Mad Movies: La Screwball Comedy - Mad Movies

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La Screwball Comedy

#61 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 01 novembre 2011 - 15:13

La Baronne de Minuit de Mitchell Leisen (1939)

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Une jeune femme débarque à Paris par le train venant de Monte Carlo. Elle ne possède pas le moindre bagage, n'a pas d'argent et est seulement vêtue d'une robe de soirée. Un chauffeur de taxi du nom de Tibor Czerny, accepte de l'aider. Mais la jeune femme lui fausse rapidement compagnie pour entrer clandestinement dans une soirée mondaine. Sur le point d'être expulsée, elle se fait passer pour la baronne Czerny. Les circonstances l'entraînent à conserver cette identité... mais à minuit, le carrosse de Cendrillon pourrait redevenir citrouille.

Mitchell Leisen signe un petit bijou avec ce Midnight où le cynisme le plus intéressé se dispute au romantisme le plus sincère dans un parfait équilibre. Pour ce faire, l'excellent scénario signé Billy Wilder et Charles Brackett pervertit le conte de Cendrillon en en donnant un grinçant et lucide tour contemporain. Notre Cendrillon est donc ici une jeune noceuse en quête de fortune qui débarque sans le sous à Paris après avoir tout perdu au jeu à Monte Carlo. La belle-mère bienfaitrice sera un richissime aristocrate (John Barrymore) qui trouve en elle l'occasion de la rapprocher de l'amant de sa femme qui fait donc office de prince charmant pas au courant de la vraie condition de celle dont il est tombé sous le charme. Pourtant la solution se trouve sans doute avec le seul élément perturbateur à la construction du conte, le gentil taxi Tibor Czerny (Don Ameche) qui a secouru et aimé Eve Peabody (Claudette Colbert) alors qu'elle n'était rien.

La construction du film est une merveille de fluidité et d'astuces pour nouer les quiproquos les plus inextricables et la description de ces nantis est diablement féroce. Adultères, manipulation et calomnies sont les mots d'ordre de ce petit monde avec notamment un Rex O'Malley parfait en petite fouine sournoise et Mary Astor excellente en amante éconduite revancharde. Leisen parvient pourtant à donner un tour finalement très tendre à cet univers peu accueillant. Toutes les actions des personnages même les plus discutables sont finalement guidées par un sentiment pur tel John Barrymore (irrésistible de légèreté) cherchant à reconquérir son épouse ou même le très creux roi du champagne joué par Francis Lederer réellement amoureux de Claudette Colbert. Cette dernière en apparence froidement intéressée donne sans forcer de belles nuances à Eve dont le passé difficile (et la croyance au bonheur par le milieu nanti) se dévoile au fil de quelques dialogues savamment distillés. Les échanges avec Don Ameche font mouche à chaque fois que ce soit dans le registre romantique (le rapprochement dans un Paris nocturne au début où chacun est sincère), celui plus outrancier comme le final au tribunal ou un mémorable pétage de plomb d’Ameche ne distinguant plus le vrai du faux. Ironiquement c'est lui la figure la plus pure qui va se prendre à douter au bonheur qui lui tend les bras avant que tout se résolve dans un final farfelu et toujours aussi inventif.

Le rythme file à toute allure avec un Leisen s'attardant à peine à décrire ce Paris des beaux quartiers qui l'intéresse moins que les biens plus drôles scènes dans les milieux populaires des taxis. Claudette Colbert, espiègle, séduisante et attachante (ce moment où elle essaie de résister à ses sentiments pour Ameche...) offre encore un grand numéro, même à minuit la magie qu'elle dégage n'est pas près de s'évaporer. 5/6

#62 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 11 janvier 2012 - 03:44

Mon homme Godfrey de Gregory La Cava (1936)

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Lors d'une « course aux objets », Irene Bullock — qui appartient à la « haute société » — fait la connaissance d'un aristocrate vagabond nommé Godfrey. Elle le fait engager par sa mère, Angelica Bullock, qui, tel un mécène, entretient Carlo qui se dit artiste. Cornelia, la sœur d'Irène, éprouve rapidement une véritable aversion pour Godfrey, et lorsqu'un collier de perle disparaît, elle tente de le faire accuser du vol.

Au croisement de la pure screwball comedy et récit social grinçant, une étonnante et inventive comédie. Le contexte de la crise des années 30 est au cœur du scénario où sous l'angle de l'humour l'insouciance des nantis face à la misère environnante est passée au vitriol. C'est même par une course à l’objet insolite que l'on découvre notre héros sans abris Godfrey qui accepte d'être désigné comme trophée pour le bon loisir des riches. Un concours de circonstances l'amène à devenir le majordome au sein de la famille de sa "mécène" Irene Bullock et d'ainsi côtoyer de près la folie de la haute société. Gregory La Cava assène ainsi un rythme éreintant truffé de situations loufoques (le cheval dans la bibliothèque, Carlo imitant le gorille) et de personnages délirants à travers les membres de la famille Bullock. La mère de famille (Alice Brady) écervelée et superficielle entretenant un pseudo artiste, une fille aînée (Gail Patrick qui retrouvera La Cava dans le beau Pension d'artistes) séduisante mais aussi vénéneuse qu'un serpent et un père dépassé mais qui laisse faire et paie toujours les dégâts. Même la très attachante Irene (Carole Lombard) s'avère être une insupportable gamine capricieuse qui trépigne et boude lorsque les évènements ne tournent pas en sa faveur dont les tentatives de séductions avortées de Godfrey. Carole Lombard est aussi agaçante qu'à croquer et tout comme Godfrey on ne sait trop si on veut la secouer ou l'embrasser, une sorte d'enquiquineuse magnifique. L'alchimie avec William Powell (son ex-mari à la ville) fait constamment des étincelles.

La leçon du film c'est que cette oisiveté détachée n'est pas un point de non-retour grâce au personnage de Godfrey. Une révélation nous apprendra qu'il a lui aussi brûlé la chandelle par les deux bouts en son temps, ce qui l'a conduit à sa misérable situation où on le trouve au début. De cette expérience, il tentera discrètement de ramener cette famille à la raison et finalement contribuer à son tour au bien être de la communauté. William Powell est absolument parfait de prestance, de bagout et seul figure calme plongée au milieu du chaos ambiant. Sa prestation irrésistible lui vaudra une nomination à l'Oscar. En plus de son rythme enlevé et de ses thèmes passionnants, le film a pour lui un soin plastique marquant avec la belle photo de Ted Tetzlaff et l'incroyable décor que constitue cette immense demeure bourgeoise. Grande comédie et difficile d'imaginer meilleur fin que ce mariage (presque pas) contraint, génial ! 6/6

#63 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 21 mars 2012 - 10:46

Ma femme est une sorcière de René Clair (1942)

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Au XVIIe siècle, une sorcière et son père sont condamnés au bûcher par Jonathan Wooley, geste funeste car une malédiction est jetée à travers les siècles sur les héritiers de Wooley. Trois siècles plus tard, Wallace Wooley s'apprête à épouser Estelle Masterson.

Deuxième film américain de René Clair, I Married a Witch sans égaler les hauteurs de ses films des années 30, s'affirmait comme le premier grand succès du cinéaste ans son nouvel environnement après La Belle Ensorceleuse où la collaboration avec Marlène Dietrich fut compliquée. Là il parvient merveilleusement à mêler sa veine poétique et décalée aux codes de la screwball comey. Le script mêlant romance et surnaturel permet ainsi au réalisateur de donner libre cours à son imaginaire à travers cette drôle d'histoire d'amour entre une sorcière et le descendant de son bourreau à qui elle avait jeté une malédiction jetant le malheur sur les mariages de sa famille. Clair amène dès l'ouverture une ironie comique et un rythme mêlant touche typique de la comédie américaine en vogue à la Preston Sturges (ami de René Clair à Hollywood et qui lui a peut-être recommandé Veronica Lake dirigée dans Les Voyages de Sullivan) lors de cette vente de pop-corn aux spectateurs du bûcher au XVIIe. L'illustration de la malédiction conjugale à travers les époques, tout en mouvement et montage inventif dans une approche essentiellement visuelle semble quant à elle faire le lien avec les travaux antérieurs de René Clair.

Tout le film fonctionne sur cet habile décalage, que ce soit à travers le script où les idées de mise en scène du réalisateur. Le cadre solidement réaliste de la politique et des élections de gouverneur est ainsi progressivement dynamité par l'irruption du fantastique, l'univers des sorciers et les manifestations de leurs pouvoirs. Pour le héros Wallace Wooley (Fredric March), c'est un avenir tout tracé avec fiancée revêche (Susan Hayward géniale en mégère en puissance) et carrière politique ambitieuse qui est balayée par l'imprévisible Jennifer (Veronica Lake). Auréolée des aptitudes hors-normes de son personnage, Veronica Lake ajoute encore à la dimension surréaliste du film puisque cet enquiquineuse charmante typique de la screwball comedy va s'en avérer d'autant plus envahissante. On la découvre nue dans la fumée d'un incendie, elle apparaît/ disparaît à sa guise dans l'existence de Wallace en défiant toute les règles de la bienséance et Veronica Lake mêle à merveille charme mutin (aussi affolante nue sous sa fourrure que dans les grandes robes sombres qui lui sied parfaitement), présence érotique et innocence enfantine de celle pour qui tout est permis. Les scènes de séduction n'en sont que plus savoureuses notamment celle où en un panoramique et quelques tours d'aiguille sur l'horloge Fredric March passe de réticent à amoureux transi. La géniale séquence de mariage avorté et sa simili Castafiore toujours à contretemps des évènements est également sources de nombreux rires.

Ce va et vient entre sérieux et distance se joue bien sûr dans la nature de l'histoire d'amour, au départ guidée par la vengeance puis par des éléments artificiels (le philtre d'amour) avant un final tout en candeur où les sentiments transcende même les sortilèges. Ce retour au réel crée le romantisme dans un ton à la fois rétrograde (Jennifer renonçant à sa séduction agressive pour essayer d'être la parfaite ménagère) mais surtout humain puisque c'est en abandonnant les artifices que Jennifer se désinhibe et découvre finalement l'amour. Une mélancolie brève mais inattendue se dévoilent donc dans les dernières minutes (avec de jolie vision comme notre couple enlacé près de l'arbre maudit dans un superbe décor studio) où les amoureux se perdent et se retrouvent. Entre temps, René Clair aura fait preuve d'une inventivité constante distiller la féérie burlesque de l'ensemble, que ce soit les esprits sous formes de nuages des sorciers fraîchement libérés où ce taxi survolant la ville. Le film n'est pas parfait loin de là (rythme un peu décousu et pas mal e moment de creux et des personnages secondaires sous exploités hormis le père joué par Cecil Kellaway) mais procure un charme certain. Ce sera une des grandes sources d'inspiration (avec L'Adorable Voisine de Richard Quine) de la célèbre série Ma Sorcière bien-aimée. 4,5/6

#64 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 18 avril 2012 - 12:00

6e post d'affilée Is anybody out there ? :mrgreen:

La Vie facile de Mitchell Leisen (1937)

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Au cours d'une dispute conjugale, un banquier milliardaire et coléreux jette la veste de zibeline de sa femme par-dessus le balcon de sa luxueuse demeure. Le manteau atterrit sur Mary, une jeune employée pauvre et honnête qui passait par là. Cette dernière cherche à le restituer mais Mr Ball, bon prince, lui offre et l'accompagne en voiture chez un modiste de luxe. Aussitôt les gens jasent et les malentendus s'accumulent joyeusement.

Easy Living est une screwball comedy des plus furieuses et inventif où s'annoncent déjà le sens du chaos et l'hystérie des futures réalisations de Preston Sturges. Celui-ci signait là le premier scénario du contrat qui le liait alors à la Paramount, remaniant de fond en comble une histoire à l'origine écrite par Vera Caspary. Le exécutifs du studio gouteront peu ton survolté de son script et malin Sturges le délivrera en main propre à Mitchell Leisen qui séduit lance aussitôt la production du film, les deux hommes signant ensemble plus tard le beau mélo Remember the night.

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Comme pas mal de grandes comédies de l'époque (Les Invités de huit heures de Cukor, Mon homme Godfrey de Gregory La Cava), Easy Living est un film où sous la légèreté plane le spectre de la crise des financière des années 30 (et sans doute ce qui reste de plus significatif du premier jet de Vera Caspary qui vécut durement cette période-là). Tous les traits d'humour et rebondissements reposent donc sur la condition financière apparente ou supposée des personnages et ce dès l'entrée en matière hystérique. Le richissime banquier J.B. Ball (Edward Arnold) y arpente furibard sa luxueuse demeure en hurlant après domestique, femme et enfant sur le gaspillage qu'il constate de toute part. C'est une de ses colères qui lance l'intrigue lorsqu'il jette par la fenêtre une fourrure hors de prix acheté par son épouse. Le manteau tombe sur la tête de Mary Smith (Jean Arthur) une modeste employée passant par là. Celle-ci s'empresse de venir le rendre mais Ball trop heureux du mauvais tour joué à sa femme l'enjoint à le garder et lui achète même un chapeau dans une boutique de luxe. Dès lors l'entourage suspecte une liaison entre eux ce qui va entraîner une drôle de réaction en chaîne...

Le film est propice à de grands numéros comiques et de charme des attractions principales du casting, Edward Arnold et Jean Arthur. Le premier signe une prestation bougonne et colérique absolument déjantée, entre son phrasé mitraillette, son timbre de stentor et ses manières d'ours mal léché est aussi imposant qu'attachant. Quant à Jean Arthur elle demeure la star hollywoodienne la plus attachante et au charme le plus contagieux. Elle est ici à croquer en jeune écervelée au caractère bien trempé et enchante de bout en bout par sa candeur irrésistible.

L'intrigue prend en effet un tour délicieusement scabreux quand divers personnages supposant sa liaison avec le puissant banquier lui propose cadeau et avantages de plus en plus extravagants en échange de faveur sans qu'elle ne se doute de rien. Le plus insistant est le propriétaire d'hôtel en faillite Louis Louis (Luis Alberni tout aussi excité que ses collègues, les déboires de son personnage s'inspirant du réel flop des Waldorf Towers au moment de leur ouverture à l'époque ) pour une série de quiproquos tordants. On sent vraiment l'influence de Sturges que ce soit le jeu à la fois comique et tragique sur la condition difficile de Jean Arthur (lorsqu'elle cherche un sous pour s'acheter de quoi manger) qui annonce Les Voyages de Sullivan mais aussi les dérapages incontrôlés où le chaos est en marche comme ce restaurant qui finit dévasté ou encore le final dans la banque et là c'est notamment la folle séquence des chasseurs en train de The Palm Beach Story qui vient en tête.

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Sous ce déchaînement parvient à se glisser une bien jolie histoire d'amour entre les attentes complémentaires de celui qui se cherche une carrière (Ray Milland excellent en fils à papa perdu) et celle qui se cherche une vie (Jean Arthur) l'alchimie entre fonctionnant idéalement en quelques séquences tendres et amusantes (le baiser sur le canapé et le petit regard de Jean Arthur qui suit toute résistance est inutile, le gag de la baignoire géante). Un souffle de fantaisie et d'humour qui fait un bien fou.5/6

#65 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 26 juin 2012 - 15:34

Par la porte d'or de Mitchell Leisen (1941)

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Un gigolo roumain, George Iscovescu, bloqué à Tijuana au Mexique par les services d'immigration américains n’a qu’un rêve, franchir « la Porte d’or » qui mène aux Etats-Unis. Il doit être naturalisé et pour cela il est prêt à tout. La providence vient en la personne d’Emmy Brown une naïve institutrice bloquée dans la petite ville mexicaine par une panne de voiture. George décide de la séduire. Très vite il l’épouse avec l'intention de divorcer une fois la frontière franchie en tant qu’américain. Ses ennuis vont commencer quand il va réaliser qu'il est réellement amoureux d'elle.

Mitchell Leisen signe là un bien beau film où il bénéficiera pour la dernière fois des talents du duo fameux duo de scénaristes formé par Billy Wilder et Charles Brackett. Le film reste en effet célèbre pour avoir vu le torchon brûler entre Mitchell Leisen et un Billy Wilder las de voir ses scripts (qui en avait signé deux pour Leisen, La Baronne de Minuit et Arise my love) constamment remaniés par à leur convenances par les acteurs, producteurs et réalisateurs impliqués. Ici une des sources du conflit sera le refus de Charles Boyer de suivre l'idée initiale qui était de le voir narrer son histoire en flashback à un cafard (remplacée par une intro façon mise en abyme à Hollywood avec Leisen dans son propre rôle en confident de Boyer) . Wilder et Brackett se vengeront en donnant les meilleurs dialogues à Olivia de Havilland (à vrai dire la prestation de Boyer n'en souffre guère) tandis que Leisen interdira Wilder de plateau durant le tournage. Le film ne souffre pas de cette gestation houleuse (si ce n'est quelques petits problème de rythme) et chacun suivra son chemin avec succès tel Billy Wilder qui passe à la réalisation dès l'année suivante avec Uniformes et Jupons Courts.

Le script est un d'un équilibre idéal où le cynisme cède progressivement au romantisme le plus sensible. Le pitch est plutôt original. Après avoir écumé les palaces d'Europe, l'escroc/gigolo roumain George Iscovescu (Charles Boyer) cherche à rejoindre les Etats-Unis où s'est réfugiée toute la haute société à cause de la guerre. Problème, il ne peut bénéficier d'un visa et ronge son frein en compagnie d'autres émigrants dans une petite frontalière mexicaine dans l'attente d'une solution. Celle-ci arrive en la personne d’Emmy Brown, institutrice célibataire qu'il se met en tête de séduire et épouser pour pénétrer le territoire américain. Charles Boyer sournois et calculateur est absolument parfait de froideur séductrice tandis qu'une Olivia de Havilland américaine provinciale quelque peu godiche cède à ses tirades hypocrites. L'émotion naît alors plutôt de la description de cette communauté étrangère cloitrée à l'hôtel en attente d'un visa et on devine l'implication d'un Wilder qui a connu pareil situation à son arrivée aux Etats-Unis.

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Mitchell Leisen dissipe peu à peu cette froideur initiale par le rapprochement réel de son couple. Olivia De Havilland est très touchante dans son éveil à l'amour et au désir. Leisen l'illumine progressivement, tout d'abord en captant ses regard aimant et surpris par la séduction de cette homme puis en la dévoilant dans toute sa beauté et féminité lors de ce moment où elle se détache les cheveux et s'allonge prête à s'offrir à Boyer. Un moment bref mais d'une étincelante sensualité poursuivit lorsque Boyer l'observe dans le rétroviseur. Le long périple au Mexique distille plusieurs jolis moments romantiques où on voit Charles Boyer tomber amoureux et s'abandonner malgré lui. Tout le passage à l'église pour bénir le mariage ou l'ambiance festive avec les autres mariés locaux sont vraiment magnifiques. Ce qui aurait pu paraître cliché et risible dans la première partie atteint des sommets romantiques lors de l'apparition de mariachis durant une scène de baiser même dans sa supposée distance, la voix off de Boyer trahi son trouble grandissant lors qu'il affirme désirer garder ses distances avec Emmy, sous-entendu ne pas coucher avec elle. Le texte va dans le sens ne pas mélanger plaisir et affaire alors que le phrasé altéré de Boyer dit juste l'inverse, il ne peut pas user d'elle car il l'aime. Du grand art !

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Au final même le personnage le plus manipulateur agit par amour grâce à la belle prestation de Paulette Godard qui réussit brillamment à ne pas rendre détestable cette viveuse d’Anita. Leisen comme il sait si bien le faire cède à un sentimentalisme à fleur de peau et très poétique dans les derniers instants (on repense à son splendide Remember the night) à l'hôpital où on mesure le chemin parcouru par les héros. Dialogues coupés ou pas, Charles Boyer excelle dans cette manière de fendre l'armure qui culmine dans ce passage (où l'autre plus discret où il abandonne sa simulation de douleur à l'épaule pour enlacer Olivia de Havilland enfin sincère). On reprochera peut-être uniquement une conclusion un peu expédiée dans sa résolution et qui ne laisse pas savourer totalement les retrouvailles en coupant abruptement. 4,5/6

#66 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 26 juin 2012 - 15:47

La Fille de la cinquième avenue de Gregory La Cava(1939)

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Alfred Borden, PDG millionnaire, est déprimé, il se sent délaissé par sa famille qui le néglige oubliant même son anniversaire. Il rencontre à Central Park une jeune femme au chômage, Mary Grey. Il l’invite à dîner dans un night-club à la mode pour fêter son anniversaire. Charmé par la joie de vivre de Mary, il lui propose de venir vivre chez lui afin d’attiser la jalousie de sa famille.

Fifth Avenue Girl est au premier abord pour Gregory La Cava une sorte de variation sur le même thème de son chef d'œuvre My man Godfrey au pitch rigoureusement similaire : un personnage défavorisé s'immisce chez des nantis dont il va perturber l'existence et redonner un certain sens des réalités à leur vie oisive. Le principalement changement semble uniquement être le sexe de l'élément perturbateur, William Powell en majordome pince sans rire dans Mon homme Godfrey et Ginger Rogers (qui affine là son nouvel emploi d'héroïne prolétaire) en chômeuse sarcastique. La différence est bien plus profonde cependant et loin du remake masqué, le message de Fifth Avenue Girl est tout autre malgré la construction similaire.

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Mon homme Godfrey, vrai film social usait des codes de la screwball comedy pour délivrer un récit tout en hystérie où le trait largement forcé servait à montrer le détachement d'une famille riche totalement délurée bientôt ramenée sur terre par l'arrivée du clochard reconverti majordome Godfrey. Pour situer l'approche différente des deux films il suffit de comparer les entrées en matière et éloignée à la fois. Mon homme Godfrey débute sur une colère homérique du patriarche joué par Eugène Palette contre sa famille trop dépensière qui montrera bientôt son sens de l'excès totalement inconscient. Dans Fifth Avenue Girl le chef de famille de famille Alfred Borden (Walter Connolly) a aussi des reproches à adresser à sa famille : tandis qu'il trime pour assurer la survie de sa compagnie, les siens s'amuse joyeusement et le délaissent.

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Sa femme flirte avec d'autres hommes, son fils joue au polo au lieu de le seconder et sa fille entame une tapageuse existence de "débutante" fêtarde. Le mal est si profond que le soir de son anniversaire Borden se trouve désespérément seul. C'en est trop et parti noyer sa solitude à Central Park il rencontre la chômeuse pince sans rire Mary Grey (Ginger Rogers) qu'il va utiliser pour susciter la jalousie de sa famille et la reconquérir. Dans Mon homme Godfrey la famille est visible d'entrée dans toute sa folie et extravagance pour souligner leur frivolité, cette même famille brille par son absence dans l'ouverture de La fille de la cinquième avenue. C'est là tout le propos de ce second film, le fossé progressif d'une famille où chacun est devenu un étranger pour l'autre, le mari et son épouse, les parents et les enfants, l'enjeu étant la reconstruction de cette entité (et assez ironiquement la famille de Mon homme Godfrey en dépit de tous ses travers est sans doute plus soudée).

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Ce n'est pas leur attitude déconnectée qui est reprochée ici (les quelques scènes du genre n'atteignent jamais la folie azimutée de Mon homme Godfrey) mais bien leur indifférence les uns aux autres. La construction très intelligente du film montre donc le rapprochement entre Borden et Ginger Rogers installée chez lui qui scandalise peu à peu la famille. L'enjeu semble au départ purement matériel à travers l'épouse snob jouée par Verree Teasdale mais ce n'est qu'une surface puisque blessée dans sa fierté elle va apprendre à aimer de nouveau cet époux qui s'éloigne d'elle et tenter de le reconquérir. Pour le fils oisif joué par Tim Holt, c'est l'heure de prendre ses responsabilité, Borden délaissant en apparence ses affaires ses affaires pour la compagnie de Ginger Rogers.

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C'est d'ailleurs par Ginger Rogers que la mécanique trop bien huilée s'enraye quand lorsque la famille se rapproche elle se trouve confrontée à sa propre solitude. L'actrice traverse les petites crises de chacun avec un détachement ironique parfait avant de fendre magnifiquement l'armure lors de la conclusion. Les préoccupations sociales de La Cava même si moins appuyées (et qui retrouveront leur importance dans le très noir Primrose Path à suivre de nouveau avec Ginger Rogers) sont toujours bien présente que ce soit sous forme de moquerie où les pauvres comme les riches en prennent pour leur grade (le passage au restaurant au début, la rhétorique communiste clichée du personnage Michael le Ninotchka de Lubitsch ou le Un, deux trois de Wilder ne sont pas loin) mais aussi un regard plus tendre comme l'escapade à Central Park de Ginger Rogers et Tim Holt voyant défiler en voisins de banc des communautés hétéroclite du peuple new yorkais, marin de passage comme émigrants japonais. Sans complètement égaler les autres réussites de cette grande période d'inspiration pour La Cava, vraiment un joli film.4,5/6

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#67 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 26 juin 2012 - 17:18

Pour ne pas te laisser tout seul...

Je l'avais plutôt trouvé raté celui-là, ça s'éternisait un peu trop et ça manquait surtout de vrais moments comiques alors que j'aime beaucoup My man Godfrey.
Et sinon je te conseille à nouveau de mettre la main sur Vivacious Lady / Mariage Incognito de Georges Stevens avec James Stewart et Ginger Rogers.

Satisfait ou remboursé

Le défunt récalcitrant j'aime beaucoup...

Perso j'ai (enfin) fini la box Sturges et c'est du très bon de bout en bout, grosse impression à la découverte de The Great McGinty qui n'est finalement un rise and fall sous couvert d'une comédie. Sturges est assez fort pour provoquer des ruptures de tons (le passage dans le pénitentier dans Sullivan's Travel c'est aussi très scotchant).

#68 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 26 juin 2012 - 19:11

Merci de m'épargner la page en quasi solitaire :mrgreen:

Pour La fille de la cinquième avenue il faut vraiment redonner une seconde chance, en fait La Cava si tu en mates en attendant de la franche screwball comedy enlevé tu seras toujours déçu (My man Godfrey c'est l'exception mais qui est rattrapé par le fond franchement gonflé) c'est constamment sur la corde raide entre le drame et la comédie avec lui il ne choisit pas vraiment. Tous ces meilleurs films sont comme ça genre Pension d'artistes qui raconte le quotidien d'aspirantes actrices vivant dans un foyer c'est doux amer et léger et d'un coup tu aS le drame qui surgit à la fin. Et quand il fait du pur mélo là c'est super glauque genre Primrose Path (toujours avec Ginger Rogers) ou c'est quasiment du pré "Affreux sales et méchants" sans l'humour. L'avis d'un type super sympa dessus :mrgreen:

Je note pour Mariage Incognito pas vu mais il était sur mes tablettes James Stewart + Ginger Rogers je suis déjà conquis !

#69 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 26 juin 2012 - 19:54

Pas vu ces deux là mais c'est vrai qu'en comédie pure et dure de La Cava c'est plus sur la première moitié des années 30 et elles excellente réputation c'est vrai, la bascule se fait sur Pensions d'artiste justement vers des ambiances plus sérieuses.

#70 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 03 juillet 2012 - 08:10

Et c'est vrai que c'est bien sympa ça

Mariage Incognito de George Stevens (1938)

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Peter Morgan est un jeune professeur de botanique dans un collège de province dirigé par son père. Lors d'une escapade à New York en compagnie de son cousin Keith, il rencontre une chanteuse de cabaret, Francey, dont il tombe amoureux et l'épouse immédiatement. De retour chez lui, il préfère ménager ses parents, surtout son père très autoritaire, et diffère l'annonce de son mariage, présentant Francey comme une amie de Keith, d'autant plus que Peter a une "fiancée officielle", Helen...

Le rire, l'émotion et une belle inventivité sont au service de cette jolie comédie romantique signée George Stevens. Comme souvent dans les comédies des années trente un message social se dessine en toile de fond avec quelques piques envers le poids des apparences, l'opposition sociale, l'autorité parentale. Tout cela est cependant moins appuyé que chez un La Cava par exemple et finalement c'est surtout la tendresse suscitée par les personnages qui rend le tout si attrayant. Le coup de foudre et le mariage précipité en ouverture est ainsi délicieusement amené par Stevens qui croque en quelques scènes son couple si attachant et magnifiquement interprété. James Stewart alors en pleine ascension (Vous ne l'emporterez pas avec vous de Capra sort la même année et il retrouve le réalisateur dans la foulée Mr. Smith au Sénat) perfectionne son emploi d'alors de jeune homme gauche et emprunté à la timidité irrésistible. C'est bien ce qui fait fondre Ginger Rogers elle aussi dans son registre de citadine gouailleuse et au caractère bien trempé. Cette scène de rencontre est suffisamment craquante pour que l'ellipse sur l'inattendu mariage (au bout d'une journée !) passe et forme un cocon amoureux autour des personnages qui va être mis à rude épreuve lorsqu'ils devront se confronter au monde extérieur.

Ce monde extérieur s'illustre à travers la petite ville provinciale de Stewart et surtout de la personnalité conservatrice de son intimidant père joué par Charles Coburn. Aux antipodes des obsédés libidineux qu'il peut incarner chez Hawks entre autre (Chérie je me sens rajeunir) est ici un sévère président d'université qui ne tolère aucun écart de la part de son fils amener à lui succéder. Un fils tellement intimidé qu'il n'osera lui dire qu'il est marié avec une ex danseuse et différant l'annonce à un moment plus propice qui va fortement tarder à se présenter. On rit donc aux éclats des multiples quiproquos et catastrophe qui empêche les jeunes mariés d'assumer leur union au grand jour dont un gag énorme où Ginger Rogers colle une rouste mémorable à la "fiancée" officielle et distingué de Stewart. Les situations qui placent le couple dans des positions de vulgaires flirt bardé d'interdit (on situe bien la morale envahissante la société d'alors) offrent de bon moment aussi comme lorsqu'un petit coin isolé pour s'embrasser révèle le nid de tous les étudiants de la ville venus se bécoter en douce. La détresse de nos tourtereau est cependant palpable sous l'humour et offre de charmants instants notamment le faux départ de Ginger Rogers où elle et James Stewart cherchent tous les prétextes pour retarder l'échéance, avec l'allusion sexuelle à peine masquée du déclenchement du lit pliant censé distraire leur attention (le mariage ne pouvant être "consommé" qu'une fois officiel aux yeux de tous).

Les seconds rôles déploient une belle énergie également et outre Charles Coburn génialement bougon, Beulah Bondi en maman pas si fragile (excellente scène de danse improvisée !) est parfaite, tout comme James Ellison en meilleur ami fêtard. Dommage que la conclusion (sans être ratée) soit si quelconque (on aurait aimé voir Charles Coburn en prendre un peu plus pour son grade) il y avait matière à une meilleure apothéose finale que ce poussif final larmoyant dans le train. Cela n'enlève en tout cas rien au charme et à l'attrait de cette piquante screwball comedy.4,5/6

#71 L'utilisateur est hors-ligne   Prosopopus 

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Posté 03 juillet 2012 - 16:05

C'est vrai que ça s'essouffle un peu sur la fin mais y a suffisamment de bons passages pour que ça passe bien.
Puis c'est un film où on voit Ginger Rogers se faire piquer les fesses avec une épingle !

Stevens a aussi réalisé une comédie plus tardive avec Cary Grant The Talk of the Town qui est trop longue mais assez plaisante par son mélange de tons.

#72 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 03 juillet 2012 - 21:34

Voir le messageProsopopus, le 03 juillet 2012 - 16:05 , dit :

Puis c'est un film où on voit Ginger Rogers se faire piquer les fesses avec une épingle !


Ah oui tout ce passage est énorme avec la posture improbable dans laquelle finit Ginger Rogers :mrgreen:

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#73 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 16 août 2012 - 13:40

The Half-Naked Truth (1932)

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En 1932, aux Etats-Unis. Le bonimenteur d'une fête foraine miteuse devient un dynamique publicitaire à New York en transformant une danseuse, limitée jusque-là aux attractions, en sensation à Broadway.

Gregory La Cava réalise une savoureuse comédie Pré-Code avec ce très amusant The Half-Naked Truth. L'histoire se pose en féroce satire du monde du spectacle et des affres de la célébrité. On aura ainsi une démonstration de la vacuité du statut de vedette où le succès est moins affaire de talent que de promotion appropriée. Jimmy Bates (Lee Tracy) bonimenteur professionnel végète ainsi dans une fête foraine miteuse avec sa petite amie mexicaine Teresita (Lupe Velez) attraction du numéro de danse orientale plus pour sa plastique que ses dons de scène. Jimmy a alors l'idée d'inventer un scandale dans le trou paumé où ils jouent en faisant de Teresita la fille illégitime d'un notable local dont l'identité sera révélée à la fin du show. La méthode fonctionne et l'attrait du scandale attire la foule jusqu'à ce que l'intervention du shérif fasse tourner court à l'arnaque au terme d'une bagarre homérique où la fête foraine sera saccagée. Qu'à cela ne tienne, Bates et sa belle vont appliquer la méthode à plus grande échelle là où tout se passe, Broadway. Teresita va ainsi passer pour une mystérieuse princesse turque évadée d'un harem dont les extravagances vont faire sensation et projeter en haut de l'affiche.

La description de ce monde du spectacle où tout n'est qu'affaire de rumeurs et de sensationnel n'est pas bien reluisante mais amuse par les excès nécessaire à attirer la lumière. La Cava déploie donc toute l'extravagance et le délire qu'on lui connaît avec une Lupe Velez qui passe la première demi-heure du film à moitié nue dans une tenue de danse orientale sexy, qui accueille les journalistes dans sa suite où elle héberge un lion et plus tard Bates se trouvera une nouvelle protégée écervelée qu'il exploitera dans un numéro sauvage de nudiste... Le talent et l'amour de l'art n'ont rien à faire ici, à l'image du premier numéro de Lupe Lopez à Broadway qui ennuiera le public tant restera conventionnel et l'enflammera dès qu'elle se dénudera et entonnera une chanson grivoise. Dans le même ordre d'idée le directeur artistique joué par Frank Morgan suivra constamment le sens du vent de plus en plus assujetti au génial promoteur qu'est Bates.

L'ensemble est miraculeusement sauvé du cynisme total par ses personnages très attachants. Lee Tracy et Lupe Velez forment un couple orageux et attachant dont les échanges musclés font des étincelles. Lee Tracy en manager frénétique offre un grand numéro comique, sourire enjôleur, débit de parole hystérique cherchant toujours à vous embobiner. Lupe Velez en mexicaine volcanique est tout aussi excessive mais sous cette débauche d'énergie La Cava parvient toujours à faire ressentir les liens qui unissent son couple malgré les trahisons (la demande en mariage avortée). Le comparse bougon joué par Eugene Pallette (qui retrouvera La Cava sur Mon homme Godfrey) dégage la même sympathie. Plus globalement, le film est une ode à cet art de saltimbanque que la quête de renommée perverti et rend moins amusant. Une vision qui semble associée à la ville, son opulence et ses tentations qui vont séparer les héros alors que le joli épilogue où on retrouve numéros minables et public péquenot est synonyme d'authenticité et de réunion. Même si La Cava a fait bien mieux après, un très bon moment. 4/6

#74 L'utilisateur est hors-ligne   profondo rosso 

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Posté 29 août 2012 - 13:23

L'Aventure de minuit d’Archie Mayo (1937)

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Un acteur vaniteux, Basil Underwood (Leslie Howard), est l'éternel fiancé de sa partenaire Joyce Harden (Bette Davis) à qui il promet toujours le mariage. Une spectatrice emballée, Marcia (Olivia de Havilland), vient faire une déclaration d'amour à l'artiste. Basil est sollicité par Henry Grant (Patric Knowles) fiancé de la jeune femme et fils d'un vieil ami afin de se rendre détestable auprès d'elle et stopper cette passion. Souhaitant se laver de ses fautes passé avant son mariage, Basil accepte et s'invite dans la famille pour le weekend...

Une merveille de screwball comedy digne des grands classiques du genre et assez inexplicablement méconnue, sans doute à cause de son casting qui aura peu eu l'occasion de déployer ses talents comique avec ce trio Leslie Howard (qui confirmera l'année suivante dans l'irrésistible Pygmalion d'Anthony Asquith), Bette Davis et Olivia de Havilland. L'histoire nous plonge dans le quotidien orageux du couple d'acteur shakespearien formé par Basil Underwood (Leslie Howard) et Joyce Harden (Bette Davis). Ces deux-là ne fonctionnent que dans le conflit permanent, l'égo surdimensionné de Basil n'ayant d'égal que le tempérament volcanique et la jalousie (justifiée) de Joyce. La mémorable scène d'ouverture les voyant interpréter sur scène le dernier acte de Roméo et Juliette donne le ton avec notre couple échangeant phrases assassines en douce et se déstabilisant mutuellement afin d'être l'attraction principale. Pourtant dans le public, une spectatrice vit le moment intensément tant elle est folle d'amour pour Basil, c'est la jeune Marcia (Olivia de Havilland) qui ira même lui déclarer sa flamme en coulisse. Tout cela au grand désarroi de son fiancé Henry qui va solliciter Basil afin qu'il dégoute Marcia de ses charmes. Ne reculant jamais devant la performance et souhaitant s'absoudre de ses infidélités passée avant une énième demande en mariage à Joyce, Basil accepte le défi et s'invite pour le weekend dans la richissime famille de Marcia.

Le potentiel de ce pitch prometteur sera génialement exploité grâce à l'abattage des acteurs du scénario à rebondissement de Casey Robinson et du rythme effréné qu'instaure Archie Mayo. Leslie Howard jusque-là cantonné aux rôles de dandy romantique et d'intellectuel délivre là une prestation comique de haut vol. Il incarne là l'acteur narcissique dans toute sa splendeur, soliloquant du Shakespeare à toute occasion et en recherche constante de l'attention générale. On peut d'ailleurs y voir un second degré réjouissant sur lui-même puisqu'il jouait l'année précédente dans une adaptation de Roméo et Juliette signée George Cukor au côté de Norma Shearer. Le voir ainsi tirer vers l'exagération ridicule les poses de héros romantique torturé est donc d'autant plus savoureux. Il retrouve ici Bette Davis avec laquelle il tourna L'Emprise (1934) et La Forêt pétrifiée (1936). Réticente au départ et n'ayant accepter que sur l'insistance du producteur Hal B. Wallis, cette dernière rayonne en actrice versatile,féroce puis radieuse, capricieuse puis jalouse et offre un répondant intense à Howard toutes leurs scènes communes étant chargée d'électricité. Enfin Olivia de Havilland en ingénue se pâmant d'amour est parfaite, maniant la niaiserie de son personnage juste ce qu'il faut pour le rendre drôle sans le ridiculiser. Tous trois sont au diapason en poussant loin la caricature mais réussissant à rester attachant (notamment la faiblesse toute masculine d'Howard sous l'arrogance) et maintenir l'intérêt pour les enjeux.

Rien ne se passe ainsi comme prévu, Howard malgré ses bonnes intentions n'étant pas insensible au charme d'une Olivia de Havilland (les deux se retrouveront bien sûr en Ashley et Mélanie dans Autant en emporte le vent) à croquer de charme sous l'œil courroucé du fiancé (Patric Knowles un peu transparent au sein de la folie ambiante). On rit franchement plus d'une fois devant les attitudes odieuses de goujateries d'Howard en roue libre (l'arrivée nocturne bruyante dans la maison, le petit déjeuner épique) et une De Havilland énamourée qui lui pardonne tout à son plus grand désespoir. Le meilleur moment reste lorsqu'il s'introduit dans la chambre de la jeune femme et qu'il se montre très entreprenant afin de l'effrayer et qu'au contraire elle s'avère encore plus pressante que lui :lol: . Mayo s'avère particulièrement inventif pour tirer ses situations loufoques dans leurs derniers retranchement notamment grâce au majordome déjanté de Basil génialement joué par Eric Blore tel cette scène où il imite sans succès tous les champs d'oiseaux possible pour prévenir son maître en fâcheuse posture (pas de chance une voilière se trouve juste à côté) de l'arrivée de Bette Davis. Porte qui claquent, quiproquos en pagaille et gags s'enchaînent donc joyeusement jusqu'à un final où la morale bien malmenée jusque-là (De Havilland attendant Howard dans sa chambre d'hôtel) sera finalement sauve. Basil jamais aussi charmant que face à une partenaire le malmenant peut retrouver Joyce tandis que Marcia semble enfin avoir ouvert les yeux sur la mentalité des "acteurs". Et cette réplique de nous achever définitivement, Marcia s'avérant guérie de son amour pour Basile et lui un peu moins de son amour pour lui-même.

Marsha : '' I was in love with Clark Gable last year. If I can get over him, I can certainly get over you !''
Basil : ''Who's Clark Gable?


Tordant ! 5,5/6

#75 L'utilisateur est en ligne   Nosfé 

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Posté 26 novembre 2012 - 16:23

To be or not to be d'Ernst Lubitsch (1942)

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C'est un peu honteux que je me dois d'avouer que c'est la première fois que je le vois.
Et putain, qu'est-ce que c'est bien. J'avais un peu peur au début du film survendu, dont la notoriété venait plus du rapport entre son sujet et son années de production qu'à ses qualités intrinsèques. Et puis, doucement, ça se met en place, et la mécanique de vaudeville parfaitement rôdé est pleinement exploité et on s'amuse beaucoup.
C'est par moment très drôle, avec toujours cette gravité et cette menace qui pèse, et qui au final ne fait que renforcer l'adhésion qu'on peut avoir pour nos acteurs résistants et leurs acrobaties. Les quiproquos sont nombreux, parfaitement exploité, et le sous-texte, le portrait fait des nazis, sans propagande aucune (ou, en tout cas, sans lourdeur), est plus vrai que nature (l'adoration matinée de crainte et de rejet vis-à-vis d'Hitler, le colonel Ehrhardt et Schultz qui se rejette sans cesse leurs responsabilité comme on a pu l'entendre à Nuremberg; ces hommes pris dans une logique racistes et belliqueuses sans même se rendre compte qu'ils se trompent et sont trompés...).
Le film tient sans problème la comparaison avec Le Dictateur de Chaplin, tout en jouant sur un registre différent.
Et il y a de ces répliques de malade! (le "après Rudolf Hess, lui!" de la fin m'a tué)
Le ne sais pas ce que vaut le remake avec Mal Brooks, mais l'original vaut carrément son 6/6.

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