J’aime bien les biographies, j’en lis, et comme Claude François est incontournable, dans le sens de très présent pendant 20 ans dans le paysage musical français, on le retrouve autour d’anecdotes chez d’autres artistes (même Gainsbourg et les Charlots, ouais).
Ce qui fait que je connaissais tout du bonhomme. Je dis pas ça pour me la ramener, mais parce que cela m’a empêchée d’apprécier pleinement le film. J’avais des attentes pour certains moments clés. C’est donc de ma faute.
Si je veux être objective, je dirai que le pari est assez réussi.
Je n’aime pas Claude François, mais j’y ai vu juste l’histoire d’un homme qui fait un succès, et qui contrairement à Michel Sardou ou Johnny Hallyday, a conscience que les artistes sont éphémères, et à partir de ce constat, va tout faire pour durer. C’est comme un mode d’emploi. Que Larusso et Faudel n’ont pas du suivre.
Ce n’est pas une hagiographie comme il est dit sur TF1, France 2, M6 mais aussi Canal Plus, mais ça ne tire pas non plus à boulets rouges. Ce n’est pas manichéen concernant les travers du personnage, ça n’insiste pas lourdement.
Ce n’est pas un prétexte pour vendre des compilations en parallèle, mais ça laisse la place à la musique de façon pertinente :
- On y parle de la création de « Comme d’habitude », pas pour faire joli, mais parce que c’est essentiel d’un point de vue scénaristique (cela illustre le fossé entre les « grands » qui reprendront cette chanson et ce petit chanteur à la voix nazillarde, la grosse rupture amoureuse, les rapports avec le père)
- On va entendre son premier disque, un gros flop des familles, pour livrer un passage assez drôle.
- On va montrer un numéro musical concernant l’adaptation des
Bagging (pour insister sur le fait qu’il soit avant tout un chanteur de rythme, pour introduire les Clodettes piquées dans les shows de rythm & bluesers américains. Et après, les clodettes, y a plus. Tu les verras pas se trémousser sur du disco à paillettes pendant tout le film. Ouf)
Ce n’est pas larmoyant du style : «
Oh regardez je suis riche et entouré de stars, mais dans le fond je suis bien seul et je pleure dans ma loge » comme semble le montrer cette connasse de bande annonce. Ce mec est heureux. C’est lui qui le dit.
Et là il se passe un truc, que je n’ai pas vu dans d’autres biopics,et que je trouve brillant. Tu vas le voir chanter « Le chanteur malheureux » (créée en gros pour se plaindre d’être critiqué «
on dit que je fais le travelo dans le bois de Boulogne » et se faire naïvement aimer des gens. Namé quel culot !) ou n’importe quelle autre chanson. Tu regardes la scène au premier degré. Puis quelque secondes plus tard, par la mise en scène, par le jeu de l’acteur, tu ne sais plus quoi penser, tu te demandes si on veut pas te montrer quelque chose d’absurde ou de vain. Mais ce n’est jamais appuyé. On est pas dans la parodie. C’est très très très subtil. Et voulu.
Et c’est beau.
On te montre un type qui a conscience de chanter de la bouse, selon ses propres termes «
je vais chanter ce que les gens attendent », sans que t’ai envie de lui latter la gueule. Parce que c’est à mi-chemin entre cynisme et volonté de faire plaisir. Et tu te dit qu’il n’est pas le seul.
Et là c’est pas pour plaire à la fois au fan de cloclo, à celui qui en a rien à caguer, à celui qui déteste, non. Ca te montre que l’humain est complexe, qu’on peut être un connard attachant. Je suis même pas sûre que ce mec en soit un (Bon, j’aurais pas voulu être sa gonzesse), et les stars qui ont su rester simples sans avoir un égo sur-dimensionné, je n’y crois pas. Un type jaloux, c’est mal, mais ça montre surement la faiblesse d’un type qui a pas confiance en lui, et qui est conscient de son manque de talent et de charisme, par exemple.
[Et moi j’aime les personnages de semi-connards qu’on a envie d’aimer. Genre les mecs de The Shield, Santino Corleone, ces bonhommes là. ]
[Note : Et je pense même un truc, sur 95% des gens qui apprécient l’homme. Suffit de les voir au mariage du cousin machin, quand entonnent les premières mesures du très sartrien « Alexandrie Alexandra ». Toi t’as honte, tu restes prostrée sur ta chaise, tu te dis «
oh non, pitié, pas la lumière des phares d’Alexandrie qui fait naufrager les papillons de ma jeunesse, non, pas ça » avec les bras qui se lèvent, tu veux mourir. Tu te dis «
merde le mec est mort avant ma naissance, pourquoi m’imposer ça à l’an 2000 ? ». Et là tu te rends compte que ces gens font les cons comme des tanches en ayant conscience eux-mêmes de l’immense kitscherie voire de la potentielle merditude de la chose. Ils font des moulinets au premier et au quinzième degré. C’est métaphysique.]
Concernant le travail de maquillage, y a pas une fois où Rénier ne ressemble pas au perso. On te mélange des images d’archives et du film, tu sais plus oukilé le vrai, oukilé le faux. Quand on me parle de Marion Cotillard, je rigole (J’y avais vu une momie)
Ce n’est pas une succession de stars à reconnaitre, n’apparaitront donc pas à l’écran Joe Dassin, Sheila et Michel Drucker. Je le déplore, car Dieu sait combien Michel a été un ami fidèle.
Bon après, c’est vrai que France Gall est connue. Paul Lederman aussi. Il allait pas s’entourer de baltringues, non plus ? Mais la star n’est jamais décorative, elle joue toujours un grand rôle dans l’histoire du bonhomme
Et quand la date du « 11 mars 1978 » s’affiche à l’écran, je peux te dire que dans la salle, on se la ramene pas. Y a un malaise palpable, moi mon petit cœur battait sur un rythme disco. Le temps s’arrête sur une scène de quelques secondes, mais alors des secondes remplies d’éternité. Pour un chanteur ringard. Il ne le mérite pas ? On s’en fout, ceci n’est pas un chanteur mais un personnage de cinéma dans un vrai film de cinéma, pas un documentaire pour préserver la mémoire d’un chanteur populaire des années 70. En parlant des années 70, on insiste pas sur le décorum parfois grotesque de l’époque (pas trop de paillettes ni de poufs oranges, par exemple)
(Pis les deux heures passent vite, promis)
Alors
3/6 pour mon ressenti de fille aigrie, mais 4.5 pour ce que ça vaut vraiment.