Les oeuvres de Nobuyuki Fukumoto : grand nez, yakuzas et mindfuck.
(tadaa!)
Si le boulot du monsieur est si peu reconnu hors Niponnie, c'est pour deux raisons.
- Tout d'abord pour ses thématiques. Le monde de Fukumoto est axé sur celui des yakuzas, plus particulièrement l'univers des paris clandestins. Pas super sexy pour le commun des mortels.
- Et surtout, le bonhomme l'admet lui même, il dessine comme un nez... euh, comme un pied. Jugez plutôt :

Kaiji semble atterré par son aspect géométrique, mais ne vous inquiétez pas, il en voit des pires dans sa série.
Oui, je sais. Ça calme. Cela plaira sans doute aux fans de Cyrano de Bergerac, ou à ceux qui mesurent la virilité d'un homme à la taille de son menton (pour satisfaire la curiosité des plus déviants, les femmes sont pratiquement inexistantes dans le monde de Fukamoto, pas de choc esthétique à subir de ce côté là donc).
Mais-z-alors, allez vous me demander, si personne ne connait, pourquoi j'en parle maintenant ?
Et bien c'est parce que le studio Mad House s'est mis en charge d'adapter les mangas en questions. Et, franchement, ça poutre.
On commence avec :
Mahjong Legend Akagi - The Genius Who Descended into Darkness (2005)
Bon, c'est généralement à ce passage que je risque de perdre tout le monde. Alors, hum... Comment dire...
Akagi est un anime de mah-jong.
Oui.
Le truc chinois auquel on comprend rien (ça aurait été plus simple avec Shangai sur Amiga).
A partir de ce moment là les interrogations doivent affluer. Est-ce encore un de ces trucs ultra japonais où le concept le plus con (football américain, œnologie, go, curling, boulangerie... bonus à celui qui reconnait tous ces manga) est méga dramatisé ? Comment on regarde un anime sur un jeu auquel on comprend rien ? T'aurais pas pû annoncer ça depuis le début que je me casse de ce topic ?

Pardon.
Dans l'ordre : Non, si il y a bien surdramatisation, tout ça n'est aucunement exagéré. On est chez les yakuzas les mecs, vu les sommes pariées, défaite égale souvent grand préjudice physique (et parfois du genre définitif).
Oui, l'anime prend tout son sens quand on connait le jeu sur le bout des doigts (mah-jong version Toudai Shiki si je ne m'abuse). Mais bon, vu que cela concerne trois tondus en France, on va pas faire la fine bouche. Tout est ici présenté de manière efficace et didactique, et même quand on ne comprend rien on sait tout de suite si il se passe quelque chose d'énorme. La plupart des préjugés contre la série vient de ce bloquage psychologique envers les tuiles chinoises.
Non, continuez à lire s'il vous plait, je vous assure que c'est super.
Akagi est une préquelle de Ten, un des manga les plus connu de Fukumoto. Lors de ses péripéties, le personnage principal, Ten, va se trouver un mentor en la personne de Shigeru Akagi. Celui ci est une légende du monde underground, connu pour être le plus grand joueur de mah-jong du monde. L'anime raconte l'histoire du jeune Akagi dans les années 60.
En gros, pas de surprise. Akagi est un génie insurpassable. Il est d'une intelligence remarquable, jouant avec les nerfs de ses adversaires de manière constante. Quand il ne profite pas de sa chance démoniaque, il triche carrément ! La majeure partie du plaisir de la série vient de la manière dont Akagi détruit ses adversaires, les massacrant psychologiquement. Le charisme du personnage principal est le point fort d'Akagi, c'est difficile de ne pas s'enthousiasmer. Au bout d'une dizaines d'épisodes, on se met à hurler richii, ron et autres tsumo devant l'écran.

Il vaut mieux faire partie de ses amis que de ses ennemis.
Niveau réalisation, bah, c'est du mah-jong, avec tout ce que ça comporte d'immobilisme, gros plans sur les tuiles... La voix off est géniale, et les métaphores sont souvent hilarantes (il faut savoir qu'un mauvais jeu peut vous envoyer dans "les sables mouvants de l'enfer" par exemple. Gasp).
Niveau méchants, on est pas mal servi non plus, avec de sacrés gueules de yakuza (mention spéciale à "mâchoire de requin"), et un boss final dantesque. Le manga original étant toujours en cours de parution, la fin de l'anime est ouverte (ou toute pourrie selon les goûts).
Le très nostalgique opening de Akagi : Nantokanareeeeeeee
Cette année voit l'apparition d'une nouvelle adaptation de Fukumoto par la même équipe (le héros est joué par le même doubleur !). Il s'agit de :
Gambling Apocalypse Kaiji - Ultimate Survivor (2007)
Oui, le titre est fabuleux encore.
La série est également centrée sur son personnage principal. Excepté que Kaiji n'a rien a voir avec Akagi. Quand Akagi est un personnage légendaire, fantomatique, Kaiji est quelqu'un de banal, même assez loser. C'est un chômeur, un type qui rate tout dans sa vie, qui n'a jamais réussi à saisir les opportunités qu'on lui a présenté. Si Akagi a un don pour le jeu, Kaiji a un don pour les emmerdes. C'est par un concours de circonstances qu'il se retrouve endetté chez les yakuza. Il est maintenant forcé de participer à des paris plus dangereux les uns que les autres.

Papier, cailloux, ciseaux sur un bâteau de la mort. Si ça c'est pas la classe ?
Heureusement Kaiji a deux atouts pour lui : un don pour se démêler des pires situations, et une foi inébranlable en l'être humain. Et il en aura bien besoin. Son idéalisme en fait la proie favorite des pourris, des traitres, des salauds. Kaiji passe son temps à chialer de désespoir et/ou à chialer de colère. Il est également beaucoup plus intelligent qu'il n'en a l'air...

Kaiji a une mullette de l'apocalypse, apparat inamovible de tout loser qui se respecte (pas).
Ce qui fait la force de Kaiji, et qui rend la série peut-être encore meilleure que Akagi, c'est déjà son accessibilité. La nature des paris rend le tout beaucoup plus rassurant pour le néophyte. C'est aussi son sens du suspens incroyable. Et là, je ne rigole pas, si à partir du second arc vous n'êtes pas accroché aux accoudoirs du fauteuil, je ne peux rien pour vous.
Enfin, un dernier mot sur la musique admirable des deux séries, composée par le brillant Hideki Taniuchi (co-compositeur des OST de Death Note). Elle instaure une ambiance de folie et illustre parfaitement les nombreux moments de tension fil du rasoir staïle.
L'opening hargneux de Kaiji et la balade qui conclut l'épisode.
Sur ce... les paris sont ouverts sur le nombre de réponse pour ce topic !

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