(Kurenai No Buta)
1992 - Hayao Miyazaki - Japon
94 mns

Italie, Adriatique, fin des années 20. La 1ère Guerre Mondiale hante encore les esprits. Les fascistes sont au pouvoir.
Marco Pagot, ancien Capitaine de l'armée de l'air Italienne, a quitté les forces militaires et est devenu chasseur de primes. As du pilotage transformé sans raison apparente en cochon, propriétaire d'un hydravion rouge vif, il est connu de tous sous le nom de "Porco Rosso".
Personnage désabusé, solitaire, qui porte comme un fardeau le souvenir de ses amis disparus à la guerre, Marco va se retrouver confronté aux clan pirate "Mamma Aiuto", au redoutable pilote américain Curtis, et aux forces fascistes qui cherchent à le capturer. Accompagné de la jeune Fio, soutenu par la belle Gina qui est secrètement amoureuse de lui, Marco/Porco ressortira transformé de cette aventure ...
C'est probablement mon Miyazaki préféré.
Ca n'a pas la féerie de "Mon Voisin Totoro", ni l'ampleur d'un "Princesse Mononoke" ou la poésie d'un "Nausicaa". Et pourtant ... Le film ne ressemble à aucun autre dessin-animé ou film "live" (même si j'ai pensé plusieurs fois aux films de Michael Curtiz).
Film d'aventure, romance, comédie : "Porco Rosso" est tout cela. Mais il est aussi et surtout une oeuvre philosophique, une interrogation sur le sens de la vie, une étude des comportements humains.
C'est un drôle de film, qui prend son temps. Un film sans réel début, et qui ne finit pas vraiment. Un film rempli de petites scénettes qui le rapprochent parfois de ces films "tranches de vies" où l'on suit les personnages au jour le jour.
Le fabuleux sens du détail de Miyazaki, et ce fétichisme hautement joussif pour les machines, confèrent une vraie crédibilité au film. Cela a pour effet à la fois de rendre palpables les émotions des personnages et les interrogations de Marco et Gina, de donner un impact incroyable aux scènes d'action (les combats aériens !), tout en faisant glisser les scènes d'humour vers la comedia dell'arte. Un équilibre improbable sur le papier, mais de la pure magie à l'écran.
Miyazaki n'explique pas la "transformation" de Marco en cochon, il ne décrit pas non plus ses tourments, il préfère laisser vivre son héros. C'est celui-ci, se libérant peu à peu au contact de Fio, qui va laisser affluer les sentiments. Et d'expliquer à Fio, au détour d'une scène d'une beauté hallucinante, ce qui le hante. Une scène flash-back où Marco, à l'orée de la mort, regarde ses amis s'envoler vers un au-delà en forme de voie lactée constellée d'avions. Et toute l'humanité de Marco/Porco de toucher au coeur Fio (et le spectateur) ...
Si le fond est grave, carrément désenchanté au début, et si les interrogations sont clairement adultes, le film regorge heureusement de scènes jubilatoires qui font du bien et rendent heureux. Les scènes en avion sont hallucinantes, mais il n'y a pas que ça : tout ce qui touche à la réparation de l'avion de Porco chez Piccolo vous colle un sourire permanent, les pirates sont inoubliables et très drôles, la relation entre Gina et Porco est belle à tomber ... et le film se termine sur une scène de bagarre à mains nues entre Porco et Curtis à pisser de rire (faut les voir recracher l'eau par les narines
Les dernières images, où Porco et Curtis lient amitié, renvoient à une scène incroyable en milieu de film (ma scène préférée) où Fio croit voir un instant, dans le reflet d'une bougie, le visage humain de Marco/Porco. Une scène finale sur laquelle je m'interroge :
Voilà, difficile de causer d'un film que j'ai vu tant de fois, et qui me transporte à chaque vision. Un seul conseil : foncez le voir et le revoir !





PS: le cheminement intérieur de Marco/Porco me rappelle celui de Phil (Bill Murray) dans "Un Jour Sans Fin" (sorti l'année suivante).
PS 2 : un "Porco Rosso 2" semble prévu pour 2012.
PS 3 : très bel article sur le film ici.

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