Aller au contenu


Photo

A Tombeau Ouvert - Martin Scorsese (1999)


  • Please log in to reply
5 réponses sur ce sujet

#1 Dr Jones

Dr Jones

    Leprechaun

  • Members
  • 896 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Il Etait une fois dans l'Est

Posté 30 March 2012 - 10:20 AM

Image IPB


Quelques spoilers à l’horizon.

Alors voilà, je viens de lire l’ensemble du topic sur Scorsese, et je m’aperçois qu’un de mes films préférés du cinéaste italo-américain est assez sous-représenté: A Tombeau Ouvert. Quelques madnautes ont mis une note, mais le film est rarement cité dans les plus marquants de son auteur.

Je me souviens l’avoir découvert à sa sortie en salles au printemps 2000 en France et l’avoir beaucoup apprécié. Sur le coup, je pensais que tout était réuni pour en faire un évènement : un très beau casting emmené par un Nicolas Cage alors très bankable, la quatrième collaboration entre Scorsese et Paul Schrader (après Taxi Driver, Raging Bull et La Dernière Tentation du Christ, excusez du peu), un sujet taillé sur mesure pour le cinéaste (New York de nuit, un perso insomniaque, la rédemption, etc.), un budget à la hauteur (55 M$ selon Wikipedia US)…Bref, après Kundun, accueilli dans l’indifférence générale, A Tombeau Ouvert allait marquer le retour de Marty sur le devant de la scène. Et pourtant, le film connaîtra un flop commercial, et me paraît aujourd’hui assez sous-estimé dans sa carrière, y compris auprès des critiques et des cinéphiles. C’est pourtant l’une de ses œuvres les plus personnelles.

Dans cette adaptation d’une nouvelle autobiographique de Joe Connelly, Scorsese explore de manière frontale les thèmes de la culpabilité, de la rédemption et de la spiritualité. Nicolas Cage y campe un ambulancier de nuit dans le quartier de Hell’s Kitchen à New York, qui traverse une crise de conscience après n’avoir pu sauver une jeune femme 6 mois plus tôt. Le film nous conte 48 heures de sa vie, où il sera amené à travailler avec 3 coéquipiers très différents, tout en se rapprochant de la fille de l’un de ses patients…


Image IPB


D’emblée, précisons que je préfère le titre original : Bringing out the Dead, plus en accord avec l’esprit du film, au contraire du titre français, qui ne retient que la surface. Ainsi, Cage dans le film souffre de n’avoir sauvé aucune vie depuis longtemps, et se voit davantage comme un accompagnateur qu’un sauveteur (« I was a grief mop »). Sauver une vie est décrit par son personnage (via la voix-off chère à Scorsese) comme quelque chose de grisant, d’euphorisant; malheureusement toutes ces dernières tentatives ont été vaines. Il se sent inutile, et ne peut qu’accompagner les morts dans leurs derniers instants (d’où le titre, on pourait d’ailleurs faire l’analogie avec le passeur du Styx). Pour aggraver les choses, il est hanté par la vision des gens qu’il n’a pu sauver, en particulier cette jeune femme, Rose, qui lui apparaît régulièrement, le faisant s’interroger sur sa santé mentale (le fait qu’il ne mange pas et ne dorme pas ne doit pas arranger les choses…). Autour de lui, la folie, la frénésie ambiante : quoi qu’il fasse, son boss ne peut se résoudre à le virer (pourtant il fait exprès d’arriver en retard, crash l’ambulance, mais rien n’y fait, la ville a désespérément besoins d’ambulanciers), ses coéquipiers sont tous plus ou moins cinglés (l’un ne pense qu’à bouffer, le second se croit investi de la puissance divine, et le troisième se défoule sur les patients). Le tout est saupoudré d’une galerie de personnages, que ce soit les patients ou le personnel de l’hôpital, hauts en couleur (Mister Oh :mrgreen: , le grand black costaud qui garde l’entrée des urgences, le dealer joué par Cliff Curtis, le SDF qui risque de mourir s’il boit de l’eau, et j’en passe), d’anecdotes incroyables (et vraies paraît-il), et de situations complètement surréalistes, tel ce passage où Cage et Rhames interviennent sur une overdose en discothèque, et Ving Rhames, s’adressant à Dieu, livre cette sublime tirade: “Oh Lord, here I am again to ask one more chance for a sinner. Bring back IB Bangin’, Lord.” (IB Bangin’ étant le nom du jeune homme qui fait une overdose ; « what the hell kind of name is IB Bangin’ »)…tout le monde se donne la main, la caméra s’élève, et le jeune se réveille ! Des situations comme ça, le film en compte quelques unes. Ce surréalisme et cet humour noir permettent de contrebalancer une description réaliste et dure, mais jamais misérabiliste, du métier d’ambulancier et de la situation précaire des services d’urgence des quartiers pauvres (ici Hell’s Kitchen), même si cette description n’est pas le sujet principal. A travers le chemin de croix de Frank Pierce (le perso de Cage donc), Scorsese s’interroge sur le sens de la vie, le sens des évènements tragiques qui nous frappent, la présence du divin, comment surmonter la misère quotidienne, etc. Je perçois Nick Cage comme un alter ego du cinéaste, qui véhicule toute sa compassion pour le genre humain et ses concitoyens New-Yorkais. Le film se termine
Spoiler

C’est cette compassion, et ce côté sacrificiel, qui m’ont touchés dans le film.


Image IPB


On aura d’ailleurs rarement vu Nicolas Cage aussi bon depuis (et ce n’est pas ses dernières prestations qui me contrediront…), tant il semble véritablement vivre l’enfer que son personnage traverse, et je le soupçonne même de s’être privé de sommeil dans un souci d’authenticité tant il fait peur à voir par moments. Il est également le vecteur d’un humour désespéré qui traverse le film, où les sanglots restent étouffés derrière un rire de façade, telle cette séquence où il engueule un vieillard qui menace de se suicider sans pouvoir passer à l’acte (« Oh, I see. With all the poor people of this city who wanted only to live and were viciously murdered, you have the nerve to sit here, wanting to die, and not go through with it? You make me sick! » :mrgreen: ). Sa façon d’en rajouter, de pousser son personnage au bord du précipice, dépasse la simple notion de cabotinage ; c’était l’époque où il pouvait partir en vrille sans jamais être ridicule. En plus ici c’est justifié par le caractère borderline de son perso.

A ses côtés on retrouve une splendide galerie de seconds rôles, de John Goodman (énorme comme d’habitude en ambulancier qui ne pense qu’à bouffer pour éviter de trop s’impliquer dans les drames qu’il côtoie au quotidien) à Tom Sizemore, déjanté (d’ailleurs il est passé où lui depuis ?), en passant par Ving Rhames, qui n’a jamais été aussi bon (il est tour à tour drôle, quand il drague la dispatcheuse à la radio, et flippant, son accent et ses intonations sont savoureux). La seule qui est un peu en retrait je trouve est Patricia Arquette, dont la voix juvénile m’a surpris.

Outre ses excellents acteurs, le film bénéficie également d’une très bonne facture technique, Scorsese y retrouvant certains de ses collaborateurs réguliers : Elmer Bernstein s’occupe de la musique (néanmoins le score est éclipsé par une sélection de morceaux dont le cinéaste a le secret, même s’il manque les Stones ;-)), Dante Ferretti est chargé de créer l’environnement sombre, crasseux, interlope, dans lequel évoluent les persos (et quelle réussite, citons le hall bondé et grouillant de l’hôpital, ou encore l’Oasis, l’appartement du dealer joué par Cliff Curtis), Robert Richardson (trois fois oscarisé, dont deux fois pour des collaborations avec Scorsese) signe une photo superbe, sombre mais parfaitement contrastée, faisant une utilisation parcimonieuse mais judicieuse de la lumière (le plan final !), et enfin l’inévitable Thelma Schoonmaker assure le montage, un montage plus frénétique qu’à l’accoutumée, le traitement étant très stylisé. Scorsese lui-même apporte sa touche au métrage (en plus de prêter sa voix et son débit immédiatement reconnaissables au dispatcher à la radio), à travers des effets de style assez audacieux qui participent pleinement à ce trip hallucinatoire.

Bref, pour moi un film à redécouvrir et à réévaluer dans la carrière de Martin Scorsese, ponctué de moments hilarants et de moments touchants, et qui permet de se remémorer qu’à une époque pas si lointaine Nicolas Cage était un grand acteur.
Et vous, qu’en pensez-vous ?

5/6

PS : Si un modo pouvait avoir la gentillesse de linker ce topic en première page du sujet sur Scorsese dans la section Biographies, ce serait formidable :blush: . Et sinon, les tof', c'est pas un peu trop grand ?

PPS : dommage que le film soit à ce jour toujours inédit en Blu-Ray. Il faudra se rabattre sur le DVD Z2, minimaliste en termes de bonus (et tout juste correct sur le plan technique): rien hormis une « featurette » de 10 minutes où interviennent Scorsese, Schrader, Connelly, Cage, et Arquette notamment. Les propos sont intéressants et souvent pertinents, mais ne peuvent que frustrer par leur brièveté…

PPPS : merci à ceux qui ont lu ce texte très scolaire, qui n’exprime que très maladroitement ce que j’aime dans ce film… :momie:

#2 CowboysFromHell

CowboysFromHell

    Wookie

  • Members
  • 2559 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Dreamland

Posté 30 March 2012 - 18:59 PM

L'uns des meilleurs Scorsese... Sans aucun doute.
"You ain't got the Balls Son..."
Image IPB

#3 Redux

Redux

    Du rire aux larmes

  • Members
  • 7772 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Tarif à la journée, voir modalités en magasin.

Posté 31 March 2012 - 06:18 AM

Et malheureusement son dernier bon film jusqu'à présent...

#4 Aniya_san

Aniya_san

    Miyazaki is DOG !

  • Members
  • 20853 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Dans la tête de John Crichton...

Posté 01 April 2012 - 09:33 AM

C'est clair.

331379witcher3yennefer01.jpg


#5 maclaine

maclaine

    Leprechaun

  • Members
  • 595 Messages :

Posté 01 April 2012 - 14:46 PM

Image IPB
le monsieur dit qu'il est pas d'accord...


sinon effectivement l'un des derniers très grands rôles de cage, une immersion impressionante dans l'enfer de la nuit...un scorsese trop sous estimé

#6 Redux

Redux

    Du rire aux larmes

  • Members
  • 7772 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Tarif à la journée, voir modalités en magasin.

Posté 01 April 2012 - 16:59 PM

L'avis du boucher se défend. Grâce à lui, Gangs of New-York est à moitié réussi...




0 utilisateur(s) en train de lire ce sujet

0 membre(s), 0 invité(s), 0 utilisateur(s) anonyme(s)