
Marie Georges Jean Méliès est un réalisateur français né le 8 décembre 1861. Fils d'un bottier enrichi sous le Second Empire et d'une maîtresse-femme d'origine hollandaise, Georges vit une enfance choyée, à peine perturbée par la guerre de 1870 et le siège de Paris. Lycéen, il épate son entourage par ses dons de dessinateur. Le week-end, il se réfugie dans le grenier de la propriété familiale de Montreuil pour y confectionner un théâtre de marionnettes, mais rares sont ceux qui prennent son inlassable créativité au sérieux. Un peu plus tard, envoyé à Londres chez un collègue de son père pour oublier une amourette, il assiste à un spectacle de prestidigitation. A la fin de la représentation, il propose au magicien de confectionner des toiles de fond pour servir de décor à ses tours. En retour, David Devant lui enseigne sa magie. Manifestement doué, Georges se pique considérablement au jeu. Revenu en France, il diversifie ses activités. Auteur de caricatures pour des revues satiriques, il se dispute avec son père qui désire le voir rentrer dans les rangs et continue de perfectionner ses tours d'illusionniste. En 1888, il achète le théâtre Robert-Houdin, temple de la magie et des spectacles d'automates. A la tête d'une petite troupe d'artistes, Georges y expérimente plusieurs tours qui inspireront ses futurs courts-métrages. Si le succès est au rendez-vous, l'investissement en matériel lui coûte beaucoup plus qu'il ne gagne.

Maquette virtuelle du théâtre Robert-Houdin
En 1894, il sympathise avec le photographe Antoine Lumière. Ce dernier a deux fils, Louis et Auguste, dont les travaux sur les images animées intéressent éperdument Georges Méliès. Un domaine expérimenté en Angleterre par William Paul et dont Georges a eu vent par son actrice-vedette, Jehanne d'Alcy. La jeune femme, que tout le monde appelle "Fanny" et qui partage les centres d'intérêts de Georges, devient rapidement sa maîtresse. Assistant à la première séance du cinématographe des frères Lumière en décembre 1895, Georges leur propose d'acheter leur invention. Proposition qu'ils refusent net. Aidé d'un associé, de son frère Gaston et d'un ingénieur, le futur cinéaste fabrique un appareil de prise de vues qu'il baptise le Kinetograph et dont il se sert pour son premier film. Il plante la caméra dans son jardin et tourne, le 10 juin 1896, un court métrage : La Partie De Cartes. L'expérience l'enthousiasme tellement qu'il enchaîne les "reportages" sur le vif, filmant tout ce qui meut autour de lui. Pourtant, Georges perçoit rapidement les limites d'une telle production, ainsi qu'il se l'entend dire par un forain, Charles Pathé, qui lui conseille de se tourner vers le spectacle scénarisé. Le hasard faisant souvent bien les choses, Georges découvre peu après son premier trucage : en filmant la place de l'Opéra, une minute fut nécessaire pour débloquer la pellicule et remettre le Kinetograph en place. Pendant cette minute, les passants et voitures avaient circulé. En projetant alors la bande ressoudée, il vit un omnibus changé en corbillard et des hommes métamorphosés en femmes. Le "truc" par substitution était trouvé. Ce truc, il s'en sert pour réaliser son premier film à scénario, Escamotage D'une Dame Chez Robert-Houdin, dans lequel Jehanne "Fanny" d'Alcy, par un tour de passe-passe, devient un squelette. En octobre 1896, Georges réalise Le Manoir Du Diable, œuvre vraisemblablement considérée comme étant le premier film à péripéties de l'histoire du cinéma.

1896 : Le Manoir Du Diable
Alors qu'il vient de créer sa propre compagnie cinématographique, la Star-Film, Georges décide de construire un lieu protégé pour y filmer ses histoires. Sans qu'il en ait conscience, il bâtit ainsi, dans son jardin potager, l'ancêtre des studios de cinéma. Un hangar parqueté, aux parois vitrées pour laisser filtrer la lumière, qu'il inaugure le 22 mars 1897. Tout autant technicien, scénariste, acteur que poète, il expérimente, innove, s'amuse comme un petit fou et charme considérablement le public. Dans Les Quatre Têtes Embarrassantes, il montre, grâce à l'utilisation des fonds noirs, un magicien aux prises avec des têtes de rechanges indociles. Le même procédé d'invisibilité dont se servira James Whale 35 ans plus tard pour effrayer l'Amérique avec son grand classique de chez Universal, "L'homme Invisible". Dans Cendrillon, réalisé en 1899, Georges combine surimpressions, fondus enchaînés et arrêts de caméra. Trois ans plus tard, Le Voyage Dans La Lune, inspiré de Jules Vernes, est un condensé de l'art de Méliès qui multiplie de nouveaux trucages inédits, utilisant des modèles réduits, effectuant des prises de vues à travers un aquarium, fabricant des décors de toiles peintes et de carton-pâte. Cette œuvre ouvre finalement les portes de son auteur aux Etats-Unis, mais ce dernier préfère rester en France, tournant chaque jour ses scenarii qu'il compose parfois avec "Fanny".

1899 : le final de Cendrillon

1902 : le décors en carton-pâte du Voyage Dans La Lune
En 1908, le cinéma s'industrialise et Georges, qui est resté un artisan, ne parvient pas à suivre la cadence, contrairement à d'autres compagnies telles que Pathé ou Gaumont. Perdant peu à peu sa clientèle de forains, il est contraint de licencier son personnel. Le studio Star-Film entre alors en hibernation. Contacté par Charles Pathé, il accepte de tourner pour lui mais ses œuvres ne semblent plus captiver le public. En 1913, la mort dans l'âme, Georges Méliès dit adieu au cinéma. Ruiné, réduit à vendre des bonbons dans le hall de la gare Montparnasse en compagnie de "Fanny", il n'en conserve pas moins son entrain et sa gaieté. Tiré de l'oubli par une poignée de cinéphiles émerveillés, Georges passe les dernières années de sa vie dans une maison de retraite pour artistes. Le cinéaste pionnier, dont D.W. Griffith disait tout devoir, s'est éteint paisiblement le 21 janvier 1938.
[Sources : Studio-Ciné Live, "Méliès l'enchanteur" par Madeleine Malthète Méliès & le DVD "Christian Fechner présente Georges Méliès".]
La tombe de Georges Méliès au Père-Lachaise.
On ignore réellement l'exactitude du nombre de films réalisés par Georges Méliès. Environ 600 dit sa biographie. La liste qui suit est donc (très) sélective...
Filmographie sélective (1896-1913) :
1896 : La Partie De Cartes
1896 : Escamotage D'une Dame Au Théâtre Robert-Houdin
1896 : Le Manoir Du Diable
1897 : L'hallucination De L'alchimiste
1897 : L'auberge Ensorcelée
1898 : Un Homme De Têtes
1898 : La Damnation De Faust
1899 : Cendrillon
1899 : L'affaire Dreyfuss (œuvre qui fit scandale et provoqua les premières censures de l'histoire du cinéma)
1899 : Cléopâtre
1900 : Nouvelles Luttes Extravagantes
1900 : Le Malade Hydrophobe
1900 : Le Déshabillage Impossible
1901 : L'homme A La Tête En Caoutchouc
1901 : Barbe-Bleue
1902 : Le Voyage De Gulliver A Lilliput Et Chez Les Géants
1902 : Le Voyage Dans La Lune
1903 : Le Puits Fantastique
1903 : Le Revenant
1903 : Le Chaudron Infernal
1903 : Le Royaume Des Fées
1903 : Le Monstre
1903 : Faust Aux Enfers
1904 : Les Cartes Vivantes
1904 : Le Thaumaturge Chinois
1904 : Le Voyage A Travers L'impossible
1905 : Le Palais Des Mille Et Une Nuits
1905 : Le Raid Paris/Monte-Carlo en Deux Heures
1905 : Les Chevaliers Du Chloroforme
1906 : Les 400 Farces Du Diable
1907 : L'éclipse Du Soleil En Pleine Lune
1907 : La Prophétesse De Thèbes
1907 : Vingt Mille Lieues Sous Les Mers
1908 : Tartarin De Tarascon
1908 : La Fée Libellule
1909 : Le Locataire Diabolique
1910 : Le Secret Du Médecin
1911 : Les Aventures Du Baron De Münchhausen
1912 : A La Conquête Du Pôle
1912 : Cendrillon Ou La Pantoufle Mystérieuse
1913 : Le Voyage De La Famille Bourrichon (son dernier film)

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