Mad Movies: Suspect - Scott Walker (2013) - Mad Movies

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Suspect - Scott Walker (2013) The Frozen Ground

#1 L'utilisateur est hors-ligne   Crazy Von Schweetz 

  • Laurence Ruquier
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Posté 25 août 2013 - 23:34

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En 1983, aux alentours d'Anchorage. Des disparitions de jeunes femmes sont signalées depuis le début des années soixante-dix. Certains corps sont retrouvés dans un triste état. En dépit de la décomposition, les policiers sont en mesure de déterminer un mode opératoire qui les laisse à penser qu'il s'agit d'un seul et même assassin. Les filles semblent avoir été chassées, ralenties dans leur fuite par des blessures par balle aux bras et aux jambes, avant le coup fatal à la tête ou en plein coeur. Cindy Paulson, une toute jeune prostituée dépendante du crack, aurait pu être une des victimes du tueur si elle n'avait pas réussi à lui échapper. Personne ne la croit, personne ne veut lui faire confiance sauf Jack Halcombe, un policier soucieux de quitter la région dans les prochaines semaines pour le bien de sa famille et chargé de l'enquête. Il va l'utiliser pour retrouver le coupable. Les soupçons se portent très vite sur Robert Hansen, déjà condamné pour viol et kidnapping par le passé. Hansen est le psychopathe, bon père de famille rangé et apprécié de sa communauté. Mais il ne sera pas facile à attraper.

Tandis que des "Effraction" et des "12 heures" connaissent grâce à l'incohérence de leur distributeur Metropolitan Films des sorties en salles, et que l'un des pires film de Nicolas Cage depuis un moment, soit celui signé Simon West, se voit gratifié de plus de cent-mille entrées en l'espace d'une quinzaine de jours, un petit bijou comme "Suspect" ne sortira que directement en dvd et blu-ray. Les aléas du marché, les subtilités de la distribution...et c'est fort dommage car la première réalisation de long-métrage du jeune néo-zélandais Scott Walker aurait grandement mérité d'être vue sur un grand écran.

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Sans révolutionner le genre ni être le "Seven" des années deux-mille dix, "The frozen ground" est un thriller absolument fascinant, hanté par une atmosphère unique et un lieu d'action à la fois beau et terrifiant, l'Alaska. Le personnage de policier joué par Nicolas Cage, Jack Halcombe, semble lui-même particulièrement désireux d'en finir avec cette région où l'immensité des territoires n'a d'égal que la froideur des températures et la monstruosité des évènements qui surviennent sur Anchorage. Ici, la ville n'est que rarement présentée sous sous meilleur jour. L'automne 1983 est froid, neigeux et gris. Que ce soit lors des scènes diurnes ou nocturnes, on ressent presque systématiquement cette absence de chaleur autant au déhors qu'au dedans des personnages. A l'exception du bonheur de vitrine dans la maison des Halcombe, où la mère incarnée par Radha Mitchell sauve les apparences pour ses enfants mais demeure en rage intérieure contre un époux dévoué à son travail et qui retarde leur départ de cette région désolée, et à l'exception du foyer de Robert Hansen, où ce dernier fait tout pour que sa famille ne se doute en rien de ses terrifiantes activités mais où règne une tension constante, comme si la femme de Hansen elle-même craignait son monstre de mari, comme si elle se doutait de quelque chose, tout en priant très fort le seigneur que ce soit faux, que celui qu'elle aime ne soit pas celui qu'il pourrait bien être, c'est la tristesse et la misère qui règne en ces lieux. Une misère immaculée.

La région d'Anchorage regroupant beaucoup d'ouvriers forestiers ou pétroliers, les souteneurs y ont installé maisons de passes sur maisons de passes, clubs de strip-tease sur clubs de strip-tease, y entassant des filles venues ici pour échapper au pire. Mais elles sont réduites à satisfaire les désirs des clients de passage au coeur d'une ville aussi lugubre qu'insalubre. Cindy Paulson est l'une d'entre-elle. A peine sortie de l'adolescence, droguée pour tenir le coup et être maintenue en laisse par un maquereau qui se croit encore dans les années soixante-dix, elle n'a plus de repères et se méfie de tout et de tout le monde, même de la police qui de toute façon n'a que bien peu d'égards pour elle, en rapport à sa condition. C'est une victime, une proie parfaite pour un tueur en série qui sait que sa disparition ne fera pas vraiment de vague. Le personnage, qui apparait finalement comme l'élément majeur de "Suspect", est aussi déterminant pour l'enquête de Halcombe que pour la survie de Hansen. Elle doit vivre ou mourir.

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Il fallait une comédienne jeune et talentueuse pour interpréter Cindy Paulson. Et l'une des grandes surprises du film de Scott Walker vient du choix de Vanessa Hudgens. En rupture totale avec son image de jeune fille sage issue des "High school musical" signés Disney, déjà excellente dans le formidable (et terriblement incompris) "Spring breakers", Hudgens fait preuve d'une maturité ahurissante et d'un talent exceptionnel dans son travail sur le rôle. Elle se met à nu, exploite ses fêlures et incarne une jeune prostituée aussi crédible qu'inoubliable. Victime résignée, partagée entre le désespoir causé par une vie pratiquement fichue en l'air, par le fait d'avoir été trompée par presque tous et exploitée comme une misérable poupée de chair aux mains de la fugace satisfaction de "clients" qui la consomment et la consument, et un instinct de survie qui ne l'a pas encore complètement abandonnée, Cindy Paulson fait partie de ces personnages inoubliables, que des films de petite envergure peuvent proposer, et des rôles qui hélas ne sont ni ne seront mis en valeur. Vanessa Hudgens y trouve le rôle de sa jeune carrière. L'autre surprise du film, elle vient du comédien principal, tout simplement.

Si ces dernières années, Nicolas Cage nous avait habitués à des rôles souvent étranges, entre absence d'ambition et hystérie à la limite du supportable, il fallait toute la réussie du scénario de "Suspect" pour le canaliser, le dompter et le calmer. Alors non, vous ne verrez pas Nicolas Cage arborer une coupe de cheveux venue d'une autre galaxie et vous ne le verrez pas hurler "Pas les abeilles !!!" ou pêter les plombs en remuant des yeux, comme s'il venait d'être mordu par un singe-rat de Sumatra. "Suepect" est l'occasion, peut-être temporaire, pour le Sailor de David Lynch de se racheter une conduite, de mettre au placard ses tics d'interprétation si épouvantablement recurrents depuis de trop nombreuses années. On n'a honnêtement pas du le voir aussi sobre depuis le "Weather man" de Gore Verbinski, il y a bientôt dix ans. Le rôle du state trooper John Halcombe imposait une droiture et un calme apparent. Cage fait honneur à son personnage. Déterminé, dur et assoiffé de justice, ce policier perséverant se retrouve dans une position difficile. Une enquête pénible à mener contre la promesse faite à sa femme de quitter Anchorage. Une implication indispensable qui pourrait fortement nuire à son équilibre personnel. Et l'intrusion dans sa vie de deux personnes diamétralement opposées, Cindy Paulson et Robert Hansen. Nicolas Cage tient particulièrement bien le rôle et c'est un vrai et intense plaisir que de le voir sobre, juste et bon. C'en est franchement presque émouvant d'autant plus que son John Halcombe est un être fort, entêté et entêtant. Entre autres nombreuses qualités, "The frozen ground" mériterait d'être vu au moins pour Monsieur Cage.

Enfin, le troisième élément principal de "Suspect", c'est son rôle-titre. Incarné par l'habituellement excellent John Cusack, à l'aise dans tous les registres. Ici, il livre une composition aussi glaçante que fiévreuse. Une antinomie au service d'un personnage à la fois implacable et incapable de se maitriser dans certaines circonstances. Un monstre qui se pense plein de sang-froid mais qui commet des erreurs qui pourraient lui être fatales.Cusack fait peur. C'est un mal à visage humain et fort heureusement Walker ne s'attarde pas trop en théories comportementales. Hansen est un chasseur doublé d'un pervers sexuel détraqué et les séquences le mettant en scène avec ses victimes sont absolument terrifiantes. Sa manière de se comporter est vraiment odieuse, il n'a aucune circonstance atténuante et rien n'est explicite sur les raisons de ses actes. Une fois encore, Robert Hansen n'est qu'un monstre, un monstre qui se cache derrière les apparences encore plus effroyables d'un brave citoyen aimé de tous, amis des policiers qui se rendent dans sa boulangerie où il prodigue des conseils pleins de tendresse à son employée avant de le voir, quelques instants plus tard martyriser l'une de ses pauvres victimes attachée comme un animal par une chaine à une poutre de sa maison. Il faut le voir employer des moyens subtils pour retrouver et éliminer Cindy Paulson, celle qui lui a échappé, celle qui l'a affronté et l'a vaincu. Enfin, il faut voir l'inévitable confrontation entre John Cusack et Nicolas Cage, ces deux monstres sacrés qui ont débuté leur carrière à la même époque, ces deux amis qui ont déjà joué ensemble par le passé. Une fois encore, l'acteur inoubliable de "High fidelity" démonte qu'il est un grand comédien et marque la rétine et l'esprit.

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"Suspect" aurait pu déjà se contenter de ses formidables têtes d'affiche. S'ils sont excellents, c'est aussi grâce à l'écriture de Scott Walker. Ciselée, descriptive, documentée et impliquée au point de rendre hommage aux victimes dans le générique de fin, elle est le ciment qui allié à la réalisation sans failles, consolide le film. Tirant pleinement parti de ses décors naturels et des bas-fonds immonde d'une ville très souvent filmée de nuit, Walker joue sur les lumières. Grisâtres dans la journée, elles semblent étinceler de mille feux de l'enfer dés que le soir s'empare d'Anchorage. Les néons des strip clubs, les reflets des ampoules malveillantes dans le lointain d'une civilisation aux confins d'une Amérique qui l'ignore, comme un nouveau far west dans le Grand-Nord. La tonalité visuelle de "The frozen ground" est à l'image de ses thèmes : désespérée, stressante, sordide. A l'image de la peur.
L'exceptionnel travail sur l'image est accompagné d'une bande-son au diapason, l'oeuvre de l'écossais Lorne Balfe, un ancien élève de Hans Zimmer. Il a écrit et composé un score qui ne dépareille pas de l'atmosphère si particulière de "Suspect", et contribue à sa réussite.

Oeuvre crépusculaire, douloureuse et intense, "The frozen ground" fait partie de ces grands films que l'on ignore. Une oeuvre qui en elle-même n'est pas fondamentalement originale mais qui possède sa personnalité et qui surtout ne cherche pas à en rajouter dans une surenchère malvenue, compte-tenu de la véracité des faits et compte-tenu que d'autres films sur un sujet similaire existent déjà. C'est aussi le travail d'une reconnaissance, d'une confirmation et d'une résurrection. La reconnaissance de Vanessa Hudgens, grande comédienne en devenir. La reconnaissance du talent monstrueux du caméléon John Cusack et évidemment la réssurection de Nicolas Cage, que l'on espère durable. C'est aussi la découverte d'un auteur, Scott Walker, qui impressionne déjà en un seul film. Et il ne faut pas oublier l'excellent casting composé en outre de Radha Mitchell, Dean Norris (devenu incontournable ces deux dernières années), Kevin Dunn, Kurt Fuller, Jody Lynn O'Keefe et même Curtis "50 cent" Jackson, également producteur.
Si les pays anglo-saxons et la Belgique ont laissé une chance dans leurs salles de cinéma à "Suspect", la France n'en fera pas de même, l'éditant directement en vidéo le trente septembre prochain. Décision peu étonnante mais néanmoins malheureuse de la part du distributeur car une fois encore, sans être un chef-d'oeuvre absolu, le film de Scott Walker laisse une sacrée trace dans le conscient, presque indélébile.

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#2 L'utilisateur est hors-ligne   Mccoy 

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Posté 25 août 2013 - 23:58

Voir le messageCrazy Von Schweetz, le 25 août 2013 - 23:34 , dit :

[...]Vanessa Hudgens [...]Elle se met à nu

Au sens propre?

(sinon je comprends pas. 2011? Ça fait deux ans que le film traine dans les cartons?)
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"I don't change my style for anybody. Pussies do that. "

#3 L'utilisateur est hors-ligne   Crazy Von Schweetz 

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Posté 26 août 2013 - 00:08

Non, pas physiquement. Moralement. Elle met son âme à nu au service de son interprétation. Au sens figuré donc.
Quant à l'année, je n'ai entendu parler de "Suspect" que cette année mais à la fin du générique, l'année de copyright est 2011 donc j'ai préferé renseigner celle-ci. Se trainait-il dans les cartons de Lionsgate ? Je n'en ai pas la moindre idée. Mais bon, on se moque de l'année, c'est le film qui compte et il est formidable.
;)
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#4 L'utilisateur est hors-ligne   Dr Jones 

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Posté 30 septembre 2013 - 20:04

Et ben elle est drôlement bien écrite ta critique et elle fait sacrément envie :bluesbro: .
Après avoir subi Hell Driver, Le Dernier des Templiers, Effraction et Ghost Rider 2, il est hors de question que je zappe celui-là, j'ai toujours espoir que la carrière de Cage reparte dans le bon sens.

#5 L'utilisateur est hors-ligne   snake2206 

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Posté 08 octobre 2013 - 08:45

"The Frozen Ground" est une bien bonne surprise. Interprétation de qualité, ça fait plaisir de voir Cage et Cusak concernés par leurs roles, les 2 sont vraiment très bons, ça nous venge de leurs dernières prestations (quoique Cusak était plutôt bon en psycho barre dans le "Paperboy").

L'histoire est accrocheuse, c'est un thriller solide, pas surprenant, mais qui fonctionne bien, aussi bien niveau suspens (la scène ou Cage et Cusak sont a la recherche de Vanessa Hudgens (correcte mais pas top), qu'au niveau émotionnel.

Walker fait du bon boulot, y'a des jolies paysages, l'ambiance est froide et neigeuse, y'a juste le générique de fin qui me chagrine un peu, le coté en hommage aux victimes, je le trouve plutôt mal venu.

Donc voila le Cage qui aurait du sortir en salle, a la place de "Stolen" ou autre, mais les distributeurs en ont décidé autrement. Bizarre.

3.5/6
The most frightening thing about Jacob Singer's nightmare is that he isn't dreaming.

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#6 L'utilisateur est hors-ligne   fox-die 

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Posté 15 octobre 2013 - 20:43

Qu'est ce qui se passe quand un réal débutant nous sort un film de sérial killer tiré d'une histoire vraie (comme souvent), et qu'il nous offre dans les trois rôles principaux un Nicolas Cage maintenant habitué aux films ratés, John Cusack qui n'a pas eu de projet vraiment bon ces dernières années malgré son talent, et Vanessa Hudgens dans le rôle d'une prostitué paumé et légèrement camée ?

Un bon film car c'est une belle surprise que ce Frozen Ground.
Tout n’est pas parfait et ça n'a rien d'original bien sur mais se retrouver dans un coin aussi beau que l'Alaska est un bon point de départ. Pour le reste c'est surtout les acteurs qui rendent le film très sympathique, Cage est assez posé dans son jeu mais reste efficace, Cusack nous joue le psychopathe intégré avec aisance et Hudgens est excellente (déjà dans le sous-estimé Sucker Punch elle nous avait montré ses capacités). En plus on a des seconds rôles agréables : Kevin Dunn, Dean Norris, Radha Mitchell ou 50 Cent qui fait son boulot correctement.

4/6

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