Posté 19 février 2012 - 13:11
L'opportunisme étant monnaie courante, voire même définitivement une règle de survie, dans la jungle Hollywoodienne, il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que deux genres (re)devenus à la mode ces dernières années soient associés dans le cadre d'une seule et même production, soit le real footage et film de super-héros. Attention, il convient ici de souligner que "Chronicle" ne possède pas de personnages charismatiques en costumes ridicules à l'affut du moindre méchant mégalomane soucieux de conquérir le monde mais l'apparition des pouvoirs de ses trois principaux personnages s'apparente aux origines d'individus proches de ceux dont on peut suivre les aventures dans les comic-book.
D'ailleurs, l'affiche américaine y fait ouvertement référence avec cette accroche "tous les héros ne sont pas supers.", ce qui inclus le film de Josh Trank dans cette nouvelle vague souvent pauvre en qualité.
L'idée d'y associer une mise en scène à la manière de celle initiée depuis bientôt quinze ans par Daniel Myrick et Eduardo Sanchez à l'occasion de leur fameux "Projet Blair Witch" semblait inévitable et le réalisateur dont c'est le premier film pour le cinéma, pourtant très à l'aise avec une caméra si l'on en juge par son excellente mini-série "The Kill point" avec entre autres John Leguizamo a donc décidé d'adopter ce point de vue de fainéant qui ne donne que très rarement des œuvres intéressantes ou bien fichues. Soit.
Mais ce choix technique ne cadre absolument pas avec les fondamentaux de "Chronicle". D'une part, il faut bien sûr reconnaitre que ce procédé depuis un moment déjà émoussé agace plus qu'il ne passionne la plupart du temps. Mais le personnage central du film, Andrew, s'avère un jeune homme très timide et réservé, régulièrement embêté par les brutes de sa rue et de son lycée et le principe même de se filmer, de se dévoiler, ne fait pas du tout, comme ça aurait éventuellement pu l'être, penser à une catharsis mais au contraire renforce l'antinomie entre l'histoire et la façon dont on nous la montre.
Parlant d'Andrew, il est malheureusement incarcéré dans un carcan tellement usité au cinéma qu'il en devient presque immédiatement ringard, celui de l'adolescent dont le mal-être du à la méchanceté du monde qui l'entoure. Ici, nous avons donc à faire à un jeune homme chétif dont le père est alcoolique, la mère cancéreuse, le quartier mal famé et les amis presque inexistants, à l'exception d'un cousin dilettante et fumeur de marijuana. Sa rencontre avec l'idole du lycée populaire jusque dans les toilettes des filles, Steve, un bon gars qui le prend sous son aile suite à leur expérience commune n'est pas très réjouissante car l'antinomie entre les personnages n'est jamais vraiment développée.
Alors une suite d’événements liés à l'appréhension de ses pouvoirs va pousser notre jeune geek loser à s'affirmer par le mal, devenant une sorte de super-méchant finalement plutôt tête-à-claques qu'autre chose, jamais attachant ni émouvant mais profondément antipathique, peu aidé par le jeu exaspérant du comédien Dane DeHaan, plus à l'aise en timide renfrogné qu'en Tetsuo du pauvre.
A ce sujet, "Chronicle" n'est pas non plus une partie de plaisir compte tenu du talent aléatoire de son casting. Si le talentueux Michael Kelly incarne un père violent avec conviction, si Alex Russell se montre l'un des rares points fort du film en jeune homme autrefois oisif qui lui prend conscience que ses pouvoirs doivent être utilisés avec prudence et à des fins positives, le reste des acteurs va de moyen à très mauvais, en particulier Ashley Hinshaw en love interest sans intérêt justement, fade et inexpressive (le comble pour un real footage), Michael B.Jordan le troisième larron de nos héros qui en rajoute dans le rôle cliché du noir sympathique et blagueur, et surtout Dane Dehaan, difficilement supportable surtout lorsqu'il s'énerve, perdant le peu de crédibilité qu'il pouvait revendiquer.
La présentation des personnages est longue et basique, la découverte de la "chose" qui va donner leurs pouvoirs aux jeunes peu palpitante...seuls les moments où Andrew,Matt et Steve découvrent, apprennent et utilisent leurs dons se montrent relativement intéressants même si finalement redondants et eux-aussi plutôt longuets, Josh Trank ayant du mal à faire passer Andrew du côté obscur dans des délais raisonnables. Il faut aussi composer avec certains effets spéciaux peu délicats (dans les cieux, notamment) et des tunnels de dialogues hasardeux déjà entendus dans n'importe quelle comédie dramatique prenant pour thème un adolescent maltraité par ceux qui l'entourent.
Quand enfin les événements vraiment dramatiques se mettent en place, l'ennui l'a hélas déjà emporté et l'on suit la progression de Andrew vers la folie et la destruction d'un œil tantôt amusé, tantôt agacé par cette réalisation pénible d'un Josh Trank qui semble vaguement essayer d'expérimenter des cadres mais qui rate la plupart de ses effets. Il ne suffit pas de montrer des voitures qui explosent ou des vitres d'immeubles qui explosent en filmant n'importe comment pour donner une touche réaliste à ce que l'on veut justement montrer et l'optique du real footage n'était vraiment pas la plus adaptée au film, même si c'est loin d'être ce qui le rend presque complètement raté, l'histoire et les comédiens n'aidant pas non plus à la réussite.
Une belle déception que ce "Chronicle" indigeste qui succombe aux sirènes du succès facile et à l'utilisation de ficelles trop grosses pour faire des nœuds. Peut-être que Josh Trank et Max Landis ont vu trop grand, peut-être qu'ils ne savaient pas s'ils pourraient gérer l'ampleur de leur sujet. Quoi qu'il en soit, ce pétard mouillé qui parvient à ennuyer malgré sa courte durée n'a que peu d'éléments en sa faveur pour satisfaire. Une heure de vent pour dix minutes de petite tempête, mais en aucun cas la tornade annoncée.