Je suis en arrêt de travail depuis 3 semaines. Diagnostic : cervicalgie sévère.
Je suis pris de torticolis permanents, le cou bloqué, des douleurs dès que je tourne la tête. Et encore je dis "le cou", mais à la fin d'une grosse journée de boulot, la douleur se répandait dans les épaules, les omoplates, la colonne vertébrale ...
J'ai commencé à ressentir les douleurs il y a environ 1 an 1/2. Comme je conduis trop à cause de mon boulot (65.000 kms/an, soit plusieurs fois le tour de la Terre depuis que j'ai ce job), les kinés ne se sont pas trop posé de questions, et moi non plus : mauvaise position assise, je ne fais pas assez de sport donc dos pas assez musclé, bref quelques séances de kiné et ça ira. J'étais parfaitement d'accord avec le diagnostic.
En 1 an 1/2 j'ai vu 3 kinés différents et 2 osthéopathes, j'ai fait environ 50 séances, ça me fait du bien 48h, puis la douleur revient. J'ai fait des radios : rien à signaler.. Personne n'arrive à me dire de quoi je souffre, j'ai même un kiné qui me dit que si j'ai mal au dos, c'est parce que dans ma vie "j'en ai plein le dos" ...
Ce matin j'avais rendez-vous avec mon médecin, je ne me sentais pas en grande forme pour reprendre mon taf lundi, mais bon c'est lui qui décidera. Mon médecin me connait depuis que je suis gosse (j'ai 37 ans), il a sauvé la vie à mon père quand celui-ci a fait un arrêt cardiaque, bref je lui fais confiance et il me parle sans tourner autour du pot. Il décide de lui-même de prolonger mon arrêt maladie pour ... 1 mois plein !
Diagnostic : "Burnout". Comprendre : je suis cuit, je n'ai plus de jus, plus de résistance, je suis aussi fatigué physiquement que moralement, c'est un début de dépression ... En clair, mon stress permanent se manifeste via de vraies douleurs physiques, je sommatise*. Au début, et inconsciemment, je me crispais sous l'effet du stress, et à force ces crispations sont restées, me bloquant le cou et le dos de manière permanente.
Le matin je me lève fatigué, même si j'ai bien dormi. La matinée je me traine, dès 11h je suis à la bourre. J'ai du mal à atteindre mes objectifs et à faire 100% du taf qu'on me demande. J'en peux plus de mon téléphone qui sonne toutes les 10 mns, marre une fois rentré chez moi de passer 1 ou 2 heures sur Excel à faire mon administratif. Le soir je rentre fatigué, mais ô miracle, passé 21h je me sens bien, et j'ai pris l'habitude de me coucher tard (vers 1h du mat'). Ce qui fait que le matin, levé à 7h, je suis fatigué ... Je ne me sens pas vraiment déprimé, mais je me sens fatigué dans tous les sens du terme. Besoin de repos, besoin de couper avec mon taf pour retrouver ma forme.
Je suis cadre commercial chez Vivendi Games, éditeur de jeux-vidéo ("World of Warcraft", "La Mémoire dans la Peau", "Fear" ...). Mon boulot est passionnant, moitié commercial moitié marketing, mes collègues sont sympas et interessants, j'ai un salaire correct et une certaine indépendance. Bref, le boulot dont je rêvais.
Mais depuis 2 ans la pression est montée en flèche ... un flicage de tous les instants, une ambiance qui s'est déteriorée jusqu'à devenir pourrie, des employés régulièrement en arrêt maladie, des objectifs qui explosent (en 2008 je suis sensé faire 2 M € de C.A. HT !
Je suis donc grillé. On m'a préssé comme un citron. J'ai avalé les kilomètres, bouffé de longues heures sur mon ordinateur, passé encore plus de temps au téléphone à prendre des rendez-vous, dans des bureaux à arracher des commandes et des présences en tête de gondole, à négocier des publicités en magasin ... J'ai ramené un gros paquet de fric à ma boite, j'étais plein d'enthousiasme et d'envie, comme je l'étais chez mon précédent employeur (Microsoft). Mais au bout d'un moment j'ai explosé en vol : à trop me presser, d'abord avec mon consentement, puis contre moi quand j'ai commencé à fatiguer, mon employeur m'a rendu sec. Plus de jus. Incapable de bosser, même avec des séances de kiné, même avec des médocs, même après 3 semaines d'arrêt.
Mon employeur était tout miel tant que j'étais plein de jus. Dès que mon rythme a baissé, la donne a changé. Et dès que l'épée de Damoclès (la fusion à venir) s'est placée au dessus de la tête des employés, les dirigeants en ont profité pour tout recadrer, pour reprendre la main et nous presser non-stop. Parce que de la productivité des employés dépendra en partie la survie des dirigeants (resteront ? on ne sait pas).
Pour la 1ère fois de ma vie, moi qui suis considéré dans ma famille comme un "roc", le mec "incassable", toujours en forme et positif, je suis en arrêt maladie. Et je prend un anti-dépresseur (Effexor).
Va falloir que je change de boite, et même de boulot. Mon employeur ne se fait plus d'illusions sur mon cas : j'ai fait mon temps, il faut "rajeunir" les postes comme ma Directrice le dit ... Je m'en veux surtout d'avoir été si naïf, d'avoir pensé qu'il y avait quelque chose d'humain dans le business.
Voilà, c'était "3615 My Life", mais je voudrais que ce topic ne serve pas à commenter mon cas personnel (qui n'est là que comme base de départ), mais à causer du monde du travail de manière plus large. Et surtout du stress au boulot, du harcèlement moral, du fait que l'être humain n'est au fond que du "carburant" qui sert à alimenter des machines à créer toujours plus de croissance, comprenez toujours plus de pognon. J'attend avec impatience vos expériences et vos avis sur le sujet.
* somatiser, ou psychosomatiser : quand l'esprit influe sur le corps au point de le rendre malade.

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