Posté 12 octobre 2010 - 18:03
Extrait d'une interview croisée William Friedkin/Dario Argento au festival du film noir de Courmayeur 1998,interview parue dans la revue Assault numéro 11:
Friedkin:
Je me souviens que dans PROFONDO ROSSO il y a des moments particulièrement insoutenables. C'est pour ce genre de séquences que je te respecte tout particulièrement.
Tu es,à l'égal d'Hitchcock,un des grands Maîtres du suspense,et je crois que nous sommes tous des êtres privilégiés de nous trouver aujourd'hui dans la même pièce que toi.
Je peux encore citer 4 MOUCHES DE VELOURS GRIS,L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL et OPERA,qui est le dernier que j'ai vu. Je les aime comme si c'étaient mes enfants.
Je crois que la principale fonction du cinéma est de divertir,et tu es probablement l'un de ceux qui l'a le mieux compris,Dario.
Tu es ce que j'appellerais un contre-révolutionnaire du cinéma,en ce sens que tu utilises l'aspect divertissant du cinéma pour faire passer des idées très profondes.
Instinctivement,tu te sers du cinéma d'une manière que je n'ai jamais pu maîtriser. En ce sens,tes premiers films dans les années 70,et avec eux une bonne partie du cinéma européen -principalement les italiens avec Fellini,Antonioni,De Sica,Rossellini,Ettore Scola,Bertollucci - ont eu une grosse influence sur moi.
Trouve-t'-on encore aujourd'hui des cinéastes de cette trempe? Je ne crois pas.
Argento:
C'est drôle parce que tout ça me fait beaucoup penser à certains de tes films où règne un grand désespoir,où les personnages sont souvent voués à la mort. Mais c'est quelque chose qui m'enthousiasme beaucoup et que je trouve à la fois très beau et très ironique.
Pour moi,TO LIVE AND DIE IN LA est un exemple frappant. C'est un de mes films préférés et j'ai dû le voir au moins quinze fois! Je l'ai fait découvrir à mes enfants,à la plupart de mes amis...
Tout ça me rappelle une hisoire qui n'a rien à voir avec tout ceci mais que me racontait récemment ma fille.
Il paraît que jusqu'à ce que LE CINQUIEME ELEMENT sorte,le patron de la Columbia s"est battu avec Besson pour lui faire couper une scène clef du film parce qu'il pensait que le public américain ne la comprendrait pas et que,du coup,le film se planterait!
Cet enfoiré a au moins un cinquième du cinéma américain sous sa responsabilité et il n'est pas foutu de faire correctement son boulot!
Et puis,de toute façon,je m'en fous. Comme toi,ce cinéma-là m'ennuie. C'est un cinéma dirigé par des banques,pas par des créateurs.
Et pas seulement aux Etats-Unis. En Italie aussi. C'est même pire ici.
Ne crois pas que cette île soit un paradis...Non,cette île est morte. Deux distributeurs et une seule banque -la Banque Nationale du travail- ont la mainmise sur tout ce qui se fait dans le domaine du cinéma.
C'est une situation terrible...Mais voilà que je me laisse contaminer par ton pessimisme galopant (rires)!