et il est donc logique que la plupart des personnages, à l'exception de l'héroïne et de son amie, soient superficiels, car tout, dans cette ville, n'est qu'apparence et superficialité. Nous sommes plongés dans un univers proche des écrits de Bret Easton Ellis, un univers où l'on vit la nuit, se drogue et s'enivre de champagne, un univers où l'on est prêt à tout, y compris à blesser et à violer. La scène de viol, si décriée par certains, est écoeurante, mais correspond parfaitement aux codes du film d'exploitation. C'est d'ailleurs après cette séquence que Nomi cesse de profiter des opportunités apportées par d'autres et forge son propre destin, bien décidée à venger son amie.



Rape & Revenge... Une femme, seins offerts, qui menace un violeur d'un couteau avant de lui mettre une raclée et qui finit par quitter la ville, une fois son identité retrouvée et assumée : reprocher à Showgirls sa nudité, sa sexualité explicite et ses personnages caricaturaux revient tout simplement à critiquer l'essence même du film d'exploitation, les codes du genre. Reproche-t-on à un film d'action de nous offrir des fusillades, des explosions et une faible caractérisation ? Rarement. Les puritains ont, de toute évidence, bien fait leur travail et sapé les esprits. Ce film est bien entendu bourré de défauts : interprétation plus qu'inégale (seuls Gina Gershon et Robert Davi sont à sauver), longueur excessive et psychologie de comptoir... Mais à aucun moment, Paul Verhoeven n'a cherché à tromper le spectateur sur la marchandise.
Je le soupçonne même d'avoir livré, avec Showgirls, son film le plus personnel au cours de son exil américain.
Note : 4,5/6

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