Posté 18 mars 2011 - 03:42
Encore un double post, étant donné que je viens de terminer mon revisionnage.
BILAN SAISON 4
Après une fin de saison 3 qui voyait Moya absorbée par un vortex, abandonnant Crichton et son module seuls dans l'espace, le temps de la reconstruction est arrivé. Pas seulement pour les personnages, mais également pour les scénaristes, qui repartent sur de nouvelles bases en réunissant petit à petit les membres de l'équipage avec quelques surprises au passage. Sark n'étant plus là, Jool étant débarquée peu de temps après le début de saison, Moya se repeuple avec à son bord deux nouveaux arrivants (sans compter Noranti qui est présente depuis le 3.22) : Sikozu, et Scorpius. La première, dotée d'une grande intelligence et d'une connaissance étendue des Leviathan - mais uniquement théorique -, ne réussit pas à s'intégrer à cause d'opinions bien tranchées et d'un entêtement sans limite. Elle considère Pilot inexpérimenté et son équipage trop naïf, ce qui n'aide pas sa cause, à une exception près : Scorpy. Avoir de dernier à bord de Moya est une très bonne idée, cela relance la dynamique à bord du Leviathan et ses confrontations régulières avec John sont un pur régal puisqu'on doute constamment de sa sincérité. Ces bouleversements entraînent une première partie de saison parfois laborieuse, le temps de s'adapter à de nouvelles interactions. Quelques épisodes retombent dans les travers des deux premières saisons en jouant un peu trop sur les aspects "créatures bizarroïdes" et "vomi et compagnie" de la série, qui ont certes toujours été présents mais qui ne sont drôles de manière efficace qu'à petites doses. Coup By Clam en est le parfait exemple. A l'inverse, le délire sous-jacent explose dans John Quixote - écrit par Ben Browder lui-même - avec son concept de jeu vidéo grandeur nature et surtout une multitude de références, dont celles en hommage à Max Headroom et Monty Python and the Holy Grail ne sont pas les moindres. Mais cela n'est que le calme avant la tempête.
En effet, la seconde partie de saison remet la série sur les rails de l'excellence atteinte la saison précédente, à commencer par Unrealized Reality. Un épisode atypique, puisque l'action fait ici place à des explications de texte sur les vortex, ce qui représente donc un segment mythologique primordial. Plusieurs clés sont données sur les possibilitées infinies qu'il offrent puisqu'ils permettent de naviguer à la fois dans l'espace mais aussi dans le temps. Pour une entrée, un nombre incalculables de sorties existent. Mais comme l'indique Einstein (une entité faisant partie d'une race dont les Anciens sont issus, ces derniers ayant été génétiquement modifiés afin de pouvoir vivre dans l'environnement des Pacificateurs et autres espèces), le problème n'est pas d'aller d'un point A à un point B, mais de revenir au point A après l'avoir quitté. Si un voyageur imprudent rejoint ce point A avant, il se crée alors une réalité non réalisée, et les multiples voyages d'un John ignorant en la matière en ont engendre quantité. Mais si les évènements sont assez proches de ceux qui se sont déroulés auparavant, le temps se rectifiera de lui-même... Cette notion est bien entendu familière, puisqu'elle avait déjà été énoncée par Harvey dans Different Destinations. Encore une fois, cette capacité à relier les éléments laissés en suspens est fabuleuse, puisque tout se tient. Cela offre également l'opportunité à Kemper, auteur de l'épsode, de créer une réalité non réalisée complètement loufoque avec Aeryn dans la peau de Chiana, Rygel dans celle de D'Argo, et ainsi de suite, jusqu'au plus perturbant : D'Argo dans la peau de Jool. Cela ne sera d'ailleurs pas totalement innocent, Sikozu/Stark étant la clé pour trouver Katratzi, une base militaire l'Empereur des Scarrans a ses quartiers.
Ces derniers sont plus que jamais intéressés par les connaissances de John, et sont prêts à tout pour s'en emparer et bénéficier ainsi de la technologie des vortex pour en faire une arme qui leur assurerait le contrôle de l'univers. Après les avoir pourchassés sans succès, ils profitent d'une rencontre fortuite avec l'équipage de Moya lors de négociations secrètes entre Grayza - toujours décidée elle aussi à mettre la main sur l'astronaute - et la ministre Ahkna pour capturer Aeryn et lui soutirer des informations, notamment sur son foetus fécondé pour savoir si son père est bien John. C'est à partir de ce moment que les priorités de Crichton se font réellement jour : à ses yeux, sauver l'univers n'est rien comparé à l'idée de la perdre, raison pour laquelle il propose un marché à Scorpius pour lancer une opération de sauvetage. Une fois de plus, John a perdu face à Scorpius de la même manière que quand celui-ci avait retiré la puce de sa tête, mais c'est désormais un détail. Cet arc introduit également les bioloïdes, en débouchant sur une révélation à propos de Sikozu qui en est une, génétiquement modifiée par la résistance Kalishe afin de produire des rayonnements radioactifs fatals pour les Scarrans. Plusieurs éléments disséminés auparavant dans la saison soutiennent cela, comme le fait que Taalika n'aborbe pas son énergie dans Twice Shy ou qu'elle ne veuille pas passer aux rayons X dans Terra Firma. Elle lève le voile sur ce mystère l'entourant dans le champ de Crysthérium de la base, plante que mange les Scarrans et qui leur apporte leurs capacités intellectuelles. Et là, le téléspectateur se prend encore une claque, car ces fleurs sont la raison de la torture infligée par Scorpy à Stark, car ce dernier vivait auparavant à Katratzi. Par conséquent, cela justifie que Sikozu/Stark connaissait également l'emplacement de la base.
Cette volonté de ne rien laisser au hasard est présente à tous les niveaux. Après être enfin retourné sur Terre - dans deux timeline différentes, ce qui lui a donné l'occasion d'appliquer la thérie d'Einstein et Harvey pour la corriger -, John comprend qu'il n'y a plus vraiment sa place à cause de ce qu'il a vécu et du danger qu'encoure sa planète, et est définitivement convaincu que les humains ne sont pas prêts à accueillir des aliens, et encore moins à se défendre contre eux, dans A Constellation of Doubt. Ne se contentant pas d'être brillamment écrit, sous la forme d'un reportage réutilisant les vidéos tournées par le neveu de Crichton lors du séjour de ses compagnons sur Terre, il reprend dans les grandes largeurs les thèmes abordés dans A Human Reaction, en offrant quelques contrepoints sur l'introspection à laquelle l'humanité devrait se livrer. C'est ce qui va le pousser entre autres à détruire le vortex menant à sa planère avant que les Scarrans ne puissent l'annihiler (cette manoeuvre est périlleuse, et il demande pour cela l'aide de Pilot que l'on voit exceptionnellement hors de Moya), en laissant derrière lui sa famille et une chance de les revoir. La scène d'adieu avec son père au téléphone, quand il est sur la Lune, est émouvante et scelle la décision de Crichton.
Force est de constater que cette dernière partie de saison est très dense, et la manière fluide dont les pièces du puzzle s'emboitent les unes aux autres au fur et à mesure montre bien que tout était planifié pour cette saison. Vu qu'elle a été écrite dans l'optique d'une saison 5, cela n'est pas surprenant, et il y a par conséquent une énorme frustration lors du cliffangher final d'autant que certaines choses restent inexpliquées, comme le fait que les Eidolons, les Sébacéens et les Humains soient liés d'une certaine manière, comme cela est suggéré dans What Was Lost. Ce dyptique est celui qui voit Jool se séparer de ses amis en restant sur Arnessk, puisque le fait de réactiver les sondes de Darnaz a libéré les Eidolons d'une stase qui a duré 12000 cycles. C'est aussi la première fois que sa capacité à faire fondre le métal en criant est utilisée à bon escient, dans une scène jouissive où elle est entourée de Chiana et de Sikozu pour se battre. Ceci histoire de bien souligner le côté sexy que le show possède depuis le début (que la présence de Grayza et son décolleté plus que plongeant n'infirme en rien). Les scénaristes en ont conscience et ont toujours joué dessus, surtout dans cette saison 4 où la libido de la Nébari est plus que jamais mise en avant (notamment quand elle répond that would be a first quand Crichton lui dit qu'elle a encore son pantalon). En revanche, son don de prescience n'est que peu utilisé, et il est dommage que cela n'ait pas été exploré un peu plus.
Sur le front des autres personnages, Rygel reste fidèle à lui-même et sert souvent de ressort comique, tout comme Noranti qui passe son temps à faire des potions bizarres. Il faut croire que Moya attire les fous, car elle est souvent à côté de la plaque, mais dans ses moments de lucidité elle sait apporter sa contribution. Elle cuisine, elle guérit, et ses herbes peuvent parfois se montrer utiles même si elle a la fâcheuse tendance à les utiliser sans prévenir. Elle est à l'origine de ce que prend Crichton pour oublier ses sentiments envers Aeryn pendant une bonne partie de la saison, car leur relation est bien compliquée lors de son retour sur Moya avec Scorpius. Evidemment, cela ne sert qu'à retarder l'échéance avant qu'ils ne se remettent ensemble, mais comme le couple a une véritable alchimie il n'est pas très difficile de se prendre au jeu de cette séparation momentanée. C'est avec un certain plaisir aussi que l'on assiste en fin de saison au rapprochement entre Chiana et D'Argo ; dans leur cas la séparation fut bien plus longue. Le Luxan est enfin libéré d'un poids, puisqu'il a rencontré Macton dans Mental As Anything et a pu enfin assouvir sa vengeance sur l'assassin de sa femme d'une manière bien plus perverse qu'en le tuant simplement. Cela ne fut pas sans heurts, ayant à un moment douté de son innocence car il aurait très bien pu tuer Lo'Laan dans un accès d'hyper rage. Quoi qu'il en soit, cela clôt une storyline de plus. Le seul regret, c'est que son capitanat à bord de Moya ne soit pas très bien traité. C'est rappelé de temps en temps, mais ça n'a pas de réel impact sur le fonctionnement de l'équipage, ce qui enlève du poids à ce qui était pourtant une bonne idée pour montrer qu'il a gagné le respect de ses compagnons d'infortune.
Pour conclure, la saison démarre lentement, mais une fois que les choses s'accélèrent on retrouve le rythme et les idées de folie de la saison 3 avec des enjeux bien plus importants qui sont bien amenés et bien exploités. La continuité thématique et le toutéliage mythologique sont impeccables, et on a encore droit à quelques moments épiques. Les personnages ont tous connu une évolution cohérente dans l'ensemble, et leur solidarité acquise de haute lutte dans l'adversité fait plaisir à voir. Ce n'est pas la totale réussite de la saison précédente, mais ça s'en rapproche sur bien des points. En bref, c'est vraiment très bon.
The Peacekeeper Wars
Vu le format (plus l'heure, plus la fatigue liée au bilan précédent), ce ne sera pas long. Le principal problème de cette mini-série de conclusion, c'est qu'elle est dense. Evidemment, il ne pouvait en être autrement, et la piste lancée dans What Was Lost trouve sa résolution avec les Eidolons qui présentent une alternative à l'utilisation des vortex comme arme de destruction massive, et la relation entre eux, les humains et les Pacificateurs (les manipulations génétiques sont au coeur des intrigues de Farscape, finalement), avant que cette option ne soit plus valable et que l'on puisse constater l'horreur que les vortex peuvent amener. Grunchlk fait un caméo sympathique, la traitrise de Sikozu est dévoilée, le bébé du couple phare de la série naît, Jothee revient, D'Argo meurt sans que cela soit convaincant, et Stark trouve enfin la paix intérieure grâce au pouvoir des Eidolons. Et comme la guerre entre les Scarrans et les Pacificateurs est engagée, il y a de l'action à tout bout de champ, avec force explosions. C'est réjouissant, et la boucle est bouclée, mais ça crée quelques problèmes de rythme. Ceci étant, comme ça relie les derniers fils, ça reste très intéressant. Mais ça laisse des regrets sur la façon dont cela aurait été traité sur une saison entière.