Bonsoir.
Je n'avais pas vraiment l'intention d'ouvrir de nombreux topics ni d'écrire de longs avis cette année, une sorte de résolution prise pour différentes raisons que je n'évoquerais pas. Mais, pour d'autres raisons tout autant personnelles, il s'avère qu'un film comme "The decendants" me parle tellement qu'il faut alors moi-même que je m'exprime à son sujet.
Car le dernier film d'Aelxander Payne est une telle décharge d'émotion et d'affection qu'elle ne peut rester nouée dans l'estomac.
Elisabeth King est victime d'un accident de bateau, alors qu'elle faisait du ski nautique par des eaux trop remuantes. Cette hawaïenne se retrouve clouée dans le lit d'une chambre d’hôpital, inconsciente, inerte, sans autre vie que celle qui continue de couler dans ses veines. Pour son époux, Matt King, la dévastation qui le ronge alors ira de paire avec le chaos qui va le submerger lorsqu'il va apprendre une vérité sur celle qui partageait sa vie. A lui de gérer ce tourment et surtout à continuer de s'occuper de ses deux filles de dix et dix-sept ans.
Alexander Payne a écrit, produit et évidemment réalisé ce film qui lui tient particulièrement à cœur. Ses propres déboires sentimentaux l'auront probablement convaincu d'adapter le roman de Kaui Hart Hemmings. Un livre qui s'attache autant à décrire les souffrances d'un homme brisé qu'à délivrer un message d'amour à l'attention d'Hawaï, région finalement encore assez mystérieuse montrée ici non pas comme un paradis de carte postal, mais comme un endroit gorgé d'histoire, où les habitants sont fiers et dignes. Il montre aussi comment un homme d'origine caucasienne mais né ici, ayant grandi ici et de souche insulaire affronte ses origines qu'il est en train de trahir, à cause de la vente d'une magnifique parcelle qui s'érigerait en antre à hôtels et resorts de luxe.
De ces racines meurtries, de cette épouse poupée de chiffon sanglée par des draps sur un lit de mort, de ces deux filles bipolaires et difficiles à appréhender, de ce beau-père vindicatif et de ces cousins enclins à céder un bien ancestral, tout même finalement à une seule et même entité, faite de joie et de peines : la famille.

Car "The descendants" est avant-tout un film familial. Non, pas de ces productions Walt Disney destinée à tous les publics mais de ces œuvres importantes qui explorent avec fascination cet impénétrable cocon dont concentricité nous échoit à tous. Aussi le titre prend tout son sens car Matt King doit honorer l'héritage de ses ancêtres, dont il est le descendant, et soutenir et souder ses relations avec ses filles dans la détresse, qui sont sa descendance. Alors a-t-on l'impression d'assister à une espèce de furtive saga familiale qui ne s'arrêterait que sur une seule époque, que sur un seul moment et le film de Alaxander Payne fait irrémédiablement songer à un autre classique : "Des gens comme les autres", de Robert Redford, chef-d’œuvre du début des années quatre-vingt avec lequel , sur un plan émotionnel, "The descendants" entretient de nombreux points communs, même si les films sont tous deux très différents.
L'un des nombreux talents d'Alexander Payne, qu'il a déjà prouvé par le passé et je pense immédiatement à "Mr Schmidt", qui feisait revenir dans la cour des grands un Jack Nicholson qui s'était quelque peu éparpillé depuis "Crossing guard" dans des productions indignes de son talent, est de parvenir à provoquer l'émotion sans pathos, sans recourir aux ficelles les plus éhontées du mélodrame, ce qu'est à mon avis "The descendants" : un mélodrame d'une intensité rare et pourtant tout en retenue. Rien n'est appuyé ici pour que l'on ne puisse contenir ses larmes. Larmes qui ne pourront de toute façon être contenues, surtout si l'on se sent proche des évocations du films. La douleur de la perte, l'appréhension du deuil, la gestion de l’événement, l'impression que le monde nous tombe dessus et qu'un drame en cache en autre comme si tous les moments difficiles de la vie avaient décidé de se retrouver dans un embouteillage de souffrance morale. Et le salut par les autres, qui nous soutiennent et que l'on soutient. Une sorte d'échange de bons procédés qui ne peut nuire à personne.

Et c'est ce que Matt King va devoir réunir afin de passer le cap, de voir venir et surtout, surtout, de conserver l'affection de ses filles, qui sont sa planche de salut. Quand les autres vous abandonnent, quand les amis vous trahissent et que la famille vous joue des tours, c'est à la chair de sa chair qu'il faut tendre la main, une main à la fois salvatrice et désespérée, tout en n'esquivant pas qui l'on est. Un descendant.
Il y a dans le film une notion de perpétuité indispensable au bien-être. Elle passe par les gens et par la terre. Cette terre hawaïenne si chère à Matt King et l'endroit devient d'ailleurs très vite dans le récit l'un de ses personnages centraux. Une île expurgée de tous clichés. Pas de détective en Ferrari sous les palmiers ici et dés le début du film, la voix-off de King l'annonce clairement. La paradis n'est qu'un leurre. Le soleil et la plage ne sont pas des tueurs de problèmes, et les gens d'ici souffrent autant que les continentaux. "Paradise can fuck itself".
Lauréat de plus de vingt récompenses, "The descendants" est une bête à Oscars. Mais une bête qui n'a jamais cherché à plaire à une académie. A la manière d'un "American beauty" ou d'un "Collision", il s'agit tout simplement de récompenser une œuvre inattendue devant laquelle on ne peut que s'incliner tant elle caresse la perfection.
Il ne serait pas peu dire que George Clooney y est exceptionnel, ouvert, sensible et sobre. Lors de nombreuses scènes, le comédien annihile toute faculté de dureté des spectateurs et se montre parfait dans l’interprétation des imperfections de Matt King. Le rôle d'une vie ? Je ne sais pas. Mais il donne la vie à un rôle exigeant et emporte l'adhésion, découvrant une facette plus méconnue de son talent.
A ses côtés, la révélation Shailene Woodley, à se pâmer d'affection devant tant de talent qui explose soudainement au visage. La jeune actrice, prodigieuse de réalisme, s'éloignant au plus vite de la foret des clichés que son personnage aurait pu traverser, est ahurissante de maturité.
Enfin, l'ensemble du casting, de Nick Crause à Judy Greer en passant par Robert Forster (qui réussit le tour de force de rendre un personnage détestable terriblement émouvant le temps d'un simple plan) et Matthew Lillard et la jeune Amara Miller, sont impeccables et absents de toute faute de gout.

La subtilité du film d'Alexander Payne est un atout supplémentaire et la réalisation de ce monsieur force d'autant plus le respect qu'elle se montre dynamique et inventive, tout en restant un modèle de sobriété (pas d’académisme) compte-tenu des événements décrits par l'image. De nombreux plans ,pourtant si simples, sont gorgés d'émotion et il est impossible de ne pas craquer physiquement et moralement devant la séquence finale et le générique qui l'accompagne, et qui nous accompagne aussi doucement vers l'au-revoir à cette famille meurtrie par la vie, souffrante mais en vie, et dont les fondations restent solides malgré les tempêtes.
Je vois beaucoup de bons films, ou de très bons films et je sais bien que je m'enthousiasme souvent pour peut-être pas grand chose ou pour des œuvres qui ne méritent peut-être pas tant de soutien ou d'affection. Je sais que j'ai le chef-d’œuvre facile. Mais il y a les films qui nous plaisent, ceux qui nous conquièrent et la catégorie la plus délicate, ceux qui finissent par faire partie de nous. Indéniablement, "The descendants" fait partie ce cette catégorie.
Bonne nuit.

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