Posté 12 mars 2012 - 22:05
Un tel projet, avec un tel duo de réalisateur/producteur, ça donne envie, et ça rend toute hypothèse d'un échec difficilement admissible.
Le fait est que c'est bien, que c'est beau, qu'on y trouve notre compte, mais qu'il y a, constamment, quelque chose qui cloche.
Rien à dire au niveau technique. l'imagerie numérique photoréaliste est maintenant une réalité, et les possibilités qu'elle offre en matière de réalisation et de jeux visuels sont autant de platre que Spielby et Jackson essuient avec joie. Certes, le respect du trait d'Hergé marié aux textures réalistes offrent de belles tronches de freaks, mais la performance technique est là, sans pour autant piquer les yeux.
Pas grand chose à redire non plus concernant le scénario. le trio Moffat/Wright/Cornish mélange avec un vrai savoir-faire deux albums afin de mieux reécrire son intrigue sans tomber dans le sacrilège, et le film ne souffre d'aucun temps mort tout en respectant les personnages et leurs personnalités ainsi qu'Hergé les avaient créés. On a même droit à de petits clins d'oeils (l'apparition du maitre en intro, le "rat géant de Sumatra") bien senti et qui ne parasitent pas.
Rien à dire non plus concernant l'interprétation: les visages sont expressifs et les voix sont parfaitement posés (Pegg et Frost en Dupond/ts, c'est LA bonne idée). On a même hâte de voir la suite et comment sera ce bon vieux professeur Tournesol.
Non, si il y a quelque chose qui gène, c'est au niveau de l'Esprit.
Tintin est un personnage de BD les années 50/60/70 (pour le plus gros des albums), et pas un personnage de cinéma des années 2010. Si les auteurs de ce film ont réussi à le faire sortir de sa case et à le mouvoir sans le rendre fâlot ou trop naïf, ils ne se sont pas résolus à préserver le charme surranée de l'évidente simplicité Hergéen. Oui, la caméra est toujours en mouvement, offrant des plans-séquence fantasmatiques, mais est-ce que c'est ce qu'on attend d'une adaptation de Tintin? La scène du bateau pirate ne rappelle que trop l'attraction foraine du même nom; et l'épique séquence du sidecar, avec son enchainement frénétique d'action, fait penser à une scène QTE de jeux vidéo.
Au-delà de l'évidente filiation avec un éventuel Indy sans la tutelle Lucassienne (on aperçoit quand même une carcasse d'avion nazi dans le désert, inédit chez Hergé...), moi j'ai pensé, au niveau de l'action débridé, à une adaptation rétro de Uncharted.
Bref, c'est bien, mais ça n'aurait pas été Tintin que ça serait pareil.
4,5/6