En confiant les rennes de la saga
"Mission : impossible" à Brad Bird, les studios Paramount ont aussi permis à la série cinématographique initiée en mille-neuf-cent quatre-vingt seize par Brian de Palma une espèce de rénovation en tous points bénéfique.
Le réalisateur des
"Indestructibles" signe, pour son premier film avec des comédiens de chair et d'os, une véritable ode au cinéma d'action qui n'oublie jamais le genre auquel il appartient. Aussi n'est-il pas interdit d'établir une comparaison peu flatteuse pour le reboot de la franchise James Bond qui peine après deux films à retrouver le charme qui faisaient le succès des anciens épisodes.
Si le scénario n'est pas fondamentalement inédit, il s'affranchit néanmoins de considérations existentialistes lourdes ou de ramifications peu cohérentes destinés à faire croire aux spectateurs qu'ils ont à faire à un film malin. Non pas que ce
"Protocole fantôme" soit stupide, mais les enjeux sont clairement posés assez rapidement dans le récit, Bird ayant décidé de faire la part-belle à l'action et en la matière, son film peut aisément se targuer d'être un divertissement comme on en n'avait pas joui depuis longtemps.
Tout est ludique dans cette nouvelle mission impossible où cette fois, c'est la survie du monde qui est en jeu. Alors, entre l'évasion d'une prison russe, un braquage tendu au Kremlin, une rencontre avec les méchants au sommet de la plus haute tour du monde et autres réjouissances que je me garderais de dévoiler, Il apparait très difficile de s'ennuyer d'autant plus que la réalisation exceptionnelle, passant une introduction à la fois pleine de suspense et très drôle et par un générique d'ouverture ahurissant, conçu comme un résumé des événements à venir sur une reprise endiablée du thème de Lalo Shiffrin, n'hésite jamais à nous impliquer en plein cœur des différents rebondissements imaginés par Josh Applebaum et André Nemec.
Brad Bird ne rate aucune des nombreuses séquences d'action qui complètent son travail. Pas de caméra hystérique, pas de plan inutilement tarabiscotés; tout ici est étudié au millimètre prés et avec un profond respect pour le public à qui le film ne ment jamais.
L'équipe réunie pour
"Mission : impossible" est au diapason des images. Les comédiens sont à leur place, à commencer bien évidemment par Tom Cruise, au charisme débordant, généreux et donnant de sa personne, composant avec un Ethan Hunt au cœur d'une tourmente à la fois professionnelle et personnelle mais ne s'attardant jamais sur les atermoiements qu'on pourrait attendre ou redouter par rapport à son combat. L'acteur est très en forme et n'hésite jamais à avoir recours à un humour bien placé via des répliques cinglantes.
A ces côtés, Jeremy Renner n'est pas en reste. Lui aussi doit faire face à bien des situations physiques et son intégration dans la série se fait dans le fracas mais avec bonheur. Son personnage est confronté à un dilemme qui le ronge mais il n'a pas le temps de se poser de questions. On semble loin ici du chien fou de
"Démineurs" mais Brandt n'en demeure pas pour autant un rôle passif et Renner, de toute façon déjà physiquement sympathique, apporte une touche non négligeable au film car il n'apparait comme un simple faire-valoir au personnage de Cruise. Et c'est d'ailleurs un autre point remarquable du film : l'absence d'égo. Car Paula Patton, sans discussion possible le meilleur élément féminin de tous les films
"Mission : impossible", n'est pas que
"la fille du groupe", mais un vraiment élément offensif. Là ou une
"Agence tous risques" sur grand écran péchait en écartant bien trop Barracuda et Looping,
"Protocole fantôme" n'est pas un show dédié à la toute-puissance de Tom Cruise mais bel et bien un travail d'équipe et la présence chaleureuse de l'inimitable Simon Pegg qui comme Jeremy Renner possède un capital sympathie inaltérable chaque fois qu'il apparait, vient définitivement sceller cette impression justifiée de ne pas avoir qu'un unique héros. L'alchimie est totale aussi bien entre les acteurs que leurs personnages.
Le bémol concernera uniquement les méchants qui ,de Lea Seydoux à Michael Nyqvist, semblent un peu transparents en dépit de leurs efforts pour commettre le mal et le chaos autour d'eux. Non pas qu'ils n'y parviennent pas visuellement à l'écran, mais les comédiens sont assez fades ou peut-être peu à l'aise dans ce genre d'exercice. Si leurs actions répréhensibles sont adéquats et vraiment impressionnantes, les personnages avec lesquels ils composent sont peu écrits et presque interchangeables. Une sorte de constante dans le cinéma Hollywoodien récent qui n'a pas vu depuis longtemps un méchant de haute tenue.
Rythmé, généreux, abhorrant l'ennui comme la peste,
"Mission : impossible, protocole fantôme" est une très grande réussite, d'autant plus grande que personnellement je n'en attendais pas grand chose et que la bande-annonce ne faisait pas vraiment rêver. Mais il ne faut jamais vendre la peau de l'ours, et le film de Brad Bird se classe aisément parmi les meilleurs divertissements de l'année, à tel point que lorsque le générique de fin commence, on ressent comme un petit pincement au cœur d'avoir à quitter nos héros et leurs palpitantes aventures malgré la pourtant relativement longue durée du film. Et si Brad Bird avait pleinement prouvé qu'il était un formidable metteur en scène d'animation, il confirme qu'il est aussi parfaitement à l'aise avec le réel. Mission accomplie pour lui ! Il ne me reste qu'à espérer que ce message ne s'autodétruira pas dans cinq secondes.
Cette mission là, vous ne pouvez que l'accepter.