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L'Ordre et la Morale - Mathieu Kassovitz (2011)


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181 réponses sur ce sujet

#21 Nico Darko

Nico Darko

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Posté 16 November 2011 - 23:13 PM

Mathieu Kassovitz reste une figure à part dans le paysage cinématographique français, une sorte d'électron libre qui aura marqué les années 90 de son empreinte avec des films comme La Haine ou Assassin(s). Après s'être exilé quelque temps aux États-Unis pour réaliser Gothika puis Babylon A.D., des œuvres peu concluantes dans lesquelles on ressent la mainmise des producteurs, le réalisateur marque son retour avec L'Ordre et la Morale où il aborde le tragique événement de la prise d'otages d'Ouvéa ayant eu lieu en 1988 en Nouvelle-Calédonie.

Il est important de préciser que le film est le résultat d'un travail de longue haleine pour Mathieu Kassovitz qui aura passé au total dix années sur le projet. Ce laps de temps lui aura notamment permis d'aboutir à une retranscription se rapprochant le plus possible des faits, n'occultant aucun élément et ayant pour atout de décrire le contexte politique de l'époque. Sujet sensible et engagé, le cinéaste guide son récit à travers le point de vue de Philippe Legorjus, capitaine du GIGN, qui fut aux coeur des événements et qui permet d'éclaircir au mieux les circonstances et les rouages ayant menés à ce désastre. Après une ouverture sous forme de Flashforward, le film se déroule tel un décompte des dix jours menant inexorablement vers l'assaut de la grotte. Un décompte appuyé par une ambiance sonore et une tension de plus en plus anxiogène.

Empreint d'une grande humanité à travers une mise en avant de l'importance du dialogue, le film reste hautement engagé et se porte comme une charge puissante contre l'État lui-même et plus globalement le pouvoir. Cette quête du pouvoir qui n'aura de cesse de faire couler le sang, où le mépris et l'ignorance résonnent durant la totalité du métrage. Kassovitz déterre une tragédie trop vite oubliée, dont seul le peuple kanak semble encore aujourd'hui en garder les cicatrices. Mais au-delà du simple « devoir de mémoire », le cinéaste renvoie à la réalité actuelle d'une population qui réclame son indépendance depuis des années, et dont la France ne semble avoir établi qu'un rapport lié à des intérêts financiers.

En plus de réveiller les consciences, Kassovitz réveille le cinéma français à travers des partis pris artistiques intelligents. Ponctuant le métrage de quelques trouvailles de mise en scène comme un plan séquence final anti-spectaculaire ou un flashback saisissant, décrivant l'attaque de la gendarmerie. C'est cet ensemble de qualités qui dévoile une œuvre hautement maîtrisée tant sur le plan cinématographique qu'en terme de retranscription. Car avant d'être un film jouant sur les codes du film de prise d'otages, ou plus globalement du film d'action (ce qu'il n'est pas), L'Ordre et la Morale est un film politique se déroulant entre les deux tours de l'élection présidentielle de l'époque, opposant François Mitterrand et Jacques Chirac. Cette course au gouvernement définira les événements à venir et la manière dont les politiques peuvent tristement privilégier leur carrière au détriment de vies humaines. Le risque aurait certainement été de se perdre dans une multiplicité de points de vue qui aurait pu créer un déséquilibre et une vision un peu floue mais le fait de se concentrer sur un seul homme permet d'offrir une vision d'ensemble des différents acteurs de cette affaire. Ainsi, le capitaine Legorjus reste le prisme du récit, celui par qui toutes les interactions se font, qu'il s'agisse du rapport avec les politiques, les preneurs d'otages, les autorités militaires, ou encore la population kanak. Le déroulement reste toujours limpide et pour le spectateur l'identification au personnage de Legorjus est immédiate.

S'il est difficile de trouver des reproches scénaristiques tant la forme finale semble être le résultat d'une documentation précise, il faut souligner que sans une mise en scène aussi léchée la force évocatrice aurait certainement été moindre. Kassovitz adapte ses plans, présente durant les premières minutes la Nouvelle-Calédonie à travers ses magnifiques paysages pour ensuite nous dévoiler la réalité d'une population et son combat pour y défendre sa véritable identité.

L'Ordre et la Morale signe le retour de Matthieu Kassovitz vers un cinéma davantage en accord avec celui de ses débuts via une approche plus personnelle et plus humaine, prouvant qu'en France il est encore possible de traiter de sujets importants sans y délaisser une mise en scène travaillée et talentueuse.
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#22 Clint

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Posté 16 November 2011 - 23:23 PM


Sinon critique dithyrambique de Stéphane Moïssakis dans Impact


Une nouvelle preuve que le film va être pourri :closedeyes:


Ca va être bein. Kasso sait filmer et Stefano sait critiquer. C'est le seul à être un minimum lucide dans le tableau des notes quand il ne fait pas son fanboy aveugle.

Peut-être que ce film va me faire retourner en salle.
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#23 Nico Darko

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Posté 16 November 2011 - 23:32 PM



Sinon critique dithyrambique de Stéphane Moïssakis dans Impact


Une nouvelle preuve que le film va être pourri :closedeyes:


Ca va être bein. Kasso sait filmer et Stefano sait critiquer. C'est le seul à être un minimum lucide dans le tableau des notes quand il ne fait pas son fanboy aveugle.



Tu fais sans doute allusion au 6/6 qu'il résume par "Un film qui renferme l'essence même du cinéma" .
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#24 Corvis

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Posté 16 November 2011 - 23:33 PM



Sinon critique dithyrambique de Stéphane Moïssakis dans Impact


Une nouvelle preuve que le film va être pourri :closedeyes:


Ca va être bein. Kasso sait filmer et Stefano sait critiquer. C'est le seul à être un minimum lucide dans le tableau des notes quand il ne fait pas son fanboy aveugle.

Peut-être que ce film va me faire retourner en salle.


Ah mais je suis le premier à être ravi que ma première impression s'avère fausse au vu des critiques. C'était pas gagné pour moi, mais ça donne envie.

Par contre Moissakis qui sait critiquer, ça m'étonne de ta clairvoyance acerbe habituelle :closedeyes:

#25 Gatsu

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Posté 17 November 2011 - 10:56 AM

L'Ordre et la Morale signe le retour de Matthieu Kassovitz vers un cinéma davantage en accord avec celui de ses débuts via une approche plus personnelle et plus humaine, prouvant qu'en France il est encore possible de traiter de sujets importants sans y délaisser une mise en scène travaillée et talentueuse.


Lors ce qu'il est passé chez Ruquier, on a trouvé le moyen de lui repprocher sa mise en scène léchée... <_<

http://www.dailymoti...onpc_shortfilms

http://www.dailymoti...news#rel-page-1

#26 comedian17

comedian17

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Posté 17 November 2011 - 11:59 AM

Ouais enfin Ruquier quoi...
Les critiques ciné volent rarement haut dans ce genre d'émission
Tu peux toujours tonner camarade ....

#27 babar

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Posté 17 November 2011 - 23:34 PM

L'émission de Frédéric Taddei concernant le film, avec comme invités: Kassovitz, le politique Bernard Pons, le capitaine Philippe Legorjus, et le général Vidal.


http://rutube.ru/tracks/5004163.html?v=9db886d7b87f21d165284139f8ef9f6c

Bien dommage quand même que ce benêt de Taddei ait donné beaucoup la parole à Pons, et le fameux general Vidal, mais très peu à Kassovitz et le Capitaine Legorjus :rolleyes:

Bizarrement, quand le capitaine Legorjus veut s'exprimer, on entendra régulièrement le Benêt Taddei balançait avec son fameux ricanement débile: " Mais on n'a pas le temps" !!!

Kassovitz aura peu parlé au cours de ce petit débat, mais il aura envoyé des jolis scuds verbaux à la fin, à Pons l'innocent et au gentil Général Vidal.

#28 Nico Darko

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Posté 18 November 2011 - 00:44 AM

Le film a réalisé un mauvais démarrage en salle :( En même temps face à Intouchables qui cartonne toujours et Twilight 4 qui vient de débarquer ...
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#29 Mccoy

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Posté 18 November 2011 - 10:47 AM


Ouais enfin Ruquier quoi...
Les critiques ciné volent rarement haut dans ce genre d'émission


Peu importe, c'est toujours chiant de lire ou d'entendre ce type de réflexion.

C'est surtout chiant d'entendre ce genre de critique alors qu'on est pas d'accord du tout surtout.

Je trouve que la réal de Kassovitz est comme il dit assez en retrait. J'ai pas vu de truc WTF, les seuls scènes qui font appel à des effets de mise en scène "tape à l'oeil" sont amplement justifiées (a savoir le flash back et l'assaut). La miss là elle parle d'effets qui surlignent tout le bouzin :blink: . "Oui il y a de la musique desfois, des percussions…ça surligne" nan mais WTF quoi. C'est pas parce que un film à des scènes de dialogues bien filmés, qui ne semblent jamais redondantes, et en scope, que c'est forcément "tape à l'oeil". Les deux là elles sont complètement à l'ouest (je vous épargne la critique de l'autre de Marie Claire dans le cercle, qui pue la mauvaise fois et l'exagération). Ou alors elles sont trop habitué à voir des merdes télévisuelles.
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"I don't change my style for anybody. Pussies do that. "

#30 Gatsu

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Posté 18 November 2011 - 11:38 AM

Ou alors elles sont trop habitué à voir des merdes télévisuelles.


Que l'on peut admirer dans une salle de cinéma d'ailleurs (s'il y a besoin de le préciser).
Je pense qu'il y a de ça effectivement, dès lors que c'est recherché et soigné visuellement ça parait anormal pour elles.

#31 Vin Boss

Vin Boss

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Posté 18 November 2011 - 18:39 PM

Je sors de ma séance à la fin les écritures sur fond noir expliquant la suite, j'entends un gus crier: "kasso sale juif comme DSK tous menteurs!".
No réactions dans la salle, les lumières s'allument je me lève en premier et bloque la sortie et c'est moi qui gueule:" maintenant que la lumière est allumée et que moi je me cache pas dans le noir, l'imbécile qui a dit ça peut le dire face à moi et passer". Résultat silence complet et personne bouge. (Une bonne trantaine de personne dans la salle).

Sinon très bon film pour ma part.
Plus petite la sign, merci !

#32 Doc Sidious

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Posté 18 November 2011 - 18:53 PM

Je sors de ma séance à la fin les écritures sur fond noir expliquant la suite, j'entends un gus crier: "kasso sale juif comme DSK tous menteurs!".
No réactions dans la salle, les lumières s'allument je me lève en premier et bloque la sortie et c'est moi qui gueule:" maintenant que la lumière est allumée et que moi je me cache pas dans le noir, l'imbécile qui a dit ça peut le dire face à moi et passer". Résultat silence complet et personne bouge. (Une bonne trantaine de personne dans la salle).

Sinon très bon film pour ma part.


Et si tu ressemble à ton avatar, je comprends encore mieux :mrgreen:


Bravo à toi !

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#33 Palamède Charlus

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Posté 18 November 2011 - 22:45 PM

C'est surtout chiant d'entendre ce genre de critique alors qu'on est pas d'accord du tout surtout.

Je trouve que la réal de Kassovitz est comme il dit assez en retrait. J'ai pas vu de truc WTF, les seuls scènes qui font appel à des effets de mise en scène "tape à l'oeil" sont amplement justifiées (a savoir le flash back et l'assaut). La miss là elle parle d'effets qui surlignent tout le bouzin :blink: . "Oui il y a de la musique desfois, des percussions…ça surligne" nan mais WTF quoi. C'est pas parce que un film à des scènes de dialogues bien filmés, qui ne semblent jamais redondantes, et en scope, que c'est forcément "tape à l'oeil". Les deux là elles sont complètement à l'ouest (je vous épargne la critique de l'autre de Marie Claire dans le cercle, qui pue la mauvaise fois et l'exagération). Ou alors elles sont trop habitué à voir des merdes télévisuelles.


C'est l'école Bégaudeau avec son axiome principal : la mise en scène, c'est fasciste.

Le film est très bon, clair, pas manichéen, et mis en scène ( les deux plans séquences ont un sens, ils ne sont pas là pour faire malin et beau ). En plus, il donne envie d'en savoir plus sur le sujet, histoire de faire son avis.

#34 Palamède Charlus

Palamède Charlus

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Posté 20 November 2011 - 19:01 PM


C'est l'école Bégaudeau avec son axiome principal : la mise en scène, c'est fasciste.



Et moi qui croyais que ça datait de Bazin /Rivette, voire même de Auriol et donc du début de la critique cinématographique française.
Heureusement que tu es là pour résumer super bien une réflexion partagée depuis plus de 70 ans par plein de personnes.


De Begaudeau :

Jeunet est un cinéaste de la maîtrise, c'est pour ça que moi je ne trouve pas ça du tout sympa. C'est un cadrant.


a propos de Cineman, de son pote Moix : au moins ça c'est un vrai film bordélique, vraiment. Mal foutu, bancal, etc. J'aime bien parce qu'au moins ce ne sont pas des gens qui sont dans la fantaisie nazie quoi.


Ce que j'appelle nazi c'est la maîtrise


ça m'étonnerait que Bazin et Rivette aient sorti de telles conneries. Encore que, le propos de Rivette sur Kapo pourrait à mon avis se rapprocher de cette bêtise.

Je ne faisais que moquer ce mépris, d'une certain critique médiatique française, pour la maîtrise cinématographique et pour la volonté de certains cinéastes de faire une belle image. Qu'une mise en scène soit affaire de morale, certes, mais qu'une mise en scène puisse être qualifiée de nazie, c'est prendre ses auditeurs lecteurs pour des demeurés et n'avoir que deux neurones dans le cerveau.

A part ça, il est vrai que j'évite les émissions de Ruquier comme la peste.

#35 Zoran Reznik

Zoran Reznik

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Posté 20 November 2011 - 22:44 PM

Kasso retrouve des couleurs avec ce film, du moins quand il confie son histoire à sa caméra.
Déjà le film assume totalement sa nature de fiction, de "vérité parmi d'autres", posant sa subjectivité narrative par son recours au hors-champ et à la voix off.
Au milieu, trop de stylos, trop d'écriture "porteuse de sens", de la redite, de la manipulation un peu grossière (sur-humanisation des agresseurs, diabolisation des politicards, façon 2 couches valent mieux qu'une).
Mais le film s'ouvre et se ferme sur des moments de cinéma vivants, intenses, stupéfiants.
J'ai par ailleurs été agréablement surpris par le réalisme de la reconstitution, alors qu'il n'a pas pu tourner sur place.
Le grand art côtoie le tout petit dans ce film.
Forcement, le 1er l'emporte.

4/6

#36 Regulator 2

Regulator 2

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Posté 21 November 2011 - 15:08 PM

Ouvéa : un ancien du GIGN raconte sa version

Âgé de 26 ans en 1988, Bernard Meunier faisait partie de la quinzaine de membres du GIGN envoyés sur place pour libérer les gendarmes pris en otages par des indépendantistes. Lui-même se retrouve otage avec cinq autres camarades et est retenu dans la grotte d'Ouvéa pendant huit jours. Son récit des événements diffère sensiblement de la version livrée par le film de Mathieu Kassovitz, et de celle du capitaine Legorjus, chargé des négociations.

Le Point.fr : Quand la prise d'otages éclate, vous êtes envoyé à l'autre bout du monde pour une mission inhabituelle. Comment se déroulent vos premiers pas sur l'île d'Ouvéa ?
Bernard Meunier : Nous sommes quinze hommes du GIGN fraîchement débarqués. Premier objectif : rechercher la grotte, via Gossanah. Un certain nombre de ravisseurs sont en effet originaires de ce village. Sur place, on interroge la population, mais les gens refusent de nous donner le moindre renseignement. Le troisième jour pourtant, un des vieux du village vient nous trouver : "On va vous emmener sur place, on fera coutume avec eux, et vous essaierez de leur parler. Il faudra de toute façon aller sur le terrain de la négociation." Eux aussi en avaient marre de cette histoire, des perturbations qu'elle occasionnait dans leur vie.

Vous vous mettez alors en marche dans la jungle pour entrer en contact avec les preneurs d'otages. Et au bout de plusieurs heures vous repérez leur planque. Comment êtes-vous accueillis ?
Par des coups de feu. Nous sommes en effet vite repérés par les gardes, qui blessent un des nôtres. Nous nous replions et décidons de revenir le lendemain, mieux équipés. Très vite nous sommes rejoints par Jean Bianconi, le substitut du procureur. Il a pu fixer un rendez-vous un peu plus tôt avec Dianou [le chef des preneurs d'otages, NDLR] par radio. Déterminé, il part à sa rencontre. Spontanément, le capitaine Legorjus court le rejoindre. Pendant deux heures, nous n'avons aucun contact avec eux, quand soudain on entend hurler. Samy, un gendarme mélanésien, nous rejoint et nous explique la situation : "Legorjus a dit qu'il était accompagné de six hommes. Les ravisseurs veulent voir six armes. En cas de refus, le militaire que vous avez entendu crier sera exécuté, suivi d'autres."

Que décidez-vous de faire ?
Nous possédions chacun trois armes : six sont rendues inutilisables et données à Samy, qui fait la navette. Puis les otages volontaires, dont je fais partie, s'avancent un par un à la rencontre des gardes kanaks. Sur place, je découvre un paravent rocheux sous lequel s'abritent une vingtaine de gendarmes mobiles. J'aperçois le magistrat Bianconi, Legorjus. Comme eux, nous sommes rapidement ligotés, pieds et mains liés, après avoir été mis à nu et fouillés.

Pendant ce temps, que font vos collègues restés en arrière ?
Pour éviter que les indépendantistes ne découvrent combien nous sommes réellement, ils décident de reculer. Mais dans le feu de l'action, un sac à dos est laissé sur place, inévitablement retrouvé par les Kanaks. À l'intérieur, ces derniers découvrent des combinaisons d'intervention GIGN, avec l'écusson bien visible. Là-dessus les ravisseurs comprennent à qui ils ont réellement à faire. On nous menotte deux par deux et on nous fait descendre dans le trou. Nous sommes ainsi séparés des autres gendarmes et subissons alors des conditions de vie encore plus difficiles. Dans la nuit, Legorjus parvient à se faire libérer pour initier les pourparlers avec le gouvernement français. À ma connaissance, et contrairement à ce que montre le film de Kassovitz, il n'est jamais revenu à la grotte. En revanche Bianconi, lui aussi libéré, avait imposé de pouvoir nous visiter tous les jours.

Et les jours passent...
Et Bianconi tient promesse. Il apporte quotidiennement à boire, des informations, et prend la "température locale". Il voit notre état de santé se détériorer, faute de nourriture. On perdait un kilo par jour. La détresse morale se faisait sentir aussi : régulièrement Dianou et ses hommes descendaient nous faire des sermons politico-mystiques, exerçant des simulacres d'exécution... On voyait par leurs propos irrationnels qu'ils iraient jusqu'au bout, prêts à mourir les armes à la main si Mitterrand ne venait pas en personne signer leur indépendance ! Une version confirmée par le rapport de la Ligue des droits de l'homme. Informées, les autorités comprennent que seul un assaut permettra de dénouer la situation. Bianconi nous apprend qu'une intervention est programmée pour le lendemain. La veille de l'opération, il réussit à nous faire passer deux pistolets, dissimulés entre ses jambes ! Ces armes permettront de sauver l'ensemble des otages.

Le Jour J arrive, comment se déroule l'attaque ?
Avant l'attaque, on essaye d'avertir les gendarmes de ce qui se prépare. Tâche difficile, car plusieurs sont atteints du syndrome de Stockholm. Prétextant une météo très agitée, nous tentons alors de les convaincre de dormir dans la grotte, afin de les "mettre à l'abri". La majorité nous écoute. Quand finalement l'assaut est lancé, nous ne voyons rien mais entendons tout de l'affrontement, qui durera de 8 heures à 13 heures. À deux reprises, les Kanaks nous canardent au fond de la grotte, nous obligeant à répliquer pour nous défendre. Pendant ce temps, les militaires progressent et finissent par arriver à l'entrée de la cavité. Ne sachant pas exactement qui se trouve à l'intérieur, et ne voulant pas apparaître comme des cibles faciles, le GIGN balance du gaz lacrymogène pour faire sortir tout le monde. Les Kanaks se retirent les armes à la main, puis l'on entend une voix venant du fond de la grotte, qui nous dit de venir. Nous comprenons qu'il y a une autre issue où nous attendent nos collègues. Les GIGN otages organisent l'évacuation des gendarmes. En début d'après-midi, nous sommes évacués sur St-Joseph.

"L'ordre et la morale" dénonce des exécutions sommaires commises par les militaires ? Qu'en est-il ?
Ce sont des rumeurs qui ont commencé à circuler par la suite, jamais prouvées. Kassovitz prétend avoir enquêté pendant dix ans sur cette affaire afin de tourner un film documentaire, presque historique. Il dit avoir rencontré des militaires, mais selon moi, il n'a parlé qu'à Legorjus. En relisant les procès-verbaux d'époque, on voit bien que le capitaine récuse ces accusations et les qualifie de "pur fantasme". Pourtant, 23 ans après, il change sa version. Peut-être une façon d'apaiser sa conscience ?

D'autres incohérences apparaissent selon vous dans ce long-métrage ?
Il y aurait beaucoup à dire. Par exemple, sur cette thèse qui voudrait que lors de l'occupation de la gendarmerie de Fayaoué, l'intention des indépendantistes était pacifique. Ils sont venus à 35, armés, dans une garnison où la plupart des hommes ne l'étaient pas. Ils ont profité de leurs bonnes relations avec eux pour les tromper, puis les tuer et les finir à l'arme blanche !

Le capitaine Legorjus est au centre de l'intrigue. Comment le perceviez-vous ?
Legorjus est présenté comme une sorte de héros, alors qu'il enchaîne les ratés dans cette histoire. Il a donné aux ravisseurs des otages supplémentaires, et s'est livré lui-même ! On ne peut pas commander, négocier, et être otage en plus ! Legorjus prétend par ailleurs qu'il était sur le point d'aboutir à un compromis en faisant venir une équipe de journalistes pour l'interviewer. Cela aurait juste contribué à grossir les rangs des otages... Jean Bianconi, lui, passe presque pour un idiot. Alors que s'il y a un héros dans cette histoire, c'est bien lui.



http://www.lepoint.f...

C'est bien d'avoir le point de vue de ce gendarme, ancien otage qui nous livre la vérité des faits!



#37 Destroyer

Destroyer

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Posté 21 November 2011 - 17:25 PM

Ouais j'avais entendu à la radio que la version Kasso était très partisane et pas du tout fidèle aux faits

#38 Docteur Fu Manchu

Docteur Fu Manchu

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Posté 21 November 2011 - 17:50 PM

Les exécutions ont quand même été validé par les légistes (les preneurs d'otage tous tués d'une balle dans la tête ou la nuque) et un soldat a quand même été mis aux arrêts suite à l'affaire, pour le "meurtre" du meneur kanack (et Rocard avait dit après coup que celui ci avait péri "sous les bottes des militaires", je crois).
Donc, le "jamais prouvé", ça me fait doucement sourire.

J'ai l'impression que beaucoup cherche à se dédouaner et à régler des comptes à travers cette affaire. Donc, le film ne serait pas "fidèle aux faits" ? Lesquels ? Ceux vantés par le ministre et les chefs d'armée de l'époque ? Ceux des autochtones ? Ceux de Legorjus ?
On peut pas reprocher à Kasso d'avoir un point de vue sur un fait-divers, surtout quand la majorité des témoignages se contredisent. C'est pas du révisionnisme, dans le sens où personne ne sait exactement ce qu'il s'est passé, et chaque acteurs et témoins de ce drame sont au final très partisans d'une cause (armée, kanak, politique, etc.), donc plus que manipulés dans leur parole.

Je pense que la vérité sur cette affaire, on peut se la foutre au cul.

(et parler de "rumeurs" alors même que l'état accusait, via les médias, les kanaks de décapitation à la machette et de viols lors de la prise de la gendarmerie... sans commentaire)

Et sinon on s'en bat les couilles de ce que le film "raconte", finalement. C'est pas l'évangile mais du cinéma.
Et dans cette optique, c'est plus que réussi.
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#39 Zoran Reznik

Zoran Reznik

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Posté 21 November 2011 - 17:59 PM

Y'a toujours eu des rumeurs des 2 cotés, chacun essayant de faire passer l'autre pour le plus monstreux.
Quand j'étais petit on m'avait raconté que les kanaks avait coupé les bites des gendarmes et les leur avait fait bouffer vivants... pour vous dire...
LA vérité, la saura-t-on un jour ?
Peu importe que Legorjus fantasme, le plus important c'est que le film, lui, est honnête puisque qu'il ne se présente justement pas comme "LA" vérité mais comme une version de celle-ci, entièrement assumée via la narration.

#40 Mccoy

Mccoy

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Posté 21 November 2011 - 18:01 PM

Je pense que la vérité sur cette affaire, on peut se la foutre au cul.

Voilà (et c'est valable pour plein d'autre faits divers)
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