
L'histoire : Volé et mutilé par une famille de trafiquants d'organes, Ryu, un ouvrier, n'a plus les moyens de financer l'opération qui pourrait sauver sa soeur malade. Poussé par sa petite amie, une anarchiste activiste, il kidnappe la fille de son ancien patron pour réclamer une rançon, mais rien ne se passe comme prévu...
En décembre 2003, le magazine Mad Movies sort un hors-série consacré aux cinémas d'Asie auquel ma culture cinématographique doit beaucoup. Une page se concentre sur la carrière d'un jeune cinéaste, annoncé comme prometteur, qui vient de connaître le succès avec Joint Security Area et l'échec avec Sympathy for Mr. Vengeance : un certain Park Chan-wook. La déferlante Old Boy est encore loin et, quelques jours plus tard, je découvre le premier volet de ce qui constituera une trilogie sur le thème de la vengeance (merci eMule). Un film qui, avec le recul, apparaît comme bien moins manichéen que ses deux successeurs.


Huit ans et deux mois plus tard, je revois ce long-métrage pour la troisième fois et ses nombreux défauts me sautent aux yeux comme des évidences : une exposition trop longue, un rythme mal géré et une maîtrise de l'ellipse encore perfectible. La chronologie aurait sans doute gagné à être davantage malmenée pour être dynamisée, à tel point que les quarante-cinq premières minutes, poussives, retiennent l'attention non pas grâce à la mise en scène, assez anecdotique malgré un sens du cadrage de toute beauté, mais grâce à l'alchimie du couple interprété par Shin Ha-kyun et Bae Doona. Le premier interprète un homme coupé du monde du fait de sa surdité et de son mutisme, un élément parfaitement exploité grâce à un traitement ingénieux du son, notamment lors d'une scène de sexe explicite qui consacre l'harmonie qui lie ces deux personnages. Tour à tour sexy, drôle, manipulatrice et inquiétante, Bae Doona livre la première grande prestation de sa carrière. Plus attachants qu'antipathiques, ces kidnappeurs dégraissent l'histoire de toute forme de cynisme, une idée brillante que Park Chan-wook délaissera, hélas, pour la suite de sa trilogie.



Le film atteint le statut de chef-d'oeuvre dès que le motif de la vengeance apparaît. A partir de cet instant, Song Kang-ho vole la vedette au couple et ne l'abandonnera plus. Tout simplement magistral dans ce rôle de père divorcé et de chef d'entreprise en récession qui n'a plus rien à perdre, capable d'exprimer avec la même justesse le désespoir, la détermination, la tristesse et la folie, il est sublimé par le metteur en scène qui semble retrouver ses moyens une fois les pièces du puzzle reconstituées, sans pour autant se perdre dans des dérives formalistes, esthétiques mais creuses, qui finiront par contaminer la suite d'une filmographie inégale. Le fait que le personnage incarné par Bae Donna soit une activiste, soucieuse de renverser l'ordre établi, ne constitue en rien un hasard : les inégalités économiques sont pointées du doigt et poussent les personnages à s'entretuer aveuglément, une tragédie qui symbolise une Corée qui n'en finit plus de souffrir, à l'image de ce personnage qui, agonisant, ne cesse de gémir de douleur tout au long du générique de fin.


Note : 5/6

Aide
































