Ca fait des milliers d'années que l'être humain raconte toujours la même histoire:

Un livre que tous les madnautes devraient avoir dans leur bibliothèque...
Alors je préviens je l'ai pas lu: je donne tout de suite l'argument qui permettra à qui veut de penser que j'ai rien compris à la thèse de cet éminent chercheur.
Sans remettre en cause l'idée globale que développe Campbell (pour ce que j'en ai compris), ce qui m'agace un peu dans le renvoi systématique à ses travaux c'est qu'on a tout dit et rien dit. Alors oui on peut surement mettre côte à côte Star Wars, le SDA, Matrix et d'autres et dire "la regardez c'est la même histoire à la base, le Héros bidule, le Gardien du Seuil, etc" mais c'est un peu faire abstraction... bah de tout le reste autour. Du cinéma quoi. Placer son truc dans l'espace, dans l'heroïc fantasy ou dans un monde cyberpunk ce n'est pas sans conséquence. Enfin moi ce qui me fait tripper dans Matrix c'est pas tellement l'histoire de Neo mais l'univers, les Agents, le design des vaisseaux, le principe de se plugger... Alors peut être inconsciemment la dimension mythique du truc joue sur moi, mais dans ce sujet j'ai l'impression que la mention de Campbell (pas par toi spécifiquement) revient un peu à foutre le problème sous le tapis.
Ca vaut aussi en partie pour les exemples donnés par DVDvision: Peut être Ben Hur et Titanic ont une mécanique assez proche (quand on prend ça de manière générale) mais enfin sinon la période du Titanic et celle de l'Empire Romain sont quand même vachement spécifiques et différenciées et porteuse d'éléments propres qui peuvent (ou non) captiver un spectateur. Et ce sans nier en effet qu'il y a des mécaniques narratives qui ont fait leur preuves et ont été décalqués d'un film à l'autre (mais bon on va pas voir des scénarios, mais des films, il y a quand même toute la question de la mise en images... BREF on va plus s'en sortir là).
En plus de l'univers du film, l'époque à laquelle on le fait n'est pas sans conséquence. Il y a qu'a prendre les différentes versions des
Body Snatchers qui raconte la même histoire et dont la mécanique scénaristique contient surement des similitudes, mais qui sont aussi ancrés dans leur époque et leur contexte (c'est assez flagrant pour les deux premiers en tout cas).
Je veux bien qu'il y ait une part d'intangible, une essence mythologique qui soit propre à tous les récits, mais à coté de ça chaque œuvre contient aussi une part de périssable, de présent, d'un contexte nouveau (l'homme est peut être toujours le même, le monde est lui tout le temps différent et avance dans l'inconnu, l'avenir quoi). Alors peut être que l'universitaire en parle de tout ça, mais dans les milliers de mentions qui à en été fait ici encore une fois, c'est devenu un marronnier qui avorte la discussion dans l'oeuf. A ce propos dans le sujet pas mal de critiques ont été adressés à l'absence de surprises dans les péripéties ou la façon de les faire, l'originalité de l'imagerie et du bestiaire, etc...
D'ailleurs dans le genre argument qui me refroidit à mort, le truc se pose là: on a quand même été gavé cette décennie de films et de trilogies jouissives© et généreuses™ appliquant "une méthode Campbell" (ou une méthode "Star Wars" peut être pour être précis) avec plus ou moins de bonheur, entre les Matrix, les Jackson voire les Spiderman et j'en oublie surement quelques uns. Une bonne dizaine de films minimum en 10 ans. Comme le disait 2vic dans son premier avis
"J'en ai un peu plein le cul des prophéties". J'ai vraiment l'impression qu'on me sert la même tambouille, emballé avec plus ou moins de brio technique, mais ça commence à devenir vachement lassant.
Paragraphe rajouté:Oui
Star Wars c'était supaire et tout, mais cette fixette morbide qui consiste à vouloir absolument le refaire/revivre/vivre (quand on était pas né à l'époque) commence à devenir franchement inquiétante surtout qu'elle semble ne trouver aucune satiété: Matrix. Le choc, le Star Wars (marche aussi un peu avec 2001) de notre génération! Cool. On peut passer à autr... LotR! Le choc, le Star Wars de notre génération! Euh OK ma... Spiderman! Le choc, le Star Wars de notre génération! Pardon ma... Avatar! Le choc, le Star Wars de notre génération... Quelque part c'est
encore surement la faute à Lucas: si il s'était pas foiré dans les grandes largeurs, peut être que cette frustration éternelle qui semble habiter les "cinéphiles geeks" aurait été évitée (mais j'en doute).
La question que je me pose (encore une fois sans avoir lu les travaux de Campbell donc j'ai rien compris hein), c'est si le monomythe est intangible et qu'on revient toujours se baigner dans le même fleuve -grosso modo c'est ça l'idée nan?- et que donc on n'y échappe pas, pourquoi on a collé ça comme horizon? Pour parler concret, est ce que l'application consciente et appliqué perçu comme "efficace" (y aurait surement à y redire quand les mecs sont plus capables de torcher un film de 2h ou moins...) n'est elle pas un tout petit peu uniformisante et aliénante du point de vue des scénaristes et de la narration? Ou encore plus simplement, il y a pas une différence entre
"toutes les histoires parlent de X" et se dire
"Il faut que mon histoire parle de X", entre le travail d'analyse des histoires et la fabrication des histoires?
Mais bon. Tout cela était bien long et surement bourré d'inexactitudes puisque je parle plus de la façon dont la théorie à été utilisé dans certains cercles (le notre) que des travaux du bonhomme. En plus je suis ni un universitaire, ni vraiment un cinéphile, ni un érudit.
Prosper Youplaboum.